20 mars 2023

Les BRICS dépassent le G7 et les nouvelles opportunités pour les pays du Sud

 

Les principales puissances non-occidentales s’affirment de jour en jour, y compris économiquement. Et commencent à prendre progressivement le dessus sur le bloc occidental, ne faisant que confirmer les nombreuses prévisions des dernières années.

 

A l’issue de 2022, l’association des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) a dépassé le club du G7 (composé des Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Allemagne, France, Italie, Japon) en termes de PIB combiné, écrit le portail indien The Eastern Herald. Ainsi, dans l’économie mondiale les BRICS avaient désormais une part de 31,5% contre 30,7% pour le G7.

Cette réalité confirme les nombreuses prévisions datant d’il y a plusieurs années et démontre que le bloc des BRICS pèse désormais pratiquement d’1/3 sur le PIB mondial (...)

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23 septembre 2014

« La Banque du Sud est une alternative, pas celle des BRICS »


Par Eric Toussaint | CADTM (comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) | 19 août 2014

Cette interview a été publiée par le quotidien suisse Le Courrier le samedi 16 août 2014

Les enjeux financiers du développement n’ont plus de secrets pour Eric Toussaint. Fondateur en 1990 du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), ce politologue belge a notamment été associé par le gouvernement de l’Équateur au lancement de la Banque du Sud. Malgré la paralysie actuelle de cet organisme, M. Toussaint continue de croire à ce projet initié en 2007 par sept États sud-américains comme une alternative progressiste à la Banque mondiale. Il se montre en revanche sceptique quant au projet de banque d’investissement annoncé par les cinq principaux pays émergents.


Les BRICS annoncent vouloir créer une alternative à la Banque mondiale (BM). Une bonne nouvelle pour le développement ?

Éric Toussaint : Vouloir créer une alternative à la BM serait en effet une excellente nouvelle, mais je ne crois pas du tout que ce soit le cas ici. Les cinq États qui constituent les BRICS sont des pays capitalistes émergents qui cherchent à préserver leurs intérêts, dans la mesure où le Fonds monétaire international (FMI) et la BM sont des instruments contrôlés par les grandes puissances traditionnelles. La Nouvelle banque de développement (NBD) se différencie, en promettant de ne pas mettre de conditionnalités, telles que des plans d’ajustement structurel, à ses prêts et d’appliquer – mais le fera-t-elle ? – le principe : un pays-une voix. Ça ne suffit pas à en faire une alternative. Ce serait juste un moindre mal.


Si je résume : on échangerait une BM soumise à Washington par une NBD au service de l’impérialisme chinois ?


On peut parler, à la suite de l’économiste brésilien Rui Mauro Marini, de sous-impérialisme, au sens que ces pays, Brésil et Chine en tête, investissent massivement dans les pays en développement pour défendre des intérêts politiques ou économiques propres, pas pour le développement des récipiendaires des fonds. Ce qui les différencie du vrai impérialisme, comme celui des États-Unis, c’est qu’ils n’emploient pas – encore ? – de moyens militaires. A l’exception de la Russie.


Que serait, selon vous, une vraie alternative à la BM ?
 
L’annonce en 2007 de la création de la Banque du Sud (BdS) représentait cet espoir. À la demande du président Rafael Correa, j’ai participé à la rédaction de la position équatorienne lors de la création de la Banque du Sud, puis à un conseil des ministres des sept pays fondateurs. L’Équateur et le Venezuela avaient une vision claire d’un établissement devant servir l’emploi et l’intégration continentale. Et des projets très concrets, comme une industrie pharmaceutique de produits génériques ou la reconnexion des pays d’Amérique du Sud par le rail, avec production de matériel roulant, qui aurait aussi signifié moins de pollution et des avancées industrielles et technologiques. La BdS, c’était encore une monnaie commune et alternative, « le sucre ». Ou l’idée de transférer des moyens des pays les mieux dotés en réserves de change vers les autres. C’était un projet d’intégration, qui tenait compte de l’intérêt des peuples et aurait pu s’élargir sans peine à l’Amérique centrale et à la Caraïbe, notamment car il se voulait transparent – comptes publics, audits externes – et démocratique. Pour être alternatif à la BM, il fallait être un exemple, et donc ambitieux. Ainsi, il était exclu que les fonctionnaires de la BdS bénéficient d’une immunité judiciaire, contrairement à ceux de la BM... Malheureusement, ce projet est aujourd’hui paralysé. Sept ans après sa fondation, la banque n’a octroyé aucun prêt !


La Banque des BRICS connaîtra-t-elle un meilleur sort ?


Parviendront-ils à se mettre d’accord sur des projets ? On peut se demander si ces cinq pays ne s’associent pas surtout pour montrer aux puissances traditionnelles qu’ils pourraient le faire. En réalité, selon moi, ces cinq pays ont peu d’intérêts communs.


Ont-ils la surface financière pour faire vivre une telle banque ?


Sans aucun doute ! La Chine, à elle seule, possède plus de 3000 milliards de dollars de réserves de change dont elle ne sait que faire. C’est énorme, presque deux fois le total des dettes publiques externes des pays en développement. Une bonne part de cet argent est placé en bons du Trésor américain : la Chine est la première créancière des États-Unis. Le Brésil et la Russie, également, ont des réserves très importantes. Seule l’Afrique du Sud aura de la peine à mettre les 10 milliards de dollars au capital de départ de l’établissement.


L’investissement du Brésil dans la NBD ne signe-t-il pas l’acte de décès de la BdS ?


Celle-ci est déjà mal en point... Mais, avec ou sans le Brésil, l’Amérique du Sud possède encore les moyens financiers de démarrer ce projet. Selon moi, Brasilia est le principal responsable du blocage. Le Brésil possède sa propre banque de développement, la BNDES, qui investit énormément à l’étranger. Son poids, en Amérique du Sud, équivaut à celui de la Banque interaméricaine de développement et aux prêts de la BM dans la région ! Le Brésil la privilégie. Il n’a participé à la BdS que pour freiner un concurrent potentiel.


Cet échec et les difficultés financières de l’Argentine et du Venezuela ne sont-ils pas le signe que le rêve d’indépendance latino-américain était hors de portée ?


Au moment où Hugo Chávez a proposé la BdS, le projet était tout à fait raisonnable ! L’erreur a peut-être été de penser qu’il fallait à tout prix mettre le Brésil dans le coup. La plupart des pays du continent ont quand même prouvé qu’ils pouvaient s’éloigner du consensus néolibéral. Des structures nouvelles ont commencé à fonctionner, telle que l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Il y a aussi la décision de l’Équateur, de la Bolivie et du Venezuela de se retirer du tribunal de la BM en matière d’investissement. Et l’augmentation des impôts payés par les entreprises étrangères qui exploitent les ressources naturelles. C’est insuffisant en regard du potentiel réel de ces pays et des défis à relever, mais il est encore temps : il faudrait une réaction forte dans les deux ans à venir. Des responsables gouvernementaux poussent dans ce sens. Sans quoi je crains que le sous-continent n’aille vers de grandes difficultés financières. Un scénario semblable à celui de la crise de la dette de 1982 est dans l’air.


Y-a-t-il des signes avant-coureurs ?


Oui, les États-Unis se préparent à augmenter les taux d’intérêts qu’ils ont massivement baissés avec la crise de 2007-2008. Cela va renchérir le refinancement de la dette au moment même où les revenus des États sud-américains sont menacés par une baisse de la demande mondiale de matières premières. Je crains que ces pays ne se rendent compte d’ici deux à trois ans qu’ils ont raté une magnifique occasion, durant la décennie passée, de se doter d’instruments financiers alternatifs destinés à les blinder contre des décisions prises par les pays du Nord.
 
 

21 juillet 2014

BRICS : Révolution géopolitique en vue



Par le Yéti|Politis| 21 jullet 2014

BRICS : le camouflet des pays émergents à l’hégémonie américaine


En annonçant à Fortaleza (Brésil), la création de leur propre banque de développement et de leur propre fonds de devises, les pays émergents des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) sont en passe non seulement de torpiller l’ordre monétaire international, mais de déclencher une révolution géopolitique à l’échelle planétaire.

Car si le projet des BRICS va à son terme, c’est bien l’hégémonie américaine héritée de la Seconde guerre mondiale et l’omnipotence du roi-dollar consacrée lors des accords de Bretton Woods en 1944 qui seront battues en brèche.
Résumons succinctement les conditions techniques de l’opération :
  • la Nouvelle banque de développement (NBD) aura un capital initial autorisé de 100 milliards de dollars ;
  • chaque pays membre participera selon ses moyens ; d’autres pays pourront s’adjoindre à la fine équipe, mais les BRICS se réserveront une part de contrôle minimum de 55% du total.
  • l’ensemble sera opérationnel avant la prochaine réunion des BRICS, dès 2015 ; le siège de la banque sera située à Shangaï ;
  • les échanges entre les pays membres s’effectueront directement dans l’une ou l’autre des monnaies de leur cru (et non plus en passant par le billet vert US).

Les conséquences géopolitiques


Les conséquences de ces décisions sont sans appel pour le vieil ordre occidental chancelant :
  • Le dollar y perd son hégémonie de monnaie-étalon qui permettait entre autres aux Etats-Unis de faire financer leur énorme dette par les autres pays ;
  • la Banque mondiale et le FMI, pièces maîtresses du système occidental, perdent une grande part de leurs moyens exclusifs de pression ;
  • L’arme de dissuasion financière dont disposait exclusivement Washington voit sa force d’impact considérablement réduite ;
  • un bouleversement d’envergure en matière de répartition des ressources mondiales apparaît comme de plus en plus probable à assez brève échéance (notons que lors du sommet de Fortaleza, Vladimir Poutine a aussi proposé une association énergétique à ses partenaires).

Vers un nouvel ordre monétaire international


Le camp occidental tente bien sûr de faire bonne figure devant l’annonce. Quand ils ne font pas silence, ses médias s’emploient à essayer d’en banaliser la portée. Mais le camouflet est cuisant pour le vieux système néolibéral septuagénaire. Et la réponse de Poutine aux sanctions américaines et européennes, cinglante.

Pour tout dire, il ne fallait pas être fin analyste pour savoir que les mesures radicales prises par les BRICS pendaient depuis longtemps aux nez du suzerain américain et de ses commensaux européens.

Il y eut cette alerte d’octobre 2009. Puis ce tout récent accord gazier entre la Russie et la Chine, précipité par les manigances de l’Otan en Ukraine (après l’Irak, la Libye, la Syrie...), mais aussi par les inconséquences financières de la Fed qui, en janvier 2014, firent vaciller les monnaies des BRICS.

En décrétant leur émancipation, les pays émergents ouvrent la voie à une refondation de l’ordre monétaire global, condition sine qua non à l’avènement du monde d’après.
 
 Sur le même sujet, lire: La banque BRICS opérationnelle

6 avril 2012

Les BRICS et la construction d’un nouveau monde

Le Grand Soir | 6 avril 2012

Les BRICS et la construction d’un nouveau monde : une utopie à notre portée



Chems Eddine CHITOUR

« Les journaux regorgent des mêmes discours galvaudés d’intellectuels convaincus que les 12% de la population mondiale vivant en Occident peuvent continuer à dominer les 88% d’individus vivant ailleurs. » Kishore Mahbubani (Le défi asiatique Ed. Fayard 2008)

Cette phrase sans appel du diplomate singapourien, Kishore Mahbubani, résume plus que cent discours le mépris infondé, bâti sur une réputation surfaite de l’Occident et de son bras armé, une presse aux ordres. Un événement passé pratiquement inaperçu dans les médias occidentaux est relatif à la conférence à New Delhi des pays du Brics. Ignorés délibérément par les Occidentaux décidément incorrigibles et embues d’une réputation surfaite et qui de plus n’a plus court, traités comme quantité négligeable, les pays émergents, sauf quand il faut faire appel à eux pour sauver l’Europe et soutenir le déficit abyssal des Etats-Unis. La Chine possède les plus grandes réserves de change au monde : 3200 milliards de dollars. La Russie dispose de 514 milliards de dollars, le Brésil, de plus de 350 milliards de dollars et l’Inde, de plus de 320 milliards de dollars. Ces fonds sont essentiellement investis dans des bons du Trésor américain, d’où l’intérêt aujourd’hui de varier leurs placements en soutenant la monnaie unique européenne.

Représentant le quart de la surface terrestre et 40% de la population mondiale, les pays du Bric génèrent en 2008 près de 14% du PIB mondial. Les chefs d’Etat des cinq plus grandes économies émergentes - le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud - vont participer au quatrième Sommet du Brics qui se tiendra à New Delhi, en Inde, mercredi et jeudi. Après que l’Afrique du Sud ait rejoint le groupe en avril 2011, la taille économique des pays du Brics est passée à 11 700 milliards de dollars US. Le PIB nominal combiné des pays du Brics représentait 18,5% du PIB mondial en 2010. Ce chiffre passe à 26,7% s’il est mesuré en termes de parité de pouvoir d’achat. (1)

En effet, le fossé économique entre les pays du Brics et le G8 se réduit progressivement. Sans la Russie, le reste du G8 - le Canada, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis - représente pour 38,3% du PIB mondial en termes de parité de pouvoir d’achat. Cet écart va se réduire encore au cours des prochaines années, plusieurs membres du G8 peinant à surmonter leurs difficultés économiques chroniques. L’expansion économique des pays du Brics, en revanche, devrait, elle, rester forte et régulière. (..) Avec 42% de la population mondiale et un potentiel économique énorme, le Brics symbolise le nouveau « pôle » de l’économie mondiale. Dans un sens géopolitique plus large, il souligne la coopération croissante Sud-Sud, qui est encore une conséquence naturelle de l’évolution des dynamiques économiques mondiales. La crise financière en Europe a établi l’émergence du Brics comme une source essentielle de la stabilité économique mondiale. Il y a eu plusieurs discussions au sujet de l’aide du Brics à l’Europe pour l’aider à se sortir de ses difficultés, et avec plus de 4000 milliards de dollars US de réserves en devises, le Brics est certainement capable de soutenir efficacement l’Europe. Les membres du Brics ont déjà contribué au Fonds monétaire international et un plus grand travail avec le FMI devrait être en mesure de fournir une aide significative à l’Europe. L’aide du Brics, cependant, est susceptible d’être accompagnée d’une demande du groupe pour un rôle plus important dans la gestion du FMI. Plusieurs pays européens sont les partenaires commerciaux principaux des membres du Brics, il est dans l’intérêt même du Brics que l’Europe se rétablisse rapidement. (...) » (1)

« Au-delà du commerce, de l’économie et de la réforme de la gouvernance mondiale, le sommet du Brics devrait également discuter d’autres questions majeures de portée mondiale, comme la sécurité internationale, le terrorisme, le changement climatique et la sécurité alimentaire et énergétique.(...) Pour la première fois, les chefs d’État ont ainsi lancé des travaux concrets en vue de la préparation de leur prochain sommet, prévu en 2013, signe de l’émergence d’une forme de coordination. Ils ont chargé leurs ministres des Finances respectifs de créer un groupe de travail conjoint qui leur présentera, l’année prochaine en Afrique du Sud, le projet de création d’une banque de développement « Sud-Sud » consacrée au financement des infrastructures et de l’innovation dans les pays en développement. » (1)

La dimension politique de plus en plus assumée

Alors que les USA et l’Union européenne peinent à relancer leur économie menacée de récession, le groupe des pays du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) exhibe ses atouts qui lui permettront de devenir, d’ici l’an 2050, la nouvelle locomotive du monde. Mais ce groupe compte aussi défier l’embargo économique américain et européen imposé à l’Iran, puisque les participants à la rencontre ont décidé d’intensifier leur partenariat avec Téhéran qui approvisionne l’Inde et la Chine en pétrole. Et pour s’affranchir de la dépendance d’institutions financières internationales, comme la Banque mondiale ou le FMI, les cinq leaders ont réitéré, dans la déclaration finale, la volonté du Brics de créer une Banque de développement qui aura pour mission de financer les projets d’infrastructures importantes et d’accorder des crédits aux pays pauvres de la région. En outre, les pays participants ont convenu d’augmenter le volume de leurs échanges commerciaux pour le hisser de 280 milliards de dollars à 500 milliards d’ici 2015. L’Inde et la Russie se sont engagées à employer, d’ici trois ans, leur propre monnaie pour couvrir les opérations commerciales bilatérales afin d’éviter de dépendre de la valeur du dollar américain. Et pour la première fois, les nations du Brics ont consacré une partie de leur réunion pour débattre des questions de politique internationale.(...) La situation en Syrie a été l’occasion pour les deux puissances, qui disposent du droit de veto au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, Chine et Russie, d’invoquer « l’inviolabilité de la souveraineté des pays » entraînant les autres pays du Brics à rejeter « toute proposition d’intervention militaire. » (2)

La déstabilisation continuelle des pays du Brics par l’Occident : le cas de la Chine

Nous allons donner deux exemples qui nous permettront de comprendre comment l’impérialisme occidental a de tout temps tenté d’écraser plus faible que soi. Ainsi, le XIXe siècle représenté par l’Angleterre et la France, celles-ci ont mis en coupe réglée l’Empire chinois et pillé le Palais d’été (Victor Hugo n’a pas été tendre avec ces deux pays traités de voleurs bras dessus, bras dessous).

Dominique Losurdo décrit d’une façon claire le mécanisme de la rapine et de la mise en coupe réglée de la Chine : « [...] Avec une longue histoire derrière elle, qui l’avait vue pendant des siècles ou des millénaires en position éminente dans le développement de la civilisation humaine, la Chine, en 1820 encore, s’honorait d’un PIB qui constituait 32,4% du Produit intérieur brut mondial ; en 1949, au moment de sa fondation, la République populaire chinoise est le pays le plus pauvre, ou parmi les plus pauvres, du monde Ce qui a déterminé cet effondrement est l’agression colonialiste et impérialiste qui commence avec la Guerre de l’opium. Célébrées en termes même emphatiques par les plus illustres représentants de l’Occident libéral (qu’on pense à Tocqueville et à John Stuart Mill), ces guerres infâmes ouvrent un chapitre extrêmement tragique pour le grand pays asiatique. (...) A mesure que l’on approche de la fin du XIXe siècle, la Chine semble devenir le jouet d’un destin contre lequel elle n’a plus aucun recours. C’est une conjuration universelle des hommes et des éléments. La Chine des années 1850-1950, celle des plus formidables insurrections de l’histoire, des canonnades étrangères, des invasions et des guerres civiles est aussi celle des grands cataclysmes naturels. Jamais sans doute dans l’histoire du monde, le nombre de victimes n’avait été aussi élevé. (3)

« L’abaissement général et drastique du niveau de vie, la désagrégation de l’appareil d’Etat et de gouvernement, avec son incapacité, sa corruption, sa subalternité et son assujettissement à l’étranger : tout cela rend l’impact des inondations et des famines encore plus dévastateur : « La grande famine de Chine du Nord en 1877-78 [...] tue plus de neuf millions de personnes. » Cette histoire tragique en amont de la révolution chinoise disparaît dans l’historiographie et dans la propagande qui entourent le culte négatif des héros. (..) Sur ce dernier point il faut alors consulter le livre d’un auteur états-unien qui décrit avec une grande empathie le rôle de premier plan joué au cours de la Guerre froide par la politique d’encerclement et d’étranglement économique opérée par Washington aux dépens de la République populaire chinoise. (…) L’embargo décrété au moment opportun par les USA rend cette crise économique et humanitaire plus catastrophique que jamais. Les objectifs de cet embargo ressortent clairement des études et des projets de l’administration Truman, et de ce que ses dirigeants admettent ou déclarent : faire en sorte que la Chine « subisse la plaie » d’un « niveau de vie général autour ou en dessous du niveau de subsistance » ; provoquer une « arriération économique », un « retard culturel », « un taux de natalité primitif et incontrôlé », des « désordres populaires » ; infliger « un coût lourd et plutôt prolongé pour toute la structure sociale » et créer, en dernier ressort, « un état de chaos ». (3)

Pour la deuxième affaire plus « récente, tout a commencé écrit Jean-Pierre Dubois, par le témoignage d’un acteur américain, Mike Daisey, qui s’est rendu à l’été 2010 dans les usines chinoises où sont fabriqués l’iPhone, l’iPad et les autres produits Apple. Revenu aux États-Unis, Mike Daisey explique sur les ondes d’une radio publique très populaire comment les usines des sous-traitants d’Apple sont protégées par des gardes armés et qu’il y a vu travailler des enfants de 12, 13 et 14 ans. » (4)

« Les médias occidentaux s’empressent aussitôt de colporter le témoignage accablant de Mike Daisey. Aujourd’hui, la radio qui a diffusé les propos de Mike Daisey admet que ceux-ci étaient frappés d’« importantes inexactitudes ». L’acteur lui-même reconnaît une « série d’imprécisions ». Comment un simple amuseur public a-t-il pu, du jour au lendemain, bénéficier d’une tribune sur une grande radio et dans la presse des États-Unis (Le New York Times lui a même confié un de ses éditoriaux) ? C’est que les médias occidentaux nourrissent une telle hostilité envers la Chine qu’ils sont prêts à diffuser toute « information » pouvant, d’une manière ou d’une autre, ternir l’image de ce pays - y compris, comme on le voit, en recourant aux mensonges purs et simples. » (4)

« Pas dupe, la presse chinoise commentait également : « Dans un climat économique mondial qui rend le public occidental très ouvert aux théories antichinoises, le succès de ce type d’émission n’est pas étonnant. » « L’une des plus grandes réussites de l’humanité à la fin du XXe siècle est passée quasiment inaperçue en Europe : les Chinois mangent pratiquement tous à leur faim. Actuellement 1,2 milliard de Chinois sur 1,3 ne connaissent plus la famine, dans un pays où les terres cultivables sont très limitées et où les problèmes liés à l’eau représentent un véritable défi... ». Or, si cette réussite est ignorée de l’opinion publique occidentale, c’est qu’elle leur a été cachée. Comment ne pas discerner derrière l’arrogance des médias occidentaux la nostalgie d’une époque où, pour les impérialismes, la Chine n’était qu’un gâteau à découper ? » (4)


Conclusion

Le Brics n’est pas seulement un groupe rassemblant les économies de marché émergentes les plus dynamiques, mais aussi un rassemblement de trois continents en développement, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Il souligne le fait que le nouveau centre de l’activité économique se déplace progressivement de l’Amérique du Nord et de l’Europe, les pays développés « du Nord », vers les pays en développement du « Sud ».

Leur « réussite » actuelle la doivent-ils au marché et au fait que comme tout pays qui se développe on doit passer par une phase ascensionnelle ? Ou est-ce l’avènement d’un monde nouveau qui peut servir d’exemple aux autres pays en développement ? Ainsi, leur coordination pour « contrer » les anciens pays industrialisés et leur doxa est pour nous un signe d’un changement qui, contrairement à la philosophie altermondialiste, repose sur du concret. Ainsi, on apprend qu’à Brasilia, le 15 avril 2010, quatre pays continents et non des moindres, ont décidé de prendre en main leur destin et de ne plus être des wagons de la mondialisation. Leur déclaration qui, curieusement est passée sous silence dans les médias occidentaux, remet en cause fondamentalement la façon de faire d’avant, héritée des Accords de Bretton Woods. Les Brics espèrent que la réforme des quotas du FMI sera conclue lors du sommet du G20 prévu en novembre prochain. (5)

Mieux encore, on s’aperçoit que graduellement, l’Occident met de l’eau dans son vin et pour la première fois recule sur des dossiers planétaires. Le lynchage de Kadhafi, la mise en miettes du Soudan, de la Libye, de l’Irak et du Yémen a sonné le glas du magister dixit. Pour la première fois, deux pays ont arrêté cette machine infernale malgré les rodomontades des vassaux des Etats-Unis, la machine est grippée en Syrie. L’alternance se fera. Bachar passera la main tôt ou tard par la volonté des urnes, mais le GMO devient, par la force des choses, une vue de l’esprit. Il est à espérer en définitive que les pays du Brics ne tomberont pas dans le vertige de la puissance qui leur fera oublier les fondamentaux de la dignité humaine du partage et de la protection des faibles

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

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