11 novembre 2014

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens


Sécurité alimentaire, droit social, écologie...


Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens


Engagées en 2008, les discussions sur l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ont abouti le 18 octobre. Un bon présage pour le gouvernement américain, qui espère conclure un partenariat de ce type avec le Vieux Continent. Négocié en secret, ce projet ardemment soutenu par les multinationales leur permettrait d’attaquer en justice tout Etat qui ne se plierait pas aux normes du libéralisme.

suite sur le Monde Diplomatique ... 
 
 

24 septembre 2014

CETA-TAFTA, des traités jumeaux pour détruire la souveraineté des peuples


Le 18 octobre 2013, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le premier ministre canadien, Stephen Harper, ont conclu ce que la Commission appelle un « accord politique » sur les éléments essentiels d’un accord économique et commercial global (AÉCG) entre l’Union européenne et le Canada.

Les négociations avaient commencé en 2009. Avec la complicité des gouvernements de l’UE, elles se sont tenues dans le plus grand secret. Jamais, les gouvernements qui ont donné le feu vert à la Commission européenne pour conduire ces négociations et signer cet « accord politique » n’ont informé leur Parlement et encore moins sollicité l’accord de celui-ci pour mener de telles négociations qui, pourtant, remettent en cause des choix de société fondamentaux

Si on a peu parlé jusqu’ici de ce projet de traité, c’est qu’il a fallu longtemps avant que des fuites permettent d’en connaître le contenu. Ce n’est que depuis début août qu’on dispose d’une version du document qui peut être considérée comme définitive (document de la Commission européenne du 5 août 2014 : CETA Consolidated text accompagné de la mention : This document is Limited and should hence not be distributed outside the EU institutions).

Demain, 25 septembre, à Ottawa, se tiendra un Sommet Canada-Union européenne où l’élite économique et politique va célébrer la conclusion de cet accord de libre-échange Canada-UE (AÉCG ou, en anglais, CETA pour Canada-EU Trade Agreement). Un accord qui va beaucoup plus loin que les accords de l’OMC dans le démantèlement des souverainetés démocratiques.
 
Lire la suite sur le blog de Raoul Marc Jennar ...
 

28 novembre 2013

Guide de navigation pour affronter le grand marché transatlantique


Les dessous de Bruxelles | 28 novembre 2013

Le 8 juillet 2013, l’Union européenne et les Etats-Unis ont entamé des négociations en vue de conclure un accord commercial bilatéral, le Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement (PTCI/TAFTA). C’est l’aboutissement de plusieurs années de lobbying des groupes industriels et financiers, européens et états-uniens.(Ce document publié par Attac est disponible en PDF ici)
Le partenariat transatlantique serait un des accords de libre-échange et de libéralisation de l’investissement les plus importants jamais conclus, représentant la moitié du PIB mondial et le tiers des échanges commerciaux. Comme d’autres accords bilatéraux signés récemment ou en cours de négociations – notamment l’accord UE-Canada – le PTCI ne se contentera pas d’abolir les barrières douanières ; il s’étendra aussi aux « barrières non-tarifaires ».

En effet, toute réglementation, même décidée démocratiquement, peut être considérée comme un obstacle au commerce. Le PTCI va donc viser le démantèlement, ou l’affaiblissement, de toutes les normes qui limitent les profits des entreprises européennes ou états-uniennes, en fonction de leurs intérêts respectifs.
Le volet « investissement » du mandat de négociation du PTCI prévoit en outre un mécanisme particulièrement menaçant dit « de règlement des différends » qui pourraient survenir entre des acteurs économiques privés et l’un des gouvernements. L’accord UE-Canada, qui n’est pas encore ratifié, contient une telle procédure.
L’introduction d’un tel mécanisme ad-hoc, à travers la nomination d’experts « arbitres » qui délibéreraient indépendamment des juridictions publiques nationales ou communautaires, permettrait aux transnationales de poursuivre des Etats dont les normes sanitaires, écologiques ou sociales, ou toute autre réglementation protectrice des consommateurs ou des économies locales, apparaîtraient comme des entraves aux investissements étrangers. L’objectif : étendre le champ possible des investissements et « sécuriser » la liberté et les bénéfices des investisseurs.

Le PTCI pourrait avoir des conséquences considérables dans bien d’autres domaines qui dépassent largement le périmètre du commerce. Il renforcerait par exemple drastiquement les droits de propriété intellectuelle des acteurs économiques privés et du domaine du brevetable, et pourrait donner aux multinationales des nouvelles technologies de l’information un pouvoir accru de contrôle des données de l’internet, notamment celles relatives aux citoyens. Pour la Commission européenne, qui négocie au nom de tous les pays de l’Union européenne, il s’agit d’aligner le PTCI sur « le plus haut niveau de libéralisation » qui soit. Elle souhaite même ériger l’accord en modèle.
Ce Guide de navigation pour affronter le grand marché transatlantique décrypte les principaux risques émanant de ce projet d’accord.

Alerte 1 - La diminution des droits de douane et les attaques sur les normes sociales, sanitaires et écologiques
Le mandat donné à la Commission européenne par le Conseil des ministres européen du commerce du 14 juin 2013 appelle à une « réduction substantielle des tarifs douaniers ». Si les droits de douane sont en moyenne assez faibles de part et d’autre de l’Atlantique, ils restent élevés dans certains secteurs.
Dans l’agriculture par exemple, les droits de douane moyens sont de 7% côté Etats-Unis et de 13% côté Union européenne. Ces droits de douane protègent certains secteurs vis-à-vis d’une agriculture états- unienne plus industrielle et plus « compétitive », du fait notamment de la médiocrité des protections sociales et environnementales outre-Atlantique. Les droits de douane permettent également à l’UE de se protéger d’un taux de change plus favorable pour les productions états-uniennes. Que se passerait-il si ces droits de douane étaient démantelés ? Face à l’arrivée massive de nouveaux produits agricoles américains, notre propre agriculture n’aurait d’autre possibilité que de généraliser le modèle agro-exportateur défendu par les transnationales européennes.

La concurrence accrue aboutirait à la contraction des coûts de production, qui exigerait d’affaiblir les standards environnementaux, alimentaires, sociaux. Les perspectives de promotion des circuits courts et de la relocalisation des activités agricoles, de l’agro- écologie et de l’agriculture paysanne disparaîtraient.
Outre les barrières douanières, l’Union européenne et les Etats-Unis présentent des règles sanitaires, environnementales – et notamment de bien-être animal dans le secteur agricole et alimentaire – très dissemblables. Les Etats-Unis utiliseront l’opportunité du PTCI pour contraindre l’Union européenne à l’abandon de ses mesures « protectionnistes » et à l’adoption des normes américaines.
L’argument principal des promoteurs du PTCI porte sur les retombées économiques. Pourtant, d’après une étude de la Commission européenne, le gain en terme de PIB est estimé à 0,1% pour 10 ans, soit moins de 0,01% par an… Des « retombées » en vérité tout à fait insignifiantes comparées aux risques qui pèsent sur l’emploi et les droits sociaux. Ceux-ci pourraient en effet être revus à la baisse dans le cadre de l’« harmonisation » des normes sociales.
Ainsi, par exemple, d’après la Confédération syndicale états-unienne AFL-CIO, l’ALENA (accord similaire entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada) a déjà coûté 1 million d’emplois du fait notamment de l’abaissement des tarifs douaniers et des restructurations d’entreprises devenues « non-compétitives ». Par cette extension géographique de la compétition économique, le marché transatlantique favoriserait les fusions/acquisitions d’entreprises, donnant aux firmes multinationales un contrôle de plus en plus grand de l’économie et de la finance.
Concrètement 
Le bœuf aux hormones représente la plus grande partie de la production et de la consommation de bœuf aux Etats-Unis ; la production et l’importation en sont interdites dans l’UE, pour des raisons de risques sanitaires. L’OMC avait déjà donné raison aux Etats-Unis et au Canada dans le cadre de leur plainte contre l’UE, en autorisant la mise en place de mesures de rétorsion. Qu’en sera-t-il dans le cadre du PTCI ?
La question se pose aussi pour les volailles désinfectées avec des solutions chlorées, que les Etats-Unis souhaitent pouvoir exporter dans l’UE. L’accord UE-Canada, s’il était ratifié, autoriserait les firmes à porter plainte contre les Etats qui refusent le bœuf aux hormones, et ouvrirait directement la voie à un accord UE-US.
A ce jour, 52 variétés d’OGM sont autorisées à l’importation dans l’UE ; les puissantes multinationales semencières et lobbies agro-industriels européens et américains font pression pour que la liste soit élargie. Les clauses de sauvegarde décidées par certains pays comme la France, qui refusent la plantation d’OGM sur leur territoire, pourraient être attaquées par une multinationale via le mécanisme de règlement des différends.
Pour l’industrie européenne comme états-unienne, et notamment pour les industries extractives, les négociations du PTCI et l’accord UE-Canada sont une aubaine : l’occasion d’obtenir la remise en cause d’un certain nombre de protections ou de régulations écologiques, par exemple sur l’exploitation des gaz de schiste qui demeure interdite en France et en Bulgarie, ou encore de la réglementation européenne REACH sur les produits chimiques, jugée trop contraignante.
Les banques et assurances se frottent les mains : le PTCI sera aussi l’occasion pour les lobbies financiers d’amoindrir les instruments de régulation financière et bancaire et d’approfondir la libéralisation des services financiers. Il deviendra impossible de renforcer le contrôle des banques, de taxer les transactions financières, de lutter contre les fonds spéculatifs.

Alerte 2 - La marchandisation de nouveaux pans de l’économie
Les négociations du PTCI ne consistent pas uniquement à abattre les barrières tarifaires et non tarifaires. Il s’agira aussi d’étendre le domaine du libre-échange, notamment dans les secteurs des services. La distribution d’eau et d’électricité, l’éducation, la santé, la recherche, les transports, l’aide aux personnes… ces secteurs qui pour beaucoup relèvent encore du service public, pourraient ainsi être ouverts à la concurrence.
Les négociations du PTCI risquent notamment de conduire à l’ouverture des marchés publics en Europe mais aussi aux Etats-Unis, comme le souhaitent les lobbies européens ; les collectivités locales pourraient être contraintes de lancer des appels d’offre ouverts aux multinationales. Avec à la clé des règles strictes qui ne leur permettront plus de favoriser les entreprises, emplois et produits locaux (et donc le développement local), ni d’adopter des normes environnementales ou sociales élevées.
Le gouvernement français s’est targué d’avoir préservé l’“exception culturelle”, qui permet de subventionner en partie la création artistique, audiovisuelle notamment. Mais l’exception incluse dans le mandat de négociations ne concerne que le secteur de l’audiovisuel : aucune restriction n’a été prévue pour les autres secteurs de la culture et du numérique. Cette exclusion partielle du mandat de négociation n’est par ailleurs pas définitive : à tout moment, la Commission peut demander l’élargissement de son mandat de négociations. Et ces secteurs ne seront pas à l’abri du mécanisme de règlement des différends.
Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, le PTCI pourrait reprendre les éléments présents dans le projet “ACTA” (Anti-counterfeiting Trade Agreement ou Accord commercial anti-contrefaçon), qui prévoyait de fortement renforcer les droits de propriété intellectuelle et qu’une large mobilisation avait conduit à l’échec en juillet 2012. Au nom de la lutte contre le “piratage” il pourrait en effet permettre une surveillance généralisée du réseau et réduire la liberté d’expression sur internet. Autre conséquence, l’accès des consommateurs à des médicaments abordables (génériques) pourrait être menacé.

Concrètement : une nouvelle étape décisive dans l’histoire de la dérégulation
Depuis les années 90, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a été le moteur de la libéralisation du commerce. En son sein, plus de 150 pays négocient la baisse des droits de douane sur de nombreux biens et services, la suppression des barrières non tarifaires, ainsi que l’extension du domaine du libre-échange et du marché, par exemple aux services publics et à la propriété intellectuelle.
La marche de l’OMC vers la dérégulation totale du commerce s’est rapidement heurtée à de nombreux obstacles : mobilisations de la société civile, d’une part, qui récusait les conséquences dramatiques du libre-échange, dénonciation de la mainmise des grandes puissances par les pays en développement, d’autre part. Constatant le relatif blocage de l’OMC, les grandes puissances, et notamment l’Union européenne et les Etats-Unis, se sont engagés dans une stratégie bilatérale et birégionale avec leurs partenaires commerciaux. Elles profitent alors d’un rapport de force très défavorable aux pays les plus pauvres. Lorsque les accords bilatéraux se négocient entre économies de puissance comparable, l’avantage consiste alors pour les négociateurs, à l’abri du regard du public, à pouvoir aller beaucoup plus loin que dans le cadre de l’OMC dans l’instauration d’un système commercial conçu pour et avec les firmes multinationales.
Alerte 3 - Une attaque sans précédent contre la démocratie : les transnationales à la manœuvre, le contrôle citoyen à la trappe
Les multinationales européennes et leurs lobbies, comme Business Europe, ont déployé un lobbying intense en perspective de l’ouverture des négociations du PTCI. Les intérêts industriels prévalent auprès des institutions européennes, comme en témoignent la composition et le fonctionnement du groupe de travail de haut niveau mis en place par l’Union et les Etats-Unis pour examiner les effets de l’accord et faire des recommandations.
La Commission a multiplié les consultations auprès des transnationales européennes. Ainsi, parmi les 130 rendez-vous pris par la Commission pour discuter avec les parties-prenantes de l’accord, 119 concernaient des transnationales ou des lobbies industriels de premier plan. Dans le même temps, le public demeure dans la désinformation la plus totale. Sans forte mobilisation citoyenne, l’opacité des négociations restera la règle, puisque pour l’heure le mandat de la Commission européenne n’a pu être connu que grâce à des fuites.
Mais le premier danger pour la démocratie concerne le mécanisme d’arbitrage « investisseur-Etat » prévu dans le mandat donné à la Commission européenne. Ce mécanisme de règlement des différends, qui figure déjà dans l’accord UE-Canada, permettrait aux transnationales de porter plainte contre un Etat ou une collectivité territoriale dès lors qu’une loi ou qu’une réglementation fera entrave au commerce et à l’investissement.
Pour les multinationales, l’enjeu est immense. Il s’agit d’obtenir la possibilité d’agir en véritable « police de l’investissement », d’obliger les Etats à se conformer à leurs règles et de pouvoir éliminer tout obstacle à leurs profits présents mais aussi futurs ; des obstacles tels que des normes sanitaires, écologiques, sociales, votées démocratiquement, et remises en cause au nom du principe sacré du droit des investisseurs !
On trouve de nombreux exemples de plaintes de multinationales dans le cadre d’accords bilatéraux d’investissement déjà conclus. Certains Etats ont ainsi été condamnés à des amendes très dissuasives, se chiffrant souvent en millions, voire en milliards, de dollars (Nouvelle Zélande, Uruguay, Argentine…).
Lone Pine et les gaz de schiste
Dans le cadre d’un mécanisme similaire au mécanisme d’arbitrage « investisseur-Etat » envisagé dans le PTCI, la multinationale Lone Pine poursuit le gouvernement canadien et demande 250 millions de dollars de réparation pour des investissements et des profits qu’elle ne peut réaliser en raison du moratoire sur l’extraction des gaz de schiste mis en place par le Québec. En France, grâce à des mobilisations populaires importantes, la fracturation hydraulique est pour l’instant interdite. Mais régulièrement, les industriels du secteur reviennent à la charge pour convaincre les autorités des bienfaits économiques de cette extraction ultra-polluante. Que se passera-t-il si les géants de l’énergie européens ou américains utilisent le PTCI pour poursuivre le gouvernement français ?

Conclusion
En 1998, une mobilisation citoyenne internationale avait réussi à mettre en échec un projet d’accord international négocié dans le cadre de l’OCDE, qui visait une libéralisation de l’investissement pour les firmes transnationales, l’Accord multilatéral pour l’investissement (AMI). L’Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) a lui aussi été refusé en juillet 2012 par les eurodéputés suite à une large mobilisation des citoyens européens. Il est donc possible de stopper cette soumission des sociétés et de la nature aux intérêts marchands des multinationales.
Nous devons obtenir la non-ratification du traité entre le Canada et l’Union européenne car il contient déjà l’essentiel des dispositions que nous refusons, et le blocage des négociations sur le PTCI car il représente une menace pour les citoyen.ne.s européen.ne.s et états-unien.ne.s.
En France, Attac est à l’initiative de la constitution d’un collectif qui s’oppose à ce projet d’accord et qui rassemblent des dizaines de réseaux citoyens, organisations associatives, syndicales et politiques.
Nous mènerons une campagne de longue haleine qui mobilisera toute l’association (réunions publiques, documents d’information, site internet, interpellation des élus et candidats aux élections européennes, initiatives publiques…) afin que la négociation de cet accord soit remise en cause !

A lire
Le mandat de la Commission du 17 juin 2013, sur le site Contre la cour http://bit.ly/18fh8Y4
Une déclaration transatlantique des droits des multinationales, traduction française du rapport rédigé par le réseau Seattle to Brussels, Corporate Europe Observatory et Transnational Institute www.france.attac.org/TAFTA
Dossier TAFTA sur le site de la Quadrature du net www.laquadrature.net/fr/TAFTA

30 octobre 2013

Accord transatlantique TAFTA


Par  La Quadrature du Net

Négocié depuis le mois de juillet 2013, TAFTA, l'accord commercial trans-atlantique ou Trans-Atlantic Free Trade Agreement (aussi connu sous le nom de TTIP, Transatlantic Trade and Investment Partnership ou Partenariat Transatlantique de Commerce et d'Investissement) est un projet d'accord commercial entre l'Union européenne et les États-Unis. Il concerne des domaines aussi variés que l'accès aux médicaments, la sécurité alimentaire ou le règlement des différents privés-publics. Les négociations, menées par un petit groupe de fonctionnaires non élus, sont censées durer au moins jusqu'à fin 2014.

Malgré le rejet de l'accord commercial ACTA en 2012 et les mises en garde de la société civile, les membres du Parlement européen se sont exprimés en faveur du renforcement de la protection des droits d'auteur, des brevets et des marques dans le mandat autorisant la Commission européenne à négocier TAFTA. En outre, ils ne se sont pas opposés à la tenue de ces négociations dans l'opacité, et n'ont pas exigé leur suspension en réaction à l'espionnage par la NSA des négociateurs européens.

Tous ces éléments laissent craindre que les négociateurs pourraient profiter de TAFTA pour tenter une nouvelle fois d'imposer des mesures répressives au nom de la protection des intérêts de l'industrie du divertissement, ou d'autres mesures attaquant nos libertés sur Internet. Dès maintenant et jusqu'à la fin des négociations, il est donc essentiel que les citoyens fassent entendre leur voix et se mobilisent pour éviter que ce nouvel accord commercial puisse porter atteinte à nos libertés fondamentales et à un Internet libre.

Chronologie

À venir : Initialement prévu pour les 7-11 octobre 2013 – 2ème cycle de négociations à Bruxelles (reporté en raison du blocage du vote du budget au Congrès américain)

16-20 décembre 2013 – 3ème cycle de négociations à Washington

Passé


- 8-12 juillet 2013 – 1er cycle de négociations à Washington

- 4 juillet 2013 – Vote au Parlement européen d'une résolution refusant le report des négociations malgré la surveillance américaine des communications des négociateurs européens

- 14 juin 2013 – Le Conseil de l'UE approuve le lancement des négociations de TAFTA

- 23 mai 2013 – Le Parlement européen adopte le mandat de négociation de la Commission européenne

- 25 avril 2013 – Vote de la résolution préparant le mandat de négociation de la Commission européenne au sein de la commission « commerce international » (INTA) du Parlement européen

- 21 mars 2013 – Publication de la déclaration de la société civile « Sortir la "propriété intellectuelle" de TAFTA »

- 13 février 2013 – Signature d'une déclaration de Barack Obama, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso initiant les procédures nécessaires au lancement des négociations de TAFTA

- 11 février 2013 – Publication des recommandations du groupe de travail de haut niveau mis en place en 2011

- 7-8 février 2013 – Le Conseil européen se prononce en faveur d'un « accord commercial global »

- 28 novembre 2011 – L'Union européenne et les États-Unis mettent en place un groupe de travail de haut niveau sur la croissance et l'emploi, destiné à trouver des solutions à la crise économique, mené par Ron Kirk et Karel De Gucht

Voir également la Revue de Presse ...


4 février 2012

Le guide pour rester anonyme sur Internet

CNR Midi-Pyrénées | vendredi 03 février 2012

Hadopi, Acta : les lois qui surveillent Internet se multiplient. Mode d'emploi à l'usage des non-geeks pour utiliser le Web sans laisser de traces.


Naviguer sur Internet, c'est comme sauter à pieds joints dans du béton frais : on laisse des traces (presque) indélébiles partout. C'est aussi ce que dit Bruce Schneier, expert en sécurité informatique :
« Si vous pensez que la technologie peut résoudre vos problèmes de sécurité, alors vous n'avez rien compris aux problèmes ni à la technologie. »
L'informatique, et plus particulièrement Internet, est un formidable moyen de liberté d'expression, mais aussi une machine à surveiller. Or, surfer anonymement peut être souhaitable pour des tas de raisons, et pas seulement pour les paranos. On peut être amené à vouloir être anonyme sur Internet à un moment de sa vie. Liste non exhaustive et non exclusive :
  • échapper au flicage de son patron ;
  • éviter les yeux indiscrets de sa femme/son mari ;
  • déjouer la surveillance des autorités (cela ne vaut que si on habite dans un pays autoritaire, bien entendu), comme le font tant de dissidents, de la Biélorussie à la Syrie ;
  • empêcher de grandes entreprises – de préférence américaines – de collecter une foule de données personnelles ;
  • protéger son travail ou ses sources (si on est journaliste ou militant).
Renforcer son anonymat sur Internet, ce n'est pas « un truc de geek » : on dit souvent que la solution (ou le problème) se trouve entre la chaise et le clavier.
On peut agir, très simplement et toujours gratuitement, pour protéger sa vie privée et surfer anonymement sur Internet. Les solutions qui suivent ne sont pas à appliquer « en bloc », mais sont davantage un catalogue dans lequel piocher en fonction de ses besoins.

1 Le navigateur


L'historique

C'est parfois aussi simple que cela. La plupart des navigateurs stockent toutes les pages sur lesquelles vous vous rendez. Autant d'indiscrétions sur vos activités en ligne pour ceux qui ont accès à votre ordinateur (patron, conjoint(e)...).
Accessible dans les options ou en tapant Ctrl(Pomme)+H sur la plupart des navigateurs, il est également possible de supprimer l'historique avec le raccourci Ctrl(Pomme)+Maj+Suppr.

Les cookies

Ce sont des petits fichiers créés par certains sites que vous visitez et qui sont stockés dans votre navigateurs. Ils fourmillent (entre autres) de détails personnels : certains mémorisent l'identifiant et le mot de passe (afin que vous n'ayez pas à le ressaisir), d'autres stockent un panier d'achats sur un site d'e-commerce.
Ils sont autant de traces et vos passages sur le Web. Il est possible de les désactiver ou de les supprimer (via le menu « préférences » de votre navigateur).
La plupart des navigateurs modernes disposent d'une fonctionnalité qui permet de naviguer sans laisser de trace (historique et cookies). Mais attention, ce mode de connexion n'a aucun impact sur votre logiciel d'envoi d'e-mails ou de messagerie instantanée, seulement sur l'historique et les cookies de votre navigateurs.

2 La connexion


Pour afficher une page web, c'est le protocole HTTP qui est le plus souvent utilisé (oui, celui qui est dans votre barre d'adresse) : les données qui circulent avec ce protocole ne sont pas chiffrées.
Parfois, notamment sur les sites de commerce en ligne, un « s » vient s'ajouter au « HTTP » dans la barre d'adresse. Cela signifie que la communication entre votre ordinateur et le site web est chiffrée, donc beaucoup plus sécurisée.
Mais, afin d'éviter de voir son identité compromise sur Internet, cette précaution ne doit pas être cantonnée aux services de commerce en ligne. En 2010, un développeur mettait au point un petit programme, que l'on pouvait rajouter au navigateur Firefox, qui permettait par exemple, notamment via le réseau WiFi, de dérober les identifiants Facebook ou Twitter de tous ceux qui se connectaient au réseau.
Une précaution simple pour éviter ce genre de déconvenues, l'installation de l'extension Firefox « HTTPS everywhere », qui porte bien son nom : elle force tous les sites à communiquer avec votre ordinateur de manière chiffrée. Un bon moyen d'éviter que des yeux indiscrets sachent ce que vous faites avec votre connexion. Attention, certains sites n'autorisent pas une connexion sécurisée (vérifier le cas échéant la présence d'un petit cadenas dans la barre d'adresse ou celle du « s » après « HTTP »).
Cependant, la sécurité de la navigation en HTTPS réside dans des certificats, qui authentifient les sites utilisant cette technologie. Ces certificats sont de plus en plus volés et falsifiés, poussant même WikiLeaks à changer de système de soumission de ses documents confidentiels.

3 L'adresse IP


L'adresse IP est un élément central à comprendre afin d'être discret sur Internet.
C'est un peu la carte d'identité de votre ordinateur : tous les sites ou services que vous visitez conservent une trace de votre connexion (plus ou moins longuement selon la législation du pays où ils sont implantés) – les « logs » : il est donc possible de savoir qui s'est connecté, où et quand.
Lorsque vous laissez un commentaire ou postez une photo en ligne, l'adresse IP est « mémorisée ». Les fournisseurs d'accès sont généralement capables de faire le lien entre une adresse IP et une identité bien réelle (en France, le délai de conservation des « logs » est généralement d'un an).
Heureusement, plusieurs solutions existent pour se faire discret.

Le proxy

Un proxy est un ordinateur par lequel va transiter votre connexion, afin de masquer votre adresse IP.
Reporters Sans Frontières, dans son guide pour bloguer anonymement, explique (à travers l'exemple de Sarah, une fonctionnaire qui veut dénoncer les travers de son patron en utilisant un proxy) :
« Au lieu de se connecter directement à Hotmail.com, elle se connecte d'abord au proxy, qui lui-même se connecte à Hotmail. Quand Hotmail lui envoie une page, celle-ci est dans un premier temps reçue par le serveur proxy, qui la lui renvoie. »
C'est l'adresse IP du proxy, et non celle de son ordinateur qui est semée un peu partout sur Internet.
Le proxy présente quatre problèmes :
  • c'est le proxy qui stocke les adresses IP : ce qui n'est pas sans poser problème ;
  • un proxy se paramètre directement depuis son navigateur web ou certaines applications (e-mail, messagerie instantanée...) : ces dernières ne prévoient pas toutes cette fonctionnalité (il est cependant possible de les forcer à le faire) ;
  • la navigation devient plus lente, puisque la connexion fait sans cesse des aller-retours ;
  • les communications avec le proxy ne sont généralement pas chiffrées.
Une liste de proxys (ainsi que les moyens de les installer) est accessible sur cette plateforme collaborative.

Le réseau Tor

Tor est un réseau composé de multiples nœuds (ou couches, d'où son nom, qui signifie « oignon » en anglais). Un ordinateur qui s'y connecte accède à Internet (sites web, mais aussi messagerie, mails...) à travers un « chemin » tracé aléatoirement dans ces nœuds : cela permet de ne pas savoir d'où la connexion – chiffrée, bien évidemment – provient, ni ce qu'elle contient.
C'est un système souvent utilisé par les dissidents dans les pays où Internet est très surveillé.

Schéma de fonctionnement de Tor (Torproject/CC)
Tor se présente sous la forme d'un logiciel assez facile à installer. Il est très largement utilisé dans les pays autoritaires, a même été financé par le gouvernement américain et a été utilisé par WikiLeaks. Problèmes :
  • la navigation utilisant ce logiciel est parfois lente ;
  • la sécurité de Tor n'est pas totale, et des failles ont été découvertes.


4 La cryptographie


Jusqu'à la toute fin des années 90, les logiciels de cryptographie étaient considérés comme une arme de guerre, et donc soumis à une régulation très stricte.
Depuis, n'importe qui peut chiffrer ses communications (e-mail, tchat, ou même ses fichiers et son disque dur tout entier).
Plusieurs solutions existent pour chiffrer ses communications.

La messagerie instantanée

De nombreux « plugins » (petits modules qu'on ajoute à des logiciels) dit OTR (« off the record ») permettent d'activer le chiffrement des communications.
Quelques logiciels sur lesquels cette fonctionnalité peut être activée : Adium, Pidgin, Miranda...

Les e-mails

Les e-mails sont très souvent surveillés. Même chose que pour la messagerie instantanée : des plugins peuvent être activés sur de nombreux logiciels, dont le célèbre Thunderbird.
La plupart du temps, c'est le logiciel PGP qui est utilisé et qui offre le rapport qualité/facilité d'utilisation le plus intéressant.

Les fichiers

Le logiciel TrueCrypt permet de chiffrer très facilement un fichier, un dossier ou même son disque dur tout entier.
C'est souvent l'algorithme AES, agréé par la NSA (un des services de renseignement des Etats-Unis) pour le chiffrement des informations top-secrètes du gouvernement américain, qui est utilisé. Officiellement, on commence à peine à trouver des failles à cet algorithme, réputé inviolable.


5 Précautions diverses

Un système d'exploitation ultra discret sur clé USB

Il est possible d'utiliser un ordinateur sans y laisser aucune trace. Tails est une variante du système d'exploitation Linux, qui combine les outils mentionnés précédemment pour chiffrer les e-mails et naviguer sur Internet anonymement.
Il se lance très simplement depuis un CD ou une clé USB, sans laisser la moindre trace de son passage sur l'ordinateur utilisé.

Les logiciels libres

 

De manière générale, pour renforcer sa confidentialité, il est conseillé de privilégier les logiciels libres. Leur code source est disponible et modifiable à souhait : les dizaines de milliers de programmeurs qui constituent la « communauté du libre » ont décortiqué et analysé la plupart de ces logiciels.
Il y a donc beaucoup moins de chances que ces programmes contiennent des fonctionnalités « malveillantes » comme des « portes dérobées », qui pourraient menacer l'anonymat ou la sécurité. A l'inverse, seules les entreprises qui ont développé des logiciels dits « propriétaires » ont accès aux codes sources de ces derniers.
Le site Framasoft entretient une liste de plus de 1 500 logiciels libres.

Les services payants et le « cloud computing »

A des fins d'anonymat, il faut évidemment éviter tous les services qui exigent des coordonnées bancaires. Problème : beaucoup de services gratuits (comme Gmail ou Facebook) sont soumis au droit américain (et notamment à son Patriot Act), et peuvent être amenés, sur demande de la justice, à transmettre des données personnelles (à l'instar de Google, qui communique beaucoup sur cette question).
Beaucoup des services payants sont des services de « cloud computing » – un terme à la mode. Ces techniques, qui consistent à héberger et à traiter des données en ligne plutôt que sur son propre ordinateur (Gmail ou Google Docs en font par exemple partie), sont évidemment à utiliser avec prudence.
Les données « sur le cloud » ne vous appartiennent plus totalement, et vous n'avez pas une parfaite maîtrise sur qui en fait quoi et n'êtes pas à l'abri d'un bug ou d'une négligence.

Plusieurs identités numériques

Une autre précaution, si vous utilisez de nombreux services différents, est de recourir à un grand nombre de pseudos et d'adresses mail différentes, afin de rendre plus compliqué le croisement entre les bases de données et la compromission de l'anonymat.

Les métadonnées

Des détails contenus dans les fichiers Word, PDF, Excel ou les images peuvent compromettre l'identité du créateur du document ou de son émetteur.
C'est ce qu'on appelle les « métadonnées » : ces dernières peuvent indiquer quel ordinateur a créé le document, quel logiciel a été utilisé, voire qui est son propriétaire ! Des moyens existent pour effacer [PDF] ces données peu discrètes.

Impossible d'être parfaitement anonyme

Ces précautions peuvent paraître inutiles. Pourtant, les menaces sur les libertés des internautes se sont multipliées :
  • la DCRI (contre-espionnage français) est capable de rentrer dans n'importe quel ordinateur ;
  • WikiLeaks a révélé la capacité de certaines entreprises à surveiller Internet à l'échelle d'un pays entier ;
  • et les initiatives comme Hadopi et Acta accroissent la surveillance de l'Etat et des entreprises sur les internautes.
Malgré toutes ces techniques, l'anonymat et plus généralement la sécurité informatique ne sont pas des notions absolues : il est impossible d'être parfaitement anonyme sur Internet, comme le note le journaliste spécialisé Jean-Marc Manach :
« La sécurité est un processus, pas un produit, et rien n'est pire qu'un faux sentiment de sécurité engendré par une accumulation de “trucs” ou parce qu'on a acheté tel ou tel “produit” ou logiciel de sécurité. »
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Formation et rencontre entre journalistes et hackers
Le 25/02 à La Cantine

RSF, La Cantine, Silicon Maniacs, Reflets.info et Télécomix organisent une journée de formation et de rencontres entre journalistes et hackers le 25 février à La Cantine (151 rue Montmartre, Passage des Panoramas, Paris IIe). Journalistes et hackers discuteront des meilleurs moyens de se protéger sur Internet.
Ateliers de 13 à 18 heures (inscription obligatoire) suivi d'une table ronde de 18 à 20 heures (ouverte au public). Pour plus de renseignements et inscriptions aux ateliers : wefightcensorship@rsf.org.

 

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