15 décembre 2017

Jérôme Baschet : « Au Chiapas zapatiste, “le peuple dirige et le gouvernement obéit” »


Jérôme Baschet vit depuis vingt ans au Chiapas. Il a consacré de nombreux ouvrages au zapatisme dont l’un des derniers, « Adieux au capitalisme », nous propose de « rouvrir le futur et d’engager résolument la réflexion sur ce que peut être un monde libéré de la tyrannie capitaliste. » Nous l’avons pris au mot en l’interrogeant sur la manière dont les zapatistes peuvent nous inspirer pour rendre l’État inutile et dépasser enfin le capitalisme.

Lire l'interview sur Le Comptoir..
 

18 juin 2016

Keny Arkana : « Sans un effort de bienveillance, la guerre civile nous attend »






Violences policières, Notre-Dame-des-Landes, Front national, Nuit debout mais aussi écologie, Pierre Rabhi, spiritualité et zapatisme… la rappeuse marseillaise Keny Arkana a accordé à Reporterre un entretien. Redoutant une guerre civile, elle souhaite une ouverture des consciences à la bienveillance...


Lire l'entretien sur Reporterre  
 

17 mars 2013

Message de la planète Terre 7-5

Eux et nous VII (V)


I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)

5. Le pognon

Samedi 2 mars 2013, par SCI Marcos

Note : Le pognon, ou l’argent, la braise, les ronds, le blé, ze money, l’économie, les finances, etc. La question de l’économie n’est pas seulement d’où sortent les moyens (la curiosité morbide de certain•e•s sera satisfaite dans ce chapitre, pas de souci), elle a aussi à voir avec la façon dont on les manie (est-ce que les autorités ont un salaire ? est-ce qu’il n’y a pas des « dessous-de-table » pour intérêt personnel ? etc.) et, surtout, comment est-ce qu’on rend les comptes ? Un moment ! Les zapatistes ont-ils un système bancaire ?! Bon, on peut continuer à être scandalisé parce que, on le répète, c’est à ça que se consacrent les hommes et les femmes zapatistes, à perturber les bonnes consciences. Voici des extraits du partage sur l’économie des Conseils de bon gouvernement.
*

Alors, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de soutien avec de l’argent [pour les autorités du Conseil de bon gouvernement], c’est comme ça que nous nous sommes rendu compte que ce n’est pas l’argent qui peut faire le travail de l’autonomie ou le travail du gouvernement. Là-bas, nous nous en sommes rendu compte, parce que personne ne travaille à base d’argent. Bien sûr, il faut vous le dire, certains reçoivent un soutien de leur village à leur travail en grains de base, différents, selon ce que le village décide, mais pas question d’argent. Et c’est ainsi que nous avons travaillé ces neuf ans dans ce qui est le Conseil de bon gouvernement.

(…)
Les membres du Conseil, comment ils se rendent à leur Caracol ?

S’il existe des transports publics, eh bien on prend les transports publics, et s’il n’y en a pas, on y va à pied. Bon, leur billet est pris sur le peu de moyens dont dispose le Conseil, alors ils touchent juste le prix de leur billet, rien de plus. Si c’est 20 pesos, eh bien leurs 20 pesos quand ils arrivent, et ceux pour le retour.

Les compañeros et compañeras qui travaillent dans ces charges d’autorités, on a déjà mentionné que c’est par conscience, par volonté, mais ces compañeros vivent aussi dans des villages où il y a plusieurs compañeros, alors il existe aussi des travaux communaux, organisationnels pour organiser la résistance. Alors ces compañeros, quelques-uns d’entre eux ont le droit de s’acquitter de leurs tâches sur du temps libre, alors ils sont dispensés de travaux collectifs et travaux communaux.

*

Au sein du gouvernement autonome, on traite aussi les différents domaines de travail, comme l’éducation, le commerce, la santé, la communication, la justice, l’aspect agraire, le transport, les projets de campements, Banpaz (banque populaire autonome zapatiste), Banamaz (banque autonome des femmes zapatistes), et l’administration. Ce sont là les domaines de travail qui sont traités au sein du gouvernement autonome. Au début, quand ont démarré les Conseils de bon gouvernement, comme ils étaient peu, les compañeros avaient de trois à quatre domaines chacun, parce qu’ils étaient vraiment très peu. Dans la deuxième période du Conseil il y a eu douze compañeros, cela a permis d’équilibrer le travail que devaient mener les compañeros, il y avait deux ou trois domaines par compañero.

Dans cette troisième période du Conseil de bon gouvernement, eh bien nous sommes vingt-quatre, le travail s’est équilibré. Dans ces différents domaines, il s’est équilibré entre compañeras et compañeros, car nous sommes deux équipes du Conseil, nous sommes vingt-quatre à former le Conseil de bon gouvernement et nous couvrons quinze jours chaque mois. Dans ces différents domaines, il y a deux compañeros et deux compañeras, c’est comme ça que fonctionne le Conseil de bon gouvernement, ce sont là les domaines qui sont traités. C’est tout, compañeros. Je laisse la parole au compañero suivant.
(…)

*

(…)
Dans les villages, ici nous étions en train de commenter avec les compañeros parce que nous avons une petite connaissance de la zone, il y a des milpas collectives de haricots, de maïs, des collectifs d’élevage, des collectifs de boutiques, des collectifs de poulet. Il y a de petits négoces, ce n’est pas qu’il s’agisse de négoces permanents qui sont là à demeure, mais par moments il y a de petits événements et c’est là que vont les compañeros avec leur petit négoce. La compañera nous disait que là-bas dans un village de sa région ils ont commencé avec un négoce d’une ferme de poulets, des poulets de ferme, et de temps en temps ils tuent un poulet, deux poulets, et ils font des tamales, ces tamales ils les vendent, et petit à petit ils ont réuni un fonds, et en fin de comptes avec ce fonds qu’ils avaient ils ont réussi à acheter un moulin à nixtamal [maïs à tortillas, NdT], c’est comme ça qu’ils ont créé leurs travaux.

Un autre compañero a connaissance d’un autre village qui a cette possibilité, c’est un centre où arrivent beaucoup de gens d’autres communautés, ces compañeras se sont organisées pour monter une fabrique de tortillas, mais ce n’est pas parce qu’elles ont acheté une de ces machines qu’on peut voir dans les villes qui est là à sortir les tortillas à la chaîne. Les compañeras font les tortillas soit tout à la main, soit avec une petite presse, et elles vont vendre leurs tortillas et les gens les achètent, ainsi, c’est vraiment un travail collectif.

C’est comme ça que s’organisent bien d’autres choses dans les villages. À quoi ça sert ? Eh bien pour qu’au compañero de ce village qui est promoteur d’éducation ou promoteur de santé, et qui doit aller faire son travail, on puisse lui donner de quoi payer son transport, ou quoi que ce soit qui puisse lui servir là où il va faire son travail.

(…)

*

Ici, au Caracol II d’Oventik, ici arrivent des visiteurs d’autres pays, des nationaux, des internationaux. Beaucoup de ceux qui arrivent viennent seulement visiter le centre-caracol, pour connaître, mais quelques-uns, quelques personnes qui viennent laissent un petit don, parce qu’ils veulent soutenir le village. Mais ce don qu’ils laissent, il est reçu par le Conseil, s’ils décident de faire un petit don, ils ne laissent pas beaucoup. Ce don est perçu ici, avec un reçu de la commission de surveillance. Le reçu est envoyé, il y a un exemplaire pour le CCRI, un pour le donateur, et l’original reste au Conseil. Les dons sont rassemblés et le Conseil administre les petits dons. Ils servent pour n’importe quelle dépense d’ici, du centre-caracol, c’est comme ça que sont dépensés les dons, mais il s’agit de petits dons, les gens ne laissent pas beaucoup, c’est selon la somme qu’ils veulent laisser, quarante, cinquante, cent pesos, c’est selon. Mais s’ils sont dépensés, le Conseil le sait, et en plus tous les mois le Conseil fait son rapport, tous les mois nous faisons un rapport pour la fin du mois.

Mais c’est le Conseil qui fait son rapport, ce ne sont pas les membres qui font ça chacun dans son coin, les vingt-huit membres que nous sommes sont réunis pour faire le rapport, et là sont intégrés quelques compañeros du CCRI, pour que tous ensemble on voie comment sont dépensées les ressources qu’il y a au Conseil, ici au centre-caracol, et comment les administre le Conseil de bon gouvernement.

*

Également dans les obligations en tant que gouvernement autonome, il y a administrer avec sincérité et honnêteté toutes les rentrées et sorties de ressources économiques qu’il y a dans chaque instance de gouvernement, parce que tous les biens et les matériaux qu’il y a, c’est pour l’ensemble du village, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, et les ressources que donnent les compañeros solidaires, en tant que Conseil, on ne les manie pas n’importe comment.

Chaque instance de gouvernement, dans les communes, dans le Conseil, fait son rapport mensuel, et les rapports, on les fait bien détaillés, même si c’est 50 pesos, si on les dépense, il faut le noter, dire clairement à quoi ont été dépensés ces 50 pesos, c’est comme ça que nous faisons notre rapport, comme je l’ai dit tout à l’heure, nous ne le faisons pas à un ou deux membres, nous le faisons à vingt-huit membres que nous sommes, nous sommes tous réunis et les compañeros du CCRI sont là aussi, c’est comme ça que nous travaillons ici, dans le centre-caracol.

(…)

*

Bon, il y a aussi « le » commission du fonds, c’est qu’ici, dans notre zone, nous avons un petit fonds ; la compañera nous a dit qu’il y a trois domaines de santé de femmes, par exemple les herboristes, les rebouteuses et les sages-femmes, et dans ce domaine de travail, une fois, un projet a été élaboré, mais ce n’est pas spécialement un projet des rebouteuses, des herboristes ni des sages-femmes, mais c’est à la clinique centrale, c’est-à-dire le domaine de la santé, alors on a inclus dans ce projet les trois groupes ou trois domaines de rebouteuses, d’herboristes et de sages-femmes ; mais dans ce projet on a pris un budget pour la nourriture, la nourriture, c’est 50 pesos par jour, mais l’atelier est de trois jours, c’est-à-dire qu’un stage revient à 150 pesos pour la nourriture, mais en plus, il y a aussi le transport, qui a été inclus aussi dans le budget, et ça dépend de la distance et de la somme que dépensent les compañeras. Donc dans ce budget, dans ce projet, dans toute la zone, toutes les autorités régionales, conseils autonomes, ont analysé et conclu qu’il était important de créer un fonds.

Selon l’accord atteint, la dépense de nourriture ne va pas se faire en entier, on va demander une petite coopération de 10 pesos à chaque compañera, mais comme c’est trois jours, on paie pour chaque journée, alors ça fait 30 pesos pour l’atelier, et comme il en reste, selon l’accord de l’assemblée des autorités le reste serait gardé comme fonds de la zone, pas de la région, mais de la zone. Pareil pour ce qui est du transport, d’après l’accord, on ne va dépenser que 50 pour cent, et le village va aussi coopérer pour 50 pour cent, alors 50 pour cent restent pour le fonds de la zone , NdT.

Mais pourquoi on a fait comme ça ? Parce que nous avons vu, ici, dans notre zone, que le peuple manque de plus en plus de ressources économiques quand il y a un déplacement, c’est pour ça qu’ils ont décidé de garder comme fonds ce qui resterait. C’est comme ça que s’est créé le soutien, le fonds de la zone, et c’est pour cette raison que s’est formée la commission du fonds, commission de l’épargne. Je ne sais pas si je réponds à vos questions.

(…)

*

Qui approuve le rapport de trésorerie et le rapport général, que c’est bien comme ça, qu’il n’y a pas un « dessous-de-table » caché quelque part ?

À notre époque où nous travaillions tous ensemble, tout le Conseil, il n’y avait personne pour vérifier le rapport, rien que toute l’équipe du Conseil. Mais à chaque mandat nous avons passé à la commission information une copie du rapport de dépenses ; tous les achats aussi, nous avons projeté avec l’information d’acheter quelques aliments ou quelques services. Tous ensemble nous avons décidé avec le bureau d’information, et aussi en présence des commissions de surveillance ; les trois bureaux se sont réunis, et là, nous avons conclu l’accord qu’on va acheter quelque chose, ou qu’il va y avoir une commission sur le montant de la dépense, et après ça on informera le Conseil des dépenses qui auront été faites. À chaque mandat, on rend des comptes, parce que en début de mandat on élit un secrétaire et un trésorier, qui a la haute main sur l’argent, qui a le contrôle, nous ne contrôlons pas tous ensemble. On le charge d’une somme de, par exemple, 10 000 pesos, un compañero se charge d’administrer pendant les dix jours, et ce compañero est celui qui se charge de contrôler l’économie, les dépenses, le secrétaire et le trésorier. Et en fin de comptes, nous voyons combien il a été dépensé, et si à un compañero il lui manque cent ou deux cents pesos, cela reste comme sa dette à lui, parce que c’est lui qui s’est chargé d’administrer pendant les dix jours. C’est ce que nous avons fait à chaque mandat, voir si les comptes retombaient juste, on n’accumule pas jusqu’à la fin, mais à chaque mandat nous avons vérifié si retombaient bien les 10 000 pesos qu’on laissait pour les dix jours de mandat. Et les achats se faisaient toujours par accord des trois bureaux.

La question est jusqu’où une certaine pièce a fourni alors une base à ces compañeros, pour qu’ils disent la vérité, qu’ils ne commettent pas de faute. Sur quelles pièces ils s’appuient ?

Compañeros, la réponse à cette question, c’est le reçu, la rentrée d’argent. S’il y a une certaine somme, mettons qu’il y ait 50 000 pesos, pour une rentrée pendant un certain temps, alors le compa dont arrive le tour, comme vous l’a indiqué le compañero, va manier en dix jours ces 50 000 pesos. Alors, s’il a dépensé trois mille ou quatre mille pesos, il doit rendre compte de quelles sont les dépenses avec les reçus de ce qui a été acheté, ou le rapport de commission qui dit qu’il n’y a pas eu de dépenses, mais combien il y a eu de nourriture, et alors on vérifie l’opération. Si vraiment ça retombe juste ; et ce n’est pas seulement pour l’administrateur ou celui qui tient le compte, mais avec la surveillance et l’information, parce que eux aussi ont leur liste de quelle est la somme qui est maniée.

Et s’ils ne le remettent pas contre reçu, comment on peut vérifier ?

Ce qui se passe, c’est que tout argent qui rentre, ça doit se faire contre reçu, parce que si un frère solidaire arrive à faire un don, ça doit être contre reçu, parce que lui aussi doit le remettre ou dire à son collectif ou son organisation la somme qu’il a remise. Alors cette copie reste au Conseil et à l’information, c’est pour ça qu’il n’y a aucune perte, parce que ce sont des rentrées d’argent. Et pour les sorties, c’est le Conseil qui s’en occupe avec la commission qui à présent est en train de s’entraîner à rendre des comptes.

*

(à suivre)
J’atteste l’authenticité de ce qui précède.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, mars 2013.




Zapatista avec le groupe Louis Lingg and the Bombs, de Paris (France).
Rock punk anarchiste. La chanson est sur le disque Long Live the Anarchist Revolutionairies !
Ils doivent leur nom à Louis Ling, né en Allemagne et émigré aux États-Unis à la fin du XIXe siècle (1885) ;
quand il a été condamné à la pendaison, Louis a déclaré aux représentants de la loi capitaliste :
« Je vous méprise ; je méprise votre ordre, vos lois, votre force, votre autorité. PENDEZ-MOI ! »
Dédié à tou•te•s les compas anarchistes de la Sexta.


Le groupe Zamandoque Tarahum, depuis Chicago (Illinois, USA),
avec ce rock intitulé Zapatista.



D’Afrique du Sud, le Mouvement des habitants de maisons en carton
(Abahlali baseMjondolo), qui lutte pour la terre et un logement digne, envoie un salut
aux communautés indigènes zapatistes au travers de nos compas du Movimiento por Justicia del Barrio,
dans l’autre New York (USA). La résistance et la rébellion faisant fraterniser Mexique, États-Unis,
Afrique du Sud en bas et à gauche.
Traduit à grand’ peine par El Viejo,
qui ne comprendra jamais tout à fait
les histoires de pognon…


Source du texte original :
Enlace Zapatista

2 mars 2013

Message de la planète Terre. 7-2




Eux et nous VII (II)


I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)

Les plus petit•e•s (II)

2. Comment on fait ?



Février 2013.

Note : Compas, en une autre occasion (si tant est qu’elle se présente) nous vous expliquerons comment est organisée notre EZLN. Pour l’instant, nous ne voulons pas vous distraire du « partage ». Nous précisons seulement que vous allez voir apparaître une « Commission d’Information ». Cette Commission est formée de compañeras et compañeros, commandants et commandantes (le CCRI ou Comité clandestin révolutionnaire indigène), qui observent les travaux de l’autonomie, soutiennent les Conseils de bon gouvernement et tiennent les bases de soutien zapatistes informées de comment marche l’ensemble.

Voici, donc, d’autres extraits du « partage » zapatiste :

*

(…)
C’est de cette manière que nous faisons le travail. Comme c’est dit ici dans le dernier point : comment se résolvent les problèmes ? Oui, il y a eu des problèmes dans la commune. Des problèmes de terre, des problèmes de menaces, des problèmes d’électricité, oui, ça existe, et je crois que dans tous les villages existent ces problèmes, parce que nous, les bases de soutien, nous ne sommes pas les seuls à les vivre, il y en avait plus quand nous vivions dans les villages officiels où se trouvent les ennemis, où se trouvent ceux qui gouvernent, où se trouvent les paramilitaires, c’est pour ça que ces problèmes existent. Mais nous devons voir la façon dont nous devons gouverner, même s’il est vrai que pour apprendre, c’est dur, parce que, comme disaient certains compañeros, il n’y a pas de manuel d’instructions. Il n’y a rien pour se guider, il n’y a pas d’écrit qui le permette, nous devons nous rappeler comment ont servi nos ancêtres, quand ils n’étaient pas nommés par les officiels mais par le village et qu’ils servaient le village, ils n’avaient pas de salaire. La corruption a commencé, le mauvais service a commencé quand a été introduit le salaire.

C’est pourquoi le peu de temps que j’ai été dans mon village, dans ma commune, j’ai pu servir de cette manière, et encore maintenant, comme je l’ai dit, nous continuons à apprendre bien que nous ayons de l’âge. Nous continuons à apprendre avec toutes et tous. Je crois que c’est ça la fonction des différents niveaux, ainsi que les commissaires, les agents, ils ont aussi leur fonction, mais eux aussi doivent apprendre à résoudre un problème. Oui, il le faut, parce que nous ne sommes pas préparés, parce que nous, comme paysans, nous nous tournons davantage vers la campagne, notre loi c’est la machette et la lime, et le pozol [fricot, ragoût, NdT] que nous emportons. Je ne sais pas si je suis à côté, compañeros, mais voilà ce que j’arrive à partager avec vous.
(…)

*

(…)
Nous avons fait beaucoup de réunions et pris beaucoup de décisions, il n’y a pas eu qu’une fois où nous avons pris une décision, nous avons vu que c’est un lourd travail, ce n’est pas facile à faire. Pourquoi ? Parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, nous n’avons pas de guide, nous n’avons pas de livre où regarder, où trouver la marche à suivre ; nous avons travaillé avec notre village.

*

(…)
Compañeros, c’est ce que nous sommes en train de dire, et je ne vais pas compléter grand-chose. Comme nous le disions sur la façon dont nous voulons mener le travail, bien souvent le Conseil ne peut pas le faire seul, même si ça nous passe par la tête, même si ça nous vient à l’esprit, il faut que ce soit sur la base de la coordination avec les conseils, les comités [CCRI], pour que puisse se mener à bien cette idée de ce que nous pensons, parce que nous l’avons vu dans quelques cas.

Par exemple, nous avons parlé des charges, des responsabilités, nous voyons là les difficultés du fait du grand nombre de travaux à faire. À l’époque où j’avais cette charge, nous avons vu que parfois les membres du Conseil manquent alors que le travail existe ; par exemple en ce temps-là il n’y avait pas de chauffeurs de la clinique, le Conseil doit être chauffeur, il doit être cuisinier, il doit aller ramasser du bois, il y avait beaucoup de tâches et le travail du bureau doit aussi être fait, nous devons étudier les affaires en cours, les tâches qui restent à faire et quelques travaux de la commune qui n’ont pas pu se régler, comme si le temps était trop court. Maintenant je vois bien, et ça nous a traversé l’esprit, que nous avons vraiment besoin d’un renfort, avec un autre chauffeur en plus, parce que parfois au milieu de la nuit nous devons aller conduire un malade urgent, il faut aller chercher le Conseil, il arrive à trois heures, quatre heures du matin. Cela nous est passé par la tête mais nous n’avons pas pu le résoudre, ça se présente, mais ce n’est pas possible.

Un exemple pendant mon mandat de diagnostiquer les communes, quelle est la maladie la plus courante dans les communes, et ça n’a pas pu être défini au Conseil, même avec l’information. J’ai dû demander du soutien, si ça peut se faire ou non et, avec l’appui du commandement, c’est quoi, ce qu’on veut ; on a demandé aux communes, et à nouveau quelques communes n’ont rien fait, quelques autres ont donné cette réponse, elles ont consulté le village sur la maladie la plus fréquente, parce qu’il y avait un début de typhoïde, mais elles n’ont pas appliqué les conseils. En fait, tout le travail se fait quand ça fonctionne bien, c’est comme une machine. Quand une machine ne fonctionne pas, un piston ou un cylindre dans la voiture, elle ne grimpe pas les côtes, elle n’a pas de force. C’est ce qui nous arrive dans notre autorité, bien que parfois le Conseil pense quelque chose ou veuille soumettre sa proposition pour approbation par l’assemblée, bien souvent ce n’est pas possible et les choses en restent là.

Mais pourtant, c’est bien un besoin. J’ai vu à cette époque qu’il y avait beaucoup de travail parce qu’il n’y avait pas de chauffeur. Maintenant je vois que les chauffeurs pour les cliniques se relaient, en plus de leur travail, ceux-ci ne travaillent pas pour le Conseil, ils restent à part à laver leur voiture, vérifier leurs pneus, remplir leur réservoir.

On est en train d’améliorer un peu dans ce domaine et je crois que comme ça, petit à petit, ça va s’améliorer, du moment qu’on y pense et qu’on voit quelles sont les besoins qui se présentent, parce que le travail de la commune ou de la zone augmente petit à petit. Peu à peu vont participer plus de compañeras, parce que ce travail démarre. C’est ce que nous voyons : la coordination entre tous et tenir compte les uns des autres est très important pour pouvoir réaliser les propositions et les idées nouvelles sur comment on peut travailler.

L’important est de ne pas perdre le contact avec les villages, parce que, en ces temps de travail, j’entends qu’il y a des choses qui se sont faites à partir d’une analyse du village, et maintenant on peut les faire sans consulter à nouveau le village, on peut changer quelques détails sans que le village le sache, alors ça, c’est un problème aussi, qu’on puisse priver le village du contrôle, parce que, quand nous avons montré au village, nous lui avons expliqué, et quand tout d’un coup on laisse le village de côté, les gens parlent, discutent.

Ça peut amener des désaccords, ou qu’on dise du mal des autorités, et souvent il faut expliquer au village, comme nous le disions aujourd’hui, le Conseil doit être au clair avec les sept principes. [Il fait référence aux sept principes du « commander en obéissant », guide des Conseils de bon gouvernement, qui sont : servir et non se servir ; représenter et non supplanter ; construire et non détruire ; obéir et non commander ; proposer et non imposer ; convaincre et non vaincre ; descendre et non monter].

L’autorité doit convaincre le village et pas le vaincre n’importe comment par la force, il faut lui expliquer la raison de modifier certains règlements ou certains accords, il faut l’expliquer au village ; parce que si moi, je suis autorité et que je ne lui explique plus pourquoi on change, ce point, il est arrivé jusqu’au village ? Ça peut amener un désaccord même si le village le comprend, mais avec les explications, il s’agit d’essayer de convaincre et non de vaincre par la force, pour que le village ne perde ni son allant ni son contrôle. C’est ça que je pouvais expliquer un peu plus, parce que c’est de là que naissent les désaccords, et le village se démoralise, c’est pour ça que j’en parle, parce que j’ai vu le problème.

Avec le village, il faut toujours rester au plus près pour éviter ça.

Il y a aussi des villages qui veulent faire une chose sans la majorité, alors là aussi il faut expliquer que ce n’est pas possible. Parce qu’il nous est arrivé des cas comme ça. Il y a des villages qui arrivent au bureau, et qui élèvent même la voix contre les autorités, mais nous ne pouvons pas l’accepter, parce que ça dépend de la majorité. Là-dessus, il faut être clair, c’est expliquer au village et essayer de le convaincre, lui faire comprendre la raison pour laquelle on fait ça. C’est ce que je pense, compañeros, et c’est ce que j’essaie d’expliquer sur les sept principes, c’est ce que j’ai compris, et le peu que j’ai appris. Je n’ai pas appris beaucoup parce que j’y ai travaillé seulement trois ans, et petit à petit je me suis rendu compte, à l’heure de vérité on n’arrive pas à faire le travail facilement parce que nous, nous sommes entrés comme des nouveaux, sans soutien, mais maintenant non, il y a des compañeros qui sont restés encore un an pour accompagner les nouvelles autorités, on est un peu soutenu.

Mais quand on a commencé, non, on avait juste le soutien des comités [CCRI] parce que eux, oui, ils ont été là, c’est là-dessus qu’on s’est appuyés et petit à petit nous nous sommes rendu compte. J’ai compris un peu, c’est le peu que je peux expliquer, compañeros.
(…)

Comment ils ont été nommés ?

Ils ont été nommés à travers l’assemblée, comme nous nous trouvons tout de suite, par exemple. Dans chaque commune a été convoquée une assemblée de toute la base, et alors, de manière directe, ils ont choisi ce groupe de compañeros pour faire le travail de l’autonomie.

Quel travail ils avaient ? Quel travail vont accomplir ces compañeros ? Parce que pratiquement nous n’en avions pas connaissance, peut-être que quelques uns, si, mais une majorité n’en a pas connaissance. Qu’est-ce que nous allons faire ? Nous allons travailler dans l’autonomie, nous allons nous autogouverner, comment, c’est la question qui a surgi, qu’est-ce que nous allons bien pouvoir faire ? Personne ne connaissait la réponse, mais au fur et à mesure que le temps passait, une fois installées ces autorités, alors apparaissaient les problèmes. Réellement, il y avait des problèmes dans chacun de nos villages, chacune de nos communes.

Quels sont les problèmes qu’à l’époque ont dû affronter ceux qui étaient autorités ?

À cette époque-là, le principal problème qu’on affrontait était l’alcoolisme, et puis des problèmes familiaux, des problèmes entre voisins et quelques problèmes agraires.

Et que faisait alors ce groupe de compañeros quand un problème se présentait ?

Ce qu’ils faisaient, c’était qu’ils discutaient ; d’abord on fait venir le plaignant et on écoute ce qu’il a comme problème, on écoute, et quand on a écouté on fait venir l’autre partie, on écoute les deux parties. Alors ce que faisait ce groupe de compañeros c’est d’écouter, ce qu’il faisait pour ces frères qui ont un problème c’était d’abord d’écouter quel problème ils ont, et en même temps on cherchait qui avait raison. Si on voyait que le plaignant avait raison, alors il fallait parler avec l’autre frère avec qui il avait le problème.

Ce que faisaient les autorités à cette époque c’est qu’elles donnaient des idées, c’est-à-dire qu’elles arrivaient à convaincre les deux parties d’arriver à une solution pacifique sans faire tant d’histoires.

C’est ça, que faisaient les autorités, même chose dans d’autres sortes de problèmes, dans les questions agraires, c’est comme ça qu’ils faisaient, convaincre aussi les frères de ne pas se chamailler, de ne pas se chamailler pour un bout de terre ; et si vraiment le frère est en train de lui prendre sa terre, il faut donner raison à l’autre, lui dire qu’il prend la terre de l’autre et qu’il ne doit pas le faire, c’est comme ça.
(…)

*

(…)
Oui, ça, oui, mais alors, ma question c’est que quand il y a besoin de faire un règlement, qui alors propose l’idée ? Qui est celui qui dit « je propose ceci » ? Où naît l’idée ? Et ensuite, comment ils font pour que s’unisse la voix du village, parce que si à proprement parler ça vient du Conseil, est-ce qu’il assume ça, ou est-ce qu’il doit être soutenu encore par les compañeros de la Commission d’Information ? Ou qui est celui qui dit que là, il faut faire un règlement ?

Réponse d’un autre compañero : Ce truc qu’il y ait une initiative purement des compañeras autorités, que l’initiative pour faire un règlement vienne juste de compañeros qui ont pour fonction une charge d’autorité, ça, ça n’existe pas. Ça se fait entre compañeras et compañeros.

Non, compa, ma question c’est Conseil de bon gouvernement, mais pas comme compañeras. Comme Conseil de bon gouvernement, et c’est un exemple que je donne, ce n’est pas spécialement une question de règlement ou de loi. Quand on voit qu’il y a un besoin ou qu’il y a un problème, c’est pour ça que je donne l’exemple d’un règlement, parce que ça exige la relation, parce que le Conseil de bon gouvernement ne va pas imposer une loi, alors nous aimerions que vous nous racontiez comment vous faites ça. Parce que là intervient le jeu de la démocratie, alors ce que nous voudrions comprendre, parce que le commandement insurgé ne va pas être là tout le temps, comme vous nous l’avez dit, et nous comprenons que la Commission d’information, c’est-à-dire le CCRI, ne va pas l’être non plus. Alors comment vous, en tant que Conseil de bon gouvernement, vous faites pour que se mette en marche quelque chose dont il y a besoin, que ce soit une loi, que ce soit un problème d’un sujet ou d’un autre qu’il faut mener à bien, un projet ou quoi que ce soit. Comment sont les relations entre Conseil de bon gouvernement, MAREZ [Communes autonomes rebelles zapatistes], autorités, et villages ?

Autrement dit, comment se fait la démocratie.
(…)

*

(à suivre)

J’atteste l’authenticité de ce qui précède.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, février 2013.




Alfredo Zitarrosa, maître peut-être involontaire d’une génération,
oriental [c’est-à-dire uruguayen, NdT] qui lutte toujours avec des couplets, des vidalitas et des milongas.
Ici, il chante Adagio en mi país, et par país, c’est clair, il se réfère à chaque coin et recoin dans lesquels les mondes sont abondants et redondants.



Arturo Meza avec la chanson La Rebeldía de la luz.
Dans une partie de la chanson, le maestro Meza mentionne chacun des peuples originaires qui, au Mexique, résistent et luttent.


Daniel Viglietti, notre frère et compa, lit un conte
appelé « La Historia del Ruido y del Silencio » qui essaie, en vain,
d’expliquer les silences et les regards zapatistes.


Traduit par El Viejo.
Source: La voie du jaguar
Source du texte original : Enlace Zapatista

26 février 2013

Message de la planète Terre. 7-1

Eux et nous VII (I)

I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)

VII. Les plus petit•e•s (I)

vendredi 22 février 2013, par SCI Marcos

1. Apprendre à gouverner et à nous gouverner, c’est-à-dire à respecter et à nous respecter

Février 2013.
 
Note : les manuels, qui font partie du matériel de soutien pour le cours « La Liberté selon les zapatistes », sont le produit de réunions que les bases de soutien zapatistes de toutes les zones ont réalisées pour évaluer les travaux de l’organisation. Des compañeras et compañeros tzotziles, choles, tzeltales, tojolabales, mames, zoques et métis, provenant des communautés en résistance des cinq Caracoles, se sont demandé et se sont répondu entre eux, ont échangé leurs expériences (qui sont différentes selon chaque zone), ont critiqué, se sont autocritiqués, et ont évalué leur avancée et ce qu’il reste à faire. Ces réunions ont été coordonnées par notre compañero le sous-commandant insurgé Moisés, et ont été enregistrées, transcrites et travaillées pour l’élaboration des manuels.

Comme lors de ces réunions les compas ont partagé entre elles et eux leurs pensées, leurs histoires, leurs problèmes et les solutions possibles, elles-mêmes et eux-mêmes ont donné un nom à ce processus : « le partage ».

Voici quelques extraits du partage zapatiste.


(…)
Nous sommes ici pour partager l’expérience et l’une de celles-ci, notre parole comme zapatistes, c’est que nous gouvernons ensemble, nous gouvernons collectif. Quel partage pouvez-vous nous donner de la façon dont vous faites ça, de gouverner ensemble, collectif ?
La façon dont nous travaillons est de ne pas se séparer du village. De même que nous le faisons toujours dans des questions de règlements ou de plan d’activités ou de travail, l’information doit parvenir au village, les autorités doivent être présentes dans les plans, en faisant les propositions.
(…)
Là-bas, nous sommes en train de travailler certaines choses et nous considérons ce qui fait partie des obligations du gouvernement autonome ; quelque chose qui est une obligation du gouvernement autonome, c’est de s’occuper de n’importe quelle personne qui se présente au bureau pour différents motifs, qu’on donne ou qu’on ne donne pas de solution à son souci, mais elle doit être écoutée. Qui que ce soit, zapatiste ou pas zapatiste, c’est comme ça que nous travaillons là-bas, sauf au cas où il s’agit de gens du gouvernement [officiel, NdT] ou envoyés par le gouvernement, bon, si c’est ça, eux, on ne s’en occupe pas, là-bas on ne s’occupe pas d’eux. Mais sinon, qu’ils soient de n’importe quelle organisation sociale, on s’en occupe. Là-bas, nous travaillons aussi dans le sens et nous veillons à toujours appliquer les sept principes du mandar obedeciendo, commander en obéissant, et cela nous pensons que nous devons le faire comme ça, c’est comme une obligation, pour ne pas commettre les mêmes erreurs que commettent les instances du mauvais gouvernement et ne pas avoir les mêmes manières qu’eux, alors ce qui nous régit, c’est les sept principes.

*

Le premier Aguascalientes [lieu de débats, forum, NdT] s’est construit à Guadalupe Tepeyac, c’est là qu’a commencé le premier pas de notre organisation et de notre façon de faire valoir notre droit. Cet Aguascalientes, nous avons dit que c’était un centre culturel, politique, social, économique, idéologique, mais avec la trahison d’Ernesto Zedillo, lui, il a pensé qu’avec ce démantèlement, cette offensive qu’il a menée, il a pensé qu’avec ça il allait en finir avec la politique de notre organisation. Mais sa politique s’est retournée contre lui, parce que, à partir de là même, cette même année 94, il a été déclaré qu’on ferait cinq Aguascalientes de plus.
(…)

*

Ces communes ont dit que c’était là qu’allait être le siège, alors on a commencé à chercher des noms pour les communes, comment elles vont s’appeler, une fois qu’on a eu le siège on a commencé à voir comment appeler les communes. La première commune autonome, qui était La Garrucha, a dit qu’elle allait s’appeler Francisco Gómez ; l’autre commune autonome qui aujourd’hui est San Manuel, qui était Las Tazas, disons, elle s’est appelée San Manuel ; Taniperlas s’est appelée Ricardo Flores Magón ; San Salvador, Francisco Villa. Tous ces noms ont été en l’honneur du compañero Francisco Gómez, que nous connaissons tous, car c’est un compañero qui a donné sa vie pour la cause qui est la nôtre, c’est ce qu’a déjà signalé le compañero, il est mort dans le combat à Ocosingo le 1er janvier [1994, NdT], c’est comme ça que la commune s’est appelée Francisco Gómez. Et puis San Manuel en l’honneur du compañero Manuel, qui est le fondateur de notre organisation. Ricardo Flores Magón, on sait aussi que c’est un lutteur social qui se trouve déjà dans l’histoire. Et Francisco Villa, eh bien pareil, c’est un révolutionnaire que nous connaissons tous. Alors c’est comme ça que se sont formées nos communes, et les décisions ont toutes été prises dans une assemblée communautaire, dans l’assemblée régionale de là-bas on a donné tous ces noms à nos communes. Compañeros, voilà le peu de paroles que j’avais à vous dire, et on va passer à d’autres compañeros ou compañeras pour expliquer la suite.
(…)

*

Les problèmes principaux qui se sont présentés depuis le début de [inaudible], le problème de l’alcoolisme, où en est ce problème à présent dans votre zone ?
Eh bien compañero, en ces temps-là, au début de 1994, juste après la guerre, certains s’étaient joints avec la peur au ventre. La guerre avait commencé, nous nous sommes tous agglomérés, comme on nous l’avait dit, nous sommes entrés dans le mouvement, et pourquoi nous y sommes entrés, peut-être bien comme ça, et les gens se sont agglomérés. Certains, oui, ils l’ont fait consciemment, mais d’autres par peur. Alors ceux qui l’ont fait avec la trouille, c’est normal, ils n’étaient pas à leur aise pour faire le travail, et qu’est-ce qu’ils faisaient ? Même si nous avions l’ordre de ne pas boire un coup, vous savez ce que c’est, ils picolaient en douce. Qu’est-ce que nous faisions ? Nous, nous ne les punissions pas, ce que nous faisions, c’est pour ça qu’on a la commission des anciens, ce sont eux qui sont chargés de leur dire pourquoi tu fais ça et de leur expliquer le mal qu’ils se font à eux-mêmes. Alors ceux qui obéissent, ben pratiquement ils vont continuer, et les autres, eh ben, ils se tirent. Voilà la réponse.

*

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*

Compañeras et compañeros, bonsoir à tous. Je viens d’une localité qui s’appelle ___, qui appartient à la commune Francisco Villa. Je viens représenter le Conseil de bon gouvernement, ma charge a été celle de membre du Conseil, de 2006 à 2009. Je vais vous expliquer quelle a été la cause de notre charge à tous, ce n’est pas à moi d’expliquer où nous avons commencé en 1994, je vais raconter un peu comment nous avons commencé après 1994. Avant, en 91, 92, quelle a été la cause du soulèvement armé ? La cause était la domination, la marginalisation et l’humiliation, les injustices et les normes ou lois des mauvais gouvernements et des propriétaires terriens exploiteurs. Et pareil avant, nos parents et grands-parents, ils n’en tenaient aucun compte, ils souffraient et nous n’avions pas de terre à travailler pour nourrir nos enfants. C’est comme ça que les villages zapatistes ont commencé à s’organiser et à dire « ça suffit, tant d’humiliation ». Alors ils ont pris les armes, sans s’occuper de la faim ou des marches de nuit.
C’est comme ça que nous nous sommes formés, et nous avons vu qu’organisés, unis, nous pouvions et nous allions pouvoir bien davantage. Ensuite, une fois passé le soulèvement, nous avons vu comment avancer pour former nos autorités autonomes dans chaque commune. C’est pourquoi nous sommes tous réunis ici pour discuter et partager la manière dont ont commencé à fonctionner nos gouvernements autonomes. Pourquoi je vous explique un peu de ce sujet ? Parce que ce que je pense, c’est que c’est à partir de là que nous avons commencé et avancé jusque là où nous en sommes à présent. Dans ce point que nous allons commencer à voir, la parole est au compañero ___, c’est lui qui va expliquer comment jusqu’aujourd’hui nous travaillons dans nos communes et dans le Conseil de bon gouvernement. C’est là toute ma parole, compañeros.
Compañeros, comme vous l’a dit l’autre compa, maintenant c’est le compañero ___ qui va essayer de nous l’expliquer, parce qu’il a été l’un des fondateurs de notre gouvernement autonome dans notre Caracol III, là-bas à La Garrucha, ce sont eux qui ont fondé les premières autorités. À présent, ils vont partager avec nous comment ils ont travaillé, comment ils se trouvaient, comment ils ont commencé et comment nous nous trouvons maintenant.

*

(…)
Bon, j’ai oublié de vous rapporter un truc ; plus ou moins un mois après le début de nos fonctions, là-bas, une organisation qui s’appelle la CIOAC [de filiation PRD] nous enlève et séquestre un compañero avec un camion, et nous nous sommes vus dans l’obligation de porter plainte, et pourtant ce n’était pas dans notre idée, ça, de porter plainte. Des membres du Conseil de bon gouvernement et des conseillers municipaux ont dû donner leur parole, une ou deux paroles, pour porter cette plainte, en équipe, chacun donnait sa parole et ainsi nous avons pu constituer une plainte, et nous avons réussi. Et nous le faisions en tant que « secrétaire », que « cuisinier », que « balayeur », parce qu’il fallait bien que nous fassions le ménage dans notre bureau et dans toute notre zone de travail, nous n’avions pas spécialement quelqu’un qui remplisse ces tâches, et c’est toujours comme ça jusqu’à maintenant.
(…)

*

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*

(…)
C’est ainsi que nous avons travaillé et que nous sommes arrivés à 2003, avec la formation des Conseils de bon gouvernement. Nous sommes arrivés aux conseils de bon gouvernement car dans cette zone, pour ainsi dire, nous ne savions pas si cette direction de l’association de communes serait un jour autorités et serait gouvernement. Mais en 2003, quand se sont formés les Conseils de bon gouvernement, le peuple et l’association de communes ont décidé que ces huit compañeros, membres de la direction de l’Association de communes, deviendraient les autorités du Conseil de bon gouvernement. Et ces huit compañeros sont ceux qui ont pris en charge le Conseil de bon gouvernement pendant sa première période, qui a été de 2003 à 2006.
Ça s’est passé partout comme ça, ou dans des conditions comparables ; le Conseil de bon gouvernement ne disposait pas d’un local adéquat. Quelques jours avant que soient rendus publics les Conseils de bon gouvernement, les villages ont construit de toute urgence un local pour le Conseil de bon gouvernement, de même qu’un local pour chacune des communes autonomes, au centre du Caracol. Ils ont été construits avec les matériaux dont disposaient les villages à ce moment-là, des planches usagées, des plaques de tôle usagées, c’est comme ça qu’on a commencé, en moins d’une semaine ces constructions étaient faites. C’est comme ça qu’on commence, les bureaux sont prêts, arrive août 2003 et on les rend publics ; après la publication, les villages se réunissent, fiers d’avoir formé une instance de plus de gouvernement dans l’autonomie. Et au cours d’une fête, d’une grande célébration, ils installent formellement le nouveau gouvernement autonome, en lui livrant son bureau, réalisé avec les matériaux dont on disposait.
Nous pouvons donc dire que ça a été super, mais le peuple a livré au Conseil de bon gouvernement une table et deux chaises, c’était ça, son matériel, et un local un peu plus petit que celui où nous nous trouvons à présent, voilà ce qu’ont été les conditions. Quelques jours plus tard, quelqu’un là-bas a donné une petite machine à écrire, parmi les plus vieilles, et c’est avec ça qu’on a commencé à travailler. Nous avons reçu le local vide et nous avons commencé, il a été pris des initiatives de travail et nous avons commencé par aménager l’espace.
(…)

*

Dans le travail aussi, comme vous le voyez dans la zone où nous travaillons, il existe différentes façons d’être, différentes façons de s’habiller, différentes couleurs, différentes croyances, différentes manières de parler, et dans le travail aussi on respecte le compañero et la compañera, indépendamment de comment il ou elle est. La seule chose qui nous intéresse est la volonté et la capacité de travail, alors tout ça, comment on est, ça n’a aucune importance.
(…)

*

(à suivre)
J’atteste l’authenticité de ce qui précède.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, février 2013.



 
Poder caracol de Lengualerta/Cuyo, musique Taxi Gang.
Vidéo de Pazyarte, images du Caracol zapatiste d’Oventik, Chiapas.
À la minute 2:42, on demande à deux compas internationaux ce qu’ils ont appris.
Ils répondent : « À partager. »



Zach de la Rocha, vocaliste de Rage Against the Machine,
explique l’intérêt du capital d’anéantir le zapatisme (avec une petite intervention de Noam Chomsky).
Zach a été dans les communautés zapatistes, un parmi les autres, sans frimer pour ce qu’il a été et est encore.
Il a su nous regarder, nous, nous avons appris à le regarder.
Musique de fond : la chanson People of the Sun.






La chanson Canto a la rebelión du groupe Ska-P,
avec les paroles. Cette chanson fait partie de leur nouveau disque 99%,
qui sortira au mois de mars 2013, cadeau de Marquitos Spoil.
Oh, y a pas de quoi. Et on y va, on se bouge !

Traduit par El Viejo.
Source du texte original :
Enlace Zapatista

17 février 2013

Message de la planète Terre (6-6)


EUX ET NOUS VI (VI)

I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6. LUI NOUS SOMMES
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)
    

VI.- Les regards 6.- LUI NOUS SOMMES


SCI Moises
samedi 16 février 2013.

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

MEXIQUE

14 février 2013.

Destinataires : les adhérent-e-s de la Sexta dans le monde entier.

Expéditeur : Sous-commandant Insurgé Moisés.

Le temps est arrivé et son moment aussi. Comme ces temps qu’apportent tous les êtres humains, qu’ils soient bonnes ou méchantes personnes, on naît, on arrive, et on meurt, on s’en va. Ce sont les temps. Mais il y a un autre temps, dans lequel on peut décider vers où marcher, quand il est temps de voir le temps, c’est-à-dire que tu peux comprendre la vie, comment doit être la vie ici en ce monde, que personne ne peut être le maître de ce qui est le monde.

Nous, nous sommes nés indigènes et nous sommes indigènes, nous arrivons et nous savons que nous allons à reculons, comme c’est la règle. Nous avons commencé à marcher dans la vie et on nous a laissé entendre que nous, les indigènes, nous n’avançons pas bien, nous avons vu ce qui est arrivé à nos arrière-arrière-grands-parents, c’est-à-dire les années 1521 [conquête espagnole, NdT], les années 1810 [guerre d’indépendance, NdT] et les années 1910 [révolution, NdT], où nous avons toujours été utilisés, donnant notre vie pour que d’autres montent au pouvoir, pour qu’à nouveau on nous méprise, on nous vole, on nous réprime, on nous exploite.

Et nous avons trouvé un troisième temps. C’est le lieu où nous nous trouvons, ça fait déjà un bon petit moment que nous marchons, en courant et en apprenant, en travaillant, en tombant et en nous relevant. Et c’est grand parce qu’homme ou femme, on doit remplir sa cassette pour enregistrer, pour reproduire ensuite avec d’autres vies d’autres temps. Oui, nous, on nous a laissé le sac à dos plein de cassettes, même si certains ne sont plus là. Il reste ceux qui continuent, et ainsi continuent ce qui continue, et il manque ce qu’il manque, jusqu’à arriver au bout, et commencer l’autre travail de construction, où commence l’autre naissance d’un autre monde, où il n’est plus permis qu’ils se remettent à nous faire chier et où il n’y aura plus d’oubli pour nous, les peuples originaires, car nous n’allons plus le permettre, nous avons appris. Nous voulons vivre bien dans l’égalité, aussi bien à la campagne qu’à la ville, où le peuple de la campagne et celui de la ville commandent et celui qui est au gouvernement obéit, et s’il n’obéit pas, il prend la porte, et entre un autre gouvernement.

Oui, nous sommes indigènes, nous travaillons la terre mère, nous savons manier les outils pour tirer les aliments que donne la terre mère. Nous sommes de plusieurs peuples avec différentes langues. Moi, j’ai le tzeltal pour langue maternelle, même si je comprends aussi le tzotzil et le chol, et j’ai appris « la castille », l’espagnol, dans l’organisation, avec mes compañeras et compañeros. Et à présent je suis ce que nous sommes, et ensemble, avec mes compañeros, j’ai appris ce que nous voulons pour ce qui est vivre dans un monde nouveau.
-*-

Je suis en train d’écrire ceci au nom de toutes et tous les zapatistes, pendant que le sup bousille son ordi, je l’ai vu qui partait le réparer, et je lui ai demandé ce qui arrivait à son ordi. Et il m’a dit que c’est le souitche qui est foutu, ah bon, j’ai dit, et le voilà qui apporte une masse de cinq kilos et un ciseau. Comme ça, pas sûr qu’il se répare, j’ai dit. Et lui m’a dit de vous parler à vous pour que vous fassiez la connaissance de celui qui veille sur la porte, de la même façon que nous faisons votre connaissance à vous par ce que vous écrivez et dites partout, et ce que vous nous racontez et nous avez raconté en tant que compañeras et compañeros que nous sommes de la Sexta.

Je sais aussi picoter un peu l’ordi, on m’en a donné un pour apprendre il y déjà un certain temps. Maintenant c’est le moment où j’écris aussi, mais j’ai la trouille, qu’il ne m’arrive pas à mon tour ce qui arrive au sup, son ordi est bousillé, mais j’ai la solution immédiate : un coup de hache et c’est tout, retour au crayon et au cahier. Affaire réglée.

Et de toute façon je dois vous dire que ce truc de mettre le nez à la fenêtre, qui est l’affaire du supmarcos, n’est pas encore fini. C’est-à-dire qu’il manque ce qu’il manque, mais que tout ça dépend de si le sup va réussir à régler le problème de son ordi.

Oui, c’est au sup de regarder par la fenêtre et de faire qu’on nous regarde. Ceux qui disent qu’ils sont « les bons » qui luttent pour le peuple, et qui ont dirigé le peuple et rien n’a donné de résultat, alors ils disent qu’ils n’ont pas de chance, ils disent que c’est parce que le peuple ne les comprend pas, qu’eux savent parfaitement comment faire, mais que personne ne les suit. Pourquoi ? C’est ça qu’ils ne comprennent pas, et qu’ils ne vont pas comprendre, parce qu’ils pensent seulement à chercher à voir vers en haut, et à monter pour arriver plus en haut.

Bon, tout ça et beaucoup d’autres choses, c’est son travail, au sup, parce que c’est à lui de surveiller la fenêtre, comme l’encadrement [« marco », NdT] d’une fenêtre.

C’est à lui aussi de regarder et de savoir ce qui se passe avec celles-ceux qui ne suivent pas celui qui regarde seulement vers en haut, pourquoi ils sont comme ça, qu’est-ce qu’ils pensent, comment ils pensent, nous pensons qu’au mieux ils pensent comme nous les zapatistes, que maintenant ça doit être une loi que le peuple commande et le gouvernement obéit.

Et c’est encore à lui de recevoir les critiques, les insultes, les mentions désobligeantes de la mère, comme il dit, et les blagues de ceux qui se trouvent à l’extérieur. Mais lui ne se soucie pas de ces insultes et mensonges, ça le fait rire, parce que nous l’avons préparé pour ça, qu’il soit d’acier inoxydable. Et ça ne lui fait pas mal, enfin si, parfois, il en a mal au ventre de rire de ce qu’ils lui racontent.

Et il me dit tout d’un coup qu’on va aussi se moquer de moi, ou de celui sur qui ça tombera d’avoir à se montrer. Et rien à faire, c’est comme ça, tout d’un coup c’est pour moi, ils font des caricatures, ou ils m’insultent ou ils se moquent de moi parce que je suis indigène, comme ils se moquent de lui pour ce qu’il est. Mais à nous, les seuls qui nous importent sont les gens qui veulent lutter pour en finir avec l’injustice, alors ceux-là, tant qu’ils ne nous balancent pas des balles ou des bombes, y a pas de problème. Et s’ils nous en balancent, eh bien c’est pareil, parce qu’il y a d’autres compañeras et compañeros prêts pour le boulot qui se présentera, et c’est toujours celui de lutter. C’est-à-dire que nous sommes bien préparés pour tout et que nous n’avons pas peur.

Ces années-ci, me dit le sup, à beaucoup de gens on leur bouche la vue par la fenêtre, mais très vite on voit aussi qui sont ceux et celles qui sont semblables à nous, et qu’il a voulu compter combien ils et elles sont, et il a perdu le compte, il adopte notre façon de le dire, comme les indigènes, ils et elles sont un paquet. C’est combien, je lui demande. Beaucoup, il me dit. Ah, j’ai dit. Ça nous confirme qu’il va y en avoir beaucoup comme nous, et qu’un jour nous dirons avec elles et eux « c’est cela que nous sommes », sans s’occuper de savoir si on est indigènes ou pas indigènes.

Et c’est comme ça que nous nous organisons, certains font certaines choses et d’autres font d’autres choses. Par exemple, pour l’instant, le supmarcos s’occupe de la fenêtre et moi de la porte, et d’autres s’occupent d’autre chose.

Et à présent nous nous souvenons d’un compañero inoubliable pour nous tou-te-s zapatistes, le SubPedro, qui dans les derniers jours de décembre 1993 nous a dit : « apprenez, compas, parce qu’un jour ce sera à vous. Nous allons lutter avec des ouvrier-e-s, des paysan-ne-s, des jeunes, des enfants, des femmes, des hommes, des anciens du Mexique et aussi du monde. » Ça a été vrai, et c’est toujours vrai, sans lui. La vérité de la vérité commence quand on lutte pour le peuple.

Bon, compas, maintenant, vous savez que je suis le chargé de la porte, de me tenir au courant de la nouvelle façon de travailler avec les compañeras et compañeros qui viendront apprendre ce que mes compañer@s zapatistes ont mis des années à construire, et ce que nous sommes maintenant.
-*-

Parce que nous croyons et avons confiance dans le peuple, il est temps maintenant de faire quelque chose face à ce que pendant tant d’années nous avons vu et vécu des dommages qu’ils nous ont causés et dont nous souffrons, il est temps d’unir notre pensée, d’apprendre, et ensuite de la travailler, de l’organiser. Nous pouvons déjà le faire bien grâce aux nombreuses expériences que nous avons accumulées et cela nous guide pour ne plus suivre les mêmes formes grâce auxquelles ils nous tenaient.

Tant que nous ne faisons pas ce qui est la pensée des villages, les villages ne nous suivent pas. Et pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs, il n’y a qu’à regarder les nôtres dans le passé. Construire quelque chose de nouveau qui en vérité soit la parole, la pensée, la décision, l’analyse et la proposition du village, qui soit étudié par le village et soit finalement la décision du village.

C’est ainsi que pendant 10 ans, nous avons travaillé dans la clandestinité, on ne nous connaissait pas. « Un jour, ils nous connaîtront », nous disions-nous, et c’est en y pensant que nous avons accompli les tâches pendant ces années. Et puis nous avons décidé un jour qu’il était temps qu’ils nous connaissent. Aujourd’hui, ça fait 19 ans que vous nous connaissez, à vous de dire si c’est mauvais ou bon ce que nous sommes en train de faire. Mes compañer@s nous disent qu’ils vivent mieux avec leurs gouvernements autonomes. Elles et ils se rendent compte de ce qu’est la véritable démocratie qu’ils pratiquent avec leurs villages, qu’on ne fait pas la démocratie seulement une fois tous les 3 ou 6 ans. La démocratie a lieu dans chaque village, dans des assemblées municipales autonomes et dans les assemblées des zones qui élisent les Conseils de bon gouvernement (JBG), et on fait de la démocratie dans l’assemblée où se joignent toutes les zones qui contrôlent les JBG, c’est-à-dire que la démocratie se pratique tous les jours ouvrables dans toutes les instances de gouvernement autonome et aux côtés des villages, des femmes et des hommes. Ils traitent par la démocratie tous les sujets de la vie, ils sentent que la démocratie est à elles et à eux, parce qu’eux et elles discutent, étudient, proposent, analysent et décident, en fin de compte, de tous les sujets.

Elles et eux nous disent, nous demandent : il sera comment, ce pays, ce monde, si nous nous organisons avec les autres frères et sœurs indigènes, et aussi avec les frères et sœurs pas indigènes ? Le résultat est un grand sourire, comme pour nous dire leur joie, parce que les résultats du travail qu’ils sont en train de faire, elles et ils les ont entre leurs mains.

Oui, c’est comme ça, le peuple veut seulement que nous nous organisions, les pauvres de la campagne et de la ville, sans que personne d’autre que nous-mêmes et ceux que nous nommons ne nous dirige. Pas ceux et celles qui ne cherchent qu’à arriver au pouvoir, et qui, une fois au pouvoir, nous relèguent dans l’oubli ; et ensuite en arrive un autre apparenté avec qui là, oui, ça va changer pour de bon, et les mêmes escroqueries continuent. Ils ne vont pas tenir parole, nous le savons bien, ils le savent bien, autrement dit ça ne vaut pas la peine de leur écrire ceci, mais en vérité c’est comme ça que ça marche dans ce pays. C’est désespérant, usant, horrible.

Nous, les pauvres, nous savons comment est la meilleure forme de vie, celle que nous voulons, mais ils ne nous laissent pas faire, parce qu’ils savent que nous allons leur faire disparaître l’exploitation et les exploiteurs, et que nous allons construire la vie nouvelle sans exploitation. Ça ne va pas nous coûter grand savoir, parce que nous savons comment doit être le changement, parce que tout ce que nous avons souffert réclame changement. Les injustices, les douleurs, les tristesses, les mauvais traitements, les inégalités, les mauvaises manipulations, les mauvaises lois, les persécutions, les tortures, les prisons, et bien d’autres mauvaises maisons que nous subissons, nous savons bien que nous n’allons pas reproduire ces choses, que nous n’allons pas nous faire le même mal. Comme nous disons par ici, nous les hommes et femmes zapatistes, si nous nous trompons, eh bien soyons assez bon-ne-s pour corriger, pas comme maintenant où les un-es foutent la merde et c’est les autres qui paient, c’est-à-dire que ceux qui foutent la merde maintenant, ce sont les député-e-s, les sénateurs et sénatrices et les mauvais gouvernements du monde, et ceux qui paient ce sont les peuples du monde.

Il n’y a pas besoin d’avoir fait beaucoup d’études, ni de savoir parler en bonne « castille », ni de savoir beaucoup lire. Nous ne sommes pas en train de dire que ça ne sert à rien, mais que ce qui suffit pour le travail, oui, ça sert, parce que ça nous aide à travailler en ordre, c’est-à-dire que c’est un instrument de travail pour communiquer entre nous. Ce que nous sommes en train de dire, c’est que le changement, nous savons le faire, il n’y a pas besoin que quelqu’un sorte faire sa campagne pour nous dire que lui ou elle va être le changement, comme si nous, les exploité-e-s, nous ne savions pas à quoi ressemble le changement que nous voulons. Vous me comprenez, frères et sœurs indigènes et peuple du Mexique, sœurs et frères indigènes du monde, frères et sœurs non indigènes du monde ?

Alors, sœurs et frères indigènes et non indigènes pauvres, entrez dans la lutte, organisez-vous, dirigez-vous entre vous, ne vous laissez pas diriger ou regardez bien ceux que vous voulez qui vous dirigent, qu’ils fassent ce que vous, vous avez décidé, et vous verrez que les choses prennent petit à petit un chemin semblable à celui que nous avons pris, nous les hommes et les femmes zapatistes.

Ne cessez pas de lutter, de même que les exploiteurs ne cesseront pas de nous exploiter, mais arrivons jusqu’au bout, c’est-à-dire la fin de l’exploitation. Personne ne va le faire pour nous, sinon nous-mêmes. Nous, femmes et hommes, prenons les rênes, prenons le volant, et conduisons notre destin là où nous voulons aller, allons là où le peuple l’a décidé. Ainsi, pas de doute, le peuple c’est la démocratie, le peuple se corrige et continue. Pas comme maintenant où ce sont 500 député-e-s et 228 sénateurs et sénatrices qui font des conneries, et ceux qui subissent la peste et les toxiques sont des millions, ce sont les pauvres qui les subissent, le peuple du Mexique.

Frères et sœurs ouvrier-e-s, nous vous avons présent-e-s à l’esprit de même que tou-te-s les autres travailleurs et travailleuses, nous avons la même odeur de sueur que ceux qui travaillent pour les exploiteurs et exploiteuses. À présent que mes compañeras et compañeros zapatistes sont en train d’ouvrir la porte, si vous nous avez entendus, entrez à la Sexta et connaissez le gouvernement autonome de nos compañer@s de l’EZLN. Et la même chose si nous comprennent aussi nos sœurs et frères indigènes du monde, de même que les frères et sœurs non indigènes du reste du monde.

Nous sommes les principaux producteurs et productrices de la richesse de celles et ceux qui sont déjà riches, basta ya, ça suffit, nous savons qu’il y a d’autres exploité-e-s, nous voulons nous organiser aussi avec elles et eux, luttons pour ce peuple du Mexique et du monde, qui est à nous et pas aux néolibéraux.

Frères et sœurs indigènes du monde, sœurs et frères non indigènes du monde, peuples exploités ; peuples d’Amérique, peuples d’Europe, peuples d’Afrique, peuples d’Océanie, peuples d’Asie,

Les néolibéraux sont ceux qui veulent être les patrons du monde, c’est ça que nous disons, c’est-à-dire qu’ils veulent faire leur propriété de tous les pays capitalistes. Leurs contremaîtres sont les gouvernements capitalistes sous-développés. C’est ainsi qu’ils vont nous tenir si nous, tous les travailleurs et toutes les travailleuses, nous ne nous organisons pas.

Nous savons qu’en ce monde il y a de l’exploitation. La distance où nous nous trouvons de chaque côté du monde ne doit pas nous séparer ; nous devons nous rapprocher, en unissant nos façons de penser, nos idées, et lutter pour nous-mêmes.

Là où vous vous trouvez, il y a de l’exploitation, vous souffrez la même chose que nous.

Vous subissez la répression tout comme nous.

Ils sont en train de vous voler, tout comme nous ils nous volent depuis plus de 500 ans.

Ils vous méprisent, tout comme ils continuent à nous mépriser.

C’est ainsi que nous sommes, c’est ainsi qu’ils nous tiennent et c’est ainsi que nous allons continuer si nous ne nous prenons pas par la main les un-e-s et les autres.

Nous avons plus qu’assez de raisons pour nous unir et faire naître notre rébellion, et nous défendre de cette bête qui ne veut pas nous lâcher et qui ne va jamais le faire si nous ne l’y obligeons pas nous-mêmes.

Ici, nos communautés zapatistes, avec leurs gouvernements autonomes en rébellion, et avec leur union des compañeras et compañeros, elles affrontent nuit et jour le capitalisme néolibéral, et nous sommes prêt-e-s à tout, à ce qui viendra et comme ça viendra.

Voilà, c’est comme ça qu’ils sont organisé-e-s, les compañeros et compañeras zapatistes. Il n’y a besoin que de décision, d’organisation, de travail, de mise en pratique, et ainsi de corriger et améliorer sans repos, ou si on se repose c’est pour se refaire des forces et continuer, le peuple commande et le gouvernement obéit.

Oui, c’est possible, sœurs et frères pauvres du monde, vous avez ici l’exemple de vos frères et sœurs indigènes zapatistes du Chiapas (Mexique).

Il est temps que nous fassions vraiment le monde que nous voulons, le monde que nous pensons, le monde que nous désirons. Nous savons comment faire. C’est difficile, parce qu’il y a ceux qui ne veulent pas, et ce sont précisément ceux qui nous exploitent. Mais si nous ne le faisons pas, notre avenir sera plus dur et il n’y aura jamais de liberté, jamais.

C’est comme ça que nous, nous l’entendons, c’est pour ça que nous sommes en train de vous chercher, nous voulons que nous nous rencontrions, que nous nous connaissions, que nous apprenions de nous-mêmes.

Pourvu que vous puissiez arriver ! Sinon, nous chercherons d’autres façons de nous voir et de nous connaître.

Ici, nous vous attendrons depuis cette porte qu’il me revient de surveiller, pour pouvoir entrer à l’humble école de mes compañeras et compañeros qui veulent partager le peu que nous avons appris, pour voir si ça va vous servir là-bas, sur vos lieux de travail et de vie ; nous sommes sûrs que ceux qui sont déjà entrés à la Sexta, ils viendront, ou pas, mais d’une manière ou d’une autre ils entreront à la petite école où nous expliquons comment est la liberté pour les zapatistes, et qu’on puisse voir ainsi notre avancée et nos erreurs, que nous ne cachons pas, mais directement avec les meilleurs maîtres qui soient, c’est-à-dire les villages zapatistes.

Elle est humble, la petite école, comme nous l’avons commencée, mais à présent, pour les compañeras et compañeros zapatistes, elle représente la liberté pour faire ce qu’ils-elles veulent et comment ils pensent une vie meilleure.

Ils et elles sont sans cesse en train de l’améliorer, parce qu’ils en voient la nécessité et qu’en outre leur pratique est celle qui montre comment améliorer, autrement dit la pratique est la meilleure façon de travailler pour améliorer. La théorie nous donne l’idée, mais celle qui donne la manière, le comment gouverner de façon autonome, c’est la pratique.

C’est comme ce qu’on entend par ici et qui dit : « Quand le pauvre croira dans le pauvre, nous pourrons chanter liberté ». Juste que ça, non seulement nous l’avons entendu, mais nous sommes en train de le mettre en pratique. C’est ça le fruit que veulent partager nos compañeras et compañeros. Et c’est la vérité, parce que malgré toutes les mauvaisetés qu’ont faites contre nous les mauvais gouvernements, ils n’ont pas pu et jamais ils ne pourront le détruire, parce que ce qui est construit est au peuple, pour le peuple et par le peuple. Les villages le défendront.

Je pourrais vous raconter bien des choses, mais ce n’est pas la même chose que vous les entendiez, que vous les voyiez ou que vous les regardiez, et que, si vous avez une question de vive voix, vous répondent mes compañeros et compañeras bases de soutien. Ils auront peut-être du mal à vous répondre à cause de la langue, mais la meilleure réponse c’est leur pratique, aux compañer@s, et elle est à la vue de tout le monde parce qu’ils sont en train de la vivre.

C’est tout petit, ce que nous sommes en train de faire, mais c’est grand pour les pauvres du Mexique et du monde. De même que nous sommes quelque chose de très grand, car nous sommes très nombreuses et nombreux nous, les pauvres du Mexique et du monde, et nous avons besoin de construire nous-mêmes le monde où nous vivrons. On voit comme c’est tout le contraire quand ce sont les peuples qui se mettent d’accord que quand c’est un groupe qui dirige et non les villages qui se mettent d’accord. On a compris vraiment ce que c’est que représenter, on sait bien comment le mettre en pratique, c’est-à-dire les 7 principes du mandar obedeciendo, commander en obéissant.

On voit déjà l’horizon de comment est ce qui d’après nous est un nouveau monde ; comme vous pourrez bien le voir, l’apprendre et le faire naître, ce monde différent que vous vous imaginez, là-bas où vous vivez, et nous faire partager les savoirs et créer nos mondes différents de ce que nous connaissons à présent.

Nous voulons nous voir, nous entendre même si c’est bien grand pour nous toutes et tous, cela nous aiderait à nous connaître avec les autres mondes, et le meilleur monde que nous voulons.

Il y a besoin d’organisation, il y a besoin de décision, il y a besoin d’accord, il y a besoin de lutter, il y a besoin de résistance, il y a besoin de se défendre, il y a besoin de travailler, il y a besoin de pratique. Et s’il manque encore quelque chose, ajoutez-le ici, compañeras et compañeros.

Bon, pour le moment, ici, nous sommes en train de nous mettre d’accord sur comment va être la petite école pour vous, de voir s’il y aura de la place. Bref, nous sommes en train de nous préparer. Et que tout compañero ou compañera invité-e et qui le voudra puisse la voir et la sentir même s’il ne peut pas venir jusqu’ici, nous sommes en train de penser à la manière d’y parvenir.

Nous vous attendons, compañeras et compañeros de la Sexta.

Nous sommes en train de nous préparer pour vous recevoir, prendre soin et nous occuper de vous comme vos compañeras et compañeros que nous sommes, comme nos compañeros et compañeras que vous êtes. Et aussi pour que notre parole arrive à votre oreille si vous ne pouvez pas venir jusqu’à chez nous, et que nous, avec votre aide allions chez vous.

Et bien sûr nous vous disons que ça va peut-être prendre du temps, mais que comme dit notre peuple frère Mapuche, une fois, dix fois, cent fois, mille fois nous vaincrons, toujours nous vaincrons.

Et pour terminer - et que continue à vous parler le compañero Sous-commandant Insurgé Marcos sur ce qui est son tour, parce que nous allons nous relayer lui et moi pour tout vous expliquer, eh bien maintenant c’est à lui - bien que cela fasse des années que je fais ce travail, c’est la première fois que j’ai à signer publiquement comme ici, et c’est...

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.

Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’armée zapatiste de libération nationale (CCRI-CGEZLN),

Sous-commandant Insurgé Moisés

Mexique, février 2013.

P.S. : Et j’en profite pour vous dire que le mot de passe, pour les prochaines parties de la fenêtre qui reviennent au supmarcos, est « nosotr@s ». Bon, parce qu’à la petite école de la lutte on ne peut pas copier sur le compa, chacun mène sa propre lutte, en nous respectant entre nous comme les compas que nous sommes.

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Écoute et regarde les vidéos qui accompagnent ce texte.



Vidéo tourné au CIDECI, à San Cristóbal de Las Casas (Chiapas, Mexique) en 2009, quand celui qui est à présent le Sous-commandant Insurgé Moisés avait le grade de Lieutenant-colonel Insurgé. C’est seulement un extrait des différentes causeries qu’il a données, mais je le mets pour le rappeler à ceux qui le connaissaient déjà, et que les autres fassent sa connaissance. Vidéo de l’Agence Prensa India, de la série « Generando contrapoderes ».



Un conte appelé « Ceux d’après, nous avons compris », dédié aux compañeros et compañeras tombés au cours de notre long cheminement. La voix est celle d’une de nos chères « Grand-Mères de la Place de Mai », la compa Alba Lanzilloto.



Panteón Rococó avec la chanson « La Carencia », dans un concert en Allemagne, 2008. Dédié à toutes celles et tous ceux qui, dans le monde entier, sont bouffés par le turbin et malgré tout chantent, dansent, rêvent. Super, les Panteones !

Traduit par El Viejo

source: La voie du jaguar

Source du texte original :
Enlace Zapatista

Suite,  VII - Les plus petit•e•s

 

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