25 mai 2016

Tambours de guerre au Venezuela (Pagina 12)


Depuis ses origines, le processus bolivarien a été identifié par Washington comme une tumeur dont il fallait rapidement débarrasser l’hémisphère. Pour ce faire, tous les moyens possibles ont été utilisés, sans résultat : ni le coup d’état, ni la grève du pétrole, ni le harcèlement diplomatique, politique et médiatique n’ont eu les effets escomptés.

Sur le terrain électoral, Chavez l’a largement emporté, résistant de pied ferme face aux coups portés à son égard et avec l’appui enthousiaste de son peuple.

La Maison Blanche a amplifié ses agressions une fois que le lent mais implacable et progressif assassinat de Chavez a été déclenché. Après sa mort, l’offensive est devenue encore plus brutale.

Sans aucune retenue, des bandes mercenaires uribistes [1] ont pénétré tout le pays pour y semer violence et mort, tout comme le font aujourd’hui les « mareros » qui sévissent chaque jour au Salvador (...)
 
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16 mars 2015

Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture


Cet article de Thierry Deronne est une implacable démonstration, étayée, datée, chiffrée des enfumages médiatiques des Français, dès lors que les intérêts des USA sont en cause.
A beau mentir qui vient de loin. Mais, à l’heure d’Internet, l’Amérique latine est éloignée de quelques centièmes de secondes ; chacun peut lire Libération et le Monde des années passées, voir un JT de 2009 avec Pujadas, écouter en replay France Culture et s’attrister de voir cette radio se transformer en soldat d’un monde unipolaire et belliqueux, découvrir pourquoi la presse d’opposition vénézuélienne serait interdite en France… et aux USA.
Cet article magistral mérite d’être mis dans des bibliothèques d’écoles de journalisme, comme l’est le livre « La face cachée de Reporters sans frontières », ouvrage préfacé par Thierry Deronne.
Le Grand Soir est honoré d’être un des médias choisis par l’auteur pour faire connaître ce décorticage, cette oeuvre de salubrité journalistique.
LGS
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18 février 2014

Venezuela : coup de projecteur sur les zones d’ombre médiatiques

Dessin: Carlos Latuff: "nouveau sabotage contre le Vénezuela"


Romain MIGUS
 
A lire les media internationaux en ce mois de février 2014, on pourrait croire que le Venezuela est - de nouveau - à feu et à sang. Le coupable désigné par les grandes entreprises de communication est toujours le même depuis maintenant 15 ans : le gouvernement bolivarien massacrerait – de nouveau - son peuple comme s’il s’agissait du passe temps favori des élites politiques révolutionnaires depuis l’accession d’Hugo Chavez à la présidence de la République. Oubliés les onze chavistes assassinés au lendemain de la victoire électorale de Nicolas Maduro en avril 2013, passée sous silence la large victoire du camps bolivarien aux municipales de décembre 2013, gommé le soutien populaire dont bénéficie la Révolution, les vénézuéliens seraient désormais face à un « régime » qu’ils réprouvent et qui n’hésite pas à faire feu contre ses compatriotes. Un retour sur les derniers évènements qui ont secoué le Venezuela est donc nécessaire pour prendre la mesure de ce qui se déroule en ce moment au pays de Bolivar et de Chavez. Retour d’autant plus nécessaire pour capter, après la Libye, la Syrie ou les derniers évènements ukrainiens à quel point l’Empire fait preuve d’un cynisme sanguinaire pour éliminer les gouvernements qui ne s’alignent pas sur ses intérêts. (...)

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Sur le même sujet, voir :
Ramón Soto, étudiant : "CNN utilise d’anciennes images de moi pour tromper le monde."
Venezuela : une manipulation d’image particulièrement odieuse (Aporrea)
 

7 mars 2013

La révolution ne sera pas télévisée


Documentaire diffusé sur Arte en 2004, réalisé par Kim Bartley et Donnacha O’Briain.

En avril 2002, alors que deux réalisatrices irlandaises préparent un documentaire sur Hugo Chavez, elles vivent en direct du palais présidentiel le coup d’État conduit par les propriétaires de chaînes privées, les cadres des compagnies pétrolières et une poignée de dirigeants militaires soutenus par les USA, l’Espagne, la Colombie et le Salvador.

Source:  Au bout de la route

Lettre du Président Hugo Chavez à l’Afrique



Voici, reproduit en intégralité la lettre du Président Hugo Chavez aux participants du IIIème Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Guinée Équatoriale, février 2013)

Caracas, 22 février 2013.

Frères et sœurs,

Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et solidaire, avec toute ma joie et toute mon espérance pour le déroulement de ce III° Sommet tant attendu des Chefs d’État et de Gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos Peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la République Bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.

Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.

De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caribéenne.

Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique Latine et les Caraïbes partagent avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits , nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.

Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XX° siècle.

Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex présidents du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire comme l’est l’ASA (1).

Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de développement social, économique, politique et environnemental.

C’est sur nos continents que l’on trouve les ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.

Les paroles de cet immense général uruguayen José Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience : « Nous ne pouvons rien attendre si ce n’est de nous-même ». Cette pensée si profonde renferme une grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.

Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.

Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre elles appliquent une politique néo-coloniale qui menace la stabilité que nous avons commencé à renforcer sur nos continents.

Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité, d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce II° merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter unanimement les engagements de la Déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive que par la quantité et le contenu des accords atteints.

Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat Permanent de la Table Présidentielle Stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.

Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le Sommet de Margarita, le continent africain ait été victime des multiples interventions et des multiples attaques de la part des puissances occidentales.

Les nombreux bombardements et invasions impériaux empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ont eu comme objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces états avec les peuples latino-américains et caribéens.

La stratégie néo-coloniale a été, depuis le début du XIX°, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de l’OTAN.

Face à la menace extra-régionale pour empêcher l’avance et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar dans sa Lettre de Jamaïque de 1815 : « Union, union, union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre Gouvernement renouvelle, en ce III° Sommet de l’ ASA dans cette république sœur de Guinée Equatoriale, son absolue disposition à avancer dans le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de Margarita. Energie, Education, Agriculture, Finances et Communication continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur, l’Université des Peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays.

Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les résultats projetés lors de ce III° Sommet ASA nous permette de transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois de plus : « Nous devons attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens ».

Marchons donc vers notre union et notre indépendance définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie,un continent, un seul peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »

Vive l’union sud-américaine et africaine !

Vive l ’ASA !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vivrons et nous vaincrons !

Hugo Chavez Frias
 
Source: Africa n°1

6 mars 2013

Hugo Chávez et la révolution bolivarienne (vidéo )





NO VOLVERÁN



Vidéo 88’36"de 2007 VOSTFR, mise en ligne par  Vive la révolution !

Chavez, aussi vivant que le peuple vénézuélien




 
Ceux qui subissent jour après jour, depuis tant d’années, loin d’ici, la personnalisation médiatique des démocraties latino-américaines pour en faire des « dictatures » ou des «populismes» seraient sans doute étonnés de connaître les réactions des mouvements sociaux et des gouvernants latino-américains à l’annonce du décès du président Hugo Chavez à Caracas, ce mardi 5 mars 2013, à l’âge de 58 ans. Mais quel grand média dira le mélange de douleur, de fierté pour le travail collectif accompli, de mobilisation populaire et de volonté de vivre pour livrer les batailles de l’avenir, ce « tout ne fait que commencer » qui remplit ce soir les avenues, les places publiques du Venezuela ?


Evo Morales parle au peuple bolivien dès qu’il apprend le décès de Hugo Chavez, La Paz, 5 mars 2013.

Parmi les nombreux leaders qui voyageront pour être présents aux côtés du peuple vénézuélien, il y a le brésilien Lula da Silva qui dit « son sentiment de fierté d’avoir vécu et travaillé aux côtés de Chavez, pour l’intégration de l’Amérique Latine et pour un monde plus juste », l’ex-président hondurien Manuel Zelaya et l’ex-président paraguayen Lugo, tous deux renversés par un coup d’État de l’oligarchie, et pour qui « Hugo Chávez est un de ces hommes qui ne meurent jamais parce qu’il est dans le coeur du peuple latino-américain », le président de l’Uruguay José Mujica qui exprime « sa confiance dans le peuple et dans la démocratie vénézuélienne » et explique que sa « douleur prend une autre dimension parce qu’ il n’a jamais connu quelqu’un d’aussi généreux » et salue « un militant de première ligne, un des plus grands hommes d’État et visionnaires de notre Amérique », le président équatorien Rafael Correa pour qui « Hugo, ce guerrier invincible dans les urnes, sera plus vivant que jamais, éclairant, guidant, inspirant ces révolutions irréversibles pour la souveraineté, la dignité, la vraie liberté, la justice, la joie, le bonheur » ou le Président de Bolivie Evo Morales, ému jusqu’aux larmes : « Nous sommes blessés par le décès du frère, du compagnon Hugo Chávez, mon frère solidaire, mon compagnon révolutionnaire, latino-américain qui a lutté pour la Grande Patrie comme le fit Simón Bolívar en donnant sa vie pour la libération du peuple vénézuélien. Je regrette de dire que les oligarchies impériales sont sûrement en train de faire la fête, que les médias et l’opposition à Chavez ont démontré leur inhumanité, leur incapacité de respecter un patient et un peuple qui souffre. Mais tant pis, le plus important est que nous luttons pour cette libération pour laquelle a lutté Chavez. Et les peuples qui luttent pour leur liberté, sont aujourd’hui unis : c’est le plus important. Chávez sera présent dans toutes les régions du monde, parmi tous les mouvements sociaux pour accompagner ces grands processus de changement, de construction de l’égalité, après tant d’années de soumission et de pillage ».

 
Hugo Chavez à la rencontre du peuple haïtien.


31 mars 2011, en Bolivie.

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Avril 2009. Hugo Chávez offre à Barack Obama le livre d’Eduardo Galeano « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine » lors d’un Somet des Amériques à Puerto España, Trinidad y Tobago.



Mars 2008. Chávez salue son homologue argentine, Cristina Fernández de Kirchner, à Caracas.




Concert à Caracas, août 2004. Photos publiées aujourd’hui par le chanteur cubain Silvio Rodriguez sur son Blog http://segundacita.blogspot.com/

24 janvier 2013

Les athées prient pour Chávez


Tlaxcala | 20 janvier 2013 | Original: Los ateos rezan por Chávez

ABYA YALA / Les athées prient pour Chávez

 Les athées prient pour Chávez


John Brown

Traduit par  Thierry Deronne


« Le Prince étant défini uniquement, exclusivement,
par la fonction qu’il doit accomplir, c’est-à-dire par le
vide historique qu’il doit remplir, est une forme vide,
un pur possible-impossible aléatoire »

Louis Althusser, Machiavel et nous


Hier j’ai eu l’occasion de participer à une activité vraiment émouvante. Il s’agissait d’une réunion organisée à l’appel de l’ambassade de la République Bolivarienne du Venezuela à Bruxelles, en solidarité avec le président Hugo Chávez en convalescence à Cuba et qui rentrera probablement dans quelques semaines au Venezuela.




La solidarité avec la personne du président s’étendait à l’ensemble du processus révolutionnaire bolivarien. Le public était composé de membres de la communauté latino-américaine bruxelloise et d’autres personnes qui appuient le processus bolivarien et, en général, la vague transformatrice qui change radicalement une bonne partie de l’Amérique Latine. Les participants, dont les diplomates des pays membres de l’ALBA, étaient tous des gens simples, politisés, attentifs. Sur un écran, en direct, apparaissaient les images de l’immense manifestation de Caracas où la population, en l’absence de Hugo Chávez, prit elle-même possession du mandat présidentiel (1). Une scène émouvante : face à une “opposition” qui organisa des feux d’artifice il y a quelques semaines dès qu’elle crut le président mort et qui aujourd’hui encore compte plus sur le cancer que sur son propre potentiel électoral pour mettre fin au processus bolivarien, une marée bigarrée mais aussi très rouge, de personnes en tout genre et de tous les âges, entourait le palais présdentiel de Miraflores pour défendre la démocratie, leur démocratie. Face aux coups d’État, face à la mort. Aujourd’hui même nous, les athées, prions pour Chavez et élevons notre prière à un Dieu que nous savons inexistant.

Beaucoup de choses sont en jeu dans cette conjoncture difficile marquée par l’état de santé de Chávez. L’opposition a tenté de profiter de ce moment pour déstabiliser le pays en générant, entre autres, des pénuries alimentaires, du chaos, de l’incertitude. Pour l’heure sa tactique semble vouée à l’échec. Au contraire, une immense majorité de la population, plus nombreuse encore que celle qui l’a réélu, souhaite selon les enquêtes (2) que le président Chavez reprenne son travail et que se poursuive le processus qu’il a initié. Chávez n’est pas seulement un président de la République, il est autre chose : le symbole vivant d’un changement social qui a impulsé l’existence politique de millions de vénézuéliens qui avant « n’existaient pas » et qui ne possédaient aucun type de droit.

Le Venezuela d’aujourd’hui est un pays où les politiques sociales du gouvernement bolivarien ont réduit drastiquement la pauvreté, où est garanti l’accès à l’enseignement gratuit pour tous, non seulement pour les niveaux primaire et secondaire mais universitaire. Sur 27 millions de vénézuéliens il y avait 300.000 universitaires avant la révolution; ils sont aujourd’hui plus de deux millions. On peut affirmer la même chose en ce qui concerne la santé et la culture. Un des objectifs du gouvernement du Venezuela est que 2 millions d’enfants accèdent à l’alphabétisation musicale, c’est-à-dire qu’ils aprennent la musique et sachent jouer d’un instrument que leur donne gratuitement l’État. Les théâtres et les salles de concert ne sont plus le patrimoine exclusif de l’oligarchie. Le changement social est palpable dans le développement des services publics et dans la distribution de la richesse, ainsi qu’en termes de politisation et de participation directe de la population. C’est la force majeure de Chávez et la base de la légitimité du processus. Comme disent les vénézuéliens, « Chávez nous a donné une Patrie », en d’autres termes il les a fait membres effectifs d’une communauté politique et a ouvert l’accès aux biens communs d’un pays dont la grande richesse était jusqu’ici réservée à quelques uns.



On ne peut discuter ces réussites mais le problème en soi créé par la maladie de  Chávez pointe une caractéristique du processus qui peut être à la fois sa force majeure et sa plus grande faiblesse. Il s’agit en effet de la relation très étroite du processus avec la personne de Chávez, qui s’exprime dans des slogans tels que « Chávez est le peuple”, « Chávez, coeur du peuple » ou « Nous sommes tous Chávez ».  En marge de la relation affective que peuvent éprouver d’amples secteurs de la population vénézuélienne pour le dirigeant de la révolution bolivarienne, il est inévitable de lire cette relation imaginaire dans le cadre de la tradition politique de la souveraineté.Dans cette tradition, dont le penseur classique est Thomas Hobbes, le souverain est celui qui unifie le peuple. Il l’unifie dans la mesure où il le représente et il le représente en tant que les individus qui composent la multitude faite peuple, renoncent par contrat à tout droit en propre en faveur du droit absolu du souverain. Pour Hobbes, telle est l’unique manière de surmonter les dangers mortels que suppose la guerre de tous contre tous qui caractérise l’état de nature. De cette façon, le peuple et chacun des individus qui le composent agissent par le biais de leur représentant, à travers le souverain; et par conséquent chaque sujet doit considérer l’action du souverain comme la sienne, en propre. D’un point de vue graphique, Hobbes représentait en couverture de son Léviathan ce fait fondateur de la souveraineté par le biais de l’image d’un Homme Artificiel composé par les petits humains naturels qui transfèrent au souverain leur propre droit, leur propre puissance. Ainsi Hobbes peut-il affirmer que dans une monarchie : « Le Roi est le Peuple » (The King is the People). Le leadership de


Le Léviathan: ou la matière, forme et pouvoir d’une
république ecclésiastique et civile
, de Thomas Hobbes (1651)


Chavez a été qualifié fréquemment de « populiste ». Dans la majorité des cas par ses détracteurs, qui considèrent qu’une direction politique qui n’est pas aux mains de “ceux qui savent” ne saurait être qu’irrationnelle et tyrannique. Grande est, en effet, l’aversion de la tradition politique occidentale pour le pouvoir du peuple. Cette même tradition politique qui aujourd’hui dénonce le populisme de Chavez est celle qui jusqu’aux débuts du vingtième siècle considérait la  « démocratie » de manière négative, et le faisait pour les mêmes motifs qu’aujourd’hui. Il existe cependant un autre courant de pensée qui assume le « populisme » comme un fait positif et qui considère, comme le fait Ernesto Laclau, que le populisme est l’autre nom de la politique face à des conceptions qui la neutralisent, la réduisent à une simple gestion de la société par de supposés experts. La politique ainsi neutralisée se convertit, pour reprendre les termes du philosophe français Jacques Rancière, en simple « police » ou gestion des différences et hiérarchies consolidées. Seul le « populisme » comme importation dans l’espace politique des revendications de la partie non représentée et peut-être jamais totalement représentable peut faire revivre l’antagonisme et avec lui, la politique proprement dite, celle qui coïncide avec la démocratie. C’est ce que Chávez a su faire magistralement.
Le leadership de Chávez est parfaitement anomal. Chávez n’est pas un professionnel de la politique ni un expert, mais un homme du peuple. Ce qui fait que la majorité de la population exclue du pouvoir et de la répartition des richesses s’identifie avec lui. Chávez est pour “ceux d’en bas”, dans cet État aux racines coloniale et oligarchique qu’était le Venezuela jusqu’à avant-hier, une personne qui n’appartient pas à la classe ou à la race qui a « toujours » gouverné le pays. Il est, en outre, une personne qui n’a jamais – presque – renoncé à la “décence commune”, ce sens moral immédiat basé sur l’égalité et la dignité de tous qu’Orwell attribuait aux clases populaires et dont manquent la grande majorité des gouvernants. Pa surcroît, le président Chávez continue à être président non seulement par son évident courage personnel, non seulement parce que l’a réélu depuis 14 ans une large majorité, mais surtout parce que le peuple vénézuélien l’a libéré des mains de ceux qui l’avaient enlevé et l’a réinstallé à la présidence, faisant échouer un coup d’État de l’oligarchie. Dans un sens diamétralement opposé à la phrase déjà citée de Hobbes : « Chávez est le peuple » parce que la multitude de ceux d’en bas est celle qui a soutenu et soutient l’un des siens à ce poste de responsabilité politique qui n’était pas fait pour eux.
Le populisme, dans sa singulière expression chaviste, revêt ainsi un doublée aspect : d’un côté, il adopte les formes de la souveraineté classique en affirmant la représentation du peuple dans et par un leader mais de l’autre côté, la multitude et rien qu’elle a démontré sa capacité de soutenir en même temps un leader et le processus révolutionnaire bolivarien. Face aux oligarques du coup d’État et même face à la maladie, face au cancer qui constitue le triste et indigne espoir des “escualidos” (3), c’est la multitude qui a donné un contenu à l’action du dirigeant et lui a conféré à chaque instant sa puissance, à travers un dialogue ininterrompu. La théologie politique de la matrice hobbesienne faisait du souverain un Dieu mortel qui transcende le peuple dans lequel se fonde son pouvoir et réduisait la multitude à Un.
Le chavisme est une nouvelle théologie politique hérétique, messianique et matérialiste, dans laquelle la multitude se maintient comme telle et comme multitude détermine dans une grande mesure le cours du processus politique. Le souverain cesse d’être dans ce contexte une substance, un absolu. Il est une relation interne à la multitude dont la personne de Chávez, comme défenseur des biens communs matériels et de la décence commune, de la dignité de tous, est une simple expression. Le souverain n’est pas celui qui désactive la multitude mais la figure qui résulte de l’intense politisation de la population et en laquelle seulement elle peut s’appuyer. Hugo Chávez, dans ce navire négrier dirigé par les mutins qu’est le Venezuela bolivarien, est un personnage semblable au Benito Cereno de Melville, même s’il s’agit d’un Benito Cereno différent : un nègre habillé en capitaine et qui assume avec enthousiasme sa fonction.


 


Chávez est certainement un prince, non pas le prince charmant des contes de fée qui n’apparaît qu’une fois et disparaît ensuite pour ne jamais revenir (à moins que s’accomplisse une condition très difficile à réaliser) mais un authentique prince machiavélien. C’est le prince qui fonde une république nouvelle et une démocratie à partir d’un moment monarchique initial. Althusser rappelait dans son essai Machiavel et nous un texte du Prince de Machiavel : « Un seul homme est capable de constituer un État mais la durée de cet État et de ses lois serait très brève si l’exécution dépendait d’un seul, la manière de le garantir est de la confier aux soins et à la sauvegarde de plusieurs« . Il y a ainsi, comme le commente Althusser dans le texte machiavélien, deux moments dans la fondation d’un nouveau principat : 1) un moment de solitude du prince, celui du “commencement absolu” qui ne peut être que l’oeuvre d’un, d’un individu seul, mais “ce moment est en lui-même instable, car en ultime instance il peut s’incliner davantage du côté de la tyrannie que du côté d’un authentique État « , et 2) un second moment qui est celui de la durée, qui ne peut être atteint qu’à travers une double opération : la dotation de lois et la sortie de la solitude, c’est-à-dire du pouvoir absolu d’un seul « .
Certes comme nous l’avons vu, le pouvoir absolu d’un seul est une fiction théorique qui sert à penser la rupture avec le passé, avec l’ordre antérieur. Dans le cas de Chavez, depuis le moment de sa « décision » de rompre avec le régime oligarchique et à travers des différentes phases de la révolution bolivarienne, il a toujours compté sur l’appui de mouvement sociaux importants et tendanciellement majoritaires. Mais sa révolution ne peut se comparer avec la création du principat nouveau machiavélien que jusqu’à un certain point. Machiavel pense à la création d’un État moderne, bourgeois, d’un système de domination de classe, certes intelligent et capable de négocier avec “ceux d’en bas” car le prince doit “gagner l’amitié du peuple”, mais ce qui est en jeu aujourd’hui au Venezuela est précisément la liquidation de la société de classes, la création d’une démocratie réelle, le socialisme comme transition à une société du bien commun. Cela empêche les deux moments de se distinguer clairement, bien que, sans doute, la décision de Chavez de se rebeller contre le régime oligarchique fut en son temps le catalyseur, à la fois nécessaire et parfaitement imprévisible, qui a permis à l’ensemble du processus de prendre corps et de se mettre en marche.
Un prince qui fonde une démocratie est un médiateur évanescent, un médiateur dont l’acte même empêche sa perpétuation comme souverain absolu. Chavez est donc indispensable mais en même temps, substituable. Il a lui-même expliqué à de nombreuses reprises que l’objectif du projet bolivarien est d’en finir avec l’État bourgeois et avec ses institutions pour établir une démocratie en accord avec de nouvelles relations sociales post-capitalistes. Dans la présentation de son programme électoral lors des dernières élections présidentielles (4), Hugo Chavez affirmait : « Pour avancer vers le socialisme, nous avons besoin d’un pouvoir populaire capable de désarticuler les trames de l’oppression, de l’exploitation et de la domination qui subsistent dans la société vénézuélienne, qui soit capable de configurer une nouvelle sociabilité depuis la vie quotidienne, où la fraternité et la solidarité vont de pair avec l’émergence permanente de nouveaux modes de planification et de production de la vie matérielle de notre peuple. Ceci suppose de désintégrer complètement la forme bourgeoise de l’État dont nous avons hérité, qui se reproduit à travers ses vieilles et nuisibles pratiques, et de donner une continuité à l’invention de nouvelles formes de gestion politique.« 
Ici en Europe, en Amérique Latine et dans d’autres parties du monde, nous sommes nombreux à souhaiter que le président bolivarien se rétablisse rapidement et applique ce programme si nécessaire à l’enracinement de la nouvelle république issue de la révolution et à la sortie  définitive de l’imaginaire hobbesien propre àl’État bourgeois.


Notes :
(1) Lire à ce sujet le reportage « Le jour où Miss Mundo leva le poing », http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/11/le-jour-ou-miss-mundo-leva-le-poing/
(3) Terme populaire vénézuélien pour les opposants de droite.




Merci à Venezuela Infos
Source: http://iohannesmaurus.blogspot.com.es/2013/01/los-ateos-rezan-por-chavez.html
Date de parution de l'article original: 11/01/2013
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=9015

19 février 2012

L’« Horreur chaviste »

Par Jean Ortiz | Mémoire des Luttes


Alors qu’en France Total a réalisé 12 milliards d’euros de profits en 2011 pour engraisser actionnaires, spéculateurs et nantis, le "dictateur" vénézuélien Hugo Chavez utilise la rente pétrolière au service du progrès social, de l’inclusion sociale et d’une redistribution plus équitable des richesses [1].

Je me souviens de ces banderoles, dans les quartiers pauvres de Caracas (les barrios), qui proclamaient : "Maintenant le pétrole arrive dans les écoles, les dispensaires, les centres sociaux...". Quelle horreur : sortir les gueux de leur condition de parias ! Chacun à sa place Comandante !

Pour contourner un Etat encore "bourgeois" et corrompu, et qui résiste aux changements, le "dictateur populiste" a mis en place des "missions sociales" d’urgence afin de combattre la pauvreté ; assurer un statut aux milliers de petits vendeurs ambulants et leur permettre l’accès à la Sécurité sociale ; aider les jeunes mères célibataires ; garantir un minimum vieillesse aux damnés de la terre. Egalement promouvoir la médecine gratuite, des programmes éducatifs en direction de toutes les couches de la population, aider les enfants des rues et les handicapés, ouvrir des supermarchés populaires à prix cassés. Sans parler de la mise en place de conseils communaux élus (structures d’autogestion) qui font régner la terreur du "pouvoir populaire" et de la "démocratie participative" dans les quartiers, les villages...

De source ONU (CEPAL), on apprend que la pauvreté au Venezuela a chuté de 49,4% de la population en 1998 à 27,8% aujourd’hui. Le pays est devenu le moins inégalitaire d’Amérique latine. Pure propagande totalitaire ! Chavez arrose les pauvres à des fins électorales et les rend "visibles" pour les touristes. Quel gaspillage d’argent public ! Rien pour les riches, non de Dieu, qui sont pourtant des citoyens à part entière et de "civilisation supérieure" ! Que chacun reste à sa place et la rente pétrolière sera bien gardée. Pourquoi la dilapider ?

Les prisons sont pleines d’opposants et d’amis de BHL ; le sang coule dans les rues de Caracas. Les petits marchands en font du boudin caraqueño qu’ils vendent dix bolivars. La droite française et ses scribouillards paillettes-serviles s’insurgent. La gauche hollandaise et nombre d’intellos ont peur de la contagion "populiste" ; il veillent sur le respect des libertés et des droits de l’homme à Caracas.
La gauche-gauche, elle, est partagée. Une partie s’engage (nous en sommes) ; l’autre hésite. Et si c’était une resucée de soviétisme ? Elle observe cet objet politique non identifié, non breveté "Made in Occident", ce putain de "socialisme du 21ème siècle", ce curieux mélange... Attention aux mots ! Ne le nommons pas encore. Il ne correspond pas à nos grilles de lecture, à nos schémas. Ce n’est pas "la révolution" ajoutent les puristes. Et puis Chavez est impulsif, militaire, zambo (métis). Il se trompe parfois en matière de politique internationale, j’en conviens.

Observons l’élection présidentielle d’octobre 2012 pour voir s’il la gagne démocratiquement. Et puis nous aviserons. L’internationalisme de jadis, la solidarité - sans aveuglement ni inconditionnalité - attendront jusqu’en novembre. Une fois de plus, malheureusement, notre euro-centrisme, notre frilosité, peuvent nous conduire à regarder les trains passer. NON, NON et NON !

Les barricades, comme disait Elsa Triolet, n’ont que deux côtés. Washington a déjà choisi le sien, et il arrose, il arrose... les siens, les siens de garde du néolibéralisme en péril.

 

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