10 juin 2016

Les rodéos automobiles d’une jeunesse saoudienne en révolte


Les rodéos automobiles d’une jeunesse saoudienne en révolte - « Royaume d’asphalte » de Pascal Menoret

Fruit de quatre années d’enquête ethnographique, Royaume d’asphalte montre comment, dans la ville de Riyad répressive et livrée aux promoteurs, les jeunes Saoudiens créent des espaces de liberté et de révolte. Une plongée dans les « bas-fonds » de la ...



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4 avril 2013

Rafles façon nazis par la police grecque



ActuWiki | par Ada Psarras, Angelidis Dimitris. sur SYRIZA PARIS | 11 mars 2013


Le ministre de l’Ordre public met dans le bloc opératoire les droits humains fondamentaux. L’opération « Xenios Zeus »[1] est baptisé « Thétis », et la police, en coopération avec certaines institutions sanitaires, lance une opération d’arrestation des toxicomanes et de leur emprisonnement aux locaux de la police à Amygdaleza.

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Avec la mention « confidentiel » sur le document, le Centre national des programmes de Santé (EKEPY)[2] a informé son personnel de la large opération nocturne, sous le code « Thétis », prévue pour hier 6 mars de 22h jusqu’à 8h du matin. Au sens propre, le code aurait dû être «Auschwitz», puisque le type de l’« opération » rappelle plus les assauts nocturnes nazis qu’une opération policière d’un pays démocratique de l’UE ou d’ailleurs. « Le but de l’opération est le ramassage des personnes toxicodépendantes présentes dans le centre-ville et leur transport dans les locaux de la police à Amygdaleza [NdlT : ville au Nord d’Athènes] afin de les enregistrer», explique le document confidentiel.

Ces arrestations illégales, et au mépris de la Constitution, à partir du seul « faciès », sans qu’aucun délit ne soit commis et avec pour but le transfert vers un camp de concentration, est au-delà de tout précédent. Un tel transfert massif de population, à l’exception de celui des immigrants dans le cadre de l’opération de « Xenios Zeus », était réalisé auparavant seulement par la dictature des colonels en 1967, lorsque les personnes de gauche étaient conduites dans les stades de football. Selon le scénario d’Hitler, le prochain objectif opérationnel, après les immigrants et les toxicomanes, sont les homosexuels, les tziganes et les communistes. « Heureusement », peu de Juifs restent dans le pays, et il n’est pas nécessaire de les transporter ! Dans quelle organisation internationale pourra donc participer la Grèce après une telle action ?

Au camp d’Amygdaleza, les personnes toxicodépendantes seront identifiées et obligées de subir des examens médicaux, indépendamment de leur volonté, et sans savoir dans quels laboratoires médicaux. Médecins, infirmières, psychologues, le président de l’EKEPY et du KEELPNO [Centre de contrôle et de prévention des maladies] ont accepté de participer à ces « examens » nocturnes violents, au cours desquels seront enregistrés, sur des formulaires spéciaux, des données personnelles détaillées, les antécédents médicaux et psycho-sociaux, et toute autre information dont a besoin la police pour ses fichiers. Le document d’information du personnel de l’EKEPY, signé par son président, Panos Efstathiou, est accompagné de 10 pages d’instructions sur les examens mais aussi sur qui, comment et avec quels moyens vont les effectuer. Selon le document, les officiers devraient porter des gants en plastique, pour que ces souillées ne les contaminent pas ! Le personnel qui a participé à l’opération provient, selon le document, de l’EKEPY, du KEELPNO et du ministère de la Santé. Il n’est pas connu si le ministère de la Santé a approuvé les raids du ministère de l’Ordre public, M. Dendias. Comme il est écrit un plus loin dans le document, « le personnel de la police en mission à l’EKEPY, l’informera de tout transfert des personnes arrêtées vers les installations d’Amygdaleza. L’équipe d’examen médical à Amygdaleza informera la coordination de l’EKEPY de l’arrivée des arrêtés et ensuite elle procédera à leur enregistrement. »

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Après la fin de l’opération, les toxicomanes seront finalement libérés, tandis que l’EKEPY et la police « feront le bilan et tireront les conclusions ». « Thétis » ne nous informe pas sur d’éventuelles expérimentations scientifiques sur les toxicomanes ! Du côté des résultats sanitaires, l’opération pratiquera le « silence communicatif », ajoute le document.

Il est cependant prévu que dans le camp, de l’eau, des sandwiches et de la soupe seront distribués aux prisonniers. Ils ne seront pas encore transformés en savon, comme le demande l’Aube Dorée, mais ils subiront une humiliation ultime et massive ainsi que la violation complète de leurs droits de l’homme.

« Thétis » vient de tirer la langue au Parlement, qui venait de voter, juste la veille, une loi-cadre plus moderne sur les drogues et la conduite de l’État à l’égard des toxicomanes. Cette opération vient de compléter dans la pratique les révélations d’hier sur la façon dont les aspirants petits Hitler de l’Aube Dorée vont traiter les immigrés[3]. Elle vient de saper toutes les institutions et bien sûr le gouvernement de coalition.

Si l’opération a finalement lieu, nous verrons, au petit matin, des malades, enfants et adultes, d’être entraînés violemment avec les véhicules de la police au camp de concentration et  d’être soumis, publiquement, à un enregistrement obligatoire. Une nouvelle page noire dans l’histoire de la démocratie grecque sera ainsi écrite par M. Dendias et ses partisans. À moins que tout cela reste un très mauvais rêve, pas un cauchemar vivant.

[NdlT : Cet article a été écrit avant que la police annonce que cette opération eût bel et bien lieu la nuit du 6 au 7 mars. Selon la police, qui a opéré en collaboration avec les unités sanitaires de ministère de la Santé, 132 personnes « qui avaient besoin d’aide et de soins sanitaires » ont été transférées à Amygdaleza. La police a annoncé la poursuite de ce type d’opérations « contre la drogue et pour la réhabilitation du centre d’Athènes ».]

Traduction : E. Markou

[1] « Xenios Zeus », littéralement « Zeus hospitalier », est une opération policière de ramassage, dans les espaces publics, des personnes susceptibles, par leur couleur de peau ou autres caractéristiques visibles, d’être des « immigrants », provenant des pays non occidentaux (NdlT).
[2] Institution dépendante du ministère de la Santé, chargée de coordonner les différents programmes dans le domaine de santé et d’intervenir dans des situations d’urgence sanitaire (NdlT).
[3] Référence à la vidéo publiée par Channel4 (GB) http://www.channel4.com/news/racist-anti-semitic-violent-the-true-face-of-golden-dawn [NdlT]

30 janvier 2012

dépénaliser l'usage de drogue

Le Monde.fr | 30 décembre 2011 | par Jean-Michel Costes, sociologue

Il faut dépénaliser l'usage de drogue

depenalisation-de-la-drogue-1.jpegLa baisse du nombre d'usagers de produits illicites et de personnes ayant une consommation problématique d'alcool d'ici à 2011 constitue (...) l'objectif central du plan gouvernemental." Tel était le principe directeur du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-2011 qui arrive à échéance. Quel bilan peut-on en dresser, alors qu'en rupture avec ses prédécesseurs ce plan insistait sur le rappel de l'interdit pesant sur l'utilisation des drogues illicites ? L'objectif est-il atteint ?

Force est de constater qu'il ne l'est pas et qu'on s'en est plutôt éloigné. Chez les Français, la consommation de tabac, qui était à la baisse, semble reprendre, la consommation problématique d'alcool est orientée à la hausse, la consommation de cannabis est restée stable à un des plus hauts niveaux européens et celle de la cocaïne a progressé à un rythme très élevé.

Le seul indicateur que l'on pourrait mettre au crédit de l'objectif attendu est celui de la consommation de cannabis parmi les jeunes de 17 ans, qui a poursuivi une décroissance amorcée depuis 2002. Mais, en ce domaine, on constate la confirmation de la tendance observée depuis 2002. Si on pouvait mettre cette rupture de tendance à l'actif d'une politique publique, il serait honnête de l'imputer à la stratégie en cours avant la date du changement, c'est-à-dire le plan gouvernemental 1999-2002, qui mettait en avant une approche centrée sur la réduction des risques. Et cette relative bonne nouvelle ne doit pas masquer les "mauvaises" concernant la progression des produits licites. C'est tout le problème d'une politique publique obsédée par le cannabis et qui oublie que les méfaits principaux des "drogues" sont à mettre à l'actif des deux produits les plus consommés : le tabac et l'alcool.

Un autre indicateur majeur d'évaluation d'une politique publique sur les drogues serait celui qui permettrait d'apprécier l'évolution de la mortalité liée aux usages des drogues. Or le bilan est tout aussi négatif. Le nombre de décès liés aux usages de drogues illicites a progressé ces cinq dernières années. Combien faudra-t-il de morts supplémentaires pour se rendre à l'évidence que l'approche actuelle mène à une impasse et pose un problème de santé publique ?
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Par sa posture répressive, cette politique renforce la stigmatisation des usagers, considérés comme des "coupables" et accentue leur précarisation, liée à une moindre accessibilité aux dispositifs de prévention et de soin qu'induit la pénalisation de leur comportement. Cette politique a échoué. Aussi est-il raisonnable de penser et d'espérer que cette phase régressive de la stratégie sur les drogues ne soit que transitoire. Une autre politique, pragmatique, fondée sur des données probantes, est en effet possible. Pour réussir, elle devra s'attacher à respecter plusieurs principes.

Elle doit d'abord renoncer à clamer vouloir éradiquer l'usage de drogues. Il s'agit de s'employer à réduire les aspects néfastes des usages de drogues. Il convient pour cela de clarifier les principes directeurs de l'action à mettre en oeuvre : on "lutte contre les drogues" parce qu'elles posent un problème de santé ; sinon, la société n'aurait pas à intervenir à ce sujet. L'approche de "santé publique" doit donc guider cette politique. L'approche "sécurité publique" doit être mise au service de celle-là. On peut donc continuer à envisager de faire la guerre à la drogue, mais il est irresponsable de continuer à faire la guerre aux usagers.

Cela amène au nécessaire débat sur la "dépénalisation" de l'usage des drogues, à ne pas confondre avec celui de la "légalisation" (le rendre légalement accessible). La loi du 31 décembre 1970 sur les drogues est une loi d'exception. C'est le seul domaine dans lequel un individu est passible d'une peine d'emprisonnement pour un dommage qu'il se fait à lui-même. Peut-on en effet imaginer sur le plan éthique de prévenir et d'agir sur le suicide en mettant en prison ceux qui en commettent des tentatives ?

Améliorer l'accès aux soins
Dépénaliser ce comportement, c'est se donner plus de chances d'atteindre ce public et de rendre plus efficaces les dispositifs sanitaires sociaux. Dépénaliser les "usages" ne veut pas dire supprimer l'interdit sur les "drogues". La dépénalisation est compatible avec une volonté de contrôle sur l'offre de drogues. Au regard des lacunes du système de prévention et de soin existant, une nouvelle stratégie sur les drogues devrait s'articuler autour de quatre axes : contrôler/réguler l'offre, prévenir les usages nocifs, réduire les dommages et améliorer l'accès aux soins et leur qualité.

L'ensemble des acteurs du champ de la prévention et du soin a fait des propositions cette année dans le cadre d'un Livre blanc sur les addictions. L'Inserm a mené une expertise collective et fait des recommandations pour améliorer le dispositif de réduction des risques. Il serait temps que la structure administrative chargée du dossier drogues rompe son isolement, renoue avec les professionnels et prenne en compte ces travaux pour préparer le prochain plan du gouvernement.

A la croisée d'un plan du gouvernement sur les drogues qui s'achève et d'une campagne électorale qui démarre, il serait salutaire que les candidats puissent s'emparer du sujet dans sa complexité, au-delà du faux consensus énonçant que tout le monde est contre "la drogue". Il est vrai que le lobby des usagers de drogues est peu puissant. Mais cette absence de visibilité masque une inquiétude générale et beaucoup de souffrance. Espérons un peu de courage. Au moins, ouvrons le débat.


Jean-Michel Costes a fondé en 1995 et dirigé jusqu'en avril 2011 l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Ancien directeur de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanie.

 

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