26 septembre 2017

Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

Lire sur TV5Monde ...
 

28 janvier 2017

Le vocabulaire des bouffons


Par le blog de comaguer | 20 janvier 2017

Les communicants de l’équipe MACRON ont labellisé HAMPERS les supporters du « jeune leader » (version française du Young leader pro étasunien dument accepté outre-Atlantique pour servir les maitres de Washington (Maison Blanche, Pentagone, FED, FMI , Banque mondiale, Goldman Sachs et autres)

Ironie du verbe !

En anglais le verbe TO HAMPER veut dire : déranger, empêcher, faire obstacle à une théorie.

Il s’agit donc de faire croire que le jeune leader dérange quoi que ce soit. Fadaises et billevesées ! Tout au plus va-t-il déranger les candidats besogneux à la primaire du PS.

Ex associé gérant de la banque ROTHSCHILD ,c’est-à-dire partageant les bénéfices de l’entreprise, il ne dérangera pas « la finance » (lire le capitalisme contemporain) dont il est un représentant au plus haut niveau et le fourbe Hollande , souvenez-vous, « mon ennemi c’est la finance ! » l’a choisi chez ROTHSCHILD comme secrétaire général adjoint de l’Elysée avant d’en faire un ministre c’est à dire avant de le mettre en circulation comme gadget nouveau sur le marché politique, nouvelle tête de gondole de la foire aux mensonges.

La soumission de François II le Fourbe à la politique étasunienne, visible dans toute son action, l’a conduit dans un premier temps à faire adouber le jeune leader par la puissance dominante. Ce fut fait dès 2013 quand Macron fut accueilli par l’UNION INTERALLIEE, club franco-étasunien très chic (adhésion annuelle entre 25000 et 50000 €) installé à quelques pas de l’Elysée dans l’ancien hôtel Henri de Rothschild pour y « exposer la politique de la France » selon les propres termes de l’invitation. Etrange république où le président délègue un de ses mignons pour se prosterner devant les maitres …*

Passé ce premier grand oral, l’impétrant est passé l’année suivante devant le jury plus large et plus transnational du club de Bilderberg. Validé ! Après pareil parcours il ne manquait plus au jeune poulain qu’un bref galop ministériel avant d’aborder le grand prix de l’Elysée. Nous y voilà !

Avis aux HAMPERS macroniens: vous n’empêcherez rien ! Votre rôle est au contraire de pérenniser la vassalisation de la France dans l’empire militaro-capitaliste étasunien.

Et puisque votre gourou vous invite à parler anglais, vérifiez ! HAMPER, substantif, veut aussi dire « panier à linge sale » !



http://www.prixinterallie.org Voir sur ce lien une étonnante intervention en 1964 de Georges Pompidou lui aussi pur produit de l’écurie Rothschild devant le même cercle de l’Union Interalliée qui laisse entrevoir sa candidature à la présidentielle et la fin des « excentricités » gaullistes anti étasuniennes.


 

26 octobre 2016

Jean-François Gayraud - La grande fraude : crime, subprimes et crises financières (vidéo)



On les a vus au G20 : tout était lié au système qu'il fallait désormais encadrer. On les a vus au FMI et a l'ONU : tout était lié aux déséquilibres qu'il fallait désormais rééquilibrer. A les entendre, la crise de 2008, dite des subprimes, est due au grand mécanisme des cycles, aux lois économiques supérieures, bref, comme face a un tremblement de terre ou un tsunami, nous ne pouvions rien. 
 
Tous les prix Nobel d'économie démentent cette thèse, un homme brandit leur étendard : cette crise est due à la fraude et à la criminalité.
 
Dans « La Grande fraude » aux éditions Odile Jacob, le criminologue JEAN-FRANCOIS GAYRAUD affirme ce que la presse passe sous silence : la crise de 2008 est d'abord une crise d'origine criminelle. Qui est coupable? JEAN-FRANCOIS GAYRAUD est l'invité du JT6H du 29 avril 2011.
 

6 juin 2016

Le néolibéralisme est mort, selon le FMI!


C'est un véritable coup de tonnerre! Peut-être même - qui sait? - une révolution! Ce qui vient de se produire au sein du Fonds monétaire international (FMI) est purement renversant : trois de ses plus éminents économistes viennent en effet de signer un article dans la revue phare du Fonds Finance & Development qui proclame... la mort du néolibéralisme!
 
Lire sur les affaires ... 
 

4 juillet 2015

Que l’étincelle grecque embrase toute l’Europe !

 
par Mohamed BELAALI, 4 juillet 2015 | Voir sur son blog | Via le Grand Soir

La Grèce, pays de Thalès, de Socrate, de Démocrite et d’Épicure, pour ne citer que ceux-là, est aujourd’hui mise à terre, méprisée et humiliée par une horde de barbares, comme des vampires sans foi ni loi, qui pompent et vident le peuple grec de sa substance vitale. Ils portent des noms étranges : Fonds vautours, hedge funds, Zinzins, Troïka etc. Certains sont même sans visage : marchés financiers, Fonds de pension, Fonds de placement, agences de notation, Fonds souverains, Fonds européen de stabilité financière etc. Ils utilisent un langage dont les mots signifient souvent le contraire de ce qu’ils annoncent : réforme, stabilité, solidarité, assistance, dialogue, modernisation, aide, sauvetage. Le caractère monstrueux de ces mensonges reste, pour l’immense majorité des citoyens, invisible. Leurs discours omniprésents et omnipotents n’ont de sens que dans le contexte de la propagande, en dehors de ce cadre ils restent des sons vide de tout sens. Avec ou sans visage, ils poursuivent tous inlassablement un seul et même objectif : confisquer les richesses de tout un peuple pour les transférer par des mécanismes complexes aux banquiers, aux créanciers, aux spéculateurs, aux usuriers et autres parasites du monde entier.

Ces monstres sont soutenus, encouragés et protégés par des hommes et des femmes plus ou moins impliqués dans des affaires de corruption, de scandales fiscaux, de mœurs comme Dominique Strauss khan ancien président du FMI, remplacé par Christine Lagarde (affaire Tapie-Crédit lyonnais), Jean Claude Juncker président de la Commission européenne (affaire LuxLeaks, accords secrets passés avec 340 multinationales qui leur permettent de transférer leurs profits au Luxembourg pour échapper à l’impôt sur les bénéfices) etc.

Ces dirigeants corrompus ou dissolus s’appuient eux-mêmes sur des politiciens dont la seule et unique mission est de servir les puissants : A. Merkel, W. Schäuble (ministre allemand des finances) N. Sarkozy, F. Hollande, D. Tusk (président du Conseil européen), George Papandréou et Antonis Samaras (anciens premiers ministres grecs chantres de l’austérité) etc.

Leur soif du sang grec est insatiable. Plus ils en sucent, mieux ils se portent. Plus la situation économique est catastrophique plus ils exigent de se servir davantage et cela jusqu’au dernier euro. Même les plages, les forêts, les ports, les sites culturels, les autoroutes, les îles, la Poste, les chemins de fer, les aéroports etc. doivent passer entre les mains de spéculateurs dont le visage hideux change constamment. La privatisation doit être totale, intégrale.

La meute, comme les chacals, ne quitte jamais sa proie avant de l’épuiser pour mieux la dévorer ; c’est la curée. Elle s’attaque d’abord aux maillons faibles, les PIGS (cochons) comme les appellent avec mépris les technocrates de Bruxelles : Portugal, Italie, Grèce et Espagne avant de se retourner contre les autres pays membres de l’Union. La Grèce ne constitue que le point de départ vers un modèle qui sera généralisé et où la meute des spéculateurs, des banquiers et autres créanciers dominera les peuples d’Europe qui perdront leur autonomie, leur souveraineté et la maîtrise de leur destin. Ils seront ainsi réduits à travailler sans relâche, comme des esclaves, pour le plus grand bonheur des détenteurs du capital.

Le peuple grec s’est montré cependant plus résistant et plus combatif que ne l’imaginaient ses oppresseurs. Il s’est dressé courageusement face à ses tyrans qui veulent le réduire à l’esclavage. Mais dans ce combat inégal, le peuple grec est quasiment seul. Les bourgeoisies de tous les pays et leurs institutions se sont coalisées contre ce petit pays. Non seulement elles lui imposent une succession de plans d’une extrême austérité qui ont ruiné son économie, mais elles lui dictent ses choix politiques et la manière même de choisir ses propres dirigeants. J.C Juncker, président de la Commission européenne, avait appelé pour les élections législatives anticipées du 25 janvier 2015 à voter contre A.Tsipras dont le programme s’opposait justement à cette terrible politique d’austérité qui a plongé la Grèce dans la misère et le désespoir. Et lorsque A. Tsipras, face aux ultimatums de la meute des créanciers et leurs représentants, a décidé de faire appel au peuple pour dire « Non » à un énième plan d’austérité en organisant un référendum, J.C Juncker, encore lui, appelle à voter pour le plan des créanciers ( réduction des pensions de retraite, augmentation de la TVA supportée essentiellement par les plus démunis, baisse du nombre et des salaires des fonctionnaires etc.).

Le combat du peuple grec montre d’une manière éclatante combien les institutions européennes sont antidémocratiques. Le mépris de la volonté des peuples et de la démocratie est une constante de l’Union. Rappelons pour mémoire que les peuples danois, français, néerlandais et irlandais ont rejeté par référendum le traité de Maastricht, le projet de traité constitutionnel et le traité de Lisbonne en 1992, en 2005 et en 2008. Mais cette volonté populaire a tout simplement été ignorée par l’Union européenne. Sa réaction épidermique et agressive contre le référendum grec du 5 juillet 2015 montre combien il lui est insupportable d’accepter le moindre processus permettant aux peuples d’exprimer leur volonté. La plupart des décisions de l’Union européenne sont prises dans l’ombre pour ne pas dire dans l’obscurité la plus totale. Les négociations qu’elle a menées avec les États-Unis pour conclure un accord de libre échange (Trans-Atlantic Free Trade Agreement ou TAFTA) est un exemple éloquent de cette opacité. Les intérêts qu’elle défend sont en totale contradiction avec ceux des peuples. L’ Union se présente ainsi comme un pouvoir indépendant et au-dessus des citoyens. Elle est l’ennemie des peuples et de la démocratie. La démocratie du capital reste un concept creux sans contenu réel utilisé par la classe dominante comme instrument idéologique au service exclusif de ses intérêts.

Le combat du peuple grec n’est donc pas seulement économique, il est aussi politique et constitue une véritable lutte pour des valeurs et des principes de démocratie et de souveraineté des peuples : « Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. » a déclaré A.Tsipras dans la nuit du 26 au 27 juin sur la télévision publique grecque (1).

Cette lutte inégale qui semble perdue d’avance reste cependant porteuse d’espoir. Elle élargit un peu plus les fissures , encore minuscules, qui apparaissent dans cette construction hideuse qu’est l’Union européenne. Ce combat nous enseigne également que la social-démocratie sous toutes ses formes (PASOK, SPD, PS, PSOE, Parti travailliste etc.) porte une lourde responsabilité dans l’étouffement des mouvements sociaux et constitue un frein à toute transformation qualitative de la société. Elle est au service de la classe dominante (2). Il faut donc construire une alternative en dehors de ce courant politique. Les contradictions entre les intérêts des peuples et ceux des institutions européennes n’exploseront pas d’elles-mêmes. Le combat du peuple grec peut servir d’étincelle qui embraserait toute l’Europe si les autres peuples prenaient conscience de l’urgence du changement. Mais même la conscience la plus lucide, reste impuissante tant qu’elle ne s’appuie pas sur des forces sociales organisées et déterminées à mener ce combat jusqu’à son terme. Seule la classe ouvrière, négation vivante de l’ordre établi de part sa position dans le processus de production, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Elle trouvera en face d’elle une classe puissante qui possède tous les pouvoirs et qui est déterminée à briser la moindre résistance afin de perpétuer ses privilèges. La classe ouvrière, même affaiblie par un chômage de masse, n’a d’autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut-être mené efficacement que dans l’unité de l’ensemble des travailleurs.

Prolétaires de toute l’Europe unissez-vous.

Mohamed Belaali
 

19 juin 2015

Dette grecque, la vérité sur les manipulations de la Troïka au profit des intérêts privés (vidéo)

Intervention d'Eric Toussaint
Commission d'audit de la dette grecque
17 juin 2015 Athènes




20 décembre 2014

Il faut que ça pète !



La situation est étrange avec à la fois l'impression que tout s'écroule de partout et que rien ne bouge, comme englués dans un passé immobile en même temps que passent devant nous des trains à grand vitesse. Il semble bien inutile de continuer à écrire sur le sujet tant on pourrait ressortir d'anciens billets sur la crise pour décrire notre présent où rien n'a été résolu, seul a été évité - ou reporté - l'effondrement général mais avec pour résultat de l'éterniser. Chacun peut constater le prix exorbitant payé par les populations les plus fragiles, à cause d'obstinations dogmatiques surannées, condamnées même par le FMI et les USA, ainsi que le caractère irréel des discours tenus, sans qu'il semble qu'on ne puisse rien y faire...
 
Suite sur le blog de Jean Zin ...
 

23 septembre 2014

« La Banque du Sud est une alternative, pas celle des BRICS »


Par Eric Toussaint | CADTM (comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) | 19 août 2014

Cette interview a été publiée par le quotidien suisse Le Courrier le samedi 16 août 2014

Les enjeux financiers du développement n’ont plus de secrets pour Eric Toussaint. Fondateur en 1990 du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), ce politologue belge a notamment été associé par le gouvernement de l’Équateur au lancement de la Banque du Sud. Malgré la paralysie actuelle de cet organisme, M. Toussaint continue de croire à ce projet initié en 2007 par sept États sud-américains comme une alternative progressiste à la Banque mondiale. Il se montre en revanche sceptique quant au projet de banque d’investissement annoncé par les cinq principaux pays émergents.


Les BRICS annoncent vouloir créer une alternative à la Banque mondiale (BM). Une bonne nouvelle pour le développement ?

Éric Toussaint : Vouloir créer une alternative à la BM serait en effet une excellente nouvelle, mais je ne crois pas du tout que ce soit le cas ici. Les cinq États qui constituent les BRICS sont des pays capitalistes émergents qui cherchent à préserver leurs intérêts, dans la mesure où le Fonds monétaire international (FMI) et la BM sont des instruments contrôlés par les grandes puissances traditionnelles. La Nouvelle banque de développement (NBD) se différencie, en promettant de ne pas mettre de conditionnalités, telles que des plans d’ajustement structurel, à ses prêts et d’appliquer – mais le fera-t-elle ? – le principe : un pays-une voix. Ça ne suffit pas à en faire une alternative. Ce serait juste un moindre mal.


Si je résume : on échangerait une BM soumise à Washington par une NBD au service de l’impérialisme chinois ?


On peut parler, à la suite de l’économiste brésilien Rui Mauro Marini, de sous-impérialisme, au sens que ces pays, Brésil et Chine en tête, investissent massivement dans les pays en développement pour défendre des intérêts politiques ou économiques propres, pas pour le développement des récipiendaires des fonds. Ce qui les différencie du vrai impérialisme, comme celui des États-Unis, c’est qu’ils n’emploient pas – encore ? – de moyens militaires. A l’exception de la Russie.


Que serait, selon vous, une vraie alternative à la BM ?
 
L’annonce en 2007 de la création de la Banque du Sud (BdS) représentait cet espoir. À la demande du président Rafael Correa, j’ai participé à la rédaction de la position équatorienne lors de la création de la Banque du Sud, puis à un conseil des ministres des sept pays fondateurs. L’Équateur et le Venezuela avaient une vision claire d’un établissement devant servir l’emploi et l’intégration continentale. Et des projets très concrets, comme une industrie pharmaceutique de produits génériques ou la reconnexion des pays d’Amérique du Sud par le rail, avec production de matériel roulant, qui aurait aussi signifié moins de pollution et des avancées industrielles et technologiques. La BdS, c’était encore une monnaie commune et alternative, « le sucre ». Ou l’idée de transférer des moyens des pays les mieux dotés en réserves de change vers les autres. C’était un projet d’intégration, qui tenait compte de l’intérêt des peuples et aurait pu s’élargir sans peine à l’Amérique centrale et à la Caraïbe, notamment car il se voulait transparent – comptes publics, audits externes – et démocratique. Pour être alternatif à la BM, il fallait être un exemple, et donc ambitieux. Ainsi, il était exclu que les fonctionnaires de la BdS bénéficient d’une immunité judiciaire, contrairement à ceux de la BM... Malheureusement, ce projet est aujourd’hui paralysé. Sept ans après sa fondation, la banque n’a octroyé aucun prêt !


La Banque des BRICS connaîtra-t-elle un meilleur sort ?


Parviendront-ils à se mettre d’accord sur des projets ? On peut se demander si ces cinq pays ne s’associent pas surtout pour montrer aux puissances traditionnelles qu’ils pourraient le faire. En réalité, selon moi, ces cinq pays ont peu d’intérêts communs.


Ont-ils la surface financière pour faire vivre une telle banque ?


Sans aucun doute ! La Chine, à elle seule, possède plus de 3000 milliards de dollars de réserves de change dont elle ne sait que faire. C’est énorme, presque deux fois le total des dettes publiques externes des pays en développement. Une bonne part de cet argent est placé en bons du Trésor américain : la Chine est la première créancière des États-Unis. Le Brésil et la Russie, également, ont des réserves très importantes. Seule l’Afrique du Sud aura de la peine à mettre les 10 milliards de dollars au capital de départ de l’établissement.


L’investissement du Brésil dans la NBD ne signe-t-il pas l’acte de décès de la BdS ?


Celle-ci est déjà mal en point... Mais, avec ou sans le Brésil, l’Amérique du Sud possède encore les moyens financiers de démarrer ce projet. Selon moi, Brasilia est le principal responsable du blocage. Le Brésil possède sa propre banque de développement, la BNDES, qui investit énormément à l’étranger. Son poids, en Amérique du Sud, équivaut à celui de la Banque interaméricaine de développement et aux prêts de la BM dans la région ! Le Brésil la privilégie. Il n’a participé à la BdS que pour freiner un concurrent potentiel.


Cet échec et les difficultés financières de l’Argentine et du Venezuela ne sont-ils pas le signe que le rêve d’indépendance latino-américain était hors de portée ?


Au moment où Hugo Chávez a proposé la BdS, le projet était tout à fait raisonnable ! L’erreur a peut-être été de penser qu’il fallait à tout prix mettre le Brésil dans le coup. La plupart des pays du continent ont quand même prouvé qu’ils pouvaient s’éloigner du consensus néolibéral. Des structures nouvelles ont commencé à fonctionner, telle que l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Il y a aussi la décision de l’Équateur, de la Bolivie et du Venezuela de se retirer du tribunal de la BM en matière d’investissement. Et l’augmentation des impôts payés par les entreprises étrangères qui exploitent les ressources naturelles. C’est insuffisant en regard du potentiel réel de ces pays et des défis à relever, mais il est encore temps : il faudrait une réaction forte dans les deux ans à venir. Des responsables gouvernementaux poussent dans ce sens. Sans quoi je crains que le sous-continent n’aille vers de grandes difficultés financières. Un scénario semblable à celui de la crise de la dette de 1982 est dans l’air.


Y-a-t-il des signes avant-coureurs ?


Oui, les États-Unis se préparent à augmenter les taux d’intérêts qu’ils ont massivement baissés avec la crise de 2007-2008. Cela va renchérir le refinancement de la dette au moment même où les revenus des États sud-américains sont menacés par une baisse de la demande mondiale de matières premières. Je crains que ces pays ne se rendent compte d’ici deux à trois ans qu’ils ont raté une magnifique occasion, durant la décennie passée, de se doter d’instruments financiers alternatifs destinés à les blinder contre des décisions prises par les pays du Nord.
 
 

1 septembre 2014

Monsanto débarque en Ukraine



Investig'Action | 30 août 2014 | par

Monsanto en Ukraine, la nourriture génétiquement modifiée et le retour de H+K


Finalement, un aspect secondaire de la crise ukrainienne commence à recevoir une attention internationale. Le 28 juillet, l’Institut Oakland, basé en Californie, a publié un rapport révélant que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), selon les termes de leur prêt de $17 milliards à l’Ukraine, ouvriraient ce pays aux cultures génétiquement modifiées (GM), ainsi qu’aux OGM dans l’agriculture. Le rapport est intitulé vu de l’Ouest : la Banque mondiale et le FMI en Ukraine [1].

Fin 2013, le président ukrainien du moment, Viktor Yanukovych, a rejeté l’agrément d’association à l’Union européenne lié au prêt de $17 milliards, dont les termes viennent seulement d’être révélés. Au contraire, Yanukovych a opté pour une aide russe de $15 milliards, assortie d’une réduction sur le prix du gaz naturel. Sa décision a été un facteur majeur des protestations mortelles qui s’ensuivirent et qui l’ont renversé du pouvoir en février 2014, ainsi que de la crise en cours.

Selon l’Oakland Institute, « alors que l’Ukraine n’autorise pas l’utilisation des OGM dans l’agriculture, l’Article 404 de l’accord avec l’UE, en rapport avec l’agriculture, inclut une clause qui est généralement passée inaperçue : cette clause indique, entre autres, que les deux parties vont coopérer pour étendre l’utilisation des biotechnologies. Il ne fait aucun doute que cette clause rencontre les attentes de l’agro-industrie. Comme Michael Cox, directeur de recherche à la banque d’investissement Piper Jaffray, l’a observé, « lUkraine, et de manière générale l’Europe de l’Est, sont parmi les marchés en croissance les plus prometteurs pour le géant de l’équipement en matériel agricole Deere, ainsi que pour les producteurs Monsanto et Dupont«  » [2].

La loi ukrainienne interdit aux agriculteurs de cultiver des plantes génétiquement modifiées. Longtemps considérée comme « le grenier à blé de l’Europe », l’Ukraine, avec les riches terres noires de son sol, est idéale pour la croissance des céréales. Ainsi, en 2012, les agriculteurs ukrainiens ont produit plus de 20 millions de tonnes de céréales.

L’investissement de Monsanto

En mai 2013, Monsanto a annoncé un plan d’investissements de $140 millions dans une usine de semences de céréales non OGM en Ukraine, avec le porte-parole de Monsanto en Ukraine, Vitally Fechuk, confirmant que « Nous travaillerons seulement avec des semences conventionnelles parce que ce sont les seules autorisées en Ukraine pour la production et l’exportation ».

Mais, en novembre 2013, six grandes associations d’agriculteurs ukrainiens avaient préparé un projet d’amendement à la loi, poussant à « créer, tester, transporter et utiliser des OGM dans le cadre de la législation sur les semences génétiquement modifiées » [4]. Le président de Ukrainian Grain Association, l’association des semenciers ukrainiens, Volodymyr Klymenko, a dit lors d’une conférence de presse à Kiev que : « Nous pourrions réfléchir à cette question très longtemps, mais nous, avec les associations [agricoles], avons signé deux lettres pour modifier la loi sur la biosécurité, dans lesquelles nous avons proposé la légalisation des semences OGM pour nos agriculteurs, semences qui ont été testées depuis longtemps aux États-Unis » (en fait, les semences génétiquement modifiées ainsi que les OGM n’ont jamais été soumis à des tests indépendants sur le long-terme aux U.S.).

Les amendements des associations agricoles coïncidaient avec les termes de l’association avec l’UE et avec le prêt FMI/Banque Mondiale.

Le site web sustainablepulse.com, qui traque les nouvelles sur les OGM au niveau mondial a fustigé les propositions des associations agricoles, avec le directeur Henry Rowlands déclarant : « L’agriculture de l’Ukraine sera sérieusement endommagée si le gouvernement autorise les semences génétiquement modifiées dans le pays. Les agriculteurs verront se réduire les marchés à l’exportation à cause des sentiments anti-OGM en Russie et dans l’UE ». Rowlands a dit que les investissements de Monsanto en Ukraine « pouvaient atteindre $300 millions sur plusieurs années. Est-ce-que l’agriculture ukrainienne veut faire totalement confiance au succès ou à l’échec d’une compagnie U.S.? » [5]

Le 13 décembre 2013, le vice-président de Monsanto (Corporate Enaggement), Jesus Madrazo, a dit à la conférence U.S-Ukraine à Washington D.C. que la compagnie voyait « l’importance de la création d’un environnement favorable [en Ukraine], qui encourage l’innovation et émule le développement continu de l’agriculture. L’Ukraine a l’opportunité de développer encore plus le potentiel des cultures conventionnelles, là où nous concentrons actuellement nos efforts. Nous espérons aussi que, le moment venu, la biotechnologie sera un outil disponible pour les agriculteurs ukrainiens dans le futur » [6].

Juste quelques jours avant les remarques de Madrazo à Washington, Monsanto Ukraine a lancé son programme de « développement social » pour le pays, appelé « Panier de grains du futur » [7]. Il fournissait une bourse à des villageois ruraux afin qu’ils puissent (selon les mots de Monsanto) « commencer à ressentir qu’ils peuvent améliorer leur situation eux-mêmes au lieu d’attendre une subvention ».

Actuellement, les véritables subventions sont celles qui vont aux gros de l’agro-business, selon les termes des prêts du FMI et de la Banque mondiale, qui, en plus d’ouvrir le pays aux cultures OGM, va aussi conduire, plus tard, à lever l’interdiction qui pèse sur la vente des riches terres ukrainiennes au secteur privé [8].

Comme l’a formulé Morgan Williams, président et PDG du Conseil pour le commerce U.S.-Ukraine, en mars dans International Business Times, « L’agriculture ukrainienne pourrait être une vraie mine d’or » [9]. Mais, a-t-il ajouté, « de nombreux aspects du climat des affaires [en Ukraine] doivent changer, le point principal étant de garder le gouvernement hors des affaires commerciales… ».

Les câbles Wikileaks

En août 2011, Wikileaks a diffusé des câbles diplomatiques U.S. montrant que le Département d’État des U.S. [Affaires étrangères, NdT] a fait du lobbying au niveau mondial pour le compte de Monsanto et d’autres multinationales de la biotechnologie, telles que DuPont, Syngenta, Bayer et Dow. L’organisme à but non lucratif, Food & Water Watch [Surveillance de l'eau et de la nourriture, NdT], après passage au peigne fin de ces câbles sur cinq ans (2005-2009), a publié son rapport le 14 mai 2013, intitulé « Ambassadeurs de la Biotechnique : comment le ministère des Affaires étrangères U.S. fait la promotion du programme global de l’industrie des semences » [10]. Le rapport montre que le ministère des Affaires étrangères U.S. a « fait du lobbying auprès de gouvernements étrangers pour qu’ils adoptent des politiques et légifèrent en faveur des biotechnologies agricoles, a réalisé des campagnes rigoureuses de relations publiques pour améliorer l’image de la biotechnologie, et a défié ouvertement les gardes-fous et les règles de bon sens, allant même jusqu’à s’opposer aux lois concernant l’étiquetage des nourritures OGM ».

Selon un article de consortiumnews.com du 16 mars 2014, Morgan Williams est au centre du réseau d’alliances du regroupement des multinationales du business agroalimentaire (Big Ag) avec la politique étrangère des U.S. [11]. « En plus d’être président et PDG du Conseil pour le commerce U.S.-Ukraine, Williams est Directeur des affaires gouvernementales dans la firme privée d’investissement SigmaBleyzer, qui racole pour le travail de Williams « diverses agences du gouvernement U.S., membres du Congrès, commissions du Congrès, l’ambassade d’Ukraine aux U.S., des institutions financières internationales, des groupes de réflexion et autres organisations concernant les affaires U.S.-Ukraine, les questions de commerce, d’investissement et d’économie ».

Les seize membres du Comité exécutif du Conseil pour le commerce U.S.-Ukraine viennent de compagnies agroalimentaires U.S., incluant des représentants de Monsanto, John Deere, DuPont Pioneer, Eli Lilly, et Cargill [12]. Parmi les vingt « Consultants principaux », on rencontre James Greene (ancien chef du Bureau de liaison Otan-Ukraine), Ariel Cohen (chargé de recherche principal à The Heritage Foundation [Groupe de réflexion conservateur à Washington D.C.], Léonid Kozachenko (président de la Confédération agraire ukrainienne), six anciens ambassadeurs U.S. en Ukraine, et l’ancien ambassadeur d’Ukraine aux U.S., Oleh Shamshur.

Shamshur est maintenant un conseiller principal chez PBN Hill + Knowlton Strategies, une unité du géant des relations publiques Hill + Knowlton Strategies (H+K). H+K est une filiale du gargantuesque groupe WPP, basé à Londres, qui possède quelques douzaines de grosses firmes de relations publiques, dont Burson-Marsteller (un conseiller de Monsanto depuis longtemps).

Stratégies de Hill + Knowlton 

Le 15 avril 2014, le journal de Toronto The Globe & Mail a publié un éditorial de l’assistant consultant de H+K, Olga Radchenko [13]. L’article fulminait contre le Président russe Vladimir Poutine et « la machine de relations publiques de Mr. Poutine », déclarant que « le mois dernier [mars 2014, un mois après le coup d'État], un groupe de professionnels des relations publiques, basé à Kiev, avait formé le Centre des médias sur la crise ukrainienne, une opération volontaire dans le but d’aider à améliorer l’image de l’Ukraine et de gérer ses communications sur la scène globale ».

Le site web de PNB Hill + Knowlton Strategies déclare que le PDG de la compagnie, Myron Wasylyk, est un « membre du bureau du Conseil pour le Commerce U.S.-Ukraine », et que le Directeur général pour l’Ukraine, Oksana Monastyrska, « dirige les travaux de la firme pour Monsanto ». Monastyrska a aussi travaillé pour la Société financière internationale de la Banque mondiale.
Selon Oakland Institut, les conditions du prêt accordé à l’Ukraine par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont déjà conduit à « un accroissement des investissements étrangers, qui entraînera probablement une expansion des acquisitions de terres agricoles sur une grande échelle par des compagnies étrangères et une future privatisation de l’agriculture du pays » [14].

En attendant, le Permier ministre russe, Dmitry Medvedev, a déclaré en avril 2014 : « Nous n’avons pas pour but de développer les produits OGM ici, ni de les importer. Nous pouvons nous nourrir avec des produits normaux non génétiquement modifiés. Si les Américains aiment manger de tels produits, qu’ils les mangent. Nous n’avons pas besoin de faire ça ; nous avons assez de place et d’occasions pour produire une nourriture organique naturelle » [15].

Hill + Knowlton, avec ses mensonges sur les « atrocités dans les incubateurs de bébés » au Koweït, a instrumentalisé le public américain pour qu’il supporte la première Guerre du Golfe en Irak au début des années 90. Maintenant la compagnie fomente une nouvelle Guerre Froide ou encore pire pour le compte de Monsanto, récemment élue « la pire » multinationale de la planète. C’est une chose dont il faut se souvenir au moment de la diabolisation tous azimuts de Poutine par les médias de masse.

Joyce Nelson
Traduit par Jean-Jacques pour vineyardsaker.fr
(CounterPunch 22-24 août 2014

Joyce Nelson est un free-lance écrivain/chercheur canadien et l’auteur de cinq livres, dont Sultans of Sleaze: PR & The Media (lien vers amazon.fr).

[1] Press Release: The World Bank and the IMF Open up Ukraine to Western Interests (oaklandinstitute.org, english, 28-07-2014)
[2] Ibid.
[3] Monsanto plans $140 mln Ukraine non-GM corn seed plant (reuters, anglais, 24-05-2013)
[4] Agrarian associations initiate legalization of GM seeds in Ukraine (en.interfax.com.ua, anglais, 05-11-2013)
[5] Sustainable Pulse Slams Ukraine Agri Associations over GM Seeds Draft Law (sustainablepulse.com, english, 05-11-2013)
[6] Monsanto’s Commitment to Ukraine (monsantoblog.com, english, 19-12-2013)
[7] Monsanto Ukraine Launching Social Development Program (monsantoblog.com, english, 13-12-2013)
[8] Ukraine: Secretive Neo-Nazi Military Organization Involved in Euromaidan Sniper Shootings (globalresearch.ca, english, 03-03-2014)
[9] ‘Westerners Know Very Little About Ukraine…’: Q&A With U.S.-Ukraine Business Council President (ibtimes.com, english, 13-03-2014)
[10] U.S. Version – Biotech Ambassadors: How the U.S. State Department Promotes the Seed Industry’s Global Agenda (foodandwaterwatch.org, english, 14-03-2014)
[11] Corporate Interests Behind Ukraine Putsch (consortiumnews.com, anglais, 16-03-2014)
[12] USUBC EXECUTIVE COMMITTEE & OFFICERS, 2014 (usubc.org, english, 2014)
[13] In the battle of hearts and minds, Kiev is losing eastern Ukraine (theglobeandmail.com, english, 15-04-2014)
[14] Press Release: The World Bank and the IMF Open up Ukraine to Western Interests (oaklandinstitute.org, anglais, 28-07-2014)
[15] Russia postpones planting of GMOs by 3 years (Russia Today, anglais, 22-04-2014)

Source : Monsanto and Ukraine, GM Food, Ukraine and the Return of Hill + Knowlton (counterpunch.org, anglais, 22-24-08-2014)

A LIRE ABSOLUMENT POUR COMPLÉTER CET ARTICLE

21 juillet 2014

BRICS : Révolution géopolitique en vue



Par le Yéti|Politis| 21 jullet 2014

BRICS : le camouflet des pays émergents à l’hégémonie américaine


En annonçant à Fortaleza (Brésil), la création de leur propre banque de développement et de leur propre fonds de devises, les pays émergents des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) sont en passe non seulement de torpiller l’ordre monétaire international, mais de déclencher une révolution géopolitique à l’échelle planétaire.

Car si le projet des BRICS va à son terme, c’est bien l’hégémonie américaine héritée de la Seconde guerre mondiale et l’omnipotence du roi-dollar consacrée lors des accords de Bretton Woods en 1944 qui seront battues en brèche.
Résumons succinctement les conditions techniques de l’opération :
  • la Nouvelle banque de développement (NBD) aura un capital initial autorisé de 100 milliards de dollars ;
  • chaque pays membre participera selon ses moyens ; d’autres pays pourront s’adjoindre à la fine équipe, mais les BRICS se réserveront une part de contrôle minimum de 55% du total.
  • l’ensemble sera opérationnel avant la prochaine réunion des BRICS, dès 2015 ; le siège de la banque sera située à Shangaï ;
  • les échanges entre les pays membres s’effectueront directement dans l’une ou l’autre des monnaies de leur cru (et non plus en passant par le billet vert US).

Les conséquences géopolitiques


Les conséquences de ces décisions sont sans appel pour le vieil ordre occidental chancelant :
  • Le dollar y perd son hégémonie de monnaie-étalon qui permettait entre autres aux Etats-Unis de faire financer leur énorme dette par les autres pays ;
  • la Banque mondiale et le FMI, pièces maîtresses du système occidental, perdent une grande part de leurs moyens exclusifs de pression ;
  • L’arme de dissuasion financière dont disposait exclusivement Washington voit sa force d’impact considérablement réduite ;
  • un bouleversement d’envergure en matière de répartition des ressources mondiales apparaît comme de plus en plus probable à assez brève échéance (notons que lors du sommet de Fortaleza, Vladimir Poutine a aussi proposé une association énergétique à ses partenaires).

Vers un nouvel ordre monétaire international


Le camp occidental tente bien sûr de faire bonne figure devant l’annonce. Quand ils ne font pas silence, ses médias s’emploient à essayer d’en banaliser la portée. Mais le camouflet est cuisant pour le vieux système néolibéral septuagénaire. Et la réponse de Poutine aux sanctions américaines et européennes, cinglante.

Pour tout dire, il ne fallait pas être fin analyste pour savoir que les mesures radicales prises par les BRICS pendaient depuis longtemps aux nez du suzerain américain et de ses commensaux européens.

Il y eut cette alerte d’octobre 2009. Puis ce tout récent accord gazier entre la Russie et la Chine, précipité par les manigances de l’Otan en Ukraine (après l’Irak, la Libye, la Syrie...), mais aussi par les inconséquences financières de la Fed qui, en janvier 2014, firent vaciller les monnaies des BRICS.

En décrétant leur émancipation, les pays émergents ouvrent la voie à une refondation de l’ordre monétaire global, condition sine qua non à l’avènement du monde d’après.
 
 Sur le même sujet, lire: La banque BRICS opérationnelle

22 mars 2014

Ukraine 21 mars 2014 "Jour de Honte"


[Jour de Honte] 21 mars 2014, début de l’Anschluss de l’Ukraine par l’UE (+ Textes)

Les-Crises.fr | Olivier Berruyer | 21 mars 2014
Alors la propagande est claire : pour éviter que le très méchant Poutine ne s’empare du tiers russophone de l’Ukraine avec des méchants référendums [ce dont je ne pense nullement être son intérêt donc sa volonté], l’UE avec ses 0 % d’ukrainiens s’empare de TOUTE l’Ukraine grâce à un gouvernement putschiste avec des néonazis !
LOGIQUE de désescalade imparable !!!! Ils vont être contents les russophones à qui on ne demande pas leur avis…
N.B. Le titre Point Godwin est un clin d’oeil à tous ces commentaires sur les sites qui parlent d’Anschluss russe en Ukraine…

I. Résumé

Voir la vidéo "Ukraine : comprendre les origines de la crise en 5 minutes", par le Monde.fr 



Le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a signé, vendredi 21 mars, lors du sommet des chefs d’Etat de l’Union européenne (UE), le premier volet de l’accord d’association entre son pays et l’UE. C’est le refus d’entériner ce document par les précédentes autorités ukrainiennes qui avait déclenché la révolution de Maïdan, à la fin de novembre, et la chute de Viktor Ianoukovitch.

Que contient cet accord ?


Négocié entre 2007 à 2012, l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine doit remplacer l’accord de partenariat et de coopération (APC), qui régit leurs relations depuis 1998. Qualifié « d’ambitieux et de novateur » par la Commission européenne, il doit permettre à Kiev de se rapprocher fortement de Bruxelles, mais il n’inclut pas de perspective d’adhésion à l’UE pour l’Ukraine.
L’accord prévoit une coopération avancée dans différents secteurs, dont la politique extérieure, la politique énergétique et nucléaire, et les domaines légal et judiciaire. Un chapitre entier est aussi consacré à la création d’une zone de libre-échange, comprenant la mise en place de normes communes. Ces différents dispositifs doivent, de plus, être renforcés par des négociations sur la libéralisation du régime des visas.

L’accord d’association aurait dû être signé à Vilnius, les 28 et 29 décembre 2013, lors d’un sommet où étaient aussi conviés l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie et la Biélorussie. Mais, une semaine avant ce sommet, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait annoncé son refus de signer. C’est suite à cette volte-face que les manifestants investirent la place de l’Indépendance, à Kiev.

Qu’est-ce qui a été signé le 21 mars ?

Le volet « politique » de l’accord. Concrètement, il s’agit du préambule, et des chapitres 1, 2 et 7. Ce sont les parties les plus symboliques : le chapitre 1 énonce les grands principes de l’accord, le deuxième aborde le dialogue politique, et le septième les dispositions générales.

« Le volet politique de l’accord réaffirme les valeurs européennes et la nécessité d’une coopération institutionnelle, expliquait au Monde en début de semaine le ministre français chargé des affaires européennes, Thierry Repentin. Il comporte aussi plusieurs points pratiques, et notamment un volet sur la mobilité, avec une levée des visas pour les Ukrainiens circulant dans l’Union européenne.

Les points importants de l’accord, comme les mesures de coopération et la zone de libre-échange, se trouvent dans d’autres chapitres. Ils ne rentreront donc pas en vigueur suite à la signature.

La Commission compte tout de même offrir une aide économique à court terme à l’Ukraine, à travers deux actions. Premièrement, un prêt d’un milliard d’euros, proposé le 19 mars. Deuxièmement, une baisse des droits de douane pour les importations en provenance d’Ukraine. Cette dernière mesure, qui devrait permettre à l’Ukraine d’économiser un demi-milliard d’euros sur un an, a été approuvée par la Commission le 15 mars. Elle devrait entrer en vigueur dans les prochaines semaines, après approbation du Conseil et du Parlement.

Pourquoi signe-t-on le volet politique maintenant ?


A la Commission, on explique que cette signature constitue un signal fort, alors que la Russie vient d’annexer la Crimée. « C’est un signe de solidarité, pour montrer notre soutien », résume Maja Kocijanci, porte-parole de Catherine Ashton, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères. « On veut montrer à la Russie qu’on soutient toujours l’Ukraine », complète Peter Stano, porte-parole de Stefan Füle, le commissaire européen chargé de l’élargissement et de la politique de voisinage.

« Il faut accompagner l’Ukraine vers un autre avenir, renchérissait Thierry Repentin. Cet accord établit les bases pour une future négociation politique et fait rentrer l’Ukraine dans un grand forum démocratique. »

Quand sera signée la seconde partie ?

Pas avant l’élection présidentielle du 25 mai et la formation d’un nouveau gouvernement. « Nous voulons un gouvernement démocratiquement élu, avec un fort soutien des électeurs », explique Peter Stano. Selon lui, les réformes à mener seront de grande ampleur, et nécessiteront donc un fort engagement du gouvernement et de la population.

Pour autant, la date n’est pas fixée. Le Conseil européen, à l’issue de sa réunion du 6 mars, déclarait que cela devait se faire d’ici à la fin août 2014. La Commission, elle, vise le 1er novembre comme date butoir. Pour ne pas retarder l’application du dispositif de libre-échange, la Commission et le gouvernement ukrainien ont convenu de l’appliquer dès qu’il sera signé, avant même sa ratification par le Parlement.

L’Ukraine espère obtenir 15 milliards de dollars (10,8 milliards d’euros) du FMI, avec lequel elle est actuellement en négociation. L’organisme international imposera, en échange, un plan d’austérité. Une hausse du prix du gaz, l’augmentation de l’âge de la retraite et la privatisation des mines publiques sont d’ores et déjà annoncées.
(Site de la Commission)

II. Documents

Voici l’accord – seules les parties en gras ont donc été signées le 21 mars 2014 :

Text of the initialled Agreement

Preamble pdf - 149 KB [149 KB]
Title I: General Principles pdf - 54 KB [54 KB]
Title II: Political Dialogue and Reform, Political Association, Cooperation and Convergence in the Field of Foreign and Security Policy pdf - 73 KB [73 KB]
Title III: Justice, Freedom and Security pdf - 77 KB [77 KB]
Title IV: Trade and Trade-related Matters pdf - 1023 KB [1023 KB]
Title V: Economic and Sector Cooperation pdf - 290 KB [290 KB]
Title VI: Financial Cooperation, with Anti-fraud Provisions pdf - 58 KB [58 KB]
Title VII: Institutional, General and Final Provisions pdf - 173 KB [173 KB]

ANNEXES to the Agreement

Annexes to Title IV: Trade and Trade-related Matters
Annexes to Title V: Economic and Sector Cooperation pdf - 1005 KB [1005 KB]
Annexes to Title VI: Financial Cooperation, with Anti-fraud Provisions pdf - 255 KB [255 KB]

PROTOCOLS to the Agreement

Protocol I (Title IV: Trade and Trade-related Matters) pdf - 2 MB [2 MB]
Protocol II (Title IV: Trade and Trade-related Matters) pdf - 99 KB [99 KB]
Protocol III (Title V: Economic and Sector Cooperation) pdf - 63 KB [63 KB]

Je ne résiste pas aux photos :


Oui, oui, le gars à droite, à qui je ne confirais pas un petit garçon en baby-siting, c’est bien le 1er Ministre Ukrainien (choisi par les Américains)

Les Gros Cadors…

ScooterMan 1er de France…

Oh, elle va plaire à Poutine celle-là

La femme de ménage ?





Saint Rompuy tenant la Bible


“Heureux les pauvres en esprit car le Royaume des cieux est à eux” (Mt 5, 3)

15 décembre 2013

L’austérité tue massivement : des preuves chiffrées



Alternatives Économiques | Par Jean Gadrey | 12 septembre 2013

Vive la socio-économie pratiquée par des médecins, épidémiologistes et sociologues. Après le livre des épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett (Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Les petits matins), en voici un autre, pas (encore ?) traduit en français : Why Austerity Kills, par David Stuckler (sociologue) et Sanjay Basu (épidémiologiste).

Je ne l’ai pas lu, mais je vais quand même vous en parler car j’ai reçu d’un membre d’Attac, Christian Lefaure, une longue et précise fiche de lecture dont je reprends des extraits ci-dessous. Elle est disponible dans sa version intégrale sous forme de fichier pdf (6 pages serrées) via ce lien :
austeritetue.pdf
Les auteurs ont cherché à comprendre comment les choix économiques et budgétaires affectent la vie et la mort, la « résilience » et les risques, pour des populations entières dans le monde.

Pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement en Europe (aboutissant à des situations aussi opposées que celle de la Grèce et celle de l’Islande) ou aux USA et en Grande-Bretagne depuis le début de la crise des subprimes, les auteurs sont d’abord allés rechercher des informations lors de trois grandes crises antérieures:

LA GRANDE DÉPRESSION AUX USA (CRISE DE 29)

L’impact sur la santé (augmentation des suicides, alcoolisme,…) a été masqué pendant les deux premières années par la mise en œuvre de la prohibition et la forte réduction des trajets en voiture donc des accidents mortels sur la route. Mais le plus important a été le rôle du New Deal à partir de 1932.

Le new deal ne visait pas essentiellement la santé, mais il a regroupé des programmes de logement pour les sans logis, d’accès à la nourriture, d’accès aux soins spécifique pour les enfants, de création d’hôpitaux et de ce fait il a impacté directement la santé. « En comparant les séries statistiques des différents États américains [dont certains, démocrates, ont bien « appliqué » le New Deal pendant que d’autres, républicains, n’en tenaient pas beaucoup compte], nous avons pu estimer que pour 100 $ par habitant, dépensé dans le New Deal, correspondait un déclin des décès par pneumonie de 18 pour 100 000 habitants, une réduction de la mortalité infantile de 18 pour 1000 naissances d’enfants vivants, une réduction des suicides de 4 pour 100 000 habitants. »

LA CRISE POST COMMUNISTE DANS LES PAYS DE L’EST

Lorsque les régimes communistes se sont effondrés, un groupe d’économiste anglo-saxons (de la Banque Mondiale et de Harvard University) ont poussé à ce qu’il a été convenu d’appeler la ”shock therapy” ; introduire le plus vite possible le marché ultra libéral pour éviter le retour des communistes et supprimer la corruption. Il fallait en urgence libéraliser les prix, privatiser plus de 200 000 entreprises d’Etat en 500 jours et réduire drastiquement les budgets publics. Cette politique a été reprise à son compte par Boris Eltsine en Russie.

La plupart des pays de l’ex URSS (Russie, Kazakhstan, Kyrgizstan, Lituanie, Lettonie) suivirent les shock therapists. D’autres pays comme la Géorgie ou la Biélorussie, la Pologne et la république Tchèque suivirent la politique progressive.

Les résultats ont été terribles en Russie : énorme augmentation du chômage des jeunes hommes, totale absence de ressources pour les chômeurs, énorme dégradation des soins, énorme augmentation de l’alcoolisme.

En Russie l’alcool a été considéré comme la cause de 2/5 des décès d’hommes en âge de travailler dans les années 90. Soit 4 millions de morts sur l’ensemble du territoire de l’ex-Union Soviétique. A cette période un homme de 21 ans travailleur en usine avait une espérance ce de vie de 56 ans, soit environs 15 ans de moins que les managers de l’usine… In fine, on aurait eu 10 MILLIONS DE MORTS EN EXCÈS en Russie. Si l’on compare les trends de mortalité en Russie et Biélorussie, ils étaient semblables jusqu’en 1991 ; mais après la shock therapy, un grand pic s’observe en Russie, pas en Biélorussie ni en Pologne.

Les pays qui ont eu une transition plus lente et qui ont maintenu leurs systèmes de protection sociale en place ont beaucoup moins souffert en termes de santé.

On n’a, de plus, pas observé ce qu’avaient prédit les tenants de la shock therapy : si vous vous serrez la ceinture à court terme, cela permettra de croître plus à moyen terme. L’excès de morts n’a pas été gommé par une amélioration de la croissance donc de la richesse : il y a encore aujourd’hui une perte d’espérance de vie de 2 ans pour la population russe en général (passée de 68 ANS EN 1991 A 66 ANS EN 2012), car la richesse s’est déplacée vers les oligarques et est loin de profiter à tous.

DU MIRACLE AU MIRAGE EN ASIE DU SUD EST

Je vous laisse découvrir cette partie non moins passionnante de la note de lecture.
Arrivés à ce stade, les auteurs estiment que les trois crises étudiées donnent des leçons cohérentes : CE N’EST PAS LA RÉCESSION QUI INDUIT DES RISQUES POUR LA SANTÉ, C’EST VÉRITABLEMENT LA POLITIQUE D’AUSTERITÉ.

L‘ISLANDE, LA GRECE ET LES AUTRES PAYS OCCIDENTAUX

L’analyse est, ici aussi, très fouillée. Pour l’Islande, on voit comment le refus de l’austérité explique qu’il n’y a pas eu de problème de santé et que le pays est sorti de la crise. L’Islande vient d’être félicitée par le FMI qui s’est dit grandement « surpris » par ces résultats !

À l’autre extrême il y a la Grèce, qui est en plein désastre de santé publique. Le budget national de la santé a été réduit de 40% depuis 2008. Quelque 35 000 médecins, infirmières, et autres agents de la santé ont perdu leur travail. Les admissions aux hôpitaux ont fait un bond car les Grecs n’obtiennent plus de traitement courant et préventif. La mortalité infantile a augmenté de 40 %. Les nouvelles infections au H.I.V. ont plus que doublé, avec l’augmentation de la consommation de drogue en intraveineuse – et la suppression du budget pour des programmes de remplacement des aiguilles. Suite à la réduction des programmes de pulvérisation des moustiques en Grèce du sud, un nombre significatif de cas de malaria a été enregistré pour la première fois depuis le début des années 70. Le virus du Nil a lui aussi fait sa réapparition.

Sont également analysés les cas des États-Unis depuis 2008, de la Grande-Bretagne et du Canada.
Par ailleurs, dans une publication du Lancet, les auteurs, qui ont étudié la situation en Suède, Finlande, Danemark, versus Espagne, Italie, Royaume-Uni et USA, estiment que des services véritablement proactifs pour l’emploi (ceux des premiers pays cités) peuvent neutraliser le risque de suicide dû à la récession : 100 $ investis par habitant réduiraient le taux de suicide lié au chômage d’un facteur 3 (1,2% à 0,4%) ; plus de 200 dollars par tête supprimeraient carrément le risque.

CONCLUSION

« Si les effets des politiques économiques avaient été suivis de façon aussi rigoureuse que le sont des essais cliniques, cela fait longtemps que l’austérité aurait été interdite par des Conseils d’éthique médicale »

« Ce que nous avons trouvé c’est que l’austérité, avec des réductions des dépenses sociales et de santé drastiques, immédiates, indiscriminées, n’est pas seulement vouée à l’échec, mais elle est aussi mortelle. » 
 
 

30 octobre 2013

Guet-apens policier contre le porte-parole national du Syndicat andalou des travailleurs (SAT)



Le Grand Soir | 29 octobre 2013 | Par Jean Ortiz

Diego Canamero Valle, par qui les paysans avaient des terres et les pauvres de la nourriture


L’homme dont il est question ici vous a déjà été présenté par  Le Grand Soir dans une vidéo ("Diego l’insoumis") produite par Jean Ortiz et Dominique Gautier avec le soutien d’Emmaüs-Pau et du Grand Soir.


 Pour tout savoir, on pourra revoir également le documentaire "Marinaleda, l’ardente impatience", également produit avec notre soutien.
http://www.youtube.com/watch?v=pId_Ciwuw3Y&list=PLHID5A81I9vCzR_8y...

LGS


Le 21 octobre 2013, vers 19h, le leader syndical des salariés, des exclus, des paysans, des "sans terre" andalous, a été capturé, comme au temps du franquisme, lors d’un guet-apens tendu par la garde civile, à hauteur de Alcala del Rio, alors qu’il rentrait d’une assemblée syndicale à Burguillos.

Le syndicaliste a été transféré comme un malfaiteur à la caserne Montequinto de la garde civile, et sera mis aujourd’hui 22 octobre "à disposition" du Tribunal n°4 de Utrera, d’une justice de classe, qui le poursuit une nouvelle fois sans doute comme à l’accoutumé pour "occupation illégale de terres"(improductives), opérations de réquisition sociale dans des supermarchés.

Dans une Andalousie où de nombreuses familles ont désormais faim, où la terre est monopolisée par une poignée de grands propriétaires, où le taux de chômage atteint 37% de la population active (57% chez les jeunes), où des milliers de familles sont chassées de leurs logements par l’éclatement de la "bulle spéculative immobilière", où les banques s’empiffrent, les actions du SAT et de son porte parole, victime depuis les années soixante d’une cinquantaine de procès, de dizaines d’arrestations, d’emprisonnements répétés, d’une véritable chasse à l’homme, sont légitimes. Les pauvres, les chômeurs, les salariés, les précaires, les ouvriers agricoles, exercent pacifiquement avec le SAT leur droit à la légitime défense sociale.

Dans une Espagne saignée par les "recortes" (coupes drastiques) massifs, brutaux, imposés par le FMI, la BCE, la Banque mondiale, , l’Union Européenne...où les délinquants "en col blanc", des dirigeants et élus du néo-franquiste "partido popular", sont impliqués dans d’énormes scandales politico-financiers portant sur des centaines de millions d’euros, et paradent cyniquement en toute liberté, où des membres de la famille royale ont trempé dans des affaires de corruption, de détournements de fonds publics,en toute impunité, l’arrestation d’un syndicaliste (à l’éthique exemplaire), pionnier de Marinaleda, qui lutte depuis des décennies, corps et âme, pour les libertés, les droits des exploités, la justice sociale, est intolérable. Elle porte atteinte à la démocratie.

Liberté pour notre camarade Diego Canamero Valle !.

Messages de soutien à envoyer à : marigarci62@hotmail.com
Jean Ortiz
Universitaire, Pau (France)
Source, texte et photos,  http://www.legrandsoir.info/diego-canamero-valle-par-qui-les-paysans-avaient-des-terres-et-les-pauvres-de-la-nourriture.html


16 septembre 2013

L'Espagne, nouvelle proie du FMI



CADTM | 16 septembre 2013

Espagne. Le sombre avenir que nous réserve le FMI : Dette, chômage et pauvreté


16 septembre par Jérome Duval , Fatima Fafatale


Espagne 2018. Ce n’est pas le titre d’un film de science fiction apocalyptique. C’est le sombre avenir que nous réserve le Fonds monétaire international (FMI) dans son récent rapport annuel relatif à l’Espagne. Après plusieurs coupes budgétaires brutales qui ont appauvris massivement la population, une réforme du travail et une autre des retraites sous sa houlette, cette institution recommande encore plus d’austérité. Le résultat, selon ses propres prévisions, sera plus de dette, de chômage et une augmentation de la pauvreté.

Le rapport du FMI rendu public début août 2013 s’attaque à nouveau à l’Etat providence, déjà fort malmené par les précédentes mesures. Il recommande ainsi fermement la réforme du système des retraites, « la révision des dépenses de services clefs comme l’éducation et la santé », l’augmentation de la TVA et des impôts spéciaux ainsi que la réduction des personnels de l’Etat, des collectivités territoriales et des organes de Sécurité sociale. De plus, dans un pays dont le taux de chômage officiel se monte à 26,3 % de la population active dans un contexte de pauvreté croissante, il propose de baisser les salaires des travailleurs-ses de 10 % en deux ans. La mesure permettrait, selon le Fonds, de réduire le chômage entre six et sept points de pourcentage d’ici à 2016, de diminuer le déficit et d’augmenter le PIB. Même si les prévisions du FMI étaient atteintes– ce qui n’arrive pratiquement jamais, vu qu’il révise périodiquement ses propres prévisions antérieures jusqu’à se tromper à nouveau –on atteindrait un taux chômage de 20 %, ce qui est loin d’être une perspective enthousiasmante.

Ce que nous venons de mentionner serait le scénario le plus optimiste que le FMI peut nous offrir, à condition d’accélérer ses recettes de misère. En effet, le FMI reconnait le désastre qui nous attend après l’application servile de ses recettes sous un gouvernement conservateur d’un Partido popular corrompu disposé quoi qu’il arrive à mener les ajustements jusqu’à ses ultimes conséquences. Les estimations jusqu’en 2018 du FMI pour l’Espagne montrent un panorama de « faiblesse prolongée » avec un taux de chômage estimé à 27 % en 2014 et qui serait encore au dessus des 25 % en 2018 ; une dette publique qui s’envole à 106 % du PIB sans que la dette privée ne baisse en dessous des 236 % du PIB au cours des cinq prochaines années. Dans le même temps, il admet qu’un scénario à la baisse pourrait avoir lieu avec une « spirale macro-financière négative » qui nous amènerait à des niveaux élevés de dette publique et privée, un PIB en recul jusqu’en 2017 et un chômage estimé dans un « futur prévisible » à plus de 27%. En plus de grandes contradictions, le FMI fausse par ailleurs les données, en omettant de comptabiliser l’impact des sauvetages bancaires - que le rapport chiffre à 246,4 milliards d’euros - dans l’estimation prévisionnelle du déficit budgétaire.

Olli Rehn avise : « le mois qui vient nous évaluerons en détail la réforme du travail de 2012 ».

La proposition de baisser les salaires de 10 % a reçu l’aval de la Commission européenne (CE) par la voix de son vice-président en charge des matières économiques, Olli Rehn, qui touche 22 963 euros par mois. Pour une fois, le gouvernement, les partis politiques et syndicats - dont certains avaient pourtant approuvé la réforme du travail exigée par le FMI - ont affirmé leur opposition à cette proposition. Olli Rehn a alors volé au secours du FMI et écrit sans honte le 6 août, que « ceux qui rejettent instantanément [la proposition de baisser les salaires] porteront sur leurs épaules l’énorme responsabilité du coût social et humain » |1|. Cependant, beaucoup pensent que la faute de l’énorme « coût social et humain » repose en premier lieu sur son institution, la Commission européenne, le FMI et le gouvernement qui leur est soumis.

Les commandements du FMI, piliers du capitalisme sans frontières

Chaque année, en application de l’article IV de ses statuts, une mission du Fonds visite les autorités des pays membres et distribue ses recommandations, ce qui permet de suivre de près les politiques économiques appliquées par les gouvernements respectifs et d’exercer son influence. Ses recommandations, qui constituent des conditions à ses prêts ou assistance, visent à affaiblir le fragile Etat providence, détruire la souveraineté du pays pour le soumettre aux riches créanciers et laisser la liberté de mouvement maximale aux entreprises privées.

Quelle est la légitimité d’une organisation qui demande de couper dans les salaires quand sa directrice, Christine Lagarde, s’octroie 11 % d’augmentation à son arrivée à la tête du FMI ? Son salaire annuel se monte à 323 000 euros annuels (441 980 dollars), plus un supplément pour frais de représentation de 58 000 euros (83 760 dollars annuels), exonérés d’impôts en vertu de son statut de fonctionnaire internationale.

Il est grand temps de mettre fin à l’impunité dont jouissent les hauts fonctionnaires du FMI. Cette institution néfaste doit être abolie et ses responsables jugés. Elle doit être remplacée par un organisme international réellement démocratique, qui respecte le droit international et qui travaille pour une stabilité financière au service des peuples.

Notes

|1| Spanish Sketches A.D. 2013 : Can Spain achieve what Ireland and Latvia did ? 6 août 2013
http://blogs.ec.europa.eu/rehn/span...

url de cet article, http://cadtm.org/Espagne-Le-sombre-avenir-que-nous

3 mai 2013

Comment jeter les banquiers voyous en prison, en dix leçons





Basta! | Par Agnès Rousseaux | 29 avril 2013


Faire condamner les responsables de la crise financière : telle est l’ambition de l’Islande depuis quatre ans. Nomination d’un procureur spécial, investigations sur les crimes économiques, levée du secret bancaire... Si tout n’est pas rose sur l’île, une chose est sûre : face à la pire crise bancaire de l’histoire, l’Islande fait passer les intérêts des citoyens avant ceux des banquiers. Et a décidé de mettre fin à l’impunité des délinquants de la finance. Mode d’emploi d’une sortie de crise pas comme les autres.

 
Imaginez en France 20 000 agents de l’Etat chargés d’enquêter sur les crimes économiques, cherchant des preuves, interrogeant des témoins, fouillant dans les moindres recoins des archives des banques, plaçant en détention provisoire PDG, dirigeants ou traders. Plus de secret bancaire, accès illimité à toutes les informations. Un seul objectif : faire condamner les responsables de la crise financière. Science-fiction ? C’est pourtant la voie choisie depuis quatre ans par l’Islande, avec des moyens à la mesure de ce petit pays de 320 000 habitants.

Octobre 2008. L’onde de choc de la crise des subprimes qui secoue les États-Unis arrive en Islande. Le tsunami financier submerge l’île. En 48 heures, les trois principales banques du pays (Glitnir, Kaupthing et Landsbanki) se déclarent en faillite. Elles détiennent des actifs d’un montant dix fois supérieur au PIB islandais ! Et sont incapables de faire face. En cause, un secteur bancaire hypertrophié, fragilisé par le développement de crédits à bon marché, le gonflement de la sphère financière, la fusion des banques d’investissement et des banques commerciales, des pratiques de gestion plus que douteuses... « Que Dieu sauve l’Islande. » Telle est la conclusion du discours télévisé du Premier ministre, alors que s’effondre le secteur bancaire. C’est la débâcle.

Quatre ans et une Assemblée Constituante plus tard, l’Islande a retrouvé quelques couleurs. Fin 2012, le taux de chômage – qui dépasse les 8 % en 2009 et 2010 – est redescendu à 4,4 %. Inlassablement, les autorités traquent les responsables de la crise. Et prouvent qu’un pays peut survivre à un crash mondial, sans endetter ses citoyens sur plusieurs générations. Ni transformer des dettes privées en dette publique, comme l’ont fait une grande partie des pays européens, dont la France. Comment l’Islande a-t-elle réussi à se remettre aussi vite, alors que plus au Sud, Espagne, Grèce et Portugal s’enfoncent dans l’austérité ? Petit mode d’emploi.

1 - Enquêter sur les crimes financiers

Première étape : établir les responsabilités. C’est le rôle d’Olafur Hauksson. En 2008, il était commissaire de police dans une petite ville côtière, à 50 kilomètres de Reykjavik, la capitale. Lorsque la gauche arrive au pouvoir début 2009, la nouvelle Premier ministre, Johanna Sigurdardottir, le nomme Procureur spécial. Sa mission ? Traduire en justice les responsables de l’effondrement économique du pays. Pour cela, il assure deux fonctions : enquêteur et procureur. « Je décide des investigations à lancer sur les délits commis, mais aussi des poursuites en justice, explique Olafur Hauksson. Nous enquêtons et poursuivons en même temps. Nous travaillons des deux côtés de l’Atlantique, et à l’échelle européenne. » Comme par exemple au Luxembourg, où en avril dernier une trentaine d’agents ont perquisitionné les locaux de la banque Landsbanki, pour y confisquer des données utiles aux investigations du Procureur spécial.

2 - Donner à la justice des moyens conséquents

Ces deux missions sont parfois difficiles à mener de front, mais garantissent une très bonne connaissance des dossiers, face à l’armée d’avocats engagés par les banquiers. « Nous devons nous battre à chaque étape. Nous avançons doucement mais sûrement ». Depuis quatre ans, l’équipe s’est étoffée. En février 2009, son service compte cinq personnes. Aujourd’hui, il est à la tête d’une équipe de 110 agents. Des moyens conséquents. Avant la crise, le service d’investigation sur les crimes économiques employait seulement 15 personnes.

3 - Lever le secret bancaire

Autre élément essentiel : la modification de la loi sur le secret bancaire. « Si on devait approcher les banques avec des mandats du juge pour obtenir des informations, la procédure serait très longue », détaille le procureur. Pour accélérer le processus, le Parlement a décidé de lever le secret bancaire. « Les banques sont tenues de nous fournir tous les documents dont nous avons besoin. Ce qui a grandement simplifié notre travail. » Des experts internationaux ont également été sollicités, comme Eva Joly, pour venir renforcer le travail du procureur et de son équipe.

4 - Punir les délinquants en col blanc

Une fois les enquêtes menées, reste à faire aboutir les procédures judiciaires. Mises en examen et procès ont commencé. Au total, une centaine de personnes devraient être inculpées d’ici fin 2014, assure Olafur Hauksson. En majorité d’anciens responsables du secteur financier. Et pas question de renouer avec l’impunité. Les têtes tombent les unes après les autres. Et les condamnations pleuvent. Anciens PDG et ex-dirigeants écopent de peines de prison. Et pas des peines symboliques : de plusieurs mois à plusieurs années de prison ferme pour la plupart d’entre eux.

Tels ces deux anciens dirigeants de la banque Byr, condamnés à quatre ans et demi de prison en 2012. Alors que leur banque était sur le point de faire faillite, ils ont octroyé un prêt de 6 millions de dollars à une holding. Celle-ci a utilisé l’argent pour leur racheter les actions de la banque qu’ils détenaient personnellement... Le hold-up était presque parfait. Ou tel le PDG de la banque Landsbanki, Sigurjon Arnason : il passe une partie de l’année 2012 en cellule de confinement pendant que la justice enquête sur ses possibles délits. Imaginez Daniel Bouton, ex-PDG de la Société Générale, placé en détention provisoire pendant l’enquête sur l’affaire Kerviel ! Impossible ? Pas en Islande. D’autres dirigeants sont inculpés pour manipulation du cours des actions, fraude, évasion fiscale ou délit d’initié [1]. Il faut dire que les dirigeants des grandes banques locales ne s’embarrassent ni avec l’éthique, ni avec la loi [2].

5 - Faire le ménage dans l’oligarchie administrative et politique

Le Procureur spécial fait également le ménage dans l’administration. Baldur Gudlaugsson, directeur de cabinet du ministre des Finances en 2008, est condamné à deux ans de prison ferme pour délit d’initié [3]. « Nous avons fait du bon travail, estime Olafur Hauksson. Mais cela demande beaucoup de temps. Une grande partie de notre travail d’investigation sera terminé d’ici fin 2014. Tous les responsables de la crise bancaire seront poursuivis à cette date. Si, bien sûr, les preuves le permettent. » En comparaison, aux États-Unis, aucun dirigeant de banque n’a été poursuivi suite à la crise des subprimes. L’organisme de contrôle des marchés financiers – la SEC (Securities and Exchange Commission) – a annoncé avoir sanctionné 39 hauts fonctionnaires pour leurs décisions lors de l’effondrement du marché immobilier.

La « purge » du secteur bancaire islandais permettra-t-elle de prévenir de nouveaux abus ? « Le système n’a pas changé, tempère Árni Daníel Júlíusson, chercheur indépendant et membre d’Attac Islande. Mais certaines personnes en ont été exclues, les responsables bancaires ont complément changé. Et l’Islande n’est pas autant ouverte qu’avant au système financier international ».

6 - Assurer une totale transparence

Pour faire toute la lumière sur cette crise, le Parlement islandais, a également mis sur pied une Commission spéciale d’enquête. Son travail : établir une chronologie de la crise, analyser avec minutie le processus d’effondrement bancaire, examiner les responsabilités de chacun des acteurs économiques.
Expliquer comment la taille des trois principales banques a été multipliée par 20 en sept ans ! Ou pourquoi les propriétaires de ces banques en étaient également les principaux emprunteurs...

Le résultat de cette commission [4] est impressionnant : huit livres, soit plus de 2500 pages, relatant dans le détail la crise de 2008. « Tous les citoyens ont accès à ce texte, qui est disponible dans les librairies depuis 2010, explique Árni Daníel Júlíusson. Il donne clairement le nom de tous les responsables de cette crise, et montre comment les responsables politiques n’ont rien fait, alors qu’ils savaient qu’un effondrement était en cours. » Le texte va jusqu’à révéler les courriels échangés entre responsables bancaires, mettant en évidence qui avait accès à quelle information, qui a pris les décisions et sur quelles bases.

7 - Ne surtout pas écouter le FMI

Si ces mesures ont été mises en place, c’est que le peuple islandais ne s’est pas laissé faire. Et n’a pas cédé aux injonctions du FMI et de l’Union européenne. Alors qu’elles se déclarent en faillite, les trois grandes banques islandaises sont nationalisées, dont une filiale qui va faire parler d’elle : Icesave (filiale de Landsbanki). Le drame islandais prend alors une tournure internationale. Car Icesave est un service bancaire sur internet créé en 2006 pour attirer les investisseurs européens, grâce à un taux d’intérêt très attractif (jusqu’à 7%). Pari réussi : ceux-ci affluent depuis le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Parmi les clients, l’Université de Cambridge, la police de Londres, ou la commission qui gère les finances des collectivités locales britanniques. Les agences Icesave à l’étranger ne sont pas des filiales : en cas de faillite, c’est bien l’Islande qui est garante en dernier recours de ces dépôts. Et personne ne se pose la question de savoir comment ce pays de 320 000 habitants pourra faire face en cas de problème. Résultat : en 2008, les banques islandaises font défaut sur 85 milliards de dollars ! Six fois le PIB du pays ! Les dépôts d’Icesave se sont évaporés comme neige au soleil.


Pour éviter contagion et panique, le Royaume-Uni et les Pays-Bas décident rapidement de rembourser les pertes subies par leurs ressortissants dans le naufrage d’Icesave. Le FMI, appelé en renfort, demande à l’Islande de dédommager les deux États. Le peuple islandais refuse. Pas question que les contribuables remboursent la dette Icesave, de 4 milliards d’euros. C’est le début de la « Révolution des casseroles », révolte citoyenne au son des ustensiles de cuisine. Les Islandais refusent par référendum, à deux reprises, en 2010 et 2011, un accord de remboursement [5] et la proposition d’étaler les versements : l’équivalent d’environ 100 euros par mois par habitant, jusqu’en 2046… En septembre 2011, Landsbanki annonce finalement qu’elle remboursera elle-même les gouvernements britannique et néerlandais (à hauteur de 8 milliards d’euros) grâce à la vente de ses actifs, réévalués après le crash financier.

8 - N’accorder aucune confiance à la Commission européenne

L’affaire ne s’arrête pas là : la Commission européenne poursuit l’Islande [6]. Motif : violation de la directive européenne qui stipule qu’un minimum de 20 000 euros doit être assuré aux déposants d’une banque en faillite [7]. L’obligation de créer un fonds de garantie n’implique pas de garantir les dépôts avec de l’argent public, argumente l’Islande. Le 28 janvier dernier, la justice européenne a tranché : l’Islande avait le droit de refuser le remboursement. La liquidation de Landsbanki, dont les actifs ont permis de rembourser la dette Icesave, a donc suivi une procédure « normale ». C’est pourtant le contraire qui a été fait dans le reste de l’Europe, lorsque les gouvernements ont apporté des garanties sur fonds publics, pour sauver les banques – et les grands actionnaires – au détriment de l’ensemble des contribuables. Cette décision de justice ouvrira-t-elle la voie pour d’autres pratiques ?

9 - Placer les intérêts des citoyens avant ceux des banquiers


A chaque étape de la crise financière, l’Islande a placé les besoins de sa population avant ceux des marchés ou des banques – souvent sous la pression de la rue. Si des mesures d’économie budgétaire ont été votées, on est loin des destructeurs plans d’austérité appliqués dans d’autres pays européens. Les hausses d’impôts ont visé principalement les plus hauts revenus. Et la dévaluation de la couronne a dopé l’économie. Depuis 2008, les banques islandaises ont allégé la dette de plus d’un quart de la population – l’équivalent de 13% du PIB [8]. Un accord entre le gouvernement et les banques les a obligé à effacer une partie des dettes immobilières des particuliers, lorsque celles-ci étaient supérieures à 110% de la valeur du bien. En 2010, la Cour suprême a également déclaré illégaux les prêts indexés sur une devise étrangère : les emprunteurs n’ont plus à faire les frais de la dévaluation de la monnaie islandaise.

10 - Refonder la démocratie, un travail à long terme

Tout irait donc pour le mieux en Islande ? Les partis conservateurs et libéraux – ceux-là même qui ont préparé le terrain à la crise de 2008 – ont pourtant remporté les élections législatives le 27 avril. Sans doute des années de rigueur budgétaire et l’endettement persistant des propriétaires immobiliers ont-ils eu raison de la coalition de gauche, qui avait pris les rênes du pays en 2009.
Si Geir Haarde, Premier ministre en 2008, a dû répondre de ses actes, d’autres responsables politiques n’ont pas été inquiétés. Et le pays est toujours marqué par un puissant réseau de clientélisme, qui pèse sur la société islandaise.

Symbole de cette oligarchie politique et économique : David Oddson, premier ministre pendant 20 ans, gouverneur de la Banque centrale en 2008, est aujourd’hui directeur d’un des grands journaux du pays, d’où il assure la couverture médiatique de la crise économique. Un peu comme si on avait nommé Richard Nixon à la tête du Washington Post pendant le Watergate, compare Le monde diplomatique. L’Islande a-t-elle tiré des leçons de la crise ? « Au moins, les responsables économiques et les banquiers sont désormais conscients que les infractions peuvent être condamnées », souligne Árni Daníel Júlíusson, d’Attac. Et une partie des responsables de la crise financière dorment en prison. Une voie que d’autres pays n’ont pas encore eu le courage de suivre. Sans parler de ceux qui ont capitulé avant même de livrer bataille.

Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux sur twitter

Illustrations : CC Occupydesign

Notes

[1] Les dirigeants de Landsbanki ont été inculpés pour manipulation du cours des actions, avant l’effondrement du système bancaire. Un dossier de 30 pages recensant les charges retenues contre eux établit notamment comment la banque a acheté pour près d’un demi-milliard de dollars de ces propres actions, pour soutenir le cours de celle-ci, avant l’effondrement. Cette accusation concerne également les dirigeants de la banque Kaupthing.

[2] Pour la banque Glitnir, les condamnations de dirigeants se succèdent depuis quelques mois. Décembre 2012 : Larus Welding, ancien PDG, et Gudmundur Hjaltason, ancien directeur, sont condamnés à 9 mois de prison pour fraude. Ils ont approuvé un prêt à une entreprise qui détenait des actions de Glitnir, afin que l’entreprise puisse à son tour rembourser une dette à Morgan Stanley. Ce prêt a entrainé une perte de 53 millions d’euros pour la banque. Février 2013 : Bjarni Armannsson, ancien PDG de la banque est accusé d’évasion fiscale. Mars 2013 : Fridfinnur Ragnar Sigurdsson, ancien dirigeant, est condamné à un an de prison pour délit d’initié, pour avoir vendu en 2008 des actions de la banque à cinq reprises. Du côté de la banque Kaupthing, même traitement : Sigurdur Einarsson, ancien président, a été condamné à rembourser 3,2 millions d’euros.

[3] Membre d’un comité gouvernemental de surveillance sur la stabilité financière, il avait vendu ses actions de la banque Landsbanki deux semaines avant la faillite de celle-ci...

[4] Composée d’un juge de la cour suprême, du médiateur parlementaire et d’une professeure de l’Université de Yale (Etats-Unis), épaulés par des historiens et des économistes.

[5] L’accord soumis au vote en 2010 porte sur une remboursement de 3,7 milliards d’euros, versés au Royaume-Uni et aux Pays-Bas de 2016 à 2023. 93 % des Islandais (contre 2%) le refusent lors du référendum de 2010.

[6] Devant le tribunal de l’Association européenne de libre-échange (AELE)

[7] Suite à la crise de 2008, ce montant garanti a été relevé en 2009 de 20 000 à 100 000 euros par déposant.

[8] Selon un rapport de Icelandic Financial Services Association. Le montant des créances effacées serait d’environ 1,6 milliards de dollars, d’après les décisions de justice enregistrées.




url de cet article, http://www.bastamag.net/article3045.html

 

blogger templates