12 mai 2020

«Votre Jean Valjean est une humiliation pour Gavroche»

Réponse à Vincent Lindon


Il y a quelques jours, Vincent Lindon a publié sur Mediapart une vidéo dans laquelle il livre son analyse de la situation et fait des propositions pour s’en sortir par le haut, lui qui a vu son espoir en Macron déçu après quelques années de mandat. Nous publions ici une lettre qui entend répondre aux propositions de l’acteur et, plus largement, à la gauche qui s’imagine qu’un État vertueux et des riches plus généreux pourraient représenter une réponse crédible au désastre en cours.

 

27 février 2020

À Saillans, la démocratie participative nourrit la transition écologique

À Saillans, la démocratie participative nourrit la transition écologique


Voilà six ans que Saillans, village drômois, expérimente les joies — et les frustrations — de la démocratie participative. Électricité verte, épiceries bio, urbanisme réduit, compost collectif... Ce mode de décision citoyen a permis de mettre ...

  

4 mai 2018

Notre Dame Des Landes : Le retour des bâtons !



Quelques ressentis de Rémy après une semaine passée avec les habitants de la Zad de « Notre Rêve des Landes » :

Les 10 dernières années de luttes contre l'absurde et corrompu aéroport ont vu éclore de multiples lieux de vies interconnectés, de partages, de solidarités sur la Zad de NDDL. L'individualisme, la concurrence, l'enrichissement, la loi destructrice du « mérite » capitaliste y sont bannis. C'est au contraire l'entraide, le respect, l'acceptation des différences même les plus grandes, la Liberté, la Fraternité qui se sont installés en un bouillonnement permanent, l'expérience de l'autogestion, l'Anarchie la bien nommée qui va de pair ici avec la conscience écologique, n'en déplaise aux richissimes gaspilleurs qui eux avancent masqué ! Suivez mon regard...
Les services et les échanges y sont à prix libres. Ces « Gens » inventent un monde de demain, s'il en est encore temps, quand le système actuel fonce vers le néant. Tout y semble horizontal, mais l'Homme reste un petit homme et de temps en temps quelques uns se risquent à vouloir diriger du haut de leur éloquence ; Ils sont vite débusqués et l'écoute reprend le dessus. Ainsi se construit la Vie sur la Zad avec de hauts et des bas depuis des années...

Mais l’État ne veut pas tolérer une telle expérience d'un « Chiapas à la française » qui pourrait ensemencer ailleurs et prouver à quel point notre civilisation est malade à en mourir !
Cette fois encore c'est l’État qui organise la division et ça marche, du moins provisoirement, car les Gens du bocage respirent détermination, foie en l'Amour, force, courage, quelque soit leurs divergences.

1er acte : Quel ignoble calcul, si bien orchestré, d'exiger le déblaiement des chicanes tout en annonçant simultanément le retrait du projet d'aéroport ! Quel rapport ? Si ce n'est de la politique politicienne, le nombre d'électeurs crédules à comptabiliser. Rien de tel pour semer la zizanie, trier le bon grain de l'ivraie et ça marche. La piste est ouverte pour l'arrivée des blindés que ceux qui avaient accepté ne voyaient pas venir. Aujourd'hui ce sont les gens d'armes qui bloquent les 2 routes principales Nord-Sud qui traversent le site et donc gênent tous les habitants des alentours !!! Cherchez l'erreur. Les médias dominants et complices relaient nombre de mensonges éhontés...

2ème acte : 30 lieux de vie sont détruits en quelques jours avec toute la violence d'un État aux abois. 2500 militaires accompagnés de blindés, drones, hélicoptères, chiens se relayent pour créer souffrances et peurs. Un beau dimanche de printemps 15000 personnes affluent sur la Zad en soutien à ses habitants et à ce projet hors norme. Alors que des familles discutent tranquillement dans un pré les blindés et les fantassins tirent aveuglement des grenades de « désencerclement » au milieu du public ! L'objectif étant de décourager les soutiens, mais cela ne marche pas. C'est beaucoup de chance de ne pas dénombrer de mort ou pas encore ? 3 semaines plus tard, on dénombre plus de 300 blessés dont plusieurs gravement touchés, mutilés à jamais. Les Gens, à la base non-violents, résistent comme ils peuvent avec des bouts de ficelles, créent des barricades et des tranchées pour se protéger du pire qui est peut-être à venir. Les Gens se protègent avec des masques à gaz, des casques, renvoient les grenades comme d'autres des balles de tennis. Un atelier fabrique des boucliers hétéroclites ! Comme en Palestine, Peuple meurtri, on reconstruit à peine que les casseurs ont fait leur sale boulot de vandalisme et tant pis si demain ce jeu de dupe recommence...

3ème acte : L’État impose l'ignoble chantage aux Gens de signer des « déclaration d'intention de projet individuel » alors qu'ici le collectif prime avant tout ! Comment enfoncer les clous de la discorde entre ceux qui effrayés par les carnages des jours précédents et voulant sauver leurs peaux s'empressent de signer en espérant revenir plus tard aux projets collectifs et entre ceux, les plus « purs » ou les plus « radicaux » qui maintiennent leur conviction Politique en refusant de signer. Et ça marche, du moins provisoirement... Pour ceux qui signent rien n'est gagné puisque l’État rebondi d'ultimatum en ultimatum, change les échéances et les dates de rendez-vous comme bon lui semble. Tout est instrumenté pour désorienter. Dernière en date une réunion interministérielle pose la date du 6 juin, mais dès le lendemain le premier ministre la ramène au 14 mai !!! La préfète dit que les 40 dossiers déposés sont recevables ; quelques jours plus tard le premier ministre dit que 28 « pourraient » être retenus !!! 4 paysans « historiques » sont régularisés provisoirement pour un an et se partageraient environ 300 hectares. Le département saisi la justice contre l’État pour « récupérer » 900 hectares (auparavant cédés à Vinci) ; les juristes y perdent leur latin ! Si le département arrive à ses fins, ce sera alors la FNSEA qui entrera dans un jeu impitoyable et le bocage sera empoisonné pour longtemps ! Quant aux 40 dossiers qui représentent environ 280 hectares, ils pourront être mis en concurrence avec d'autres agriculteurs dès l'automne ! Un vrai jeu de dupe, une vengeance savamment étudiée par les « autorités » pour à moyen terme éradiquer tous les habitants de la Zad qui tous ensemble et avec de très nombreux soutiens ont obtenu l'abandon de l'aéroport...

4ème acte fiction : Il est à craindre qu'à partir du 15 mai une nouvelle vague de terreur et de destructions soit dans les cartons du gouvernement. (Les signataires, eux, attendront l'automne pour être expulsés ?) Si cela se confirme, les Gens appellent d'ors et déjà celles et ceux qui le pourront à venir les soutenir le dimanche suivant la rafle. Appel national, voir international... Cette fois, comme pour la marche des bâtons en 2016, soyons 30000 ou plus en chantant notre non-violence et notre attachement à ce qui se Vit ici et sans Vinci ! Et pour celles-ceux qui ne pourront venir : organiser moult rassemblements et autres partout, partout...

Entre temps, des postiers en grève depuis janvier ont installé un bureau de poste sur la Zad à prix libres !...
Entre temps des jardins saccagés par « l’État de droit » sont déjà nettoyés et à nouveau ensemencés...

Source: Par e-mail avec l'accord de l'auteur.
 



7 mai 2017

Voter ou agir ? MiniShow spécial élections, décryptage et alternatives


Spectateur ou acteur, qu'allez-vous choisir ? (Et pourquoi pas les deux, en toute conscience...)
Par Gérard Foucher
MiniShow

Alternatives - Propositions - Solutions

Changer

Monnaies complémentairesSystèmes d'Échange Locaux
Système Monétaire Équilibré
Monnaies Libres Citoyennes
Bitcoin
monnaies cryptées
QE4People
monnaies souveraines
Euro-Franc
revenu de base monétaire


Évoluer

éducation populaire
peer-to-peer
OpenSource
économie du partage
économie du don
désargence
grainothèques
supermarchés" participatifs
repas partagés
biens partagés
habitats partagés
repair cafés
éducation respectueuse
incroyables comestibles
jardins étudiants
jardins scolaires
décroissance heureuse, etc, etc, etc…


Quitter

reconstruction personnelle
souveraineté individuelle
autonomie énergétique
autonomie alimentaire
voisinage participatif
habitat libre
apprentissage
outillage
ressources infinies
rendements exponentiels naturels
cercle vertueux émancipation - abondance - gratitude - sérénité - reconnection - émancipation - abondance...


Source youtube

4 décembre 2016

Des habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes – 5/6 – Vive la vie ! Vive la joie !

Par Polemix & La Voix off, le 3 décembre 2016

Rencontre avec « un Camille » qui vous raconte avec amitié et confiance sa vision de la ZAD :

« Micro-société » sans Loi, sans police, sans HP… fondée sur la discussion constante entre les différents collectifs. Cette organisation n’est ni facile, ni idyllique, ni parfaite… mais cela fonctionne pourtant depuis maintenant des années. En témoignent par exemple les tonnes de nourriture produites sur cette bande du superbe bocage nantais. Petite île de lumière dans la nuit fasciste qui tombe sur nous.

« Démocratie horizontale » ? Sur la ZAD on n’aime pas trop les grands mots depuis longtemps galvaudés par des voyous en costume qui nous mentent, nous trahissent, nous mènent à notre perte. Sur la ZAD, il est pourtant parfois question d’anarchisme, de commune, voire même… de communisme…

Lutte joyeuse pour la vie. Contre la mort par destruction capitaliste. Car ici on combat non seulement contre ce projet d’aéroport inutile, mais aussi contre son monde fasciste de pollution et de corruption…

Lutte pleine de symboles et d’humour. Quand par exemple les autorités organisaient en juin un vrai-faux « référendum », sur la ZAD, l’action était de « refaire un dôme« . Voir Photo de Valk.

Les autres épisodes de cette série sont ici.

 

13 octobre 2016

ZAD : Valls sans retour

8 cotobre 2016 : Le Chant des Bâtons (empruntée à ValK)

Par le Collectif Mauvaise Troupe, le 12 octobre 2016 | Source Indymedia Nantes 

Alors que nous écrivons ces lignes, le bruit de l'hélicoptère tente de briser notre concentration. Il tourne, désormais quotidiennement, là-haut où les avions ne volent pas, répandant sa rumeur de guerre et de reconquête. César1 guette et cherche à impressionner. Parfois il se met légèrement sur le flanc, pour nous mieux observer. Est-il surpris par la ronde des tracteurs qui depuis quelques jours déposent des balles de foin aux carrefours ? Par ces comités de soutien qui viennent repérer les lieux les plus stratégiques où ériger leurs barricades ? Par les formations qui chaque fin de semaine regroupent plus de cent personnes venues se préparer aux expulsions annoncées ? Peut-être l'est-il davantage encore de tous ces gestes qui perdurent. Sylvie et Marcel qui soignent leur troupeau, les moissons du sarrasin, un fest-noz célébrant la récolte de patates, quatre-vingt charpentiers bâtissant l'ossature d'un gigantesque hangar ou une bibliothèque tout juste inaugurée. Son regard peut-il embrasser avec les 2000 hectares toute la richesse de la vie qui les peuplent ? Celle qu'il prétend détruire dans le mois à venir...
 
 Les préparatifs d'une nouvelle opération d'occupation et de destruction du bocage à sept mois des élections présidentielles ont quelque chose d'irréel. Après un printemps de grèves, de blocages économiques, d'agitation de rue contre la loi travail, en plein état d'urgence, quel serait l'enjeu de transformer ce coin de campagne mais aussi la ville de Nantes en véritables poudrières ? Ce n'est certes pas seulement pour construire un aéroport de plus et ainsi honorer les « accords public-privé » avec la multinationale Vinci. S'il est vital pour les gouvernants d'écraser la zad, c'est qu'elle constitue une démonstration insolente d'une vie possible sans eux. Et d'une vie meilleure. À l'heure où la seule prise politique qui nous est proposée consiste à choisir, le nez bouché, le moins pire des affairistes en mesure de battre le FN (mais d'en appliquer le programme), le surgissement d'un territoire hors et contre le principe même de gouvernement leur est insupportable.

Car ici, l'expression « zone de non droit », qu'ils voudraient effrayante, a pris une acception radicalement positive. Contrairement à ce qui a lieu dans les rues des villes « policées », à la zad, personne ne dort dehors et chacun mange à sa faim. De grands dortoirs accueillent les arrivants, un « non-marché » hebdomadaire propose les légumes, la farine, le lait, le pain et les fromages produits sur place, sans qu'un prix ne vienne en sanctionner la valeur. Dans les nombreuses infrastructures collectives, mais aussi dans les échanges ou les travaux collectifs, les relations se basent sur la confiance et la mise en commun, à l'envers des logiques ayant cours qui s'appuient sur le soupçon et l'individualisme. Ce que les cyniques de tous bords taxent d'utopie irréalisable est éprouvé dans les gestes et la matière. Même l'absence de police et de justice - les gendarmes ne fréquentant plus la zone depuis 2013 - n'a pas produit le chaos que d'aucuns auraient imaginé et souhaité. Les opposants à l'aéroport ont démontré qu'ils étaient capables de vivre ensemble sans aucune tutelle les surplombant. Une communauté de lutte a donc patiemment vu le jour, nouant des liens tissés pour résister aux attaques comme au pourrissement. Tout ceci ne va pas sans heurts, évidemment, si déshabitués que nous sommes à décider nous-mêmes de nos devenirs. Nous réapprenons, nous apprenons, et rien n'est plus joyeux et passionnant que de se plonger dans cet inconnu.

C'est pour toutes ces raisons que la zad représente une véritable expérience révolutionnaire, de celles qui redessinent radicalement les lignes de conflit d'une époque. Le mouvement anti-aéroport s'étend aujourd'hui dans des pans de la société habituellement plus sensibles au chantage à l'emploi et à la crise qu'à la défense d'un bocage. Les salariés de Vinci, mais aussi de l'actuel aéroport, ont clairement exprimé, via leurs sections CGT, qu'ils rejoignaient la lutte et ne seraient jamais des « mercenaires ». De même, les lycéens et étudiants mobilisés au cours du mouvement contre la loi travail s'apprêtent à bloquer leurs établissements dès l'arrivée des troupes. Trop d'espoirs sont condensés ici pour que nous puissions être vaincus, il en va de notre avenir, de nos possibilités d'émancipation. Nombreux sont ceux qui le pressentent, se tenant prêts à transformer la bataille de Notre-Dame-des-Landes, si elle a lieu, en véritable soulèvement populaire, capable de rabattre l'arrogance d'un État qui pense pouvoir impunément casser les travailleurs, précariser la population, mutiler les manifestants, tuer Rémi Fraisse, Adama Traoré et tant d'autres, donner un blanc-seing à sa police et continuer allègrement sa chasse aux migrants.

Face à leurs fusils semi-létaux, face à leurs blindés à chenilles, nous aurons les armes séculaires de la résistance : nos corps, des pierres, des tracteurs et des bouteilles incendiaires, mais surtout notre incroyable solidarité. Peu importe que la partie soit inégale, elle l'était tout autant en 2012, quand après des semaines dans la boue, derrière les barricades, nous leurs avons finalement fait tourner les talons. Il y a quelques semaines déjà, alors que sous le hangar de la Vacherit l'assemblée du mouvement touchait à sa fin, un octogénaire se lève, un éclat de malice dans le regard et des cartons plein les bras. Il déballe fièrement les mille lance-pierres qu'il a fabriqués avec quelques complices pour projeter des glaçons de peinture. Tous rient, mais en essaient l'élastique. Car s'il faut à nouveau prendre les sentiers de la guerre pour défendre ce bocage, nous serons nombreux à le faire, ici, partout. C'est ce que nous avons affirmé ensemble une fois de plus lors de la grande manifestation du 8 octobre. Brandissant nos bâtons, nous avons scellé ce serment : nous défendrons ce bocage comme on défend sa peau ; policiers, soldats, politiciens, vous pouvez venir raser les maisons, abattre le bétail, détruire les haies et les forêts, ne vous y trompez pas : la fin de votre mandat ne suffirait pas à éteindre ce que vous embraseriez à Notre-Dame-des-Landes.

Collectif Mauvaise Troupe
 

18 juillet 2016

Les communs, une nouvelle voie révolutionnaire ?

Qui a dit qu’il n’y avait « pas d’alternative » ? Que nous étions condamnés à subir les effets destructeurs du capitalisme ? Partout dans le monde, des millions de personnes, dans des communautés auto-organisées, se sont affranchies de la loi du marché pour gérer, partager, échanger des ressources, de l’eau au logiciel. C’est ce qu’on appelle les communs.


Suite sur Siné mensuel

22 mai 2016

À Matavenero en Espagne, une communauté vit en autonomie

 À Matavenero, en Espagne, est née une communauté quasi-autonome, proche de la nature comme de l’humain. Un reportage photographique de Kevin Faingnaert. 



 


9 avril 2016

Quelques réflexions sur l’actualité « Nuit Debout »…


« Afin que la lutte ait une signification, les opprimés ne doivent pas, en cherchant à reconquérir leur humanité, devenir à leur tour des oppresseurs, mais ils doivent plutôt restaurer l’humanité dans les deux parties. Ceci donc, est le grand objectif humaniste et historique des opprimés: se libérer eux-mêmes ainsi que leurs oppresseurs. »
~ Paolo Freire, 1970 ~

Nuit Debout… Liberté Partout ou Répression Surtout ?

Résistance 71

8 Avril 2016

Note: Nous plaçons sous ce billet une petite bibliographie pouvant être utile à diffuser sans modération surtout aux plus jeunes “nuiteux”. En section commentaire nous plaçons un remarquable documentaire sur l’organisation des collectifs espagnols en Aragon, Andalousie, Castille, Levant et Catalogne dans l’Espagne de la révolution sociale de 1936. A voir en famille et à diffuser également sans modération !
Le mouvement politique populaire français récent nous suggère ces quelques brèves réflexions à mettre dans sa poche, mouchoir par dessus, çà ne mange pas de pain.

Suite sur Résistance 71 ....

10 mars 2016

Anticapitaliste et anarchiste : l’insoumission est leur mode de vie


Une communauté pas comme les autres vit à Montois dans le Jura. Anticapitaliste et anarchiste, cette communauté s’autogère complètement. Retour sur une communauté bien méconnue du grand public !

Lire sur  La Relève et la Peste ...

21 janvier 2016

Le terreau fertile où s’enracine la lutte de Notre-Dame-des-Landes


Des « occupant(e)s » de la zad de Notre-Dame-des-Landes publient ce lundi un appel à « défendre la zad ». C’est un texte d’urgence, face aux menaces renouvelées du pouvoir, mais aussi une tentative de donner le vrai sens de ce qui se cultive dans le bocage : l’autonomie, l’émancipation, la solidarité.


C’est un joli texte sur Notre-Dame-des-Landes qui paraît ces jours-ci aux Editions de l’Eclat, mais un texte d’urgence : alors que le pouvoir ronge son frein pour détruire la zad (zone à défendre) située sur le site du projet d’aéroport et défaire le mouvement populaire qui s’oppose, des habitant.e.s de la zad et des proches ont écrit cet « appel à défendre la zad partout, et, à travers elle, tout l’espoir contagieux qu’elle contient dans une époque aride ». Il s’agit de donner à voir et à sentir, non seulement l’énergie prête à se déployer dans la bataille qui semble de nouveau s’annoncer, mais surtout l’enjeu qui n’est pas tant la défense d’une espérance que la possibilité de la cultiver et de la multiplier. (...)
Suite sur Reporterre ...

Note: Localement dans le Lot, si vous souhaitez participer à (ou proposer) des actions de soutien à NDDL, contactez le collectif Testet46,  testet46[arobase]riseup.net 
 

28 décembre 2015

Un film à voir absolument !

Je lutte donc je suis (version longue) 

Version longue (spécial internet et lieux de luttes) du film "Je lutte donc je suis" de Yannis Youlountas. Version française pour commencer (les autres langues suivent bientôt...). 
Les projections-débats avec le réalisateur continuent en salles de cinéma un peu partout, avec la version de 1h28 spécial cinéma (pour le plaisir de l'image et du son en qualité cinéma et pour celui de la rencontre avec l'auteur). 
Prochains lieux et dates en présence de Yannis Youlountas (et parfois de musiciens) : http://jeluttedoncjesuis.net Contact distribution-programmation : maud@jeluttedoncjesuis.net (distributeur 3527 anepos).
 

16 décembre 2015

Une réponse à la COP21 et à son monde : Construire la zad


Automne 2015.
 
A l'heure du grand jeu théâtral de la COP21, cette vidéo présente ce qui se construit collectivement sur la zad de Notre-Dame-des-Landes.
Elle a été réalisée par des personnes habitant sur place, depuis le mouvement d'occupation de la Zone à Défendre, pour être projetée à chaque étape du convoi en vélo et tracteur depuis la Zone à Défendre jusque Paris.
Ne pouvant présenter en 25 minutes tous les aspects de ce qui se vit, se tente, se veut et se concrétise sur place, cette première vidéo montre surtout les chantiers collectifs autour de projets agricoles ou de construction, qui autonomisent le mouvement vis-à-vis de l'économie marchande.
Mais cette seule approche ne suffit pas à résumer ce qu'est politiquement la zad – qui n'est d'ailleurs pas unitaire. D'autres aspects de cette lutte qui manquent dans ce film (liés notamment à l'autogestion, à la construction d'un vivre ensemble et sans chef, dans toute notre diversité) feront l'objet de prochaines vidéos.

De l'occupation aux constructions, en passant par les projets agricoles et les moments de fêtes, à peu près tout ce qui se vit dans cette lutte est hors-cadre légal, et constitue une nécessaire réponse au ravage généralisé que produit la société économique occidentale.
Les solutions ne sont pas à attendre d'en haut, de la bureaucratie, de l'approche gestionnaire : elles résident dans les luttes visant à s'émanciper des lois du marché aussi bien que des lois légales qui protègent l'ordre économique.

Des habitant-e-s de la zad de Notre-Dame-des-Landes
http://zad.nadir.org/
 

18 octobre 2015

L’exemple du confédéralisme démocratique kurde du Rojava…

Source photo : Occupy
Le Rojava désigne la région historiquement kurde de Syrie. Dans les affres de la révolution syrienne, y est née une forme d’organisation que les habitant-e-s par « révolution ». Cette révolution n’arrive pas de n’importe où, elle est le résultat du mouvement kurde de Turquie et des réflexions d’A. Öcalan. L’organisation porte le nom de confédéralisme démocratique.
Traduire vers l’imaginaire politique européen ce qu’est la révolution du Rojava demande de comprendre les bouleversements idéologiques et pratiques qui ont eu lieu depuis une quinzaine au Kurdistan et plus spécifiquement dans la lutte lancée par le PKK à la fin des années 1970. Première précision, on n’y parle pas d’autogestion, mais d’autonomie démocratique, de démocratie radicale et de confédéralisme démocratique.

Les Kurdes, comme entité historique, ont été bafoués du droit à l’autodétermination, alors même qu’il s’agit de leur territoire historique. Ils-elles sont resté-e-s exclu-e-s du concert des États-nations nées dans la première moitié du XXe siècle après que les empires français et britanniques aient trahi la promesse de permettre la création d’un État kurde. Ils se sont alors trouvés séparés entre quatre États : Iran, Irak, Turquie, Syrie, dans lesquels ils ont été opprimés (...)
 
Suite sur Résistance 71 ....
 

16 décembre 2014

Passons à l’offensive contre la loi anti-squat !


Par Crea Toulouse, le 15 décembre 2014

Face à l’adoption d’un nouveau projet de loi anti-squat par l’assemblée nationale, nous appelons tous les collectifs de réquisition et de squateu.r.euse.s et tous les mouvements de lutte contre les expulsions, à se mobiliser partout en France, de toute urgence.
Coordonnons des affichages, rassemblements, blocages, occupations et toutes formes de mobilisation qui sembleront pertinentes pour stopper l’ennemi. Faites tourner, organisons-nous partout !

Des membres de la CREA

La loi anti squat, c'est quoi ?

18 juillet 2014

« La Grèce apprend à se passer de l’État »


La Brique.net | 16 juillet 2014

Raoul Vaneigem : « La Grèce apprend à se passer de l’État »

En cogitant ce numéro sur les pouvoirs (n°39, mars/mai 2014), on s’est dit qu’on donnerait bien la parole à Raoul Vaneigem. Ancien membre de l’Internationale situationniste, il compte parmi celles et ceux qui ont fait Mai 68 et a écrit une foultitude d’ouvrages qui nourrissent encore la pensée révolutionnaire. Parti voir ce qu’il se passait en Grèce, Vaneigem nous a proposé de discuter de comment, là-bas, les Athéniens s’organisent pour lutter contre le pouvoir.

La Brique : Apparemment ça chauffe en Grèce... Tu pourrais nous faire un petit portrait de ce qu’il s’y joue ?

Raoul Vaneigem : Ce qui se passe en Grèce et que l’information spectaculaire s’emploie à dissimuler, c’est le début d’un mouvement autogestionnaire. Une réalité l’emporte sur les grandes déclarations théoriques et sur les idéologies. Et cette réalité est celle-ci : l’État qui, hier, se servait d’une partie des taxes et impôts des citoyens pour entretenir les écoles, les hôpitaux, les transports publics, les caisses de retraite et d’allocations sociales, escroque l’argent des citoyens pour financer les malversations bancaires. Le bien public est envoyé à la casse, on rogne sur tous les budgets pour augmenter le profit des mafias multinationales.

Comment réagissent les gens sur place ?

Devant la faillite de l’État devenu un simple organe de répression commandité par le totalitarisme financier, de plus en plus d’individus se disent : faisons nos affaires nous-mêmes, et chargeons-nous des tâches sociales que l’État ne remplit plus. La Grèce, qui n’a aucune tradition anarchiste, découvre non pas une idéologie libertaire mais une façon d’agir en se passant d’État et de tout le système politique qui lui est inféodé. Le moteur d’un tel mouvement, ce sont les collectifs ou centres sociaux autogérés. Il y en a partout en Grèce, et surtout à Athènes.

Concrètement, ça se passe comment ? Qu’est-ce qui organise la vie dans ces centres sociaux ?

Des chômeurs et des bénévoles les gèrent selon le principe d’horizontalité : ni leader ni tribun. Les décisions sont prises par l’assemblée, à laquelle tout le monde peut participer. Ce qui est important dans les collectifs, c’est la pratique mise en œuvre sur la base de la gratuité. Gratuité de la cuisine collective (de grande qualité, avec des produits issus des coopératives de la campagne), gratuité des leçons aux enfants, aux chômeurs, aux émigrés, gratuité des films et des spectacles, consultation gratuite de la bibliothèque, gratuité des soins dans les cliniques autogérées, gratuité de l’aide juridique. Certains collectifs ont des potagers entretenus par des bénévoles.

Comment l’argent circule-t-il dans ces centre sociaux ? Comment faire de cette gratuité une arme contre le système marchand ?

Dans les centres autogérés, il n’y a pas de circulation d’argent. Il existe une boite en carton où chacun est libre, s’il en a les moyens, de jeter quelques pièces. J’estime que le principe devrait trouver son prolongement dans un mouvement général où les citoyens refusant de payer l’État-escroc constitueraient une caisse de dépôt qui servirait au bien public. La gratuité est aussi une arme contre l’économie. On commence à détruire les barrières de péage des autoroutes, à saboter les machines de contrôle du métro. La multiplication des collectifs propage aussi la notion de gratuité.

Concrètement, qui se mobilise ? À lire tes ouvrages, on a parfois le sentiment qu’il suffit de le vouloir pour se mobiliser...

Sur les murs d’Athènes, il est écrit « Autogestion de la vie quotidienne », et je ne pense pas que les collectifs qui ont écrit cela peuvent être confondus avec des crétins ou des curés de bonne volonté. Ceux qui essaient d’être humains savent que s’ils doivent détruire l’économie d’exploitation, ils y arriveront en jetant les bases d’une société autogérée, non en pataugeant dans le merdier électoral et politique qui continue d’entretenir la servitude volontaire.
 



Observes-tu dans ces centres sociaux autogérés des passerelles avec les classes populaires ?

Ce sont des centres qui accueillent tous ceux qui sont en difficulté. Certains travaillent avec les comités de quartier ou en créent. D’autres restent assez isolés et ont beaucoup de mal à briser le poids du désespoir et de la résignation. Athènes a le plus grand nombre de centres sociaux autogérés mais la plupart des autres villes en comptent aussi.

Les occupations sont illégales... Ça se gère comment du coup ?
Du jour au lendemain, elles peuvent être interdites par décision juridique. Les problèmes ne manquent pas, comme dans tout mouvement qui avance en tâtonnant : il y a trop peu de relations établies entre les collectifs. Si certains se prolongent en comités de quartiers, d’autres restent relativement isolés. Les occupations, évidemment illégales, sont à la merci d’une attaque policière de l’État et des néo-nazis dont les accointances avec la police et l’armée sont évidentes (même si le gouvernement les a condamnés après l’assassinat d’un jeune chanteur). Les centres autogérés ne sont pas une organisation, ils sont un mouvement anti-autoritaire et de démocratie directe comme le furent les collectivités libertaires apparues lors de la révolution espagnole, et que les communistes écrasèrent au nom de l’organisation.

La fragilité du mouvement est politique, elle est aussi économique...

Oui, la relation d’échange pose un problème. Mais au lieu d’en faire un problème abstrait, essayez de résoudre celui-ci : il existe en Grèce et en Turquie plusieurs usines autogérées. Je connais le cas d’une usine de détergents dont se sont emparés les ouvriers. Ils produisent des produits de nettoyage bio à des prix très bas, les collectifs vendent ces produits. L’argent est intégralement versé à ceux qui font fonctionner l’usine. Oui, les produits de l’usine autogérée sont des marchandises, mais des marchandises qui entrent dans leur processus de dépassement. Votre journal n’est-il pas lui aussi une marchandise ?

Certes... Mais il est souvent reproché au « mythe » autogestionnaire de passer sous silence les contraintes structurelles que fait peser l’économie mondialisée sur la volonté de se réapproprier son propre travail. En quoi les expériences grecques apparaissent-elles stimulantes de ce point de vue ?

Elles ne sont qu’une esquisse d’un mouvement autogestionnaire exposé à tous les échecs, à toutes les récupérations, mais qui apparaît de plus en plus comme la seule et unique solution. Car de l’extrême gauche à l’extrême droite, personne n’est capable d’éviter la faillite mondiale qui menace l’environnement et la vie des hommes.

Quels rôles jouent actuellement les autres groupes syndicaux ou politiques de gauche – comme Syriza, par exemple ? Penses-tu que des alliances soient possibles, ou qu’au contraire il faille maintenir une séparation radicale avec cette frange de la mobilisation ?

Les centres refusent toute intrusion politique. Aucune relation avec l’État et avec le système politique qui est sa courroie de transmission. C’est le social qui l’emporte et la solidarité qui opère à la base, là où sont les vrais problèmes de la vie quotidienne. Syriza n’a aucune solution. S’il l’emporte aux prochaines élections [1], cela offrira seulement un bref répit aux collectifs et permettra peut-être de « purger » la police des éléments néo-nazis qui sont nombreux. Mais les collectifs ne veulent rien avoir à faire avec Syriza et tutti quanti. En revanche si l’Europe réussit à maintenir le gouvernement actuel, la tendance qui prône de combattre le fascisme sans recours à la violence risque de se renverser et de déboucher sur une guerre civile dont seuls l’État et les multinationales tireraient profit.

Si on se faisait un peu plaisir et qu’on imaginait un réseau d’espaces autonomes qui relierait Lille et sa région à Brussel, par exemple en 2043 : à quoi ce joyeux bordel pourrait-il donc bien ressembler ?

Au joyeux bordel qui règne en Grèce, mais sans la menace permanente des assassins de l’ordre étatique [2].

Image : Le cauchemar économique, Eau forte de MR (détail).

Notes

[1] À noter que le 25 mai dernier, Syriza est arrivé en tête lors d’un triple scrutin concernant les élections locales et européennes. Voir ici.
[2] Pour aller plus loin sur les mobilisations en Grèce, voir la revue Z « Thessalonique & Grèce dans la dépression européenne », n°7, printemps 2013 ; et le film libre de droits « Ne vivons plus comme des esclaves », sorti en septembre 2013.
 

15 octobre 2013

A Toulouse, une « coopérative intégrale » prépare l’après-capitalisme


 
Le capitalisme ne constitue pas un horizon indépassable. C’est ce que tentent de prouver les coopératives intégrales en posant les bases d’un nouveau système économique basé sur l’autogestion, la coopération, les relations de proximité et la décroissance. Ce concept né en Catalogne essaime à travers l’Europe et notamment à Toulouse.

Reportage, Toulouse.

« Nous pouvons vivre sans capitalisme ». Les membres de la Coopérative intégrale catalane (CIC) en sont persuadés. Et ils ne se contentent pas de le clamer. Depuis 2010, ils sont près de dix mille à bâtir « une nouvelle économie basée sur la coopération et les relations de proximité » [1]. Cette coopérative d’un nouveau genre est dite intégrale car « elle regroupe les éléments basiques d’une économie et comprend tous les secteurs d’acitivités nécessaires pour assurer le quotidien ». Coopératives de logement et d’alimentation, centres de santé autogéré, banques, écoles, production d’énergie... La mise en réseau d’alternatives socialement utiles et écologiquement soutenables permet à la CIC de poser les bases d’un nouveau système économique échappant aux règles du marché et au diktat de la rentabilité.
 

8 juin 2013

MARINALEDA, l'ardente impatience (vidéo)




Film de Dominique Gautier & Jean Ortiz
Production : Le Village Emmaüs Lescar-Pau & La Cumamovi
En Partenariat avec : Le Grand Soir http://www.legrandsoir.info & Mémoire des Luttes http://www.medelu.org

30 décembre 2012

Usines récupérées et autogestion dans la nouvelle réalité espagnole


Alter autogestion | lundi 24 décembre 2012

 Nous publions la traduction en français de cet article très intéressant et éclairant sur la situation dans l'Etat espagnol et le renouveau des perspectives autogestionnaires dans ce pays. La version originale en castillan a été publiée le 20 décembre sur le site d'ICEA sous le titre de "Fábricas recuperadas y autogestión en la nueva realidad de España". (Voir lien ci-dessous).


Par José Luis Carretero Miramar *
(Traduction du castillan par Richard Neuville)
 
Avec la situation de crise financière et économique, l’Etat espagnol a commencé à réduire très sérieusement sa voilure. Ainsi la fermeture d’entreprises et les licenciements se sont succédé –et continue à se succéder- laissant une traînée de chômeurs. Dans la fièvre de protestations et de résistance, la transformation sociale (avec l’autogestion comme élément central) s’exprime avec force dans l’horizon en Espagne.

Il y a à peine cinq ou six ans, parler d’entreprises récupérées ou de coopérativisme en Espagne aurait été manier des concepts non seulement marginaux sinon profondément éloignés des intérêts et expériences de la grande majorité de la population. Dans le cadre de la société de la bulle financière, la consommation débridée et la « fête » de la jeunesse, personne n’envisageait -ou seulement des groupes réduits ou très localisés géographiquement- la nécessité de travailler par soi-même dans une perspective horizontale ou éloignée du modèle capitaliste.

Marinaleda ou Mondragón étaient des expériences autogestionnaires de dimension globale, mais ce qui est sûr, c’est que l’immense majorité de la population hispanique restait profondément éloignée des valeurs qui les sous-tendaient.

Cependant, il n’en fut pas toujours ainsi. Sans devoir remonter aussi loin que les collectivisations, qui surgirent au cours de la guerre civile de 1936-39 (qui couvraient une grande partie de l’industrie, des services et l’agriculture de la zone républicaine), dans le scenario de la Transition espagnole du franquisme à la démocratie, dans les années 70, l’expérience de récupération d’entreprises par ses travailleurs à joué un rôle marquant.

C’était des temps de crise, de fractures et de grands mouvements populaires. C’est au cours de cette période qu’émergèrent des expériences comme celle de Númax, une usine de matériel électrodomestique autogérée par les ouvriers en réponse à la tentative de fermeture illégale de la part des patrons, dont l’expérience est restée incarnée dans deux films documentaires Joaquím Jordá : Númax vit et 20 ans ce n’est pas rien.

Certaines des expériences de ces années ont survécu malgré tout jusqu’à aujourd’hui, comme l’entreprise barcelonaise Mol Mactric, capable de réaliser aujourd’hui les châssis d’une ligne du Metro de Barcelone, le train et des centaines de machines industrielles pour des entreprises comme General Motors ; ou l’imprimerie Gramagraf, occupée il y a 25 ans, et qui aujourd’hui appartient au groupe éditorial coopératif Cultura 03.

Mais la transition s’est achevée. Et, elle a produit un grand fiasco. Les principes essentiels du régime franquiste ont été maintenus dans ce qui a consisté en une simple réforme politique qui a intégré le pays dans le cadre de l’Union européenne et de l’OTAN, et qui si elle a concédé certaines libertés publiques, n’a pas remis en cause les mécanismes essentiels de répartition du pouvoir économique et social. Les grands mouvements populaires ont périclité et le « désenchantement » et le cynisme se sont substitués à l’expérimentation et à la lutte. Les propositions autogestionnaires n’ont pourtant jamais disparu mais elles ont été reléguées dans un espace purement marginal.

Et, il en fut ainsi pendant que la société de la bulle financière et sa consommation débridée et irresponsable est restée de vigueur. Comment ? Fondée sur le crédit et la surexploitation du travail des immigrés et des jeunes, grâce à la précarisation des conditions de travail et la conformité d’une législation relative au statut d’étranger, l’activité dissimulée et sans droits s’est (de fait) développée.

A l’arrivée de la crise financière et économique actuelle, les structures se modifiaient et tout évoluait : l’explosion du taux de chômage atteignant des niveaux extrêmes jamais vus précédemment dans la société espagnole et la dégradation rapide du tissu productif et entrepreneurial -à l’éclatement de la bulle immobilière- ont généré une situation radicalement nouvelle qui a impliquée le début de grandes transformations économiques mais également socioculturelles.

Le chômage et une nouvelle pauvreté contraignaient de larges couches de la population vers l’économie dissimulée et l’encaissement des maigres subsides d’un Etat de Bien-être, qui n’est jamais parvenu à se développer en Espagne à un niveau équivalent à celui des pays centraux de l’Europe.

Les extrêmes (plus précisément, extrémistes) ajustements, mis en œuvre par les pouvoirs publics face au déclenchement de la crise de la dette externe générée par la socialisation des dettes privées des entités financières, ont provoqué l’effet qu’il fallait attendre : l’Etat espagnol est devenu un gigantesque champ de ruines économiques où les fermetures d’entreprises se sont succédé et où de larges secteurs de la population ont commencé à être exclus de l’activité productive.

C’est dans ce contexte que les succès du 15 mai de 2011 ont éclaté et que le « Mouvement des Indignés » a fait irruption avec force et que les premières tentatives massives de résistance se sont exprimées face au processus de décomposition sociale imposé par les dynamiques néolibérales de l’UE et les gouvernements espagnols.

Dès lors, l’architecture politique de la société est redevenue un élément débattu et discuté publiquement. La politique a récupéré une certaine centralité dans les conversations quotidiennes et dans l’esprit d’une majorité de la population. Parler maintenant de mobilisations, de résistance ou de transformation sociale (avec l’autogestion comme élément central) est redevenue possible.

Déjà, dans les mois précédents, en plein déploiement de la crise, les germes et les semences de cette nouvelle situation s’étaient développés. Et, le recours à la récupération d’entreprises par leurs travailleurs était redevenu crédible.

En ce sens, au tout début de la crise, près de 40 entreprises avaient été récupérées par les travailleurs et remises en fonctionnement sous statut coopératif, comme l’affirme la Confédération de Coopératives de Travail Associé (COCETA). Parmi celles-ci, nous pouvons relater des expériences comme celle de l’entreprise de robotisation Zero-Pro de Porriño (Pontevedra – NdT : Galice) ou celle de meubles d’agencement de cuisine Cuin Factory en Vilanova i la Geltrú (Barcelone), dans laquelle l’ancien chef a participé activement à la transformation en coopérative et, où tous les travailleurs se sont attribué un salaire égalitaire de 900 euros. L’entreprise métallurgique Talleres Socar à Sabadell (NdT : Banlieue de Barcelone) a également été mise en autogestion avec l’appui du propriétaire et reconvertie dans la coopérative Mec 2010.

Mais probablement, l’initiative la plus frappante et connue aura été la mise en marche par les ex-employé-e-s du journal à tirage national Público, qui a arrêté d’être édité en version papier le 23 février 2012, laissant 90 % de ses travailleurs à la rue. Ces derniers ont constitué la coopérative Más Público, qui tente d’obtenir un soutien social et financier pour continuer à publier le journal en version mensuelle.

Cependant, et malgré toutes ces expériences, on ne peut pas considérer que la voie de la récupération d’entreprises soit devenue quelque chose de naturel ou développée : les travailleurs, dans les situations de fermeture, continuent massivement à se satisfaire des prestations sociales que leur propose un Etat du Bien-être de plus en plus faible et contesté. Les difficultés liées au statut juridique des coopératives dans le droit espagnol, tout comme la quasi-absence de prévisions par rapport à la Loi d’adjudication, associée à une certaine passivité alimentée par des décennies d’univers spéculatif et conformiste, constituent probablement des freins à la stratégie de récupération.

Ce qui assurément paraît de plus en plus évident, c’est le recours croissant au coopérativisme de la part de beaucoup de chômeurs qui, devant la situation d’anomie productive et d’absence d’expectatives pour retrouver un emploi, recourent à la possibilité de capitaliser une prestation de licenciement pour créer des entreprises autogérées. Les exemples sont innombrables (comme celui de la coopérative d’électricité renouvelable Som Energía, créée en décembre 2010) et, dans certains cas, ils démontrent des liens évidents avec les mouvements sociaux (comme ceux relatifs à la mise en œuvre d’expériences créées à l’image ou ressemblante à la Coopérative Intégrale Catalane, ou bien celles du milieu libertaire, comme celle de l’imprimerie graphique Tinta Negra - Encre Noire). Effectivement, entre janvier et mars 2012, 223 nouvelles coopératives ont été créées dans l’Etat espagnol.

Il n’y a pas de doutes. De nouveaux chemins sont en train d’être parcourus (NdT : tracés) par la société espagnole. Et, parmi ceux-ci, le chemin de l’autogestion commence à être de plus en plus courant.

11 juin 2012

Un centre de santé coopératif et autogéré à Barcelone

Voir.ca | par Julien Simard | 5 juin 2012

 


Catalunya en lluita I – visite dans un centre de santé coopératif et autogéré à Barcelone

À Barcelona, les marées de touristes (12 millions en 2011) donnent une façade de centres d’achats à une ville qui est aussi une termitière de luttes sociales depuis au moins 150 ans. Oui, Mango et l’anarchie cohabitent ici. (...)

 

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