17 mars 2013

Message de la planète Terre 7-7 (et dernier)

Tout pour tous

Eux et nous

I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II  - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
     - Les regards. 2 .
     - Les regards. 3 .
     - Les regards. 4.
     - Les regards. 5.
     - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5    
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)


 VII - 7 (Le dernier) Doutes, ombres, et un résumé en une parole

vendredi 15 mars 2013, par SCI Marcos














Mars 2013.
Les doutes

Si après avoir lu les extraits de la parole des compañeras et compañeros de l’EZLN, vous soutenez encore que les indigènes zapatistes sont manipulés par l’esprit pervers du supmarcos (et maintenant aussi par celui du sous-commandant insurgé Moisés) et que rien n’a changé sur le territoire zapatiste depuis 1994, alors vous êtes irrécupérable.

Nous ne vous recommandons pas d’éteindre la télé, ou d’arrêter de répéter les meules de moulin que les intellectuels ont coutume de distribuer parmi leurs paroissiens, parce que ça vous viderait l’esprit. Continuez donc à croire que la récente loi de télécommunications va démocratiser l’information, qu’elle élèvera la qualité de la programmation, et qu’elle améliorera le service de téléphonie portable.

Mais si vous pensiez ainsi, vous ne seriez même pas arrivé jusqu’à cette partie de la saga « Eux et nous », de sorte que, c’est un suppositoire, disons que vous êtes une personne qui se flatte d’un coefficient intellectuel dans la moyenne et d’une culture progressiste. Avec ces caractéristiques, il est très probable que vous pratiquiez le doute méthodique face à tout, il serait ainsi logique de supposer que vous doutez de ce que vous avez lu. Et douter n’est pas quelque chose de condamnable, c’est un des exercices intellectuels les plus sains (et les plus oubliés) dans l’humanité. Plus encore quand il s’agit d’un mouvement comme le zapatiste ou néozapatiste, sur lequel il s’est dit tant de choses (la plupart sans même s’être approché de ce que nous sommes).

Laissons de côté un fait, qui a été constatable même par les plus grands médias : des dizaines de milliers d’indigènes zapatistes prenant, de façon simultanée, cinq chefs-lieux municipaux de l’État sud-oriental mexicain du Chiapas.

Bien que, une fois engagés dans le doute, si rien n’a changé dans les communautés indigènes zapatistes, pourquoi continuent-elles à croître ? N’avaient-ils pas tous dit que c’était quelque chose du passé, que les erreurs de l’euzèdélène (d’accord, d’accord, de marcos) lui avaient coûté son existence (« médiatique », mais ça, ils ne l’ont pas dit) ? Est-ce que la direction zapatiste ne s’était pas débandée ? Est-ce que l’EZLN n’avait pas disparu, et qu’il n’en restait pas uniquement la mémoire acharnée de ceux qui, hors du Chiapas, sentent et savent que la lutte n’est pas quelque chose de sujet aux va-et-vient de la mode ?

D’accord, écartons ce fait (l’euzèdélène a progressé de façon exponentielle en ces temps où elle n’était pas à la mode) et abandonnons la tentative de poser ces doutes (qui serviront seulement à faire publier vos commentaires dans les articles de la presse nationale, ou à vous interdire d’écran « pour les siècles des siècles »).
Reprenons le doute méthodique :

Et si ces mots, qui sont apparus dans ces pages comme ceux de femmes et d’hommes indigènes zapatistes, étaient en réalité des créations de Marcos ?
C’est-à-dire, et si Marcos avait simulé que c’étaient d’autres qui parlaient et ressentaient ces paroles ?

Et si ces écoles autonomes, en réalité, n’existaient pas ?

Et si les hôpitaux, et les cliniques, et le fait de rendre des comptes, et les femmes indigènes avec des responsabilités, et la terre en train de travailler, et la force aérienne zapatiste, et… ?http://alter-lot.blogspot.fr/2013/03/message-de-la-planete-terre-7-6.html

Sérieusement : et si rien de ce que disent ici ces hommes et femmes indigènes n’existait réellement ?

En résumé : et si tout n’était qu’un monumental mensonge, élaboré par marcos (et par Moisés, tant qu’on y est), pour consoler avec des chimères les hommes et femmes de gauche (sales, moches, mauvais•e•s, irrévérencieux•euses, ne l’oubliez pas) qui ne manquent jamais et qui sont toujours quelques-un•e•s, peu, très peu, une minorité négligeable. Et si c’était le supmarcos qui avait inventé tout ça ?

Ne serait-il pas bon de confronter ces doutes et votre sain scepticisme avec la réalité ? Et s’il était possible que vous voyiez directement ces écoles, ces cliniques et hôpitaux, ces projets, ces femmes et ces hommes ?

Et si vous pouviez écouter directement ces hommes et ces femmes, mexicain•e•s, indigènes, zapatistes, s’efforçant de parler en espagnol et de vous expliquer, de vous raconter leur histoire, non pas pour vous convaincre ou vous recruter, mais seulement pour que vous compreniez que le monde est vaste et contient en lui de nombreux mondes ?

Et si vous pouviez vous concentrer seulement sur regarder et écouter, sans parler, sans donner votre avis ?

Accepteriez-vous ce défi ou resteriez-vous dans le refuge du scepticisme, ce solide et magnifique château fort des raisons pour ne rien faire ?

Demanderiez-vous à être invité et accepteriez-vous l’invitation ?
Assisteriez-vous à une école où les professeur•e•s sont des indigènes dont la langue est classée comme « dialecte » ?

Résisteriez-vous à vos envies de les étudier comme objets de l’anthropologie, de la psychologie, du droit, de l’ésotérisme, de l’historiographie, de faire un reportage, de les interviewer, de leur donner votre avis, des conseils, des ordres ?

Les regarderiez-vous, c’est-à-dire, les écouteriez-vous ?

*

Les ombres

À côté de cette lumière qui brille à présent, on ne remarque pas la forme irrégulière des ombres qui l’ont rendue possible. Parce qu’un autre des paradoxes du zapatisme, c’est que ce n’est pas la lumière qui produit les ombres, mais c’est de celles-ci que naît la lumière.

Des femmes et des hommes de recoins lointains et proches de toute la planète non seulement ont rendu possible ce qu’on va montrer, mais ont aussi enrichi de leurs regards la marche de ces hommes et femmes, indigènes et zapatistes, qui à présent lèvent à nouveau le drapeau d’une vie digne.

Des individus, des individues, des groupes, des collectifs, des organisations de toute sorte, et à différents niveaux, ont contribué à ce que ce petit pas des plus petit•e•s se réalise.

Des cinq continents sont arrivés les regards qui, depuis en bas et à gauche, ont offert le respect et le soutien. Et avec ces deux choses, non seulement on a construit des écoles et des hôpitaux, mais on a aussi construit le cœur indigène zapatiste qui, de la sorte, est apparu dans tous les recoins du monde au travers de ces fenêtres sœurs.

S’il y a bien un lieu cosmopolite sur les terres mexicaines, c’est sans doute la terre zapatiste.

Face à un tel soutien, il ne fallait pas moins qu’un effort d’une égale envergure.

Je crois, nous croyons que tous ces gens du Mexique et du monde peuvent et doivent partager comme leur cette petite joie qui aujourd’hui chemine avec un visage indigène dans les montagnes du Sud-Est mexicain.

Nous savons, je sais, que vous ne l’attendez pas, que vous ne l’exigez ni le réclamez, mais de toute façon nous vous envoyons une grande embrassade, car c’est comme ça que nous, les zapatistes hommes et femmes, nous nous remercions entre compañer@s (et que nous remercions en particulier ceux qui ont su n’être personne). Peut-être sans l’avoir cherché, vous avez été et vous êtes pour nous tous et toutes la meilleure école. Et il va sans dire que nous ne cesserons pas de nous efforcer d’obtenir que, quels que soient votre calendrier et votre géographie, vous répondiez toujours par l’affirmative à la question de savoir si ça vaut la peine.

À toutes (je le déplore du plus profond de mon essence machiste, mais les femmes sont la majorité quantitative et qualitative), à tous : merci.

(…)

Et, bon, il y a ombre et ombre.

Et les plus anonymes et imperceptibles sont des femmes et des hommes de petite taille à la peau couleur de la terre. Ils ont laissé tout ce qu’ils avaient, même si c’était bien peu, et ils se sont transformés en guerrières, en guerriers. Dans le silence et l’obscurité, ils ont contribué et contribuent, comme personne, à ce que tout cela soit possible.

Et à présent, je parle des insurgé•e•s, mes compañer@s.

Ils vont et ils viennent, ils luttent et meurent en silence, sans tapage, sans que personne, si ce n’est nous-mêmes, n’en tienne le compte. Ils n’ont pas de visage ni de vie propres. Leurs noms, leurs histoires ne viendront peut-être à la mémoire de quelqu’un que lorsque bien des calendriers auront été effeuillés. Alors, peut-être qu’autour d’un foyer, tandis que le café bout dans une vieille théière d’étain et que s’allume le feu de la parole, quelqu’un ou quelque chose saluera sa mémoire.

Et ce toute façon, ça n’aura pas beaucoup d’importance, parce que ce dont il s’agissait, ce dont il s’agit, ce dont il s’est toujours agi, c’est de contribuer à construire ces paroles par lesquelles commencent les contes, les anecdotes et les histoires, réels ou fictifs, des hommes et des femmes zapatistes. Tel qu’a commencé ce qui aujourd’hui est une réalité, c’est-à-dire par un :
 
« Il y aura une fois… »

Bon. Santé, et que ne vous manquent, jamais, ni l’oreille ni le regard.
(Il n’y aura pas de suite.)

Au nom des femmes, des hommes, des enfants, des anciens, des insurgé•e•s
de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, mars 2013.

PS SUR L’AVENIR. Il continuera à sortir des écrits, ne vous réjouissez pas trop vite. Ils seront principalement du compañero sous-commandant insurgé Moisés, en rapport avec la petite école zapatiste : dates, lieux, invitations, inscriptions, propédeutique, règlements, niveaux, uniforme, matériel scolaire, qualifications, assistance-conseil, où se procurer les examens déjà corrigés, etc. Mais si vous demandez combien il y a de niveaux et en combien de temps on arrive au titre, nous vous disons : nous, ça fait plus de cinq cents ans que nous y sommes, et nous n’avons toujours pas fini d’apprendre.

PS QUI DONNE UN CONSEIL POUR ASSISTER À CETTE ÉCOLE. Eduardo Galeano, un maître dans l’art difficile de regarder et écouter, a écrit dans son livre Les Fils des jours, dans le calendrier de mars, ce qui suit :

« Carlos et Gudrun Lenkersdorf étaient nés et avaient vécu en Allemagne. En 1973, ces illustres professeurs sont arrivés au Mexique. Et ils sont entrés dans le monde maya, dans une communauté tojolabal, et ils se sont présentés en disant :

— Nous sommes venus apprendre.

Les indigènes se sont tus.
Peu après, l’un d’eux a expliqué ce silence :

— C’est la première fois que quelqu’un nous dit ça.

Et ils sont restés là, Carlos et Gudrun, à apprendre, pendant un an et des années.
De la langue maya, ils ont appris qu’il n’y a pas de hiérarchie qui sépare le sujet de l’objet, parce que je bois l’eau qui me boit et je suis regardé par tout ce que je regarde, et ils ont appris à saluer ainsi :

— Je suis un autre toi.
—Tu es un autre moi. »

Faites comme le dit don Galeano. Parce que c’est en sachant regarder et écouter qu’on apprend.

PS QUI EXPLIQUE QUELQUE CHOSE SUR LES CALENDRIERS ET LES GÉOGRAPHIES. Nos morts disent qu’il faut savoir tout écouter et regarder, mais que dans le Sud il y aura toujours une richesse spéciale. Comme s’en seront rendu compte celles et ceux qui ont pu voir les vidéos (il en est resté pas mal dans la poche, peut-être pour une autre occasion) qui accompagnaient les écrits de cette série « Eux et nous », nous essayons de filer divers calendriers et géographies, mais il y a eu un acharnement sur notre respecté Sud latino-américain. Pas seulement sur l’Argentine et l’Uruguay, terres sages en rébellion, aussi parce que, d’après nous, dans le peuple mapuche, il n’y a pas seulement de la douleur et de la rage, il y a aussi de la fermeté dans la lutte et une profonde sagesse pour qui sait regarder et écouter.

S’il y a un coin du monde vers lequel il faut tendre des ponts, c’est bien le territoire mapuche. Pour ce peuple, et pour tou•te•s les disparu•e•s et prisonnier•e•s de ce continent endolori, la mémoire reste vive. Parce que je ne sais pas si c’est le cas de l’autre côté de ces lettres, mais ça l’est de ce côté-ci : ni pardon ni oubli !

PS SYNTHÉTIQUE. Oui, nous le savons, ce défi n’a pas été et ne sera pas facile. Il vient de grandes menaces, des coups de toute sorte et de tous les côtés. C’est ainsi qu’a été et que sera notre marche. Des choses terribles et merveilleuses composent notre histoire. Et cela continuera. Mais si on nous demande comment nous pouvons tout résumer en un mot : les douleurs, les insomnies, les morts qui nous font mal, les sacrifices, la perpétuelle navigation à contre-courant, les solitudes, les absences, les persécutions et, surtout, cet acharnement à garder la mémoire de celles et ceux qui nous ont précédés et ne sont plus là, alors c’est quelque chose qui unit toutes les couleurs d’en bas et à gauche, sans s’occuper du calendrier ni de la géographie. Et plus qu’une parole, c’est un cri :

Liberté… Liberté !... LIBERTÉ !
Re-bon.
Le sup en train de ranger l’ordi et de marcher, de marcher toujours.




Un poème de Mario Benedetti
(qui répond à la question de pourquoi, malgré tout, nous chantons),
mis en musique par Alberto Favero. Ici, dans l’interprétation de Silvana Garre,
Juan Carlos Baglietto, Nito Mestre.
Ni pardon ni oubli !



Camila Moreno interprète De la tierra,
dédié au combattant mapuche Jaime Mendoza Collio,
assassiné dans le dos par les carabiniers.



Mercedes Sosa, la nôtre, celle de tou•te•s, de toujours,
chantant, de Rafael Amor, Corazón libre.
Le message est terrible et merveilleux :
ne jamais se rendre.

Traduit par El Viejo.

Source du texte original :
Enlace Zapatista

Message de la planète Terre 7-6


Eux et nous VII (VI)

I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)


VII - 6. La résistance



dimanche 10 mars 2013, par SCI Marcos





Note : Les extraits suivants parlent de la résistance zap… Un moment ! Y a-t-il une Force aérienne zapatiste ?! Le système de santé zapatiste est-il supérieur à celui du mauvais gouvernement ?! Pendant ces presque vingt ans, les communautés zapatistes ont résisté, avec un esprit, une créativité et une intelligence propres, à toutes les variables contre-insurrectionnelles. La soi-disant « Croisade contre la faim », des contremaître•sse•s du PRI en fonctions, ne fait que rééditer la supercherie selon laquelle ce que demandent les indigènes, ce sont des aumônes, et non la Démocratie, la Liberté et la Justice. Cette campagne contre-insurrectionnelle n’arrive pas seule, elle est accompagnée par la campagne médiatique (la même qui dans le Venezuela d’aujourd’hui répète sa vocation putschiste contre un peuple qui saura tirer de la force de sa douleur), la complicité de la classe politique dans son ensemble (dans ce qui devrait s’appeler « Pacte contre le Mexique ») et, bien sûr, une nouvelle escalade militaire et policière : dans les territoires zapatistes, les groupes paramilitaires s’enhardissent (avec la bénédiction du gouvernement de l’État), les troupes fédérales renforcent leurs patrouilles provocatrices « pour localiser la direction zapatiste », les agences de renseignement se réactivent, et le système de justice renouvelle son ridicule (« Assez ! » rime avec Cassez) en refusant au professeur Alberto Patishtán Gómez la liberté, et en le condamnant ainsi parce qu’il est indien dans le Mexique du XXIe siècle. Mais le professeur résiste, et que dire des communautés indigènes zapatistes…

*

Bonjour compañeros, bonjour compañeras. Mon nom est Ana, du Conseil de bon gouvernement actuel, de la quatrième génération 2011-2014, du Caracol I de La Realidad. Je vais vous parler un peu de la résistance idéologique, ce sujet nous sommes à deux dessus, le compañero et moi. Je vais vous parler de l’idéologie du mauvais gouvernement. Le mauvais gouvernement utilise tous les moyens de communication pour contrôler et désinformer le peuple, par exemple la télévision, la radio, les feuilletons, les téléphones portables, les journaux, les magazines, et même le sport. Avec la télé et la radio il flanque beaucoup de pub pour occuper les esprits, les feuilletons télé sont pour dépraver les gens et leur faire croire que ce qui se passe à la télé va nous arriver à nous. Dans l’éducation, le système du mauvais gouvernement, idéologiquement, manipule ceux qui ne sont pas zapatistes pour que leurs enfants soient à l’école tous les jours avec un bel uniforme sans s’occuper qu’ils sachent lire et écrire, juste pour en avoir l’air ou pour faire bien. Il leur donne aussi des bourses pour qu’ils fassent des études, mais au bout du compte les seules qui en bénéficient sont les entreprises qui vendent le matériel ou les uniformes. Comment nous résistons à tous ces maux de l’idéologie du gouvernement dans notre Caracol ? Notre arme principale, c’est l’éducation autonome. Là-bas, dans notre Caracol, aux promoteurs d’éducation on leur enseigne des histoires véridiques en relation avec le peuple, pour qu’ils les transmettent aux petites filles et petits garçons, en faisant connaître également nos demandes. On a commencé aussi à donner des causeries politiques à nos jeunes pour les éveiller et les empêcher de tomber trop facilement dans l’idéologie du gouvernement. On donne aussi des causeries au village sur les treize demandes de la part des responsables locaux de chaque village. Voilà le peu que je peux vous expliquer, c’est maintenant le tour du compañero.
(…)

*

Il y a aussi la question des programmes, des projets du gouvernement. Le gouvernement commence à introduire des projets pour que les frères reçoivent des choses de ces projets et croient que c’est bon pour eux, pour qu’ils commencent à recevoir et oublient leurs tâches. Pour que les frères ne dépendent plus uniquement d’eux-mêmes, mais qu’ils dépendent du mauvais gouvernement.
Qu’est-ce que nous faisons, nous, pour résister à ça ? Nous commençons par nous organiser pour faire des travaux collectifs, comme l’ont déjà dit certains compas, nous faisons des travaux collectifs au niveau du village, de la région, des communes et même de la zone. Ces travaux, nous les faisons pour satisfaire nos besoins de différents types de tâches, et c’est comme ça que nous résistons pour ne pas tomber dans les projets du mauvais gouvernement, nous faisons nos propres travaux pour dépendre de nous-mêmes et non du mauvais gouvernement.

*

Là-bas, il y a un hôpital, un grand, dans une communauté qui s’appelle Guadalupe Tepeyac, et à présent on est en train d’en construire un très proche, à une demi-heure de route, une heure maximum, qui se trouve au centre de La Realidad, un autre hôpital pour les enfants. Mais qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce que nous avons vu dans cet hôpital qui fonctionne à Guadalupe Tepeyac ? Bien qu’il ait du gouvernement tout l’équipement qu’il faut, il arrive des gens de différentes communautés, de différentes communes, et qu’est-ce qui se passe ? Admettons qu’il y ait besoin de faire une échographie, par exemple, ou une analyse de laboratoire, alors, comme le savent les docteurs de là-bas, notre hôpital est tout proche, l’hôpital-école « Les Sans-Visage de San Pedro », qui est voisin d’une autre communauté ; alors ils savent qu’eux, ils ne peuvent pas faire cet examen dans cet hôpital du gouvernement, parce qu’ils n’ont pas sur place le personnel formé pour ça, il y a la machine, mais il n’y a pas le personnel, alors ce qu’ils font, c’est de faire la consultation et d’envoyer les malades à notre hôpital, l’hôpital-école zapatiste. Ils y vont pour faire cet examen — à quel niveau on en arrive, compañeros —, ils vont faire l’examen et, bien sûr, il y a aussi des règlements dans cet hôpital pour percevoir une cotisation à n’importe qui, et ils leur font l’examen.
Alors les gens se rendent compte, les gens s’émerveillent, que dans un hôpital officiel il n’y a pas ce que beaucoup espèrent, la solution à leur problème, alors ils se rendent à notre hôpital, tout simple, comme nous l’avons dit, mais c’est là qu’on leur dit ce qu’ils ont quand enfin est prête l’échographie, ou pareil pour l’analyse de laboratoire. Là, vous avez l’hôpital de Guadalupe, mais il y a un seul analyste, alors il y a beaucoup d’analyses qu’il ne peut pas faire et ils les envoient à notre hôpital-école. Là, nous avons un compañero qui est qualifié et qui a déjà formé plusieurs autres compañeros, et il fait différentes analyses. Mais pas tout seul : l’avantage qu’il a, lui, et que n’a pas l’autre, celui de l’hôpital officiel, c’est que celui-là fait juste les analyses et c’est tout, et puis il envoie à un autre docteur pour donner un traitement ; alors que ce que fait ce compañero de l’hôpital quand lui arrivent des gens envoyés par les médecins de l’hôpital de Guadalupe, c’est qu’il fait l’analyse, et en même temps il délivre l’ordonnance, le traitement de la maladie, parce qu’il a accumulé beaucoup de connaissances dans ce domaine du laboratoire.

*

(…)
Pour compléter un peu ce qu’il en est de la ville rurale [bâtie sous les applaudissements médiatiques par le gouvernement « de gauche » du corrompu Juan Sabines Guerrero], au début, il y a eu des constructions de maisons. D’après ce que nous racontent les compañeros, les bâtiments, ou les matériaux qui ont servi à la construction sont de triplay [contreplaqué, NdT], de ces matériaux bien minces, pas comme les planches que nous avons ici. Actuellement, les bâtiments sont gonflés comme des ballons, quand il y a de forts vents et quand c’est l’époque de la chaleur et de la pluie, tous les matériaux dont sont construites actuellement les maisons sont en train de tomber en morceaux. C’est ça qui se passe. Alors dans certaines communautés, là-bas, dans cette commune, des familles sont allées vivre quelques jours, bon, elles y sont allées, d’après les communications dans les médias il y a une cuisine qui a été construite aux mesures de 3 × 3, bien petite, et une pièce, une salle à côté. Mais on ne peut rien faire là, pas moyen d’y faire leur fourneau ou leur foyer. Ça n’a pas été possible.
Actuellement, ça ne fonctionne pas, les familles y sont allées quelques jours, mais à ce que nous savons, elles ont dû retourner à leur communauté. Quelques familles sont encore là-bas, mais dans de très mauvaises conditions. À ce qu’on dit, là-bas, sur une colline, en haut là où sont les constructions, ils ont mis des réservoirs à eau, mais ils ne marchent pas, compañeros, ils ne marchent pas. Ils disent qu’il y a aussi une banque pour investir de l’argent, je ne sais pas si c’est une banque mondiale, nationale, municipale ou quoi, je ne sais pas, mais elle ne marche pas. Il n’y a que des gravats, tout écroulés. Ce n’est pas comme ils disent « ville rurale », le nom est très joli, mais en réalité, il n’y a rien. C’est pourquoi, comme disaient les compañeros, pourquoi croyons-nous à ça, ces projets et autres trucs ? Ce n’est rien que des mensonges.
(…)
Comme le disaient les compañeros, ça fait partie de la guerre de l’ennemi, c’est pour ça que si quelques compañeros de la zone se sont laissé convaincre par ces idées, c’est parce que c’est là qu’ils en sont arrivés, pas parce qu’ils vont avoir une vie plus digne. En plusieurs endroits il y en a qui sortent de l’organisation ou qui vont se mettre dans les partis, mais les compañeros bases de soutien ont une meilleure vie. La ville rurale, c’est rien que des mensonges tout ce qu’ils ont dit et ce qu’ils sont en train de faire là-bas.
Pour faire comprendre la manipulation idéologique à laquelle se livre le mauvais gouvernement à Santiago El Pinar, aux femmes ils leur ont promis qu’ils vont leur donner des poulaillers à pondre. Elles ont vu que ça comprend l’alimentation, quand ils leur ont donné ça, ils leur ont donné plein de poules pour qu’elles chient des œufs, alors au début, très beau, les poules ont commencé à pondre plein d’œufs, mais le gouvernement n’a pas cherché de marché où les vendre. Les poules ont pondu plein d’œufs, et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? Elles ne peuvent pas faire concurrence aux grandes chaînes où on vend des œufs. Alors les frères nous racontent que ce qu’ils ont dit, c’est « on va se répartir les œufs », ils se les sont répartis, mais le gouvernement n’a plus donné d’alimentation aux poules, les poules ont commencé à dépérir, à arrêter de pondre des œufs. Et alors, les femmes ont dit : « Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Il faut qu’on coopère. Mais comment je vais coopérer si les œufs, je les ai mangés ? Où je vais trouver de l’argent ? » C’est comme ça que les poules sont mortes, c’est tout le résultat des discours du mauvais gouvernement. C’est rien que pour faire venir jusqu’ici les cameramen, qu’ils filment que oui, on a remis ceci ou cela, que c’est très joli et je ne sais quoi. Mais tout ça, ça dure au plus un mois, deux mois, au bout de trois mois, c’est fini.
Comme ça, entre autres choses, il y a le problème que disait le compa, que les maisons ne servent à rien parce qu’elles gonflent, comme un crapaud. Les femmes ont l’habitude de faire leurs tortillas, que ce soit avec un fourneau ou un feu par terre, mais le sol est en terre battue, dans ce cas, le sol est en bois, en triplay, on ne peut pas faire de feu dessus. Alors ce cylindre qu’ils leur ont donné [on aura compris qu’il s’agit d’une bonbonne de butane, NdT], eh bien celui qui ne sait pas manier un cylindre de gaz, ça ne lui dure même pas un mois, alors ils sont jetés là, les cylindres, il y a un réchaud et il ne sert à rien. Après, ils voient que la vie de paysan, d’indigène, c’est que juste derrière ta maison, tu as tes petits légumes, tu as de la canne à sucre, de l’ananas, de la banane, ce qui vient, c’est comme ça notre mode de vie, mais là-bas, y a rien, la maison et c’est tout. Ils ne savent pas quoi faire, on leur a retiré le terrain où ils vivent, alors ils doivent aller travailler ailleurs, mais c’est encore de la dépense pour se déplacer.
La politique du mauvais gouvernement, c’est d’en finir avec la vie en commun, avec la vie communautaire, c’est que tu laisses ton terrain ou que tu le vendes, et si tu le vends, tu l’as dans l’os. C’est une politique d’injustice, qui crée encore plus de misère. Tous ces millions qu’ils reçoivent de l’ONU, qui est l’Organisation des nations unies, le mauvais gouvernement, que ce soit au niveau de l’État, de la municipalité ou de la fédération, ils les gardent pour organiser ceux qui provoquent les problèmes dans les communautés, surtout à nous, qui sommes bases de soutien.
C’est la continuation de la politique, ce dont ils parlaient beaucoup, et maintenant ils ne veulent plus qu’on en parle, ils ne le disent plus dans les médias, ce que c’est que le Plan Puebla-Panama. Maintenant ils ont un autre nom pour ça, parce que le Plan Puebla-Panama a été très attaqué, mais c’est la même chose, ils ont seulement changé de nom pour continuer à individualiser les communautés, pour en finir avec ce qu’il peut encore rester de commun.
(…)

*

JPEG - 50.2 ko

*

C’est plus ou moins comme ça qu’on fait dans les tâches de la résistance, parce que c’est de résistance que nous sommes en train de parler. Et dans ces tâches, parfois, des compañeros qui ont travaillé à la milpa ou à la plantation de café, ou bien s’ils ont du bétail, quelquefois, quand ils vendent une bête, il leur reste un peu de ressource économique, et le mauvais gouvernement nous attaque avec ses projets de sols durs, de logements, d’amélioration du logement et d’autres choses que reçoivent les frères du PRI ou d’autres partis dans d’autres communautés.
Mais en fait, eux, ils sont déjà drôlement habitués à l’argent, c’est pour ça qu’ils regardent vers le gouvernement, allez, encore de l’argent, et vers ces projets qu’ils reçoivent, comme l’ont expliqué certains compañeros de La Garrucha, et ça se passe aussi comme ça dans le Caracol de Morelia. Parfois, ces compañeros vendent la tôle, et c’est un projet de gouvernement, le gouvernement pense alors qu’il fait les affaires de son parti, mais en fait c’est l’inverse, le fruit du travail des compañeros qui sommes en résistance, eh bien, ce sont les gens des partis qui viennent l’acheter.
Prenons un exemple : une plaque de tôle à la quincaillerie est autour de 180 pesos, mais ils arrivent à la vendre jusqu’à 100 ou 80 pesos ; et ils reçoivent des parpaings pour la construction qui pourraient être à 5, 6 ou 7 pesos à la boutique, mais eux arrivent à les vendre à 3 ou 2 pesos. Et nous, les compañeros, comme nous sommes en résistance nous n’avons pas l’habitude de gaspiller le fruit de notre travail, ce sont eux qui achètent, et peut-être bien qu’un de ces jours vous allez voir dans les nouveaux centres d’habitat que la tôle est de couleur, mais elle est vraiment sortie du travail des compañeros. C’est ça qui est en train de se passer aussi là-bas.
Mais le gouvernement s’est rendu compte aussi où s’en va son projet. Il ne bénéficie pas aux gens des partis, à ceux du PRI, mais il profite aux zapatistes, c’est là, qu’il fait construire ses logements, mais ils ne livrent pas seulement le matériau, ils envoient aussi le maçon. À l’arrivée du matériau, le maçon est déjà là, parce qu’il s’est rendu compte que les zapatistes sont en train d’améliorer leurs maisons, c’est pour ça qu’il change, ça fait partie des formes utilisées par les mauvais gouvernements qui sont passés depuis 94 jusqu’à maintenant.

*

Bon, compas, encore une fois je vais expliquer ce que c’est que la résistance militaire, par exemple ce qu’a déjà expliqué la compañera. Ce que j’ai à expliquer, c’est ce qui s’est passé en 1999 dans l’ejido Amador Hernández, commune Général Emiliano Zapata.
Cette année-là, le 11 août sont arrivés les militaires, et nous, les compañeras et compañeros, nous avons résisté à cette entrée des militaires. Comme ils voulaient prendre ce qui est la communauté, ils sont arrivés à une salle de bal, et ce qu’ont fait les compañeras, c’est les affronter ; elles les ont sortis de cette communauté et les ont conduits à un endroit hors de la communauté. Mais ça a continué, on a fait un plantón [piquet, campement, NdT]. Là, toute la zone a participé, tout ce qui fait partie du Caracol La Realidad. Dans cette résistance sont arrivés aussi ceux de la société civile, et toute cette résistance a dû supporter parce que c’était l’époque de chaquiste, l’époque de la boue, comme ce temps de pluie actuel. Mais dans tout ça, nous ne sommes pas tombés dans leurs provocations, nous ne les avons pas affrontés militairement, c’est pacifiquement que nous arrivions face à eux.
Ce qu’on organisait dans ce plantón, eh bien, on faisait des bals, on dansait en face des militaires. Et on faisait les cultes religieux, on faisait les programmes d’événements festifs des compas, et au milieu de tout ça, on leur tenait la causerie politique de la lutte.
Qu’est-ce qu’ils ont fait, les militaires ? Apparemment on commençait à les convaincre, parce que nous étions face à face avec eux, alors ce qu’a fait le commandement militaire, ça a été de mettre des sirènes pour qu’ils n’entendent pas notre parole, et ils ont retiré les soldats un peu plus tard.
Qu’est-ce qui s’était donc passé ? C’est que les compañeros ont inventé autre chose, je crois que les soldats ont écouté les avions en papier, où nous écrivions pourquoi on faisait le plantón, et on les balançait aux militaires, et eux, ils les ramassaient. C’est comme ça que s’est faite la première force aérienne de l’Armée zapatiste, à Amador Hernández, toute en papier.
(…)
Tout ça, compas, ça s’est passé dans cette résistance militaire, et aussi comment on poussait, compañeros et compañeras en face, et les militaires sur deux rangs, et il y avait un compa qui… tout petiot, le compa, et comme les militaires nous poussaient avec leurs boucliers, et ils avaient ces matraques, comme on dit, ils nous poussaient et le compa, eh bien, il piétinait bien fort le pied du militaire, et eux le faisaient aussi. Il y avait un autre soldat, bien grand, celui-là, qui a eu l’idée curieuse de rire, il a commencé à rire parce que le compa piétinait le pied de l’autre. Le militaire a commencé à rire, et voilà le compa tout petiot qui dit au fumier de soldat « Qu’est-ce qui te fait rire, petiot ? », alors que le soldat était grand et le compa beaucoup plus petit.
(…)

*

C’est ça que j’ai réussi à voir et que nous voyons tous. Le résultat, il est là. C’est pas pour rien qu’on a mangé des tostadas [tortillas passées au four, NdT] pour commencer, la tostada donne de la force et de la sagesse. Là, on a utilisé beaucoup de ce qui est le collectivisme. Pourquoi je parle comme ça, compañeros  ? Excusez-moi, compañeras, là, nous avons appris avec beaucoup des compañeros dans chaque village de chaque commune, pour affronter les foutus soldats qui viennent à l’intérieur de nos terrains, qui sont venus nous harceler. Là, les compañeras ont appris à se défendre, je sais pas, à coups de gourdin, elles ont dû virer les soldats, par la force, avec des cailloux, avec des cris et des insultes, c’est comme ça qu’elles l’ont fait. C’est comme ça que les compañeras se sont organisées, je l’ai vu et ça m’est resté gravé, les compañeras se sont persuadées d’aller à l’affrontement, elles se sont démontré que oui, elles en sont capables, les compañeras.
(…)

*

Les autorités aussi ont commencé à alterner, et à recevoir nos besoins que nous présentons dans chaque village, dans chaque région et dans chaque centre, à la commune. C’est comme ça que nous avons travaillé petit à petit, et avancé. Quand l’essentiel était formé nous avons commencé à créer, à débuter le travail de santé et d’éducation, alors, comme l’a dit la compañera, nous avons maintenant la clinique dans la commune, la clinique « Compañera María Luisa » [nom de lutte de Dení Prieto Stock, tombée au combat le 14 février 1974 à Nepantla, État de México, Mexique], et dans l’ejido San Jerónimo Tulijá la clinique s’appelle « Compañera Murcia - Elisa Irina Sáenz Garza » une compañera qui a lutté, qui est morte au combat là-bas dans le Rancho El Chilar [dans la forêt Lacandone (Chiapas, Mexique) en février 1974], là, tout près d’où on se trouve, c’est mitoyen d’ici là où ils sont tombés, et c’est ce nom que porte la clinique.

*


JPEG - 5.7 ko
Dení Prieto Stock
JPEG - 6.1 ko
 Elisa Irina Sáenz Garza “Murcia”

*

(à suivre)
J’atteste l’authenticité de ce qui précède.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique
, mars 2013.



TOP SECRET. Entraînement de la Force aérienne zapatiste
(FAZ, suivant son sigle en espagnol) en quelque lieu des montagnes du Sud-Est mexicain.


Un exemple de plus de l’esprit guerrier inculqué
aux enfants dans les communautés indigènes zapatistes : ici, en train de lire
L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, d’un certain Miguel de Cervantès Saavedra,
qui doit être un quelconque conseiller militaire étranger soviétique… Il n’y a plus d’URSS ? Je ne vous dis pas…
Une preuve de plus que ces indigènes sont désespérément prémodernes :
ils lisent des livres ! C’est sûr qu’ils le font par esprit subversif,
parce que avec Peña Nieto lire des livres est un délit.



Chant de douleur et de rage d’une mère mapuche
pour la perte de son fils assassiné par les carabiniers au Chili



Chanson pour les Caracoles de l’EZLN, d’Erick de Jesús.
Au début de la vidéo, paroles de femmes zapatistes.
Traduit par El Viejo.

Source du texte original :
Enlace Zapatista

Message de la planète Terre 7-5

Eux et nous VII (V)


I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)

5. Le pognon

Samedi 2 mars 2013, par SCI Marcos

Note : Le pognon, ou l’argent, la braise, les ronds, le blé, ze money, l’économie, les finances, etc. La question de l’économie n’est pas seulement d’où sortent les moyens (la curiosité morbide de certain•e•s sera satisfaite dans ce chapitre, pas de souci), elle a aussi à voir avec la façon dont on les manie (est-ce que les autorités ont un salaire ? est-ce qu’il n’y a pas des « dessous-de-table » pour intérêt personnel ? etc.) et, surtout, comment est-ce qu’on rend les comptes ? Un moment ! Les zapatistes ont-ils un système bancaire ?! Bon, on peut continuer à être scandalisé parce que, on le répète, c’est à ça que se consacrent les hommes et les femmes zapatistes, à perturber les bonnes consciences. Voici des extraits du partage sur l’économie des Conseils de bon gouvernement.
*

Alors, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de soutien avec de l’argent [pour les autorités du Conseil de bon gouvernement], c’est comme ça que nous nous sommes rendu compte que ce n’est pas l’argent qui peut faire le travail de l’autonomie ou le travail du gouvernement. Là-bas, nous nous en sommes rendu compte, parce que personne ne travaille à base d’argent. Bien sûr, il faut vous le dire, certains reçoivent un soutien de leur village à leur travail en grains de base, différents, selon ce que le village décide, mais pas question d’argent. Et c’est ainsi que nous avons travaillé ces neuf ans dans ce qui est le Conseil de bon gouvernement.

(…)
Les membres du Conseil, comment ils se rendent à leur Caracol ?

S’il existe des transports publics, eh bien on prend les transports publics, et s’il n’y en a pas, on y va à pied. Bon, leur billet est pris sur le peu de moyens dont dispose le Conseil, alors ils touchent juste le prix de leur billet, rien de plus. Si c’est 20 pesos, eh bien leurs 20 pesos quand ils arrivent, et ceux pour le retour.

Les compañeros et compañeras qui travaillent dans ces charges d’autorités, on a déjà mentionné que c’est par conscience, par volonté, mais ces compañeros vivent aussi dans des villages où il y a plusieurs compañeros, alors il existe aussi des travaux communaux, organisationnels pour organiser la résistance. Alors ces compañeros, quelques-uns d’entre eux ont le droit de s’acquitter de leurs tâches sur du temps libre, alors ils sont dispensés de travaux collectifs et travaux communaux.

*

Au sein du gouvernement autonome, on traite aussi les différents domaines de travail, comme l’éducation, le commerce, la santé, la communication, la justice, l’aspect agraire, le transport, les projets de campements, Banpaz (banque populaire autonome zapatiste), Banamaz (banque autonome des femmes zapatistes), et l’administration. Ce sont là les domaines de travail qui sont traités au sein du gouvernement autonome. Au début, quand ont démarré les Conseils de bon gouvernement, comme ils étaient peu, les compañeros avaient de trois à quatre domaines chacun, parce qu’ils étaient vraiment très peu. Dans la deuxième période du Conseil il y a eu douze compañeros, cela a permis d’équilibrer le travail que devaient mener les compañeros, il y avait deux ou trois domaines par compañero.

Dans cette troisième période du Conseil de bon gouvernement, eh bien nous sommes vingt-quatre, le travail s’est équilibré. Dans ces différents domaines, il s’est équilibré entre compañeras et compañeros, car nous sommes deux équipes du Conseil, nous sommes vingt-quatre à former le Conseil de bon gouvernement et nous couvrons quinze jours chaque mois. Dans ces différents domaines, il y a deux compañeros et deux compañeras, c’est comme ça que fonctionne le Conseil de bon gouvernement, ce sont là les domaines qui sont traités. C’est tout, compañeros. Je laisse la parole au compañero suivant.
(…)

*

(…)
Dans les villages, ici nous étions en train de commenter avec les compañeros parce que nous avons une petite connaissance de la zone, il y a des milpas collectives de haricots, de maïs, des collectifs d’élevage, des collectifs de boutiques, des collectifs de poulet. Il y a de petits négoces, ce n’est pas qu’il s’agisse de négoces permanents qui sont là à demeure, mais par moments il y a de petits événements et c’est là que vont les compañeros avec leur petit négoce. La compañera nous disait que là-bas dans un village de sa région ils ont commencé avec un négoce d’une ferme de poulets, des poulets de ferme, et de temps en temps ils tuent un poulet, deux poulets, et ils font des tamales, ces tamales ils les vendent, et petit à petit ils ont réuni un fonds, et en fin de comptes avec ce fonds qu’ils avaient ils ont réussi à acheter un moulin à nixtamal [maïs à tortillas, NdT], c’est comme ça qu’ils ont créé leurs travaux.

Un autre compañero a connaissance d’un autre village qui a cette possibilité, c’est un centre où arrivent beaucoup de gens d’autres communautés, ces compañeras se sont organisées pour monter une fabrique de tortillas, mais ce n’est pas parce qu’elles ont acheté une de ces machines qu’on peut voir dans les villes qui est là à sortir les tortillas à la chaîne. Les compañeras font les tortillas soit tout à la main, soit avec une petite presse, et elles vont vendre leurs tortillas et les gens les achètent, ainsi, c’est vraiment un travail collectif.

C’est comme ça que s’organisent bien d’autres choses dans les villages. À quoi ça sert ? Eh bien pour qu’au compañero de ce village qui est promoteur d’éducation ou promoteur de santé, et qui doit aller faire son travail, on puisse lui donner de quoi payer son transport, ou quoi que ce soit qui puisse lui servir là où il va faire son travail.

(…)

*

Ici, au Caracol II d’Oventik, ici arrivent des visiteurs d’autres pays, des nationaux, des internationaux. Beaucoup de ceux qui arrivent viennent seulement visiter le centre-caracol, pour connaître, mais quelques-uns, quelques personnes qui viennent laissent un petit don, parce qu’ils veulent soutenir le village. Mais ce don qu’ils laissent, il est reçu par le Conseil, s’ils décident de faire un petit don, ils ne laissent pas beaucoup. Ce don est perçu ici, avec un reçu de la commission de surveillance. Le reçu est envoyé, il y a un exemplaire pour le CCRI, un pour le donateur, et l’original reste au Conseil. Les dons sont rassemblés et le Conseil administre les petits dons. Ils servent pour n’importe quelle dépense d’ici, du centre-caracol, c’est comme ça que sont dépensés les dons, mais il s’agit de petits dons, les gens ne laissent pas beaucoup, c’est selon la somme qu’ils veulent laisser, quarante, cinquante, cent pesos, c’est selon. Mais s’ils sont dépensés, le Conseil le sait, et en plus tous les mois le Conseil fait son rapport, tous les mois nous faisons un rapport pour la fin du mois.

Mais c’est le Conseil qui fait son rapport, ce ne sont pas les membres qui font ça chacun dans son coin, les vingt-huit membres que nous sommes sont réunis pour faire le rapport, et là sont intégrés quelques compañeros du CCRI, pour que tous ensemble on voie comment sont dépensées les ressources qu’il y a au Conseil, ici au centre-caracol, et comment les administre le Conseil de bon gouvernement.

*

Également dans les obligations en tant que gouvernement autonome, il y a administrer avec sincérité et honnêteté toutes les rentrées et sorties de ressources économiques qu’il y a dans chaque instance de gouvernement, parce que tous les biens et les matériaux qu’il y a, c’est pour l’ensemble du village, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, et les ressources que donnent les compañeros solidaires, en tant que Conseil, on ne les manie pas n’importe comment.

Chaque instance de gouvernement, dans les communes, dans le Conseil, fait son rapport mensuel, et les rapports, on les fait bien détaillés, même si c’est 50 pesos, si on les dépense, il faut le noter, dire clairement à quoi ont été dépensés ces 50 pesos, c’est comme ça que nous faisons notre rapport, comme je l’ai dit tout à l’heure, nous ne le faisons pas à un ou deux membres, nous le faisons à vingt-huit membres que nous sommes, nous sommes tous réunis et les compañeros du CCRI sont là aussi, c’est comme ça que nous travaillons ici, dans le centre-caracol.

(…)

*

Bon, il y a aussi « le » commission du fonds, c’est qu’ici, dans notre zone, nous avons un petit fonds ; la compañera nous a dit qu’il y a trois domaines de santé de femmes, par exemple les herboristes, les rebouteuses et les sages-femmes, et dans ce domaine de travail, une fois, un projet a été élaboré, mais ce n’est pas spécialement un projet des rebouteuses, des herboristes ni des sages-femmes, mais c’est à la clinique centrale, c’est-à-dire le domaine de la santé, alors on a inclus dans ce projet les trois groupes ou trois domaines de rebouteuses, d’herboristes et de sages-femmes ; mais dans ce projet on a pris un budget pour la nourriture, la nourriture, c’est 50 pesos par jour, mais l’atelier est de trois jours, c’est-à-dire qu’un stage revient à 150 pesos pour la nourriture, mais en plus, il y a aussi le transport, qui a été inclus aussi dans le budget, et ça dépend de la distance et de la somme que dépensent les compañeras. Donc dans ce budget, dans ce projet, dans toute la zone, toutes les autorités régionales, conseils autonomes, ont analysé et conclu qu’il était important de créer un fonds.

Selon l’accord atteint, la dépense de nourriture ne va pas se faire en entier, on va demander une petite coopération de 10 pesos à chaque compañera, mais comme c’est trois jours, on paie pour chaque journée, alors ça fait 30 pesos pour l’atelier, et comme il en reste, selon l’accord de l’assemblée des autorités le reste serait gardé comme fonds de la zone, pas de la région, mais de la zone. Pareil pour ce qui est du transport, d’après l’accord, on ne va dépenser que 50 pour cent, et le village va aussi coopérer pour 50 pour cent, alors 50 pour cent restent pour le fonds de la zone , NdT.

Mais pourquoi on a fait comme ça ? Parce que nous avons vu, ici, dans notre zone, que le peuple manque de plus en plus de ressources économiques quand il y a un déplacement, c’est pour ça qu’ils ont décidé de garder comme fonds ce qui resterait. C’est comme ça que s’est créé le soutien, le fonds de la zone, et c’est pour cette raison que s’est formée la commission du fonds, commission de l’épargne. Je ne sais pas si je réponds à vos questions.

(…)

*

Qui approuve le rapport de trésorerie et le rapport général, que c’est bien comme ça, qu’il n’y a pas un « dessous-de-table » caché quelque part ?

À notre époque où nous travaillions tous ensemble, tout le Conseil, il n’y avait personne pour vérifier le rapport, rien que toute l’équipe du Conseil. Mais à chaque mandat nous avons passé à la commission information une copie du rapport de dépenses ; tous les achats aussi, nous avons projeté avec l’information d’acheter quelques aliments ou quelques services. Tous ensemble nous avons décidé avec le bureau d’information, et aussi en présence des commissions de surveillance ; les trois bureaux se sont réunis, et là, nous avons conclu l’accord qu’on va acheter quelque chose, ou qu’il va y avoir une commission sur le montant de la dépense, et après ça on informera le Conseil des dépenses qui auront été faites. À chaque mandat, on rend des comptes, parce que en début de mandat on élit un secrétaire et un trésorier, qui a la haute main sur l’argent, qui a le contrôle, nous ne contrôlons pas tous ensemble. On le charge d’une somme de, par exemple, 10 000 pesos, un compañero se charge d’administrer pendant les dix jours, et ce compañero est celui qui se charge de contrôler l’économie, les dépenses, le secrétaire et le trésorier. Et en fin de comptes, nous voyons combien il a été dépensé, et si à un compañero il lui manque cent ou deux cents pesos, cela reste comme sa dette à lui, parce que c’est lui qui s’est chargé d’administrer pendant les dix jours. C’est ce que nous avons fait à chaque mandat, voir si les comptes retombaient juste, on n’accumule pas jusqu’à la fin, mais à chaque mandat nous avons vérifié si retombaient bien les 10 000 pesos qu’on laissait pour les dix jours de mandat. Et les achats se faisaient toujours par accord des trois bureaux.

La question est jusqu’où une certaine pièce a fourni alors une base à ces compañeros, pour qu’ils disent la vérité, qu’ils ne commettent pas de faute. Sur quelles pièces ils s’appuient ?

Compañeros, la réponse à cette question, c’est le reçu, la rentrée d’argent. S’il y a une certaine somme, mettons qu’il y ait 50 000 pesos, pour une rentrée pendant un certain temps, alors le compa dont arrive le tour, comme vous l’a indiqué le compañero, va manier en dix jours ces 50 000 pesos. Alors, s’il a dépensé trois mille ou quatre mille pesos, il doit rendre compte de quelles sont les dépenses avec les reçus de ce qui a été acheté, ou le rapport de commission qui dit qu’il n’y a pas eu de dépenses, mais combien il y a eu de nourriture, et alors on vérifie l’opération. Si vraiment ça retombe juste ; et ce n’est pas seulement pour l’administrateur ou celui qui tient le compte, mais avec la surveillance et l’information, parce que eux aussi ont leur liste de quelle est la somme qui est maniée.

Et s’ils ne le remettent pas contre reçu, comment on peut vérifier ?

Ce qui se passe, c’est que tout argent qui rentre, ça doit se faire contre reçu, parce que si un frère solidaire arrive à faire un don, ça doit être contre reçu, parce que lui aussi doit le remettre ou dire à son collectif ou son organisation la somme qu’il a remise. Alors cette copie reste au Conseil et à l’information, c’est pour ça qu’il n’y a aucune perte, parce que ce sont des rentrées d’argent. Et pour les sorties, c’est le Conseil qui s’en occupe avec la commission qui à présent est en train de s’entraîner à rendre des comptes.

*

(à suivre)
J’atteste l’authenticité de ce qui précède.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, mars 2013.




Zapatista avec le groupe Louis Lingg and the Bombs, de Paris (France).
Rock punk anarchiste. La chanson est sur le disque Long Live the Anarchist Revolutionairies !
Ils doivent leur nom à Louis Ling, né en Allemagne et émigré aux États-Unis à la fin du XIXe siècle (1885) ;
quand il a été condamné à la pendaison, Louis a déclaré aux représentants de la loi capitaliste :
« Je vous méprise ; je méprise votre ordre, vos lois, votre force, votre autorité. PENDEZ-MOI ! »
Dédié à tou•te•s les compas anarchistes de la Sexta.


Le groupe Zamandoque Tarahum, depuis Chicago (Illinois, USA),
avec ce rock intitulé Zapatista.



D’Afrique du Sud, le Mouvement des habitants de maisons en carton
(Abahlali baseMjondolo), qui lutte pour la terre et un logement digne, envoie un salut
aux communautés indigènes zapatistes au travers de nos compas du Movimiento por Justicia del Barrio,
dans l’autre New York (USA). La résistance et la rébellion faisant fraterniser Mexique, États-Unis,
Afrique du Sud en bas et à gauche.
Traduit à grand’ peine par El Viejo,
qui ne comprendra jamais tout à fait
les histoires de pognon…


Source du texte original :
Enlace Zapatista

10 mars 2013

Message de la planète Terre 7-4



Eux et nous VII (IV)

I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)

VII - Les plus petit.e.s (4)
samedi 2 mars 2013, par SCI Marcos

4. Les compañeras : accepter la charge

 

Février 2013.
Il n’y a rien de plus subversif et irrévérencieux qu’un groupe
de femmes d’en bas disant, se disant : « nous ».

Don Durito de la Lacandona

Note : Voici d’autres extraits du partage des compañeras zapatistes, mais à présent de leurs tâches et problèmes actuels dans leurs charges de direction, d’administration de la justice et de maniement des ressources, ainsi que quelques réflexions sur l’épineuse question de « l’équité de genre » dans la construction d’un monde qui se propose inclusif et tolérant, un monde où « personne ne vaut plus, personne ne vaut moins ».
*

(…)
Oui, on a réglé des cas de ce genre. Il nous est arrivé un cas — je vais intervenir sur ce que la compañera a commenté — qu’en une occasion, quand nous entrions à peine toutes les deux dans les responsabilités, nous avons fait le regroupement en tant que Conseil et on nous a laissées toutes les deux à la tête d’une équipe ; et il nous est arrivé un problème, une compañera est venue se plaindre auprès de nous que son mari la maltraitait. C’est incroyable, et ça a été bien moche pour nous, la compañera disait :

— Je veux la séparation d’avec mon époux.

Mais cet aujourd’hui ex-compa avait deux épouses. Nous avons étudié le cas. Nous avons appelé les enfants de la première épouse et de la seconde, et là, nous avons commencé à entrevoir l’arrangement. C’est pour ça que ça a pris un peu de temps, nous avons vu à quel point ce monsieur était un salaud :

— Et qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Nous pensions qu’il l’avait seulement frappée. Eh bien non, ce fumier avait attaché la compañera par les pieds, la tête en bas, et c’est là qu’il l’a frappée, en présence de deux de ses enfants. Alors nous avons dû trouver cet arrangement. Quelle solution nous avons donnée ? La compañera demandait la séparation, et c’est ce que nous avons fait en répartissant, les biens sont passés à la première épouse et à ses enfants parce que ce monsieur violait ses droits, mais nous ne pouvions pas laisser sans rien la seconde épouse, parce qu’elle avait aussi un enfant déjà grand, alors nous n’avons pas laissé une partie à ce monsieur, nous l’avons laissée à son fils, comme ça c’était clair. Nous avons réparti tous ses biens, c’est la solution que nous avons trouvée, nous avons donné son droit à cette compañera qui était venue se plaindre auprès de nous.

(…)

 
*

Yolanda : Nous allons continuer avec ce que je dois dire, un peu sur la loi. On sait bien que cette loi a été faite justement à cause de la situation que vivaient les compañeras. C’est pour ça qu’on a démarré cette loi, parce que avant les souffrances étaient graves, comme nous l’avons entendu, et je ne vais pas le répéter. Cette loi, nous l’avons par écrit, et dans les cinq Caracoles.

(…)

Mais nous voyons qu’il est très important que nous étudiions bien ce qu’est la loi, parce que, si nous ne comprenons pas vraiment ce qu’elle nous dit, nous avons analysé un peu et dans cette zone il pourrait surgir la même chose que l’histoire déjà passée ; la femme, c’est elle qui donne la vie et alors après, ça a changé comme nous l’avons entendu. Si nous comprenons mal cette loi que nous avons en tant que zapatistes, ça peut se passer à nouveau.

Quand cette loi a été faite ce n’est pas pour que les femmes puissent commander, ce n’est pas pour que les femmes dominent leurs époux, leurs compañeros, ce n’est pas ça que ça veut dire. Mais il faut étudier cette loi de très près, parce ce qu’il ne s’agit pas de construire l’histoire à l’envers, celle qui a amené les compañeros machistes à commander. Si nous interprétons mal cette loi, c’est ce qui va se passer, ce seront les compañeras qui commanderont, et les compañeros, les pauvres, ils se retrouveront balancés à leur tour, mais ce n’est pas ça qu’on veut.

C’est comme une construction d’humanité, ce qu’on veut. C’est ce que nous sommes en train d’essayer de changer, c’est un autre monde qu’on veut. C’est comme une lutte de tout ce que nous faisons, hommes et femmes, parce que, comme nous l’avons entendu, ce n’est pas une lutte de femmes ou une lutte d’hommes. Quand on veut parler comme ça de révolution, c’est que tout le monde va ensemble, c’est l’affaire de tous, hommes et femmes, c’est comme ça que se fait la lutte.

Ce n’est pas possible que les compañeros disent nous sommes en train de lutter, nous sommes en train de faire la révolution, et que seuls les compañeros assument toutes les responsabilités, et les compañeras, ici, à la maison. Ça, ce n’est pas une lutte pour tous. Ce qu’on veut, c’est pour tous, les hommes et les femmes, c’est ça qu’on veut.

Mais nous disons clairement que dans cette première loi, c’est ce que nous faisons, même si ça nous étourdit encore un peu, parce que la vérité vraie c’est qu’en tant que compañeras ça nous est encore très difficile de prendre une responsabilité, n’importe quelle responsabilité.

(…)

*

(…)

Vous avez mentionné qu’il y a une commission d’honneur et justice. Quel est son travail, ou quel rôle y jouent les compañeras ?

Dans les questions d’honneur et de justice, de compañeras, c’est comme dans la commune, nous nous relayons, deux conseillères et deux conseillers, deux honneur et justice homme et femme, et la compañera, par exemple, si une compañera a un problème de viol, elle va parler avec la compañera honneur et justice. C’est elle, celle d’honneur et justice, qui se coordonne avec les honneur et justice hommes, pour que la compañera n’ait pas de mal face au compa. C’est comme ça que ça se fait à honneur et justice.

*

(…)

Nous avons au niveau de la zone un autre travail qui est spécialement celui de compañeras femmes. C’est une de leurs initiatives, elles ont fait une cantine-épicerie, elles ont leur réfectoire et une petite épicerie. Elles ont commencé avec quinze mille pesos, elles ont fait un emprunt de quinze mille pesos quand leur idée est née de faire ça. Ça a été une initiative des régionales, des responsables locales, en coordination avec le Conseil, parce que nous les avons soutenues avec des tables, des ustensiles, tout ce qui pouvait servir dans la cantine. Ça s’est fait en coordination, mais l’idée, le travail, l’organisation de comment le faire marcher, ce sont ces compañeras qui le prennent en charge.

Elles ont commencé avec quinze mille pesos, elles ont leur direction, au niveau de la zone, les compañeras responsables, elles se relaient pour préparer la nourriture et vendre. Dans leur premier négoce, elles nous ont informés qu’elles ont obtenu un bénéfice de quarante mille pesos. Avec ces quarante mille pesos elles ont pu rembourser l’emprunt qu’elles avaient fait, de quinze mille pesos, le reste, soit vingt-cinq mille pesos, étant à leur libre disposition.

Elles ont commencé à penser qu’elles avaient besoin de certaines choses pour compléter. Le Conseil les a soutenues, comme je l’ai dit, avec des ustensiles et des tables, mais elles en sont arrivées à penser qu’avec les bénéfices elles voulaient améliorer. Alors avec ces bénéfices, elles se sont mieux préparées. Maintenant, elles sont en train de travailler de cette façon, elles ont leur direction par rotation entre les compañeras, et tous les ans elles changent de direction. Elles contrôlent ce qu’elles vendent dans les villages, elles nous ont informés qu’actuellement elles disposent de 56 176 pesos en espèces depuis leur dernier relevé de caisse.

Tout ça, c’est des travaux que nous faisons au niveau de la zone, pas avec l’objectif de nous répartir les gains, c’est-à-dire pour épuiser ces petits fonds qui se créent, mais pour être parés face à tout besoin que nous pourrions avoir comme zone, pour des choses qui nous aident dans la lutte.

(…)

On sait qu’alors, dans la zone Selva Tzeltal, il y a des compañeras qui sont commissaires, qu’il y a des « agentes », comment faites-vous pour que ces compañeras commissaires ou agentes, enfin racontez-nous, partagez comment c’est. Ça fonctionne, les compañeras autorités locales ? Comment elles font ? Comment travaillent les compañeras ? Parce que là, il y a des compañeros commissaires ou agents, parce que c’est ce que nous voulons ici, nous allons partager comment nous nous enseignons, comment nous nous entraidons, comment nous nous formons. Dans ce cas particulier de compañeras, comment travaillent les compañeras autorités dans les villages ?

Que font les compañeras dans leur communauté, comme commissaire, comme agente ?

Comme agentes, par exemple, dans mon village, ce sont elles qui contrôlent le village, elles veillent à quelques problèmes, comme des questions de problèmes de personne, des animaux qui causent des dégâts, des préjudices, alors c’est l’agente qui se charge de résoudre ce type de problème. Elles font aussi des réunions pour donner des orientations et ne pas provoquer de problèmes de boissons alcooliques, de drogue. Alors toujours, dans chaque réunion, les compañeras participent en donnant ces orientations pour ne pas en arriver à ces graves problèmes. Les commissaires font aussi des réunions pour parler de la terre, des précautions avec les limites de terrains, pour parler de l’usage des agrochimiques. Tout ça, tout ce qui a été planifié avant comme les règlements, c’est ce dont s’occupent les commissaires et les agentes dans les villages, pour assurer ce contrôle.

Une question : est-ce que les compañeras qui sont devenues agentes pour résoudre les problèmes dans les communautés y parviennent seules, ou avec l’aide de compañeros ?

Dans ma communauté, les compañeras demandent parfois l’appui d’une autorité locale, comme responsable, pour écouter si par exemple c’est quelqu’un qui ne peut pas bien participer, alors on lui demande une raison, ou des choses comme ça. C’est souvent que ça arrive, mais si les autorités ne sont pas là, elles font ça toutes seules. Par exemple dans ma communauté il y a une agente qui est une compañera, la suppléante aussi, et à elles deux elles ont résolu les problèmes toutes seules, comme elles ont vu une ou deux fois comment on faisait, elles suivent cet exemple et donnent la solution.

(…)

Parmi les soixante membres, vous êtes moitié compañeras et moitié compañeros ?

Oui, compañero, nous y sommes par moitiés, personne ne vaut plus, personne ne vaut moins.

(…)
*
(à suivre)
J’atteste l’authenticité de ce qui précède.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, février 2013.

 


   
Tierra y Libertad, avec le groupe FUGA.
La chanson commence avec un extrait des paroles de l’EZLN au Congrès mexicain,
exigeant l’application des Accords de San Andrés, une femme indigène zapatiste a porté notre parole.
Le groupe FUGA est formé par Tania, Leo, Kiko, Óscar et Rafa.
La chanson se trouve sur le disque Rola la lucha zapatista.



Femmes mapuches en résistance
face aux entreprises minières destructrices.



Femmes zapatistes
ayant des responsabilités dans le Conseil de bon gouvernement,
à La Realidad (Chiapas) en 2008.
Traduit par El Viejo.
Source du texte original :
Enlace Zapatista

 

blogger templates