18 juillet 2015

La gauche et l’euro : liquider, reconstruire



Frédéric Lordon

1. L’euro interdit radicalement toute politique progressiste possible.

2. S’il en était encore besoin, le traitement criminel infligé à la Grèce en six mois de brutalisation (rebaptisée « négociation ») prouve que l’entreprise de « transformer l’euro », ou l’hypothèse d’un « autre euro possible », sont des chimères qui, par désillusions successives, ne mènent qu’à l’impasse et à la désespérance politiques.

3. Abandonner aux extrêmes-droites (qui au demeurant n’en feront rien [1]…) toute perspective politique d’en finir avec l’euro et ses institutions est une faute politique qui condamne les gauches européennes à l’impuissance indéfinie.

4. Sauf à continuer de soupirer après ce qui n’arrivera pas — un « autre euro » et l’« Europe sociale » qui va avec — le réarmement des gauches européennes passe donc impérativement par l’imagination de l’après-euro.

L’avenir de la gauche se joue entre ces quatre propositions. 
 
 

26 février 2015

Podemos contre la Révolution bolivarienne au Venezuela ?


Vive la révolution | 26 février 2015

Plusieurs dirigeants de Podemos ont pris position, ces derniers jours, contre le gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela. Ils reprochent à Nicolas Maduro d’avoir fait arrêter le Maire de Caracas, Antonio Ledezma, suite à la tentative de coup d’Etat déjoué ces derniers jours - article et traduction Nico Maury

Tania González, députée européenne de Podemos, lors d’une conférence de presse (que l’on peut retrouver ici) a condamné l’arrestation du Maire de Caracas Antonio Ledezma. Ce dernier a été arrêté et transféré devant la justice pour avoir participé à une tentative de coup d’Etat contre le gouvernement légitime et démocratique du Venezuela.

Pablo Iglesias, Secrétaire général de Podemos, dans une émission sur Telecinco, a déclaré : "Je vais être très clair sur ce point, je ne aime pas un maire soit arrêté. Savoir si il a commis un crime c’est secondaire. Mais je n’aime pas cela arrêter un maire ". De plus, en encore plus grave, le leader de Podemos c’est dit favorable à la présence des multinationales espagnoles au Venezuela et a demandé au gouvernement vénézuélien et au gouvernement espagnol "d’abaisser la tension", légitimant ainsi l’ingérence espagnole dans la politique interne du Venezuela. (source ici)

Pablo Iglesias un "Judas" pour le Venezuela

Orlando Romero, journaliste sur la station publique "Radio Nacional Venezolana" (RNV) a accusé Pablo Iglesias de renier la "révolution bolivarienne" et "Hugo Chavez".

"Il suffit de regarder une vidéo où ce gars, ce Judas nie toute relation avec le régime bolivarien. Les journalistes l’on interrogé sur sa relation avec Chavez, sa relation avec le régime bolivarien et sa relation avec le Président Maduro . Il la nie, se lave les mains comme Pilate et déclare qu’il n’a rien en commun avec le Venezuela bolivarien".

Le journaliste vénézuélien accuse Iglésias d’utiliser malgré tout l’image de Chavez pour obtenir les suffrages des personnes qui cherchent un changement réel en Espagne. Il accuse Podemos de plonger l’Espagne dans la confusion.

24 janvier 2015

Greek crisis: Podemos

Alexis Tsípras et Pablo Iglesias, Athènes, le 22 janvier

Par Panagiotis Grigoriou sur Greek crisis | vendredi 23 janvier 2015

Notre petite radio était plus rouge que jamais. Et nous, assis en cercle, plus d’une quarantaine de personnes dans un petit studio, (nous) avons accueilli jeudi 22 janvier à la Radio 105,5 “Sto Kókkino - Au Rouge”, Pablo Manuel Iglesias Turrión de Podemos et de tout cœur surtout. L’histoire émouvante en direct, tandis qu’au même moment, les petits navrants s’en vont déjà. Vassílis Kikílias, ministre de l’Ordre public a fait le tour des bureaux dans son ministère vendredi 23 janvier faisant ses adieux.

Inutile de reproduire en longueur ce que l’on sait déjà du reportage: “Le vent d’un changement démocratique souffle sur l’Europe, s’exclame Pablo Iglesias. Jusqu‘à la victoire, SYRIZA Podemos, nous vaincrons ! Selon Pablo Iglesias, le succès de SYRIZA s’explique par un besoin de souveraineté nationale. Les Grecs en ont assez de voir leur politique dictée par l’extérieur”. Étranges moments vraiment, lorsque les... énormes médias font semblant de découvrir les propos forts et les évidences alors que jusque là, seuls certains “extrémistes” comme nous en faisions l’écho.

L’interview accordée la radio 105,5 a duré environ 25 minutes et elle a commencé en musique, sous le “Canto General”, poème épique en quinze chants du poète chilien Pablo Neruda, publié en 1950 à Mexico, dont Míkis Theodorakis a fait un oratorio. “Nous envisageons aussi le changement à travers la musique” a dit Pablo Iglesias. “En Espagne nous avons tous chanté: ‘Cambia todo’ qui signifie: En chantant, tout change”.


Neruda & Θεοδωράκης - La United Fruit Co... par Naisbit

“Pour nous, Samaras et Rajoy sont ces piètres... versions d’Angela Merkel et dont les politiques suivies, ont aggravé le chômage, l'austérité et la dette. Pour inverser cette situation nous avons besoin d’une grande réaction de la part des citoyens. Nous disons pour l’instant ‘oui’ à l'euro puisqu’il est inévitable, mais non pas, à la manière dont fonctionne en ce moment la zone euro”, a déclaré Pablo Iglesias.

 S’adressant aux électeurs plus âgés, il a déclaré: “Les personnes âgées ne devraient pas succomber à la peur. Ils devraient au contraire inciter leurs enfants et leurs petits-enfants à voter en faveur du changement. Suite aux élections dimanche, les Grecs auront enfin un Premier ministre grec et non pas un valet de Merkel. SYRIZA, PODEMOS et le Sinn Féin en Irlande, sont la promesse d’avenir possible pour la majorité des peuples en Europe. Cette promesse cependant, doit être en même temps soutenue par un grand mouvement populaire d’en bas”.

Il se concrétise alors quelque chose, quelque part, entre Athènes et Madrid... en passant par Bruxelles. En studio jeudi après-midi, nous avons commenté la dernière décision de la BCE, de manière disons positive, tandis que de son côté, Jacques Sapir remarque que “l’annonce qu’il vient de faire le jeudi 22 janvier restera dans les annales. La Banque Centrale Européenne s’est donc converti à ‘l’assouplissement’, ce que l’on appelle le ‘quantitative easing’ (ou QE pour les initiés. Mais, il s’agit d’une mesure désespérée. Rien ne prouve qu’elle donne les résultats espérés. Elle soulève par ailleurs de nombreuses questions. En un sens, on peut y voir aussi, et c’est là peut-être le point le plus important, l’amorce d’une reconnaissance que la zone Euro ne fonctionne plus et qu’il convient d’en préparer la dissolution”. L’avenir alors se fera tôt ou tard.

L'heure la plus grande c’est maintenant. “
Quotidien des Rédacteurs” du 23 janvier

Nos amis et analystes sur 105,5 expriment alors l’essentiel (23 janvier): “C’est une élection capitale. La Patrie et la Démocratie sont en danger. L’Europe cessera d’être un monstre ou sinon, elle cessera tout court d’exister. Nous disons Non, et définitivement non à cette Europe actuelle qui s’apparente à une piètre copie du 4ème Reich. Nos âmes et consciences sont fatiguées, extenuées par cette atrocité que nous vivons, d’ou ce changement en douceur, par le vote et sans trop de fracas dans les rues. Un gouvernement de Gauche, doit d’abord restaurer la dignité et le visage humain, le nôtre et celui de tous. Toutes nos luttes historiques depuis le temps de la dictature convergent alors ce dimanche. Le visage humain, rien que ce visage humain, déjà, par le retour des Conventions collectives et par l’arrêt des saisies de la résidence principale, cela, à titre d’exemple. Les gens aussi doivent changer, ne plus accepter l’immoralité, ni voter en faveur des escrocs sous prétexte d’en tirer quelques maigres avantages clientélistes, au détriment des concitoyens et évidemment d’eux-mêmes.”.

Le même soir, toute la sociologie de SYRIZA, autrement-dit, l’immensité de l’ex-classe moyenne a rempli la place Omónia (de la Concorde) lors du dernier grand meeting SYRIZA dans la capitale. Impossible alors de rejoindre certains amis comme lors du meeting de 2012. La foule était si dense. Autant que les attentes. “Ne nous trahissez pas, nous en avons assez des traitres de la patrie et de la société” criaient alors certains. Patientons alors jusqu’à dimanche.


La peur orchestrée par le camp rapproché du lugubre Samarás n’a pas fonctionné. Déjà à droite on commence par exiger sa... tête politique. Vendredi midi, l’hebdomadaire politique et satirique “To Pontíki” (ainsi que les autres medias), rapportent cette communication entre Gíkas Hardoúvelis, le banquier et ministre des Finances et Yannis Dragasákis, économiste SYRIZA et très probable prochain ministre des Finances en cas de victoire claire et nette de SYRIZA. D’après le reportage, dorénavant, toute correspondance entre le ministère et la Troïka pour ce qui est des positions grecques, incorporeront celles de SYRIZA en vue du prochain Eurogroupe lundi 26 janvier.

Étranges moments vraiment, et jeudi soir c’était également le moment du meeting du parti communiste (KKE) place de la Constitution, assez suivi, il faut dire. Étrange moment lorsqu’au slogan de SYRIZA “L'espoir est en route”, les cousins... éloignés du KKE (lequel rejette tout soutien à un probable gouvernement formé par le parti d’Alexis Tsípras) opposent alors le leur: “L'espoir est là”. Sur place, la sociologie plus populaire du KKE ne entretenait déjà plus l’élan du passé je dirais. Pour toute la Gauche en Grèce, l’absentéisme historique de son plus vieux parti relève alors du traumatisme... déjà dépassé.
 Le temps change et la pluie reviendra ce week-end en Grèce. Sur l’Internet grec on ironise aussi sur ces conditions météo, “elles entraveront enfin le chemin vers les urnes pour les vieux, électeurs traditionnels de la Nouvelle démocratie”.

Dans le Financial Times du 23 janvier, et par une lettre signée par dix-huit économistes de renommée internationale (parmi eux, Joseph Stiglitz), préconisent la réduction de la dette grecque en prolongeant la période de grâce. Ils soulignent que cela peut enfin fournir l'occasion d'un nouveau départ pour l'économie grecque. Ce n’est pas une politique de gauche, et c’est déjà un changement impensable sans SYRIZA, sans PODEMOS et sans le Sinn Féin.

Le voisin Chrístos et son épouse, tous deux au chômage, la voisine Georgía au chômage depuis une semaine, ainsi que mon (autre) cousin Kóstas, retrouvent enfin le sourire. “Tout le quartier vote SYRIZA et n'a plus peur. Basta.” Des quartiers sud aux quartiers ouest, en passant même par les quartiers nord plus aisés, SYRIZA triomphera. Nous pensons à nous, aux nôtres mais aussi à nos morts ou à nos émigrés. Notre petite Europe est plus colorée que jamais. Venceremos.

Voir en ligne : http://www.greekcrisis.fr/2015/01/Fr0399.html

29 décembre 2014

La propagande du « Monde » contre Syriza et Podemos


Dans son édition datée des 25 et 26 décembre 2014, Le Monde a décidé de parler de Syriza et Podemos, deux partis politiques de la gauche radicale, respectivement grec et espagnol, qui sont aux portes du pouvoir dans leur pays. Neutre et objectif, Le Monde titre sobrement son édition : « Grèce, Espagne : l’envolée de la gauche radicale affole l’Europe ». Signe de cet « affolement », Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a déclaré en gros qu’il préfèrerait que Syriza n’arrive pas au pouvoir en Grèce. Un événement sur lequel Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs directement interrogé l’intéressé dans une question à la Commission européenne.

L’accroche de « une » et l’article qui concernent Syriza et Podemos sont un exemple typique du militantisme politique dont fait régulièrement preuve Le Monde à l’égard des forces politiques antilibérales. Exit, donc, la prétendue « neutralité » dont se revendique le journal : ici, on a affaire à un discours politique sur deux partis étrangers. La rhétorique d’opposition à ces partis s’appuie sur trois grands éléments : premièrement, une diabolisation de Syriza et Podemos, qualifiés de partis « extrémistes » et limite xénophobes ; deuxièmement, une ridiculisation des électeurs de ces partis ; troisièmement, l’affirmation que l’extrême droite est « plus anti-système » que la gauche radicale. L’ensemble s’appuie sur la parole d’« experts » dont on verra qu’ils ne sont pas neutres politiquement.
 
 

28 septembre 2014

Quelles forces politiques pour une VIe République ?


Par le Yéti | Politis |  26 septembre 2014

Bien des partis appelèrent de leurs vœux une VIe République. Aucun ne l’instaura une fois parvenu au pouvoir. Mais alors, quelles forces politiques (au pluriel) pour reconstruire sur le chaos laissé par la Ve ?


http://www.m6r.fr/


Le système des partis tel qu’il est géré dans le cadre des institutions de la Ve République aboutit de fait à une professionnalisation perverse de la représentation démocratique. Et de fait, ceux-là sont aujourd’hui beaucoup plus enclins à défendre leurs intérêts particuliers que l’intérêt général.

On l’a bien vu lors du déplorable dernier vote de confiance au gouvernement Valls II (le pompon aux abstentionnistes frileux, du PS à EELV), ou lors des dernières municipales avec les contorsions du PCF pour sauver ses vieux meubles.

Dès lors, toute velléité de rompre avec une constitution usée par des partis qui en sont la représentation ne peut aboutir qu’à un vague replâtrage sans autre souci que d’assurer leur pérennité. En même temps, attendre qu’un projet tout ficelé émane comme par miracle du "peuple" relève tout bonnement de l’inconscience hallucinatoire.

L’exemple de Podemos

Entre le système de partis et une base populaire abandonnée à elle-même, le mouvement espagnol Podemos, issu du mouvement populaire des Indignés, tente aujourd’hui une voie intermédiaire. Rappelons que Podemos a réussi la gageure de devenir la quatrième force politique d’Espagne lors des dernières européennes, après seulement quelques mois d’existence.

L’originalité de Podemos est d’être organisée en "cercles", plus d’un millier actuellement réparti sur tout le territoire ibérique, ouverts aux militants, mais aussi aux citoyens-électeurs de base (plus de 100 000 "adhérents" par Internet), qui discutent d’arrache-pied à partir d’un canevas préétabli proposé par les promoteurs du mouvement.

Car Podemos a bien compris que le "peuple" ne pouvait discuter de façon constructive sur du vide. D’où un programme d’aujourd’hui 36 pages, déjà largement discuté, amendé et enrichi par les cercles, et qu’on peut trouver publié en espagnol et résumé en français sur la page Wikipedia du mouvement.

L’initiative "Mouvement pour une 6e République"

C’est en s’inspirant de l’expérience Podemos que Jean-Luc Mélenchon a lancé le 11 septembre un Mouvement pour la 6e République. Son objectif : utiliser les nouvelles technologies de communication pour créer un nouveau "réseau social" à orientation résolument politique. Jean-Luc Mélenchon :
« La "toile" est la plus grande place publique de notre pays. Ici, place au peuple ! »
Sans être la panacée absolue (« les contacts humains n’y sont que virtuels », déplorent ses détracteurs), il est clair que les réseaux sociaux — dont on a pu mesurer l’importance lors de mouvements populaires comme les révolutions arabes — offrent infiniment plus de possibilités de rassemblement et d’organisation que du temps héroïques des bons vieux tracts et des "cellules" confinées.

De fait, le site dédié "Je signe pour la 6e République" annonce avoir récolté en quelques jours plus de 30 000 signatures. Et vise les 100 000. Reste le plus difficile : organiser toutes ces énergies. La "communauté m6rep" en appelle donc à l’entraide.
Lire > Jean-Luc Mélenchon : « Je veux créer un objet politique neuf »

Écueils à éviter

Mais l’objectif principal du Mouvement pour la 6e République est bien sûr d’œuvrer à l’éclosion d’une Constituante visant à élaborer les fondations d’une VIe République. Or, comme De Gaulle le démontra en son temps, mieux vaut disposer d’un projet ficelé sans attendre d’être élu.
Pourtant, plusieurs écueils restent à éviter :
  • être autre chose qu’un paravent commode aux ambitions d’un seul parti, fût-il "de Gauche" ;
  • ne pas rejeter les réflexions d’autres forces politiques de quelque bord qu’elles soient (Nouvelle Donne, Debout la République...), ni les travaux de ceux qui travaillent dans l’ombre à la question (Étienne Chouard, les "encyclopédistes du XXIe siècle" sur le blog de Paul Jorion...).
Créer une République consiste précisément à faire cohabiter des gens que rien ne rapproche a priori, sauf le sentiment commun d’appartenance à une même collectivité. Rappelons que le fameux Conseil national de la Résistance (CNR) réunissait des représentants de toutes obédiences.

URL de cet article :  http://www.politis.fr/Quelles-forces-politiques-pour-une,28189.html?var_mode=calcul

Lire également Pour une VIe République avant tout démocratique !

et aussi Podemos un parti leurre ?
  

23 juin 2014

Podemos un parti leurre ?

 

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