7 novembre 2014

François, le pape des damnés de la terre

AU VATICAN, RENCONTRE MONDIALE DES MOUVEMENTS POPULAIRES 

Par Ignacio Ramonet | Mémoires des luttes | 29 octobre 2014

Le Pape François : « Quand je défends les pauvres, certains m’accusent d’être communiste ! »

Journée historique au Vatican ce mardi 28 octobre 2014. Parce qu’il n’est pas fréquent que le Pape convoque, au Saint-Siège, une Rencontre mondiale des mouvements populaires, à laquelle participent des organisations d’exclus et de personnes marginalisées des cinq continents et de toutes origines ethniques et religieuses : des paysans sans terre ou qui occupent illégalement des propriétés, travailleurs informels urbains, femmes révoltées, recycleurs et biffins, cartonniers, peuples indigènes en lutte... Plusieurs dirigeants présents sont menacés par des escadrons de la mort... En somme, une Assemblée mondiale des damnés de la terre. Mais des damnés qui se battent et ne se résignent pas.

Il est encore moins fréquent que le Pape en personne s’adresse à ces personnes en leur disant qu’il veut « écouter la voix des pauvres » parce que « les pauvres ne se contentent plus de subir les injustices, mais ils luttent contre leur sort » et qu’il veut, lui, le Pape, « les accompagner dans cette lutte ». François leur a dit également que « les pauvres n’attendent plus les bras croisés des solutions qui ne viennent jamais ; maintenant, les pauvres veulent être acteurs de leur destin et trouver eux-mêmes une solution à leurs problèmes » car, ajoute-t-il, « les pauvres ne sont pas des êtres résignés, ils savent protester, et se révolter ». Et il a dit : « J’espère que le vent de cette protestation deviendra un orage d’espérance. »

François a également affirmé : « La solidarité est une manière de faire l’histoire. » C’est pourquoi, il rejoint la demande des pauvres qui réclament « de la terre, un toit et un travail ». Il a commenté : « Certains, quand je demande pour les pauvres de la terre, un toit et un travail, disent que ‘le Pape est communiste’ ! Ils ne comprennent pas que la solidarité avec les pauvres est la base même des Evangiles. »

François a rappelé que « la réforme agraire est une nécessité morale ! » Et il a accusé, sans le nommer, le néolibéralisme d’être à l’origine de nombreux malheurs contemporains : « Tout cela arrive – a-t-il précisé – quand on déplace l’être humain du centre du système et qu’on le remplace par l’argent-roi. » Il a répété qu’ « il faut hausser la voix ». Et il a rappelé que « les chrétiens, nous disposons d’un programme que j’oserais qualifier de révolutionnaire : les béatitudes du Sermon de la Montagne rapportées par Saint Matthieu dans son Evangile. »

Un discours fort, courageux, qui s’inscrit dans le droit fil de la Doctrine sociale de l’Eglise à laquelle François s’est référé explicitement. Cela faisait très longtemps qu’un Pape ne prononçait pas une allocution aussi sociale, aussi « progressiste » sur un thème, les pauvres, qui constitue l’une des bases fondamentales de la doctrine chrétienne.

Cette intervention a été d’autant plus importante qu’elle fut prononcée en présence du président de la Bolivie, Evo Morales, icône des mouvements sociaux et leader mondial des peuples autochtones. Un moment plus tard d’ailleurs, très applaudi, le président Morales prenait à son tour la parole, devant le même auditoire, pour expliquer, de nombreux exemples à l’appui, que « le capitalisme, qui fait commerce de tout, a créé une civilisation du gaspillage ». Il a insisté sur l’idée qu’ « il faut refonder la démocratie et la politique, parce que la démocratie c’est le gouvernement du peuple et non pas celui du capital et des banques ». Il a également mis l’accent sur « le respect nécessaire de la Terre mère » et « la mobilisation indispensable contre la privatisation des services publics ». Il a suggéré aux mouvements sociaux réunis à l’occasion de cette Rencontre de « créer une grande Alliance des exclus » pour défendre les « droits collectifs » qui complètent, selon lui, les droits de l’homme.

Le sentiment général des participants à cette Rencontre inédite c’est que ces deux interventions du pape François et du président Evo Morales confirment d’une part, la nouvelle dimension internationale du président bolivien, et, d’autre part, le nouveau rôle historique du Pape François qui semble s’affirmer de plus en plus comme le porte-parole des pauvres d’Amérique latine et de tous les exclus du monde.

Texte intégral (en espagnol) du discours du Pape François le 28 octobre 2014 à l’occasion de la Rencontre mondiale des mouvements populaires.

Lire aussi: Le pape François invite les pauvres à « protester et se révolter»
 

13 août 2013

Cochabamba Le sommet anti-impérialiste fait un triomphe à 'Evo Morales


Le Grand Soir | 12 août 2013 | Par Jean Ortiz pour le Grand Soir

Le sommet de Cochabamba (Bolivia) s’est terminé par un rassemblement d’un million de personnes

 
(De Cochabamba, pour Le Grand Soir).

Le sommet anti-impérialiste fait un triomphe à Evo Morales.

Dans l’ambiance festive du rassemblement, il a été proposé que le président de la Bolivie soit désigné leader mondial des mouvements sociaux.

http://internacional.elpais.com/internacional/2013/08/03/actualidad/13...

Le quotidien El País s’étouffe...

Les organisations sociales et indigènes de plusieurs pays qui se sont réunies à Cochabamba (Bolivie) pour y tenir un « sommet anti-impérialiste et anticolonialiste » ont clôturé la rencontre en faisant un triomphe au président bolivien Evo Morales et en approuvant un éventail de stratégies allant de l’alliance des peuples contre le capitalisme au contrôle des systèmes d’espionnage après des affaires aussi retentissantes que celle de l’informaticien de la CIA, Edward Snowden.

Un mois après l’incident diplomatique concernant l’avion présidentiel bolivien, le président Evo Morales a déclaré « le deux août » « journée de l’anti-impérialisme et de l’anticolonialisme » lors de la clôture de la réunion des organisations sociales d’une vingtaine de nations ; cette date, a-t-il dit, sera historique, car elle débute avec « une nouvelle thèse politique de la libération des peuples du monde », et il s’adressait aux milliers de partisans rassemblés dans la principale avenue de la ville.
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Un homme portant un casque comme celui du président Evo Morales

Le regard romantique d’un très grand nombre de participants - qui se considèrent des révolutionnaires - a retrouvé plus d’éclat devant une mer colorée de drapeaux, étendards, pancartes, ombrelles se balançant au rythme de la musique folklorique bolivienne et laissant apercevoir, par instants, des visages au teint cuivré, brunis par le soleil et le vent de l’altiplano, hommes et femmes arrivés là de l’Est et de l’Ouest, pour exprimer une fois encore leur soutien au président Evo Morales et au processus de changement en cours.

« Ici se reflètent les rêves de tous les révolutionnaires du monde », affirmait l’universitaire français Jean Ortiz. « Ce n’est pas le modèle — admet-il — c’est un laboratoire ; la révolution bolivienne est un référent ; les peuples qui ne rêvent pas ne verront jamais leurs utopies se réaliser ».

« Il y a là un parfum de liberté, un parfum de terre, un parfum de Pachamama » dit, ému, l’acteur espagnol Guillermo Toledo, tandis qu’un membre de la délégation du Chili insiste sur l’urgente nécessité de « construire un continent multinational capable d’inclure tous les êtres humains, et particulièrement les plus humbles ».

La centaine de recommandations issues des six « ateliers » ont été résumées par l’Argentin Hugo Yaski du syndicat Centrale des Travailleurs d’Argentine, lors de la séance de clôture, comme une stratégie « qui est un mandat et une volonté de lutte qui vont se répandre à travers toute l’Amérique Latine, qui ne sont pas destinés à n’être qu’un bout de papier »

On retiendra principalement l’alliance des mouvements sociaux des peuples pour lutter contre les instruments de pouvoir des grandes nations hégémoniques ; le mandat de promouvoir la décolonisation et d’amplifier l’anti-impérialisme en tant que mandat pour instituer la justice sociale, la répartition de la richesse pour que les sociétés commencent à vivre dans la dignité ; le renforcement des Droits de l’Homme et de la Mère Terre ; la lutte contre tout espionnage et toute ingérence des grandes puissances et, finalement, l’intervention des médias sociaux contre le colonialisme de la désinformation.

« Nous savons très bien que la nouvelle stratégie des classes dominantes c’est d’essayer de manipuler les moyens de communication et aussi, bien souvent, ceux de la Justice, pour récupérer à tout prix le pouvoir » affirme le dirigeant argentin.

L’Atelier de la « Décolonisation » a proposé de désigner le président Morales leader mondial des organisations et mouvements sociaux du monde, mais, lors de la séance de clôture, il n’a pas été fait mention de cette recommandation, même lorsque des délégués étrangers ont rendu un vibrant hommage à la personne d’Evo Morales.

L’OTAN dans le viseur

Le premier « atelier » - sur le thème : « La souveraineté politique » - a concentré une grande partie de ses recommandations sur une stratégie contre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Le ministre bolivien de la Présidence, Juan Ramón Quintana, affirma, dans son exposé et en ouverture des travaux, que l’OTAN représente un danger pour l’Amérique Latine, avec pour preuve son avancée dans la région et plus particulièrement à travers l’Alliance pour le Pacifique.

L’atelier a préconisé de créer « une organisation sociale puissante » pour répandre les « idées de libération du socialisme communautaire, décolonisateur et anti-impérialiste (en union avec les syndicats et les associations européennes) et ainsi faire face au danger que représente l’OTAN pour l’Amérique Latine ». Il propose également de « promouvoir le désarmement de l’OTAN, la réduction de ses dépenses militaires » et leur réversion dans des programmes sociaux ; il préconise de traîner l’OTAN devant des tribunaux internationaux puisque son militarisme « viole des traités internationaux et des accords fondant la coexistence pacifique ».

Le président Morales salua la recommandation de promouvoir, dans la région, l’exigence populaire de convoquer des Assemblées Constituantes et la refondation des États selon la volonté des mouvements sociaux. « Nous en avons assez de ces monarchies, oligarchies et hiérarchies. Nous en avons assez de cette anarchie des marchés. Plus jamais des pays gouvernés par des banquiers et des chefs d’industries ».

« Les ressources naturelles, renouvelables et non renouvelables, ne doivent pas être la propriété des sociétés multinationales » a déclaré Evo Morales. « Si nous voulons faire naître un mouvement politique de libération anti-impérialiste qui garantisse la souveraineté de nos peuples, ce mouvement doit commencer par faire en sorte que les ressources naturelles deviennent la propriété des peuples et de leurs gouvernements démocratiquement élus ».

Dans son discours, Evo Morales déclara : « Je ne peux pas comprendre comment quatre pays (l’Alliance du Pacifique) veulent rééditer les traités de libre commerce avec Washington et veulent privatiser les services de base qui sont un Droit de l’Homme pour les peuples ».

Il pressa également ses auditeurs à « se décoloniser du luxe », faisant allusion au comportement de certains citadins qui changent de linge plusieurs fois par jour ou ne font usage d’un vêtement qu’une seule fois avant de le ranger définitivement au placard. Il n’a pu s’empêcher de rappeler son enfance, lorsque, comme des millions de paysans, il portait ses vêtements « jusqu’à ce qu’ils tombent, littéralement, en lambeaux comme lorsque je retirais mon tricot pour en ravauder les coudes troués ou pour en ôter les poux. »

Au milieu de la multitude et des pancartes contre l’impérialisme, une femme, euphorique, coiffée d’un béret comme celui de Che Guevara, le dos enveloppé dans une whipala (drapeau indigène) et, sur son buste, le drapeau tricolore bolivien, salue, le poing gauche levé, les portraits du Che, de Castro, de Chávez et de Morales. Sous son bras droit, elle tient une énorme bouteille de Coca Cola à moitié vidée : à peine un détail de l’arrogance du pouvoir de l’Empire. Un symbole qui perdure malgré tout et malgré tous.

Tandis que le Journal bolivien CAMBIO applaudit...

http://www.cambio.bo/especial_cumbre_antiimperialista/20130801/jean_or...

...Jean Ortiz fustige la capitulation du Gouvernement français face aux diktats de Washington

De notre correspondant au Sommet anti-impérialiste.

« Le Gouvernement français vient de porter atteinte à son prestige sur deux front, le front latino-américain et le front européen, en raison de sa capitulation face aux diktats de Washington qui exigeait que (l’avion d’Evo Morales) ne fût pas autorisé à survoler l’espace aérien français », a déclaré, hier, Jean Ortiz, membre de la délégation française au Sommet. « Notre gouvernement n’a même pas poussé un cri de colère et d’indignation pour condamner l’espionnage des institutions de l’Union Européenne et des services français par l’Agence de Sécurité Nord-américaine. La supposée présence du courageux Edward Snowden (ex-analyste de la CIA) ne justifiait aucun acte de piraterie, et même si présence il y avait eu, La Bolivie est un pays souverain et l’avion présidentiel l’est également », affirme-t-il. Jean Ortiz a déclaré que la France est devenue le vassal des États-Unis alors qu’elle a un gouvernement qui se dit socialiste et il se demande ce qu’est devenu le prestige de la France. « Comme disent les indignés, ce gouvernement ne nous représente pas ». « Pardon, camarades et frères Boliviens, au nom de tous les hommes en lutte, des démocrates et des antifascistes, la France ce n’est pas cela », a dit Jean Ortiz, et il a reconnu : « la dignité, la noblesse, le courage, la forte personnalité du président Evo Morales ».

Jean Ortiz.

(Traduction : Manuel Colinas).

source,
http://www.legrandsoir.info/le-sommet-de-cochabamba-bol

28 septembre 2011

Evo Morales stoppe (provisoirement ?) le chantier maudit

par Fabrice Nicolino | Planète sans visa | 27 septembre 2011

Je vous ai déjà servi l’affaire il y a un mois ici (c’est là). Evo Morales, président de Bolivie, prêt à sacrifier un territoire indien sur l’autel du soi-disant progrès et du supposé développement. En construisant une route criminelle coupant en deux un territoire unique. Mais en Bolivie, cela chie, qu’on me pardonne ce mot aujourd’hui nécessaire. Les Indiens de las Américas n’acceptent plus de plier, fût-ce devant l’un des leurs. Piteux, Morales vient de suspendre le chantier de cette route maudite, après avoir envoyé ses flics contre les Indiens, ses plus fidèles soutiens jusqu’ici. Je tends l’oreille du côté des gauches françaises, aussi radicales qu’elles prétendent être. Avez-vous entendu un mot contre la politique bolivienne ? Moi pas.

Quelques infos récentes, piquées à Radio-Canada :


Bolivie : le pouvoir ébranlé après la répression d’Autochtones d’Amazonie

Mise à jour le mardi 27 septembre 2011 à 23 h 03



Photo: AFP/Jorge Bernal

Le président Evo Morales annonce la suspension de la construction de la route reliant Villa Tunari et San Ignacio de Moxos (26 septembre 2011)

Le conflit social qui oppose le pouvoir bolivien à des Autochtones de l’Amazonie protestant contre la construction d’un axe routier sur des terres ancestrales prend des allures de crise politique.

Deux jours après une intervention policière contre une marche d’un millier d’Autochtones à Yucumo, dans le nord-est du pays, le gouvernement Morales continue mardi d’en subir les contrecoups avec la démission d’un troisième haut responsable.

Mis en cause dans la répression qui a fait quelques blessés et suscité de vives condamnations en région, le ministre de l’Intérieur, Sacha Llorenti, a quitté son poste mardi à la suite du départ de son sous-ministre, Marco Farfan. M. Llorenti avait reproché à ce dernier d’avoir agi sans autorisation.

Lundi, la ministre de la Défense, Cecilia Chacon, a pour sa part présenté sa démission en dénonçant l’intervention de Yucumo.

Traditionnellement allié du pouvoir socialiste, le premier syndicat COB a annoncé qu’il déclenchera mercredi une grève générale pour appuyer les marcheurs autochtones.




Le projet de route suspendu


Le mouvement de contestation est donc appelé à se poursuivre en dépit de la volte-face annoncée par le président Evo Morales.

En conférence de presse lundi soir, il s’est dissocié des actes de répression qu’il a qualifiés d’impardonnables et a annoncé la suspension du projet de route reliant Villa Tunari et San Ignacio de Moxos. Il a expliqué que cette interruption doit permettre de tenir des consultations pour « que le peuple décide, en particulier les deux provinces concernées » : Beni et Cochabamba.

Mardi, les Autochtones qui marchent depuis plusieurs semaines pour défendre la réserve naturelle ont annoncé leur intention de poursuivre leur marche vers La Paz, dont ils ont parcouru la moitié, soit quelque 300 km.

Les dernières vagues provoquées par ce conflit ont terni l’image sociale du président Morales, au même titre qu’en 2010, lorsqu’il avait dû faire marche arrière sous la pression populaire après la hausse des prix des carburants.

« Les liens que le président avait avec les mouvements sociaux et les organisations de caractère indigène sont en train de se rompre », estime le politologue Jorge Kafka, de l’Université catholique. Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Associate

 

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