24 septembre 2014

CETA-TAFTA, des traités jumeaux pour détruire la souveraineté des peuples


Le 18 octobre 2013, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le premier ministre canadien, Stephen Harper, ont conclu ce que la Commission appelle un « accord politique » sur les éléments essentiels d’un accord économique et commercial global (AÉCG) entre l’Union européenne et le Canada.

Les négociations avaient commencé en 2009. Avec la complicité des gouvernements de l’UE, elles se sont tenues dans le plus grand secret. Jamais, les gouvernements qui ont donné le feu vert à la Commission européenne pour conduire ces négociations et signer cet « accord politique » n’ont informé leur Parlement et encore moins sollicité l’accord de celui-ci pour mener de telles négociations qui, pourtant, remettent en cause des choix de société fondamentaux

Si on a peu parlé jusqu’ici de ce projet de traité, c’est qu’il a fallu longtemps avant que des fuites permettent d’en connaître le contenu. Ce n’est que depuis début août qu’on dispose d’une version du document qui peut être considérée comme définitive (document de la Commission européenne du 5 août 2014 : CETA Consolidated text accompagné de la mention : This document is Limited and should hence not be distributed outside the EU institutions).

Demain, 25 septembre, à Ottawa, se tiendra un Sommet Canada-Union européenne où l’élite économique et politique va célébrer la conclusion de cet accord de libre-échange Canada-UE (AÉCG ou, en anglais, CETA pour Canada-EU Trade Agreement). Un accord qui va beaucoup plus loin que les accords de l’OMC dans le démantèlement des souverainetés démocratiques.
 
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2 avril 2014

Crise-système: un nouveau truc pour pressurer les pauvres


La Croix | 2 avril 2014


Pascal Lamy prône des "petits boulots" payés moins que le Smic

Pascal Lamy, ex-directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et proche du président François Hollande, a plaidé mercredi pour plus de "flexibilité" sur le marché du travail, avec notamment des "petits boulots" payés en dessous du Smic.

"Je sais que je ne suis pas en harmonie avec une bonne partie de mes camarades socialistes mais je pense qu'il faut, à ce niveau de chômage, aller davantage vers de la flexibilité et vers des boulots qui ne sont pas forcément payés au Smic", a-t-il déclaré lors de "Questions d'Info" LCP/France Info/Le Monde/AFP.

C'est-à-dire moins que le Smic? "Oui absolument", a-t-il ajouté. "Un petit boulot, c'est mieux que pas de boulot. Je ne réponds pas ça dans l'absolu, je n'aurais pas dit ça il y a 10 ans ou il y a 20 ans, mais à ce niveau de chômage..."

Pour l'ancien commissaire européen socialiste, "il faut accepter de temps en temps de franchir les espaces symboliques de ce type pour rentrer dans la réalité et la transformer".

Au risque que cela rappelle le "Smic jeunes" de Edouard Balladur ou le "CPE" de Dominique de Villepin, tous deux abandonnés après des semaines de contestation sociale ? "Ce n'est parce qu'une réforme n'a pas marché ou parce qu'on a reculé devant la pression de l'opinion que c'est une mauvaise idée. Si on prenait tous les réformes qu'on a essayées à un moment, qui n'ont pas marché et si on ne les avait pas reprises, on serait encore au Moyen-Age", a lâché M. Lamy.

Revenant sur les baisses de dépenses promises par le chef de l'Etat, il a estimé qu'elles devraient être au final d'environ 60 milliards d'euros: "50 plus probablement une dizaine pour financer" les baisses d'impôts pour les ménages et de cotisations sociales salariales annoncées lundi. AFP 

Le socialiste Pascal Lamy avait demandé une augmentation de salaire de 32% ( salaire : 27 000 euros / mois )

20 minutes.fr | vendredi 17 juillet 2009 (16h55)


Les principaux pays membres de l’Organisation Mondiale du Commerce ont refusé d’accorder à son directeur général, Pascal Lamy, la hausse de 32 % de ses rémunérations qu’il réclamait, rapportent des diplomates jeudi 16 juillet.
M. Lamy faisait valoir à l’appui de sa requête qu’il ne bénéficie pas du plan de retraite accordé aux autres employés de l’OMC, une demande qualifiée de “politiquement naïve” par un diplomate.
“En tout, cela faisait une hausse de 32 %. Il n’y a pas eu – comment dire cela d’une manière diplomatique ? – d’enthousiasme pour revoir le paquet de ses émoluments, étant donné la crise financière et économique, et en particulier dans la proportion demandée”, a déclaré ce diplomate. “La position était absolument unanime”, a-t-il ajouté.
Pascal Lamy perçoit un salaire annuel de 480 000 francs suisses (316 000 euros), auquel s’ajoute une cotisation de 15 % du montant de son salaire pour sa retraite.

Je propose qu’on organise une quête pour payer la retraite de Pascal Lamy ! A votre bon cœur, messieurs-dames ! Pascal Lamy ne gagne que 27 000 euros par mois !
De : Le Monde
vendredi 17 juillet 2009

site Bellaciao


14 décembre 2013

« La charade du libre échange » Joseph Stiglitz

Stop TAFTA | 11-12-2013


Alors que rien, depuis son lancement il y a près d’une dizaine d’années, n’est sorti du Programme de Doha pour le développement, un cycle de négociations commerciales mondiales sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce, un autre round de négociations est en préparation. Cependant, cette fois, les négociations ne se dérouleront pas sur une base multilatérale mondiale ; au lieu de cela, deux grands accords régionaux – l’un transpacifique et l’autre transatlantique – doivent être négociés. Les prochains pourparlers sont-ils susceptibles d’avoir plus de succès ?
 
Le Cycle de Doha a été torpillé par le refus des États-Unis de mettre fin à leurs subventions agricoles – une condition sine qua non pour tout véritable cycle de développement, étant donné que 70% de la population des pays en développement dépend de l’agriculture, de manière directe ou indirecte. La position américaine était véritablement à couper le souffle, étant donné que l’OMC avait déjà jugé que les subventions accordées au coton américain – qui bénéficient à moins de 25.000 riches agriculteurs – étaient illégales . La réponse de l’Amérique a été de corrompre le Brésil, qui avait déposé la plainte, pour le convaincre de ne pas poursuivre l’affaire, laissant sur le carreau des millions de pauvres cultivateurs de coton en Afrique subsaharienne et en Inde, qui souffrent de la baisse des prix en raison de la générosité de l’Amérique envers ses riches agriculteurs.

Compte tenu de cette histoire récente, il semble maintenant clair que les négociations visant à créer une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, et un autre entre les Etats-Unis et une grande partie du Pacifique (à l’exception de la Chine), ne portent pas sur l’établissement d’un véritable système de libre-échange. Au lieu de cela, l’objectif est un régime commercial géré – géré, c’est à dire qui sert les intérêts particuliers qui dominent depuis longtemps la politique commerciale occidentale.

Il y a quelques principes de base que ceux qui entament les discussions devront, on l’espère, prendre à cœur. Tout d’abord, tout accord commercial doit être symétrique. Si, dans le cadre du « Partenariat transpacifique » (TPP), les Etats-Unis exige que le Japon élimine ses subventions à la production rizicole, les États-Unis devraient, en retour, offrir d’éliminer leurs propres subventions à la production (et sur la consommation d’eau), non seulement sur le riz (qui est relativement peu important aux États-Unis), mais aussi sur d’autres produits agricoles.

Deuxièmement, aucun accord commercial ne devrait pas placer les intérêts commerciaux avant les intérêts nationaux plus larges, en particulier lorsque des questions non liées au commerce telles que la régulation financière et la propriété intellectuelle sont en jeu. L’accord commercial entre l’Amérique et le Chili, par exemple, empêche l’utilisation par le Chili des contrôles de capitaux – même si le Fonds monétaire international reconnaît maintenant que les contrôles de capitaux peuvent être un instrument important de la politique macro-prudentielle.

D’autres accords commerciaux ont également insisté sur la libéralisation et la déréglementation financières, quand la crise de 2008 aurait dû nous apprendre que l’absence de réglementation adéquate peut mettre en péril la prospérité économique. L’industrie pharmaceutique américaine, qui exerce un poids considérable au sein du bureau du Représentant américain au Commerce (USTR), est parvenue à refiler à d’autres pays un régime de propriété intellectuelle déséquilibré, qui, conçu pour lutter contre les médicaments génériques, accorde davantage de valeur au profit qu’aux vies qui attendent d’être sauvées. Même la Cour suprême américaine a déclaré à présent que le Bureau américain des Brevets est allé trop loin en accordant des brevets sur les gènes.

Enfin, il doit y avoir un engagement de transparence. Or, ceux qui se lancent dans ces négociations commerciales doivent être prévenus : les Etats-Unis se sont engagés à un manque de transparence. Le bureau de l’USTR a été réticent à révéler sa position de négociation, même aux membres du Congrès américain ; sur la base de ce qui a été divulgué, on peut comprendre pourquoi. Le bureau de l’USTR fait marche arrière sur des principes – par exemple, l’accès aux médicaments génériques – que le Congrès avait insérés dans des accords commerciaux précédents, comme celui avec le Pérou.

Dans le cas de la TPP, il y a une préoccupation supplémentaire. L’Asie a développé une chaîne d’approvisionnement efficace, avec des marchandises qui passent facilement d’un pays à l’autre au cours du processus de production de produits finis. Mais le TPP pourrait interférer avec celle-ci si la Chine reste en dehors des négociations commerciales.

Puisque les tarifs officiels sont déjà tellement bas, les négociateurs se concentreront surtout sur les obstacles non tarifaires – tels que les obstacles réglementaires. Mais le bureau de l’USTR, qui représente les intérêts des entreprises, poussera presque sûrement pour le plus petit commun dénominateur, incitant un nivellement vers le bas plutôt que vers le haut. Par exemple, de nombreux pays ont adopté des dispositions fiscales et réglementaires qui découragent les grosses voitures – non pas parce qu’ils essaient de discriminer les produits américains, mais parce qu’ils s’inquiètent de la pollution et de l’efficacité énergétique.

L’argument plus général, évoqué plus haut, est que les accords commerciaux mettent généralement les intérêts commerciaux avant les autres valeurs – le droit à une vie en bonne santé et à la protection de l’environnement, pour n’en nommer que deux. La France, par exemple, veut une « exception culturelle » dans les accords commerciaux qui lui permettrait de continuer à soutenir ses films – qui bénéficient à l’ensemble du monde. Ceci et d’autres valeurs plus larges devraient être non négociables.

En effet, l’ironie est que les avantages sociaux liés à ces subventions sont énormes, tandis que les coûts sont négligeables. Peut-on vraiment croire qu’un film d’art français représente une menace sérieuse pour un blockbuster de l’été hollywoodien ? Pourtant, la cupidité de Hollywood ne connaît aucune limite et les négociateurs commerciaux américains ne font pas de quartiers. C’est précisément pour cela que ces éléments doivent être retirés de la table avant le début des négociations. Sinon, on forcera les mains et il existe un risque réel qu’un accord puisse sacrifier les valeurs fondamentales pour les intérêts commerciaux.

Si les négociateurs créaient un véritable régime de libre-échange, mettant l’intérêt public en avant et accordant au moins autant de poids au point de vue des citoyens ordinaires qu’à celui des lobbyistes d’entreprise, je pourrais être optimiste et penser que ce qui en sortira permettra de renforcer l’économie et améliorer le bien-être social. La réalité, cependant, est que nous avons un régime commercial géré qui donne la priorité aux intérêts des entreprises et un processus de négociation qui n’est ni démocratique ni transparent.

La probabilité que ce qui ressortira des discussions à venir puisse servir les intérêts des Américains ordinaires est faible ; les perspectives pour les citoyens ordinaires des autres pays sont encore plus sombres.

Traduit de l’anglais par : Timothée Demont


 

 

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