19 avril 2020

Aurélien Barrau | Crise actuelle et monde à venir : pour étudiants de Science Po


La crise.. les crises, bilan et perspectives..

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11 avril 2019

La France complice du génocide contre les Tutsis au Rwanda



En soutenant les auteurs du génocide, les autorités politiques et militaires françaises se sont rendues complice de ce crime. Cette complicité est attestée par de nombreux documents et témoignages, pourtant aucun responsable français n’a été jugé. Il en va de notre responsabilité de citoyens de mettre fin à plus de 25 ans d’impunité en réclamant justice, pour les victimes du génocide et par exigence démocratique – car c’est le fonctionnement des institutions françaises qui est ainsi en question.

20 mars 2018

Pourquoi le Gabon a retiré à Veolia le marché de l’eau et de l’électricité


L’annonce a fait l’effet d’une bombe. Vendredi 16 février 2018, l’Etat Gabonais a mis fin à la convention de concession qui le liait à la SEEG, la Société d’énergie et d’eau du Gabon, filiale au Gabon de l’entreprise française Veolia, et qui avait été renouvelée pour cinq ans en mars 2017. L’annonce a été faite par voie de communiqué du ministre de l’eau et de l’énergie, M. Patrick Eyogo Edzang, qui exerce la tutelle sur ce secteur.

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3 décembre 2017

La Françafrique, ce n’est pas du passé

photo ©ludovic MARIN / AFP
2 décembre 2017, par Julien Salingue, source : Afriques en luttes


« Je suis d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé » : ces mots ont été prononcés par Emmanuel Macron, le 28 novembre, au premier jour de sa tournée africaine, devant 800 étudiantEs réunis à l’Université de Ouagadougou. Et d’ajouter, suivant le célèbre principe selon lequel « plus c’est gros, plus ça passe » : « Je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France, comme d’aucuns le prétendent, parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France ».

Le moins que l’on puisse dire est que Macron ne manque pas d’air, lui qui se trouve à la tête d’un État dont la politique néocoloniale sur le continent africain, connue sous le nom de « Françafrique », est dénoncée depuis des décennies. La veille de cette visite, l’association Survie publiait ainsi un rapport, consacré à « la coopération militaire et policière entre la France et des États africains », démontrant une fois de plus que, malgré les discours, la France n’en a pas fini avec son soutien diplomatique et militaire à des régimes dictatoriaux, brutaux et corrompus.

Exemple parmi bien d’autres, « au Cameroun, l’ambassadeur de France, lui-même militaire, a remis des décorations françaises à des représentants des forces de l’ordre camerounaises à l’occasion des commémorations du 11 novembre, soit juste après qu’elles aient tué entre 40 et 100 personnes lors de la répression des manifestations dans les régions anglophones. » Il y a certaines habitudes qui ne changent pas…

Présence militaire directe, interventions ponctuelles en défense de régimes « amis », formation des forces armées de régimes autocratiques, silence complice face à des épisodes répressifs sanglants : la liste est longue des agissements de la France qui, toujours au nom de la « lutte contre le terrorisme » ou du « maintien de la stabilité », contribuent avant tout à préserver les intérêts de la France, au mépris des populations locales et pour le plus grand bonheur de grands groupes français comme Bolloré ou Veolia.

La domination française, qui s’incarne notamment dans le franc CFA, survivance coloniale qui place 14 pays et près de 155 millions de personnes dans une situation de servitude monétaire à l’égard de la France, ne fait pas partie du passé. La France prend toujours une part active au pillage du continent africain et porte une responsabilité centrale dans nombre des tragédies qui s’y déroulent. En niant cette réalité, Macron s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs et nous rappelle que le combat contre la Françafrique est toujours d’actualité.

Julien Salingue


18 septembre 2017

Les présidents africains neutralisés pour avoir suggéré ou tenté de sortir du CFA



À l’heure où le Franc CFA est plus que jamais au cœur de la lutte des masses africaines et afro-descendantes partout dans le monde à travers differents appels à la mobilisation à l’échelle internationale (retrouvez la liste des mobilisations du 16 septembre). Nous souhaitons parler ici, des présidents africains qui ont pour la plupart souvent été incompris par leurs populations tant leurs idées étaient en avance sur leurs temps.

En effet, ces personnalités ont eu le courage et la volonté de suggéré une sortie ou tenté de sortir du CFA (Colonialisme Français en Afrique) à une époque où l’aliénation de notre peuple était à son apogée.

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31 août 2017

Appel urgent adressé aux Congolais, par Denis Mukwege

«Nous vivons dans notre pays comme des étrangers» – la fête de l’Indépendance de la République démocratique du Congo est commémorée sous la menace d’une guerre civile

Discours de Denis Mukwege à l’occasion de la 57e fête de l’Indépendance du 30 juin 2017 à Kinshasa*

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5 février 2017

Le pillage hier et aujourd'hui de l'Afrique par l'occident : deux vidéos


L'origine de la pauvreté en Afrique et en Amérique du Sud - Documentaire ARTE (25'30'') Piqûre de rappel quant à l'histoire de la colonisation et de la fabrication du tiers monde par les européens. 



L'utilisation des ONGs Occidentales pour le pillage des ressources de l'Afrique  
https://www.youtube.com/watch?v=dz5sOeD53Rc&feature=youtu.be

Un extrait de la présentation TEDX de Mallence Bart Williams, en 2015 à Berlin, à propos du pillage de l'Afrique par l'Occident et de l'utilisation, pour cela, des ONG. (4'23")

Pour aller plus loin, un article essentiel: http://partage-le.com/2016/01/pourquo...
& https://www.youtube.com/watch?v=2N9dw...

12 novembre 2016

Les safaris-chasse de Benjamin de Rothschild impliqués dans des abus contre les « Pygmées »

"Peter Flack, un administrateur du WWF, pose avec un éléphant de forêt mort."
© Peter Flack, via Survival

Survival International a découvert qu’une opération de safaris de chasse à l’éléphant, conjointement détenue par le milliardaire français Benjamin de Rothschild, a été impliquée dans la violation des droits de « Pygmées » baka locaux et de leurs voisins. Parmi ces violations figurent des expulsions illégales et des tortures.
 
 Suite sur Survival

20 octobre 2016

Sankara et l’actualité de la révolution burkinabè


Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara était assassiné dans des circonstances extrêmement troubles (où le rôle de l’impérialisme français reste encore à déterminer). Dans ce texte, Saïd Bouamama – sociologue et militant du FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires) – restitue le parcours, les idées et l’action du dirigeant révolutionnaire burkinabè. Si le processus ouvert par la révolution sankariste fit face à des obstacles de taille et connut des limites importantes, il en souligne l’actualité du point de vue des combats anti-colonialiste et anticapitaliste, mais aussi concernant l’écologie, l’oppression des femmes et la dette. 
 
Suite sur Contretemps
 

10 juillet 2016

La Stratégie de Bill Gates,pour mettre fin aux fruits et céréales naturelles en Afrique.

Comment un requin de l’industrie considéré comme le chantre du capitalisme brutal s’est déguisé en agneau sous couvert d’actions philanthropiques en Afrique. Le reportage “Le Monde selon Gate” de Jérémie Drieu et Jean-François Monier à ce sujet est particulièrement instructif ...

Suite sur Panafricain TV 

 

14 mai 2016

Le festival du cinéma panafricain de Ouagadougou s’achève dans l’indifférence des autorités et des médias français


Bien que le FESPACO mette en lice des productions cinématographiques de tout le continent, la part du cinéma africain francophone y est prépondérante. La part des productions ayant trait aux liens avec la France y est également très significative. Enfin, c’est le lieu où s’expriment les talents des cinéastes africains, ayant parfois la nationalité française, qui portent un regard sur le monde qui est une richesse de sensibilités nouvelles et qui devrait nous amener à réfléchir collectivement sur nos sociétés occidentales et nos liens avec l’Afrique.
 
Toutes ces raisons doivent nous inciter à nous intéresser à cet événement culturel africain de premier plan.
 
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21 avril 2016

600 éléphants massacrés dans un parc national du Cameroun…


Des dizaines de chasseurs armés jusqu’aux dents ont pénétré dans un parc national du Cameroun, avant de massacrer plus de 600 éléphants majestueux et de les mutiler pour récupérer leurs défenses. Les braconniers ont décimé la moitié des derniers éléphants d’Afrique centrale. Et personne n’est parvenu à les arrêter.
Jusqu’à présent…

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28 janvier 2015

Boko Haram : le bras armé de l’Occident pour détruire le Nigéria et chasser la Chine du Golfe de Guinée



Les amis du Nigéria ne sont pas ceux qui, par une communication surfaite, proposent leur « aide » pour lutter contre la secte islamiste. Il s’agit plutôt d’embrasser l’ennemi nigérian pour mieux l’étouffer ! Premier pays producteur de pétrole en Afrique et sixième mondial avec 2,5 millions de barils par jour, le Nigéria a commis le « crime » de céder des puits de pétrole à la Chine. Une concurrence jugée insupportable pour les USA, la France et l’Angleterre qui pompent le pétrole nigérian sans inquiétudes depuis 50 ans. De leur côté, les pétromonarchies arabes s’inquiètent d’un Nigéria trop puissant qui pourra ne plus se soumettre au diktat de l’Arabie Saoudite et du Qatar sur le marché du pétrole et du gaz. A l’image de l’Iran (2ème) et du Venezuela (5ème producteur de pétrole mondial) qui gèrent leur pétrole en toute souveraineté. Boko Haram est le cheval de Troie qu’utilisent les puissances impérialistes pour contrer la Chine et détruire la première puissance économique africaine qu’est devenu le Nigéria en le divisant en deux états comme au Soudan.
 
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13 janvier 2015

Les Hurlements d' Vautier ( Hommage à René )



Par le groupe GROIX, le 11 Janvier 2015




René Vautier au festival du film insulaire de Groix en 2004, puis quelques années plus tard à la Montagne, suite à la projection de Désobéir (Le courage de)




« Nouvelles vidéos du G.R.O.I.X & appel à dons ...

  

8 octobre 2014

Cuba en première ligne contre le virus Ebola

Les premiers membres d’une équipe de 165 médecins et travailleurs de la santé cubains déchargent eux-mêmes les caisses de médicaments et matériel médical d’un avion, à leur arrivée à Freetown pour aider à la lutte contre Ebola, à Sierra Leone, le 2 octobre 2014. Photo LORIAN PLAUCHEUR / AFP / Getty Images/ Washington Post


Alors que la communauté internationale a été accusée de traîner les pieds sur la crise de l’Ébola, Cuba, un pays de seulement 11 millions d’habitants qui jouit encore d’une relation tendue avec les États-Unis, a émergé comme un fournisseur essentiel de l’expertise médicale dans les pays d’Afrique de l’Ouest frappés par le virus Ebola.

6 octobre 2014

Le discours de Thomas Sankara à l’Onu


Le Comptoir | Par Ludivine Bénard |

Ce samedi 4 octobre 1984, il y a trente ans, jour pour jour, Thomas Sankara, leader de la révolution du Burkina Faso et alors président du pays, tient un discours mémorable à New York, au siège de l’Organisation des nations unies. 

Dénonçant l’impérialisme occidental, le capitaine s’adresse à tous : les noirs, les Indiens, les chômeurs, les femmes, les mères, les artistes, les enfants, les journalistes, les sportifs, les malades. Au nom de tous les « laissés-pour-compte » parce qu’en tant qu’« homme, rien de ce qui est humain ne [lui] est étranger. »
 
Cet anniversaire, nous tenions à le rappeler, à le commémorer. Parce qu’il nous tient à cœur, comme tous les combats pour l’affranchissement et l’égalité de tous les hommes, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour lutter contre l’asservissement et la domination d’un peuple sur l’autre, d’une caste sur une autre, d’une classe sur une autre. Et parce qu’aujourd’hui encore, il reste plus que jamais d’actualité. « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »

Thomas Sankara incarne et dirige la RDP, la Révolution démocratique et populaire du Burkina Faso. Celle-ci débute le 4 août 1983 et se prolonge jusqu’au 15 octobre 1987, date à laquelle le capitaine est assassiné à Ouagadougou, lors d’un coup d’État organisé par les hommes de son ami et ancien camarade de l’École militaire inter-armée camerounaise, Blaise Compaoré.

Le fondateur du « pays des hommes intègres »

Anti-impérialiste, panafricaniste et tiers-mondiste, l’officier œuvrera toute sa vie pour son pays, auquel il donnera même un nouveau nom. La Haute-Volta, ce relent de la colonisation, devient avec lui le Burkina Faso, une appellation issue d’un mélange de dialectes du pays, le moré et le dioula, qui renoue alors, du moins sémantiquement, avec la tradition africaine. Ainsi naquît ce qui signifie alors littéralement le « pays des hommes intègres ». Mais le capitaine est aussi le meneur d’une politique progressiste, qui tient à modifier la société en profondeur, faisant fi des traditions de la plus grande partie de la population.
Souhaitant redonner le pouvoir au peuple, s’inscrivant dans une logique de démocratie participative, il crée les Comités de défense de la révolution (CDR), ouverts à tous, qui assurent la gestion des questions locales et organisent les grandes actions. Il veut alors rompre avec la société traditionnelle, fortement inégalitaire, en tentant d’affaiblir le pouvoir des chefs de tribus et en cherchant à améliorer le statut des femmes. Visionnaire, il plaide déjà pour une égalité entre les femmes et les hommes, et sera à l’origine, par exemple, de l’instauration d’une journée où ce sont les hommes qui doivent se rendre au marché à la place des femmes. Symbolique peut-être, précurseur définitivement.

Luttant tout aussi bien contre la corruption que pour l’amélioration de l’accès à l’éducation et à la culture, la politique du Burkinabè vise l’affranchissement et le bien-être de la population. La politique sankariste veut réduire la malnutrition, la soif (les CDR sont alors chargés de construire, en masse, des puits et des retenues d’eau), la diffusion des maladies grâce aux politiques de « vaccinations commandos », à destination des enfants, qu’ils soient burkinabè ou non. Il fait de la lutte contre l’analphabétisme un combat majeur : le taux d’analphabétisme serait passé sous sa gouvernance de 95 % à 80 % pour les hommes, et de 99 % à 98 % pour les femmes, notamment grâce aux « opérations alpha ». Dans le même temps, de nombreux agents de l’État accusés, à tort ou à raison, de manquer à leur devoir sont licenciés et l’État est tenu de réduire son train de vie : avec lui, et c’est une initiative unique à ce jour en Afrique, les luxueux véhicules présidentiels sont vendus au profit de basiques Renault 5 tandis que le Président fait tous ses voyages en classe touriste, à bord du fameux « avion-stop ». Le capitaine, clairvoyant, a aussi institué la coutume de planter un arbre à chaque grande occasion pour lutter contre la désertification.

Pour la liberté et l’égalité, au nom de tous les « laissés-pour-compte »

Ce 4 octobre 1984, il a tenu, selon son habitude, à visiter le quartier difficile d’Harlem (et d’y faire un discours) avant d’arriver au siège new-yorkais de l’ONU pour cette 39e session de l’Assemblée générale de l’organisation. La voix de Thomas Sankara s’élève alors, forte et fière, réassurant le droit des peuples de manger à leur faim, de boire à leur soif, de s’éduquer. Toujours aussi radicalement insoumis à tous les paternalismes, auxquels sa soumission servile lui aurait sûrement permis de conserver le pouvoir dans cette période post-coloniale, le capitaine réaffirme, avec beaucoup de véhémence, sa volonté de lutter contre toutes les oppressions, y compris, contre celle des Américains sur les Indiens, alors même qu’il se trouve à New York.

Voici son discours :
« Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire, ou qu’ils sont de cultures différentes et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.
Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage, à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.
Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vitre. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes – poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs – hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne.
Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes.
C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim…
Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés-pour-compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »***
Écouter l'enregistrement du discours

 Liens:
*** Thomas Sankara cite ici le poète latin d’origine berbère Térence : « Homo sum ; humani nihil a me alienum puto » : « Je suis un homme ; je considère que rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (L’Héautontimorouménos, v. 77).
 

17 septembre 2014

Erythrée: l’exode de ceux qui n’ont plus rien à perdre

Jeunes Erythréens dans le camp de réfugiés de Mai-Aini, au nord de l'Ethiopie.
(Reuters) via SwissInfo

Fuyant le régime d’Isaias Afewerki, des milliers de jeunes Erythréens défient chaque mois les tireurs d’élite et passent la frontière avec l’Ethiopie. Ici commence le voyage vers l’Europe. Des camps de réfugiés du Nord aux faubourgs d’Addis Abeba, il y a ceux qui se préparent à traverser le désert et la Méditerranée et ceux qui attendent depuis des années un billet pour la Suisse. swissinfo.ch est allé à leur rencontre.
 
 

20 août 2014

USA Afrique, un sommet d’humiliations

Source


Afriques en lutte | 20 août 2014 par François Charles, Romuald Boko


47 chefs d’Etat africains en poste, convoqués par un seul, chez lui et « vous appelez ça un sommet ? ». Question de bon sens en effet, désigner par ce terme un tel non événement, comme l’a fait toute la presse radio, télé… relève au mieux d’une erreur de langage, au pire d’une supercherie. Depuis son annonce, nombre d’observateurs africains, concentrés surtout, bien sûr, dans les médias, en faisaient des tonnes sur cet événement : on allait voir ce qu’on allait voir ! Obama, premier président des USA, d’origine directement africaine, à moitié de son second mandat, allait enfin répondre aux attentes des africains. Et tous de revenir sur le discours d’Accra, lourd de promesses. Il allait enfin rattraper le temps perdu.

Hélas, hélas, hélas, que d’illusions répandues pour tant d’illusions perdues…

Déjà, la forme annonçait le fond et nos « spécialistes » auraient dû se méfier. Eh non, puisqu’invités, en naïfs incorrigibles, la plupart de ces chefs d’État, se voyaient en hôtes d’importance et s’attendaient à la Maison blanche, tapis rouge, entretiens, tête à tête… Las, entre leurs espérances et la réalité , il y aura eu le gouffre sémantique qu’il y a entre « invitation » et « convocation ».

Lorsqu’ on se rend à une convocation, on ne doit pas s’imaginer dire la messe avec celui qui a l’initiative : Celui qui convoque est le Patron et celui qui s’y rend est son subordonné. Jusqu’à quand nos chefs d’Etat continueront de se faire rouler dans les farines « diplomatiques » ?

La leçon de « gouvernance » des ONG
Dans le chemin de croix de l’humiliation de nos dirigeants à Washington, la première étape aura d’abord été de subir, toute une et longue première journée, les leçons de morale des…ONG ! Au programme : Droits de l’homme, corruption, démocratie…Vaste programme s’il en est et sur lequel il y a certes, concernant l’Afrique, beaucoup à dire.

Pour autant, était-ce vraiment le lieu et le temps, après avoir fait s’asseoir tous ces représentants, de leur asséner, comme par surprise et sans débat, des leçons sur des thèmes qu’ils connaissent parfaitement et sur lesquels ils se font justement, en règle générale, une spécialité de s’asseoir ?

Et puis, parlons clairement, les ONG, dont le rôle est aujourd’hui, largement mis en cause dans la destruction des services publics en Afrique, sont-elles les mieux placées pour donner aux présidents africains des leçons de « gouvernance » ?

Combien d’ONG trouve-t-on régulièrement au cœur de magouilles financières locales, de fonds évaporés, de corruption, de scandales de comportement ? Sans aller jusqu’à évoquer le rôle de la Croix Rouge dans les guerres post indépendances (voir les confessions de Bernard Kouchner sur le Biafra), on ne peut oublier l’utilisation systématique des « prétextes » humanitaires, portés par les ONG, dans les guerres d’intervention récentes, qu’il s’agisse de l’Irak, du Darfour, de la Libye, du Mali, de la Centrafrique…

Par ailleurs, ce sont ces mêmes ONG qui, depuis des décennies, accompagnent fidèlement les PAS infernaux (plans d’ajustement structurels) imposés par la Banque Mondiale et le FMI. En effet, lorsque la BM et le FMI ordonnent les restrictions budgétaires aux gouvernements marionnettes, on sait ce qu’il advient des services publics notamment dans les domaines de l’école et de la santé et qui vient alors jouer le rôle d’amortisseur au coup porté, auprès des populations démunies, sinon les ONG ?

Une création d’école par ci, un dispensaire de brousse par là…Alors merci les ONG ?

Evidemment non, parce que ces écoles et ces centres de soins ainsi créés, en remplacement de ceux du service public disparus, le sont évidemment dans le cadre du secteur privé et demain, les usagers devenus clients, ne seront accessibles qu’aux plus riches.

Ainsi, financées par les fonds des Nations Unies, les ONG sont clairement une des armes la plus efficace dans la disparition des services publics africains, exigée par la Banque Mondiale, le FMI et maintenant l’UE.

Sans compter que, dans la plupart des cas, les fonds, ainsi utilisés contre les intérêts des populations, par ces ONG ne sont que des prêts…consentis aux Etats concernés ! Autrement dit, ce sont les Etats qui paient pour les ONG et…qui remboursent ! Dépensées sans aucun contrôle des principaux intéressés, ces sommes viennent encore grossir la Dette, alimentant ainsi le cycle infernal.

La disparition des services publics marque toujours la fin des libertés et de la démocratie, de toute gouvernance, et ce sont pourtant les agents directs de cette « rigueur » qui ont été choisis par Obama pour instruire nos dirigeants à Washington. Tout un programme.

Les africains n’ont pas besoin de la morale des ONG. Depuis fort longtemps, avec leurs organisations, leurs partis, leurs syndicats, ils bataillent courageusement contre la corruption de leurs élites, contre le délitement de leurs institutions soumises aux coups de boutoir des grandes puissances. Ils luttent au quotidien, pour les droits humains et les libertés individuelles, pour imposer les cadres de la démocratie politique et pour donner aux populations la sécurité publique, le droit à la santé, le droit à l’école….aux antipodes de ce que, dans le dos des peuples, les ONG contribuent à mettre en place.

La leçon commerciale des grands patrons

Une fois ingurgitée la morale humanitaire sur la manière de gouverner les pays, ce fut au tour des grands patrons d’administrer leur cours magistral de » bonne gouvernance économique » à tous ces chefs de gouvernements médusés condamnés à écouter. Quand on connaît le point de vue de ces intervenants américains sur les échanges internationaux « bien compris », on se pince en les imaginant devant les responsables des états d’Afrique.

Ce n’est qu’au soir du second jour qu’Obama, au cours d’une brève apparition énoncera, comme à son habitude concernant l’Afrique, quelques platitudes du genre de celle déjà distillée à Accra en 2009 : » l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes ». Cette fois nous aurons eu droit à un énigmatique « : « la clef pour débloquer la croissance africaine ne sera pas ici aux Etats-Unis, elle se trouve en Afrique ». Encore une fois, une façon de parler des africains et aux africains sans en parler vraiment, ni jamais leur parler directement.

Pourtant, à y regarder de près, on ne peut pas dire que le président américain n’ait rien à dire de concret à propos de l’Afrique, ni même qu’il n’ait pas, concernant le continent, quelque idée derrière la tête. Ce serait même tout le contraire.

Le locataire de la Maison Blanche était en effet beaucoup plus disert et explicite lorsqu’au mois d’août dernier, devant un parterre de « décideurs économiques », il défendait son point de vue en déclarant : » L’Amérique doit comprendre l’importance de l’Afrique. Vous avez là-bas de la croissance, des marchés qui prospèrent, des entrepreneurs et des talents extraordinaires ».

A bien y regarder on sent déjà, dans son propos qu’il pousse déjà les tenants de son économie à se tourner une bonne fois vers le continent où il considère que, malgré les menées des chinois et la vieille présence française, de grandes parts de marché sont encore à prendre.

Le « modèle » Français

Sur l’implantation économique, il est clair que l’administration Obama a beaucoup observé et appris des français, c’est à dire : Une sérieuse présence militaire préfigure toujours de bonnes affaires à venir.

Message bien reçu. On ne peut comprendre autrement le lourd investissement, et le patient maillage à l’échelle continentale, concernant le dispositif Africom. De fait, cette étape purement militaire réalisée, dans sa déclaration, Obama dit maintenant clairement à ses patrons que désormais, pour le business, la voie est libre en Afrique.

Ce qu’a très vite compris le géant américain de l’électricité, le conglomérat Général Electric, qui vient d’annoncer un investissement pour un montant de 2 milliards de dollars sur les trois années à venir et qui déclare : » L’Afrique est devenue la région la plus prometteuse du monde en terme de croissance pour General Electric ». (2)

De son côté, la Banque Mondiale annonce des prévisions de croissance entre 5% et 6% du Produit Intérieur Brut pour les pays de la zone subsaharienne grâce, comme on s’en doute, à l’exploitation des ressources naturelles mais aussi…par la construction d’infrastructures, ce qui est du coup plus grave que le pillage des ressources, puisque dans ce cas, il s’agira une fois encore, de la bonne vielle combine du « retour à l’envoyeur », inspirée directement de la françafrique : je te prête, tu nous donnes les chantiers et, avec intérêts, tu nous rembourses.

Montage inique et meurtrier auquel on pourrait ajouter la suite, connue de tous : tu rembourse, tu creuse ta dette et donc, tu creuse ta tombe.

Dans cette veine, Obama annoncera, à la fin du sommet, 33 milliards d’investissements ou plutôt, comme pour une espèce d’africathon, « de « promesses d’investissement ». Sans doute laisse-t-il entendre que, pour mériter cette « manne » promise, s’agira-t-il d’être à l’image de ce que souhaitent les ONG ?

Après le marketing d’usage concernant les slogans US classiques sur les rapports « gagnant-gagnant » et autre « égal à égal »… le président fait le détail des provenances de ces promesses.

Ces 33 milliards seront d’origine à la fois publique et privée. La plus petite part, 7 milliards, viendra de fonds débloqués directement par l’administration. Une sorte d’aide publique au développement déjà bien connue et déjà tristement célèbre en Afrique.

14 milliards proviendront du secteur 100% privé et iront concourir aux grands chantiers des infrastructures. Peut-on douter que ces chantiers seront confiés à des entreprises américaines ?

Prenant connaissance de ces informations, les vieux chevaux de retour que sont Bouygues et Bolloré pourront se dire qu’il n’y a, décidément, rien de bien nouveau sous le soleil de Washington.

Les 12 milliards restants seront intégrés dans le dispositif Power Africa. Une initiative qui a pour but la promotion d’un réseau électrique sur le continent permettant d’atteindre 60 millions de foyers reliés au réseau. C’est certainement General Electric qui va être content…

Ce programme sera co-financé par la Banque Mondiale, des entreprises américaines et le gouvernement suédois.

Les africains, pour avoir déjà expérimenté ce genre de montages à triple corps, Banque Mondiale, secteur privé et public, savent qu’ils en ont tout à craindre, surtout lorsque la Banque Mondiale est à la table. Autrement dit, à la sortie, si le programme s’achève vraiment un jour, qui aura vraiment payé ? Qui sera endetté ? Pour combien et auprès de qui ?

Un « sommet » pour rien mais beaucoup d’humiliations

Pour clore le programme, avant un dîner « kolossal » pour 500 convives (3), le président américain lancera un dernier avertissement à ses auditeurs, concernant les yeux doux que certains pourraient continuer à faire aux chinois : » nous, nous ne voulons pas juste extraire vos ressources minérales pour notre propre croissance « . Ce qui, en langage étatsunien est on ne peut plus clair : si vous voulez travailler avec nous, ce sera avec nous et nous seuls !

Bref, on passera sur la manière quasiment indécente dont été traités les chefs d’État africains au cours de ces trois jours : pas un seul reçu par Obama, pas un seul tête à tête, une visite bâclée au Sénat où personne ne les souhaitait vraiment, contraints de payer leur voyage et leur chambre d’hôtel… Il faut appeler un chat un chat, ils ont été mal traités.

Non que nous ayons à les plaindre, après tout, ils n’avaient qu’à hausser le ton, s’insurger, interrompre…mais comme on le sait, s’imposer aux grands, défendre nos pays, notre continent, n’est plus réellement la spécialité de nos dirigeants actuels. Nous ne les plaindrons donc pas.

Ce qui, en revanche, est à prendre en considération est la permanence du mépris affiché pour des responsables africains en poste, et par delà leur personne, le peu de cas que font ces patrons « made in USA » de l’Afrique et de ses populations.

Le round autour de l’AGOA, s’il en était encore besoin, est une démonstration flagrante du cynisme et de la condescendance de cette administration à l’égard de l’Afrique. Qui ne sait en effet, en Afrique, que cet AGOA n’est qu’un marché de dupes ? Un ouvre-boîte permanent qui permet aux américains un accès hors taxes aux ressources pétrolières de l’Afrique de l’Ouest ? Autrement dit, un « gagnant-gagnant » 100% US, 100% à sens unique, comme les aime tant les américains.

Alors, comment Obama peut-il, non seulement défendre cette escroquerie imposée à l’Afrique par son prédécesseur, mais pire encore, présenter sa reconduction prochaine, qu’il a lui-même demandé au congrès, comme une victoire de son administration ?

Lorsqu’on sait que cette loi « African Growth Opportunity Act », dite de « libre échange » pour les produits subsahariens manufacturés, ne concerne quasiment que …le pétrole du Nigéria (pour 80%), on se demande encore comment nos « représentants », entendant de tels propos, ont-ils pu garder leur calme, ne pas rétablir les faits et rester murés dans un silence absurde et complice.

Un comportement gravissime. Agissant de la sorte, ils accréditent l’idée, largement en cours dans les pays riches, selon laquelle, hors d’Afrique, les africains ne comprennent pas tout…qu’ils sont toujours les « indigènes », les « arriérés » et les « primitifs » des temps coloniaux, au mieux « de grands enfants » qu’il convient d’enseigner…

Finalement, le comportement d’Obama et de son administration à l’égard des africains, mis en lumière au cours de ce « sommet », en rappelle un autre, dans la même veine et tout autant méprisant. Celui qui, reprochant « à l’homme africain de ne pas être entré dans l’histoire » aura lui aussi, marqué profondément l’Afrique pour longtemps. (4)

Encore une fois, la leçon est claire : L’Afrique doit avancer pour elle-même. Elle doit se débarrasser de tous ses parasites néo-coloniaux, des sangsues que sont ces dizaines de milliers d’ONG.

Elle n’a nul besoin de donneurs de leçons payantes, nul besoin du paternalisme racisant des investisseurs, qu’ils s’appellent Bouygues, Bolloré, AREVA, General Electric ou encore OBAMA, Hillary Clinton, Kerry… Qu’ils soient la Banque Mondiale, le FMI, l’UE ou les acteurs des APD…Qu’ils partent tous !

Un « sommet » donc, qui pour être inédit, ne peut pourtant que renvoyer les africains à leurs responsabilités, les pousser plus que jamais à prendre leurs affaires en main, s’en occuper vraiment et directement, tous ensemble, à l’échelle du continent.

Car , s’il est un point sur lequel Obama a raison, c’est que l’Afrique est bien un continent d’espoir, gorgé de richesses naturelles et de potentiel humain et que, une fois chassés les prédateurs, les pilleurs et les fauteurs de guerres, elle saura, sans aucun doute possible, se sauver et se développer.

Romuald Boko et François Charles pour l’Autre Afrique
(www.lautreafrique.info)

1/ Entendu dans une rue de Dakar
2/ Le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n’a pas pu résister au lobbying de Hillary Clinton, l’ex secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique de 2009 à 2013. Hillary Clinton se targue dans ses mémoires, qu’elle vient de publier, d’avoir réussi à convaincre Bouteflika d’octroyer un marché de 2,5 milliards de dollars au géant américain de l’énergie General Electric. C’est Hillary Clinton qui raconte, elle-même, cette anecdote croustillante, dans son livre Hard choices

source : www.algerie-focus.com
3/ 47 chefs d’Etats africains et…500 convives ! Cherchez l’erreur…
4/ Le tristement célèbre discours de Nicolas Sarkozy à l’université Cheik Anta Diop de Dakar
 

27 décembre 2013

La république françafricaine (Survie)


 (Carte : Nicolas Catonné / RFI )

Survie | 6 décembre 2013 par Odile Tobner
 
La Centrafrique est un cas d’école pour qui veut mesurer les ravages de la Françafrique. Aucun pays africain n’a été aussi étroitement tenu sous tutelle française ; aucun n’est aussi délabré que la République centrafricaine, cinquième pays le plus pauvre du monde en dépit des richesses de son sous-sol.

La déliquescence de l’État [1] a laissé tout latitude aux bandes armées qui s’imposent par la terreur. Avec moins de cinq millions d’habitants la Centrafrique est aujourd’hui un pays sans routes, sans hôpitaux, sans écoles, sans eau potable, sans électricité. Soixante-dix pour cent de la population, abandonnée à elle-même, se trouve au-dessous du seuil de pauvreté et souffre de malnutrition ; le taux de mortalité à l’âge de cinq ans est de 220 pour mille et l’espérance de vie est de 44 ans. La moitié des habitants sont analphabètes. Tel est le triste bilan des régimes qui se sont succédé, tous sous une étroite dépendance de Paris. L’État-fantôme ne contrôle pas l’exploitation des ressources, bois, diamant, dont une grande partie fuit en contrebande vers les pays voisins.

L’histoire de la Centrafrique est celle d’un désastre continu. Après avoir été saigné à blanc par trois quarts de siècle d’une exploitation qui a dépeuplé le territoire et qui a permis l’édification de grandes fortunes françaises, notamment celles des Giscard d’Estaing ou de la famille de l’expert ès-droits de l’homme BHL, l’ex-Oubangui-Chari aborde l’indépendance en 1960 avec à peine deux millions d’habitants pour un territoire grand comme la France. Les bases militaires de Bouar et de Bangui assurent une présence permanente de l’armée française, qui a fait de la RCA un de ses terrains de jeu de prédilection, écrasant toute tentative de rébellion et assurant à la France une gestion quasi directe du pouvoir politique. Cette souveraineté de fait a permis à la France d’entretenir soigneusement la déliquescence de la RCA, pour mieux servir ses visées stratégiques et livrer le territoire au pillage de ses affairistes. Le seul objectif des subventions françaises depuis l’indépendance, et européennes depuis les années 2000, est d’assurer la continuité de l’exploitation des matières premières et l’accès aux aéroports.

Aujourd’hui que le chaos où est plongée la Centrafrique, devenue la proie de bandes armées venues du Congo, de l’Ouganda, du Soudan, du Tchad, menace leurs intérêts, les pays occidentaux envisagent une intervention militaire, maquillée d’humanitaire bien sûr. Ainsi le 20 novembre le directeur du bureau Afrique du département d’État des États- Unis, Robert Jackson, s’alarme d’une situation de « pré-génocide » en Centrafrique. Laurent Fabius lui fait immédiatement écho, affirmant que « la République centrafricaine est au bord du génocide ». Le mot fait mouche et dès le lendemain le même annonce que la France va déployer un millier de soldats supplémentaires, venant s’ajouter aux 400 qui gardent en permanence l’aéroport de Bangui et quelques sites français dont celui de Total, et renforcer les quelque 3000 militaires de la Force militaire d’Afrique Centrale, la FOMAC, déjà présents sur le terrain. Il est probable qu’ils seront rejoints, sans tambour ni trompette, par nos forces spéciales, qui opèrent déjà en toute discrétion dans le nord du Cameroun. On rétablira une apparence d’ordre et les habitants continueront à périr d’inanition en silence, sans troubler la marche des affaires as usual.

La politique françafricaine est décidément une grande réussite.


[1] Vincent Munié , Agonie silencieuse de la Centrafrique , Le Monde diplomatique , 29/09/2013 et Vincent Munié, Centrafrique stratégie française , Le Monde diplomatique , février 2008 
 
 

13 décembre 2013

Mandela et l'égalité gay

Lors du 1er mariage gay d'Afrique du sud, source


Minorités | Par Laurent Chambon | Dimanche 08 décembre 2013  

 Mandela ou l'absence


Avec Didier Lestrade, nous sommes allés il y a quelques années en reportage en Afrique-du-Sud, un des premiers pays à avoir ouvert le mariage aux couples du même sexe, dès 2006. C’est d’ailleurs pendant ce voyage qu’a germé l’idée de faire repartir le site de Minorités, alors rendu obsolète par Google News, mais ça c’est une autre histoire. Nous y avons mené beaucoup d’interviews, la plupart dans le Gauteng, à la recherche d’explications sur le «miracle» sud-africain. Une grande partie de nos trouvailles a été publiée à l’époque dans Têtu (bien avant qu’il vire en un magazine pour idiotes superficielles). Il y a eu quelques personnages importants dans cette histoire exemplaire, mais le nom qui revenait le plus régulièrement était celui de Nelson Mandela.

Alors que l’ANC était plutôt un parti viril avec une culture ouvrière sexiste et homophobe, la transformation en captivité de Nelson Mandela d’un activiste anti-apartheid prêt à utiliser la violence en un leader charismatique non-violent l’a mené à prendre des distances avec la position officielle de son parti sur la question du genre et de l’orientation sexuelle. Comme nous l’ont raconté beaucoup de nos interlocuteurs, le fait que la nouvelle constitution sud-africaine mentionne l’égalité entre homo- et hétérosexuels tient beaucoup à l’obstination d’activistes LGBT anti-apartheid mais aussi au poids qu’a exercé Mandela sur son parti. Pour lui, si on est contre le racisme, on est aussi, forcément, contre le sexisme et l’homophobie.

Mandela a lui-même nommé Edwin Cameron, un Blanc, gay et ouvertement séropositif à la Cour d’appel, puis la Cour constitutionnelle, ce qui a eu un impact énorme. Saisi par deux femmes voulant se marier en 2004, il a défini le mariage comme « l’union à vie de deux personnes à l’exclusion de tout autre ». Le résultat a été que la Cour constitutionnelle a ordonné au gouvernement sud-africain d’ouvrir le mariage aux couples du même sexe avant le 1er janvier 2006, puisque leur exclusion était une discrimination selon la constitution, qui justement prône l’égalité entre homo- et hétérosexuels. Alors qu’en France les juges ont eu très peur de se « substituer au législateur » (lire : prendre leurs responsabilités) et que ni les partis politiques ni les associations n’ont pas vraiment été à la hauteur, en Afrique-du-Sud, la pression des associations LGBT, des juges et de Nelson Mandela a permis au « miracle » d’avoir lieu.

L’histoire de l’égalité homos-hétéros en Afrique-du-Sud est exemplaire parce qu’elle s’est inscrite dans un cadre plus large, anti-colonial et anti-raciste. Alors que le reste de l’Afrique se vautre dans l’homophobie la plus violente, au nom d’un africanisme basé sur la haine du colonisateur européen (alors même que l’homophobie a paradoxalement été apportée par le colonisateur), Nelson Mandela a permis de lier, justement, homophobie, sexisme, racisme et antisémitisme.

Les universitaires appellent cela l’intersectionalité, et à Minorités nous y tenons beaucoup : le fait de reconnaître les mêmes processus à l’œuvre dans différentes formes d’exclusions et de discriminations, qu’elles soient basées sur le genre, l’orientation sexuelle, la couleur de peau ou l’appartenance ethnique et religieuse.

Quand nous étions en Afrique-du-Sud, nos interlocuteurs nous expliquaient que Mandela avait réussi quelque chose qui avait raté ailleurs : la nouvelle génération de Sud-africains étaient peut-être travaillée par les inégalités et effrayée par la violence endémique (dont les viols «correctifs» des lesbiennes et les meurtres de trans), mais elle était définitivement post-raciale et post-sexiste. Le statut social (et l’argent), comme ailleurs, était de plus en plus important, mais ni la couleur de peau, ni le genre ni l’orientation sexuelle.

Accéder aux plus hauts niveaux...

de la pyramide de Maslow

Pour comprendre la transformation de Mandela, je pense qu’il faut se remémorer la pyramide du développement de Maslow. Bien que régulièrement critiquée, en particulier pour son ethnocentrisme supposé et pour la place qu’il accorde au besoin de sexe, cette pyramide, vue de façon dynamique, permet de comprendre l’évolution des individus vers la réalisation de soi. Les différentes religions donnent chacune un nom différent à la réalisation de ces besoins, mais toutes recommandent, à leur façon, d’y répondre. Les saintetés chrétiennes ou musulmanes, proches de l’éveil bouddhiste, en sont un parfait exemple, et ce n’est pas pour rien si on parle de Mandela comme d’un saint laïque.

Dans la pyramide de Maslow, une fois les besoins physiologiques satisfaits, après avoir réussi à se mettre en sécurité, s’être entouré d’amis et avoir le respect des autres, le niveau ultime est celui de l’accomplissement de soi. On y trouve moralité, créativité, spontanéité, absence de préjugés et acceptation des faits. Des qualités qu’il n’est pas forcément aisé de développer et dont manquent beaucoup de leaders politiques. Trop souvent, l’absence de scrupules, le dogmatisme, les calculs politiques et les préjugés semblent définir leur ligne de conduite, à droite comme à gauche. On se croirait au café du commerce, mais le clichés ne sont pas non plus basés sur rien.

Alors qu’il avait été enfermé par un système raciste, violent et injuste, que les agents de l’apartheid faisaient feu de tout bois pour le casser, que justement les autres étages de la pyramide n’étaient pas du tout assurés, Nelson Mandela est parvenu à la réalisation de soi. Coupé de sa famille, privé de liberté, menacé dans son intégrité physique, il a réussi à dépasser la haine raciste, le sexisme, l’homophobie ambiante et la haine des uns et des autres pour imaginer un pays post-raciste et démocratique, quand peu de gens y croyaient encore.

Ce n’est pas pour rien que beaucoup pensent que Mandela était un saint moderne : il a réussi à être/devenir/rester créatif, moral, tolérant et spontané alors que tout était organisé pour que, forcément, il sombre dans la haine.

Pourquoi si peu ?

Les articles n’ont pas manqué dans la presse du monde entier lorsque la mort de Mandela a été annoncée. Mais un seul article m’a vraiment frappé, celui de Paul Bril dans le Volkskrant : le culte de Mandela montre à quel point ce qui devrait être normal pour un leader politique ne l’est pas. Vu l’état d’avancement de nos sociétés, être créatif, moral, tolérant et spontané devrait être une obligation pour nos chefs d’État. Ce sont des qualités qu’on demande de façon standard aux enseignants, par exemple, et on ne peut pas dire qu’ils sont richement récompensés pour cela. Pourquoi ne devrait-on pas pouvoir exiger la même chose de nos dirigeants politiques, intellectuels et économiques ?

Elle est là, la vraie question soulevée par la vie de Mandela : si un homme emprisonné, humilié, laminé par une dictature raciste a pu accéder à la sainteté, tendre la main en tant qu’homme noir hétérosexuel aux Blancs, aux femmes et aux homos, comment se fait-il que nos élites, pourtant choyées depuis le berceau, n’ont pas pu dépasser les premiers étages de la pyramide des besoins de Maslow et ont eu tant de mal à imaginer l’égalité homos-hétéros, des moyens de lutter contre le racisme et le sexisme ? Pourquoi la seule personne qui a vraiment tenu tête aux élus homophobes lors du « débat » sur le mariage pour tous est-elle une femme noire, issue d’une famille nombreuse pauvre de Guyane et non pas ces hommes blancs hétérosexuels issus de l’élite parisienne, programmés à justement pouvoir atteindre plus facilement le haut de la pyramide de Maslow ?

La sainteté laïque de Mandela nous montre le problème principal auquel nos démocraties représentatives ont à faire face : notre système échoue à promouvoir des leaders vertueux et visionnaires. Et je ne parle pas seulement de politique : qui n’a pas connu ces chefs surpayés, arrogants, incompétents, intolérants et méchants ? La sainteté de Mandela souligne la méchanceté et la bêtise de nos élites, à beaucoup de niveaux. L'apartheid a accouché de Mandela, le pays des Lumières et des Droits de l'homme a donné Mitterrand, Chirac, Sarkozy, et bientôt Copé ou Valls. C’est pour cela que nous célébrons la mort de Nelson Mandela avec tant de tristesse : elle nous rappelle à quel point nous somme incapables, collectivement, d’avoir des personnages publics comme lui.


Il y a urgence à rétablir l'égalité des chances, à réduire les inégalités dans nos sociétés et entre nos sociétés, à traiter les humains et les animaux avec dignité sans les asservir, à faire cesser le pillage de la planète, à passer à une économie post-gaspillage et post-pétrole, à aider chacun à être en sécurité et se réaliser autant que possible. Et pourtant, il ne se passe rien. Aucun Mandela à l'horizon sur aucun de ces sujets.

Nous avons honte, et nous avons raison d’avoir honte.

Laurent Chambon
 url de cet article: www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1551-mandela-ou-l-absence.html

 

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