14 mai 2020

"Loin de « relocaliser », Bruxelles veut approfondir une mondialisation insoutenable"

Nouvel accord de commerce UE-Mexique : Loin de « relocaliser », Bruxelles veut approfondir une mondialisation insoutenable

Ce mardi 28 avril, la Commission européenne a annoncé avoir finalisé des négociations en matière de commerce et d’investissement avec le Mexique. Alors que la pandémie de coronavirus révèle au grand jour les fragilités économiques, sociales et sanitaires engendrées par la mondialisation, et que chaque jour des voix s’élèvent pour appeler à « produire davantage en Europe », la Commission poursuit, comme si de rien n’était, son agenda agressif d’approfondissement de la mondialisation néolibérale en négociant des accords à tour de bras. Attac France, avec ses partenaires, appelle à cesser immédiatement ces négociations et à procéder à une « relocalisation écologique et solidaire des activités économiques »...

 Suite sur ATTAC-France

  

6 mars 2020

Une lutte pour la vie


La situation est critique pour la planète, mais aussi pour ceux qui la défendent. Les premiers grands écolos et révolutionnaires d’aujourd’hui sont les peuples qui résistent un peu partout contre l’extraction minière ou les projets d’utilisation des ressources naturelles, à commencer par la base : l’eau, par exemple. [1] Ces peuples résistent pour répondre à un intérêt on ne peut plus basique : se maintenir en vie. Ils sont ainsi aux premières lignes pour se confronter au « Grand Capital » et à l’éventail des techniques de répression que ce dernier a su inventer au cours de son histoire.
Cela ne date bien sûr pas d’hier, mais tant que cela dure, on ne l’écrira jamais assez : le Capitalisme se fiche bien si ses bénéfices ont pour conséquence la mort et la destruction de la nature, de l’humanité tout entière ou pour le moment « seulement » de certains groupes d’humains (pauvres et racialisés de préférence). Rien que pour cette raison, ce système n’est plus viable. Ces peuples en survie l’ont bien compris et sont le fer de lance de la résistance anticapitaliste pour la vie. Ils luttent pour l’autonomie de leur territoire, et ils se confrontent donc directement aux intérêts des grandes multinationales à caractère impérialiste et..

 

15 décembre 2017

Jérôme Baschet : « Au Chiapas zapatiste, “le peuple dirige et le gouvernement obéit” »


Jérôme Baschet vit depuis vingt ans au Chiapas. Il a consacré de nombreux ouvrages au zapatisme dont l’un des derniers, « Adieux au capitalisme », nous propose de « rouvrir le futur et d’engager résolument la réflexion sur ce que peut être un monde libéré de la tyrannie capitaliste. » Nous l’avons pris au mot en l’interrogeant sur la manière dont les zapatistes peuvent nous inspirer pour rendre l’État inutile et dépasser enfin le capitalisme.

Lire l'interview sur Le Comptoir..
 

4 mars 2017

Mexique : les villages s’arment pour survivre


Face à des autorités corrompues, violentes et infiltrées par le narcotrafic, les Mexicains s’organisent. Reportage dans les Etats du Guerrero et d’Oaxaca où les communautés indigènes luttent pour conserver leurs terres et leur dignité.

Lire sur Mémoire des luttes

29 janvier 2017

Derrière le Mur bi-partisan par Manlio Dinucci


Alors que la presse occidentale condamne sans appel l’extension du Mur de séparation entre les États-Unis et le Mexique, Manlio Dinucci rappelle qu’il ne résulte pas d’une volonté protectionniste, mais bien au contraire de la politique de globalisation. Cette construction est un projet bi-partisan, initié par Bill Clinton, poursuivi par George Bush Jr et Barack Obama. Il observe que ce n’est pas le Mur en lui-même qui a provoqué des effets sociaux désastreux au Mexique, mais le traité Nafta, censé être un pont entre les différents États signataires ; un traité dont la finalité était d’amplifier le processus normal de délocalisation, au risque de diffuser la pauvreté au Mexique, puis aux États-Unis.

Suite sur Réseau Voltaire
 

3 avril 2014

En soutien aux communautés indigènes de l'isthme de Tehuantepec


Je relaie ici cet appel (reçu par mail) à poser un geste simple en solidarité à l'intégrité et au courage de communautés indigènes, celles qui ne capitulent pas face à des gouvernements semblables au notre. Cette pétition concerne l'agression subie par Alavaro Obregon dans l'Isthme de Tehuantepec, elle-même diffusée lors de l'exposition de Beatriz Aurora et de la présentation du livre des "contes rebelles, récits du sous-commandant Marcos" à Paris les 28 et 29 mars 2014. 

Si vous êtes d'accord avec ses termes, pouvez-vous la diffuser dans vos réseaux et l'adresser par e-mail à : 
Ambassade du Mexique à Paris : embfrancia@sre.gob.mx 
et joindre une copie à : 
APIITDTT (Assemblée des Peuples de l'Isthme de Tehuantepec en Défense de la Terre et du Territoire) : asamblea.istmo@gmail.com 


Monsieur l'Ambassadeur,
l'Isthme de Tehuantepec, au Sud de l'État d'Oaxaca, fait l'objet depuis plusieurs années de projets ambitieux, portés par des entreprises transnationales à capitaux européens, visant à en faire le plus grand parc éolien du continent américain. 

Nous savons que ces projets, imposés au moyen de contrats frauduleux et par la corruption des élus locaux, sont rejetés à présent par la plupart des communautés indigènes de l'Isthme. Leurs conséquences sont désastreuses, entraînant la destruction de la faune et flore terrestre, notamment des oiseaux migrateurs, la destruction d'un système lagunaire de grande ampleur, la destruction des moyens de subsistance des paysans et des pêcheurs et la disparition à terme des communautés et de leur système social indépendant; tout cela sur fond de dépossession des terres communales et ejidales, à quoi s'ajoute la violence exercée par des groupes paramilitaires contre les opposants : tout ceci commence à se savoir en Europe. 

Nous savons que la communauté zapotèque de Alváro Obregón a réussi à empêcher la réalisation du projet démentiel de Mareña Renovables sur la barre Santa Teresa, rejeté par toutes les communautés de pêcheurs de l'Isthme, à commencer par San Dionisio del Mar, San Mateo del Mar, la 7º Section de Juchitan, Unión Hidalgo, San Francisco del Mar, Santa Maria Xadani etc. 

Nous savons que cela a été possible grâce à une solidarité active de toutes ces communautés, ikots comme binniza. 
Nous savons aussi que cette communauté a décidé dans la foulée de ne plus accepter les élections par partis politiques, optant pour le régime de "usos y costumbres" qui est légalement reconnu dans l'État de Oaxaca. 

Nous savons que les habitants de Alváro Obregón, réunis en assemblée communautaire, ont désigné un conseil communautaire qui travaille depuis le début janvier, dans les locaux de ce qui fut auparavant une simple agence municipale de Juchitan.Nous savons qu'ils ont également désigné une police communautaire pour assurer leur sécurité. 

Nous apprenons toutefois que cette communauté fait l’objet depuis un certain temps de persécutions policières d’un côté et d’agressions anonymes (incendies criminels notamment). Nous savons que le président municipal de Juchitan, Saùl Vicente, membre expert du forum permanent des Nations-Unies pour les questions indigènes sur la période 2011-2013, censé défendre les droits des communautés indiennes à se gouverner par elles-mêmes tel que reconnu dans l’article 169 de l’Organisation, et ses alliés politiques, sont à l'origine de ces actes, refusant de reconnaître l'autonomie de cette communauté de pêcheurs et paysans qui a toujours été laissée pour compte. 

Nous affirmons par la présente notre solidarité active avec l'Assemblée communautaire de Álvaro Obregón. Nous entamons immédiatement une campagne de soutien au niveau européen, qui cessera seulement quand l'autonomie politique de Alváro Obregón sera enfin reconnue et que les persécutions dont elle est actuellement victime auront cessé.
Formule de politesse à votre gré

19 janvier 2014

Mexique: "Le vent de la révolte" Appel du réalisateur



Par Le vent de la révolte

QU'EST CE QUE C'EST ?


« Le Vent de la Révolte » est un film documentaire engagé sur les communautés indigènes bouleversées par l’industrialisation de parcs éoliens dans l'Isthme de Tehuantepec au Mexique. Sur place, les populations se mobilisent pour la défense de leur territoire, pour préserver leurs modes de vie. Au travers de la rencontre avec des personnages impliqués dans le conflit, pêcheurs, paysans, croquis d’une situation qui pointe les dérives des accords de Kyoto.


Trailer : Le vent de la Révolte de Alessi Del Umbria from Tita Productions on Vimeo.


SYNOPSIS :

Ça se passe au Sud du Mexique, dans l'Isthme de Tehuantepec. Une vaste plaine parsemée d'immenses lagunes, occupée par des populations indigènes, que des multinationales de l'éolien sont en train d'investir. Près de 800 éoliennes y sont déjà en activité, à terme le projet est d'en implanter 5000, transformant l'Isthme en parc mono-industriel, le plus grand site éolien de tout le continent américain.

Les communautés indigènes se retrouvent devant le fait accompli, dépossédées de leurs territoires et confrontées à des nuisances écologiques inattendues, tenues à l'écart de décisions qui vont pourtant entraîner des conséquences irréversibles sur leur mode de vie : aucune consultation publique, aucune étude sur les conséquences, tout se joue en secret entre des élus notoirement corrompus et les compagnies multinationales. Des vigiles en uniforme interdisent désormais l'accès à des terres auparavant communes, des pistoleros menacent les opposants, des campagnes de calomnie médiatique et de répression policière se multiplient à leur encontre : L'énergie propre s'impose par des procédés plutôt sales...

Le gouvernement mexicain n'en a cure, qui récupère dans cette affaire des bons carbone. Quand à l'électricité produite par ces champs éoliens, elle n'est nullement destinée à la consommation locale mais à d'autres multinationales, agroalimentaires comme Coca-Cola, Heineken, ou de grande distribution comme Wal-Mart, Soriana... Pour comble, les multinationales qui s'approprient peu à peu l'Isthme sont espagnoles, ce qui réveille de douloureux souvenirs dans cette antique terre de rebéllion...

Comment les indigènes résistent à ce qu'ils ressentent comme une autre invasion coloniale, et au nom de quelle vision du monde irréductible aux critères de rentabilité occidentale, voilà ce que ce que raconte "Le Vent de la Révolte".

A quoi va servir le financement ?


Nous avons besoin de tourner car les constructions s'accélèrent et les luttes s'amplifient de jour en jour. Nous avons donc besoin de financr le tournage et commencer le montage du film.

Pour finaliser le film, nous devrons également louer un banc de montage et un studio de mixage et d'étalonnage.

A propos du porteur de projet

 


MOT DU REALISATEUR

Mon intérêt pour le monde indigène du Mexique m'a poussé vers l'Isthme de Tehuantepec durant l'hiver 2010. Une région où les Zapotèques et les Ikots ont développé des formes de vie qui ont survécu à cinq siècles de colonisation. Une région charnière entre Amérique du Nord et Amérique centrale, entre Golfe du Mexique et Océan Pacifique, objet de convoitises multiples de la part des investisseurs.

On éprouve dans l'Isthme la sensation de vivre sur d'autres rythmes que ceux de la métropole occidentale, et selon des valeurs communautaires fortes. Pourtant, la logique de la société industrielle est en train d'y pénétrer avec violence, brisant les solidarités et les liens au territoire.

J'assistais à la révolte grandissante des indigènes face au mégaprojet éolien, qui finit par prendre une dimension régionale. A partir de mai 2012 j'ai filmé divers moments de cette lutte avec le soutien d'une équipe sur place.

Ce que je veux donner à voir, c'est ce choc des mondes. Comment l'intrusion brutale d'entreprises hors sol bouleverse un univers obéissant à une autre logique, et risque de faire basculer ces mondes indigènes dans la misère sociale, entraînant une déshumanisation qui pointe déjà son nez dans certains endroits sous diverses formes symptomatiques (violence, alcoolisme, drogues, prostitution, pollution, consumérisme). Ce qui amène fatalement à interroger la question des énergies dites alternatives selon une perspective plus large.

Le film a pour objectif d'être diffusé le plus largement possible, dans les festivals, les salles de cinéma et les réseaux associatifs...


QUI EST DERRIERE CE PROJET ?

Alèssi Dell'Umbria est tout à la fois chroniqueur, auteur, réalisateur, défenseur des langues et cultures minoritaires, il porte sur le monde un regard engagé et sans concession.

est une société de productions basée à Marseille, résolument tournée vers la production de films d'auteur pour le cinéma et la télévision. Les films qu'ils produisent sont sensibles aux questions d'identité, de territoire, de voyage et de migrations.

Productrice Laurence Ansquer
 http://www.titaprod.com
Page Facebook du projet :
https://www.facebook.com/Leventdelarevolte?ref=hl

Voir en ligne,  http://fr.ulule.com/vent-revolte/

17 février 2013

Message de la planète Terre (6-3)


Eux et nous VI.3.

I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)

VI. Les regards (III)


mardi 12 février 2013, par SCI Marcos



3. Quelques autres regards


Un :
Un rêve dans ce regard

C’est une rue, un champ de maïs, une usine, une galerie souterraine, une forêt, une école, une boutique départementale, un bureau, une place, un marché, une ville, une campagne, un pays, un continent, un monde.

Le Commandeur est grièvement blessé, la machine cassée, la bête hors d’haleine, la sauvagerie enfermée.

Ils n’ont servi à rien, les changements de noms et de drapeaux, les coups d’État, les prisons, les cimetières, l’argent coulant par les mille artères de la corruption, les reality shows, les célébrations religieuses, les encarts payants, les exorcismes cybernétiques.

Le Commandeur appelle son dernier contremaître. Il lui murmure quelque chose à l’oreille. Le contremaître sort et affronte la multitude.

Il dit, il demande, il réclame, il exige :

« Nous voulons parler au… »

Il hésite, la majorité de ceux qui lui font face sont des femmes.

Il corrige :

« Nous voulons parler à la… »

Il hésite à nouveau, il y a un nombre certain d’autres en face de lui.

Il corrige à nouveau :

« Nous voulons parler à qui commande. »

Au milieu du silence s’avancent un•e ancien•ne et un•e gamin•e, qui s’arrêtent face au contremaître, et d’une voix innocente et sage, lui disent :

« Ici, nous commandons toutes et tous. »

Le contremaître frémit, et frémit aussi la voix du Commandeur dans son dernier cri.

Le regard s’éveille. « Rêve étrange », se dit-il. Et, sans s’occuper du calendrier ni de la géographie, continuent la vie, la lutte, la résistance.

Du rêve bizarre il ne se rappelle que quelques mots :

« Ici, nous commandons toutes et tous. »


Deux :
Un autre regard depuis un autre calendrier et une autre géographie
(fragment d’une lettre reçue au quartier général de l’euzèdélène, sans date)

« Salut compas,

(…)
À mon avis, tout ça a été super. Mais je ne nie pas que ça, je le dis après coup. Ce serait trop facile de dire que j’ai parfaitement compris le silence et que rien ne m’a surpris. C’est faux, moi aussi le silence m’a énervé (évidemment, ça n’a rien à voir avec ce qui se raconte comme quoi avant les zapatistes ne parlaient pas, j’ai lu toutes ces histoires). La question, c’est que vue avec l’avantage des faits déjà passés, et en train de se passer, la conclusion apparaît totalement logique : nous sommes au milieu de l’initiative la plus audacieuse, au moins depuis l’insurrection, des zapatistes. Et ça a à voir avec tout, pas seulement la situation nationale, aussi l’internationale, enfin il me semble.

Permettez-moi de vous raconter ce que j’ai compris de ce qui, à mon avis, a été le fait le plus significatif de l’action du 21 [décembre 2012]. C’est sûr, il y a beaucoup de choses : l’organisation, l’effort militant, la démonstration de force, la présence des jeunes et des femmes, etc. Mais moi, ce qui m’a le plus impressionné, ça a été qu’ils marchent en portant des planches, et qu’en arrivant sur les places ils montent des estrades. Selon ce qui se racontait sur l’événement, beaucoup de médias privés et quelques-uns parmi les libres spéculaient sur l’arrivée des leaders zapatistes. Et ils ne se rendaient pas compte que les leaders zapatistes étaient déjà là. Que c’étaient les villages qui montaient sur l’estrade et disaient, sans parler, nous sommes ici, c’est ça que nous sommes, c’est ça que nous serons.

L’estrade a été pour ceux qui devaient y monter. Personne n’y a fait attention, je crois, et pourtant je suis persuadé que c’est là que se trouve, comme dans une noix, le sens profond d’une nouvelle façon de faire de la politique. Ce qui rompt avec tout le vieux, la seule chose véritablement nouvelle, la seule qui mérite d’avoir [illisible dans l’original] « XXIe siècle ».

L’âme plébéienne et libertaire de ce qui a été dans l’histoire des moments conjoncturels s’est construite ici sans grands étalages théoriques. Plutôt avec une pratique souterraine. Cela a déjà trop d’années pour être un caprice. C’est maintenant un processus social historique long et solide sur le terrain de l’auto-organisation.

À la fin ils ont démonté leurs estrades, qui sont redevenues des planches, et nous devrions tous avoir un peu honte, être plus modestes et simples et reconnaître que quelque chose d’inattendu et de nouveau se trouve face à nos yeux, et que nous devons regarder, nous taire, écouter et apprendre.

Une embrassade à tous et toutes. J’espère que vous allez aussi bien que possible.

El Chueco »


Trois :
« Conduite à tenir au cas où… on vous regarde »

Si quelqu’un vous regarde, et vous vous rendez compte que…
Il ou elle ne vous regarde pas comme si vous étiez transparent,
ne cherche pas à vous convaincre que oui ou que non,
ne cherche pas à vous coopter,
ne veut pas vous recruter,
ne veut pas vous diriger,
ne veut pas vous juger-vous condamner-vous absoudre
ne veut pas vous utiliser,
ne veut pas vous dire ce que vous pouvez faire ou pas,
ne veut pas vous donner de conseils, de recommandations ni d’ordres,
ne veut pas vous reprocher de ne pas savoir, et pas non plus de savoir,
ne vous méprise pas,
ne veut pas vous acheter votre vieille voiture, votre visage, votre corps, votre avenir, votre dignité, votre volonté,
ne cherche pas à vous vendre quoi que ce soit…


(un temps partagé, une télévision lcd en 4D, une machine super-ultra-hyper-moderne avec un bouton de crise (attention : ne confondez pas avec le bouton d’éjection, parce que la garantie n’inclut pas l’amnésie du public pour les ridicules médiatiques), un parti politique qui change d’idéologie selon la direction du vent, une assurance vie, une encyclopédie, une entrée VIP au spectacle ou révolution ou ciel à la mode, un meuble par toutes petites mensualités, un plan de téléphonie mobile, une carte de membre exclusive, un avenir offert par le leader généreux, un alibi pour se rendre, se vendre, capituler, un nouveau modèle idéologique, etc.)

Alors…

Premièrement. Écartez l’hypothèse qu’il s’agisse d’un dépravé ou dépravée. Vous pouvez toujours être aussi sale, laid•e, mauvais•e et grossier•e qu’on voudra, chacun son truc, vous avez cette touche sexy et polissonne que donne le fait d’être tout le temps au travail ; et ce « ça » peut réveiller les basses passions de n’importe qui. Mmh… bon, oui, un petit coup de peigne ne serait pas de trop. S’il ne s’agit pas d’un•e dépravé•e, ne vous découragez pas, la terre est ronde et fait des tours, et continuez plus bas (dans cette liste, s’entend).

Deuxièmement. Vous êtes bien sûr•e que c’est vous qu’il•elle regarde ? Ce n’est pas cette pub de déodorants que vous avez derrière (derrière vous, s’entend) ? Ou bien ce n’est pas qu’il•elle est en train de penser (celui•celle qui vous regarde, s’entend) : « Je crois que c’est à ça que je ressemble quand j’oublie de me coiffer » ? Si vous avez écarté cela, passez à la suite.
Deux :
Troisièmement. N’a-t-il pas la tête d’un policier qui cherche à compléter le paiement qu’il doit rapporter à son supérieur ? Si c’est oui, courez, vous avez encore le temps d’attraper le bus. Sinon, passez au point suivant.

Quatrièmement. Rendez-lui son regard, de votre air le plus sévère. Un regard mélange de colère, de mal au ventre, d’exaspération et de look de serial killeur•euse serait bien. Non pas comme ça, vous avez l’air d’un ourson constipé. Réessayez. Ok, passable, mais continuez à vous entraîner. Et maintenant, il•elle ne fuit pas épouvanté•e ? Ne détourne pas les yeux ? Ne s’approche pas de vous en s’exclamant « Tonton Jeannot - Tata Jeannette ! Je ne te reconnaissais pas ! Mais avec cette expression… » ? Non ? Ok, continuez.

Cinquièmement. Répétez les phases un, deux, trois et quatre. Il peut y avoir des défauts dans notre système, qui, bien sûr, est fabriqué en Chine. Si vous arrivez à nouveau à ce point, passez au suivant :

Sixièmement. Vous avez de fortes probabilités d’être tombé sur quelqu’un de la Sexta. Nous ne savons pas s’il faut vous féliciter ou vous présenter nos condoléances. En tout cas, ce qui suivra ce regard est une décision sous votre entière responsabilité.

Quatre :
Un regard vers un poste zapatiste

(calendrier et géographie non précisés)

Le SupMarcos : Il faut qu’ils se dépêchent, on arrive au bout du temps.

L’insurgée de santé : Écoute, Sup, on n’arrive pas au bout du temps, on arrive au bout des personnes. Le temps vient de très loin et suit son chemin jusque là-baaaaaas, où nous ne pouvons pas le voir. Et nous, nous sommes comme des petits bouts de temps, c’est-à-dire que le temps ne peut pas avancer sans nous. Nous, nous faisons que le temps avance, et quand nous avons fini il en vient un autre, et il le pousse aussi longtemps, jusqu’à ce qu’il arrive où il doit arriver, mais ce n’est pas nous qui allons le regarder là où il arrive, c’est d’autres qui vont le voir, si tant est qu’il arrive comme il faut, à moins que tout d’un coup il n’ait plus la force pour arriver, et il faut le pousser pendant un autre tour, jusqu’à ce qu’il arrive par lui-même.
(…)

La capitaine d’infanterie : Et pourquoi tu as mis tant de temps ?

L’insurgée de santé : C’est que j’étais en train de faire un topo politique au Sup, j’étais en train de l’aider à bien expliquer qu’il faut regarder loin, jusque là où ne portent plus ni le temps ni le regard.

La capitaine d’infanterie : Haha. Et alors ?

L’insurgée de santé : Il m’a punie parce que je ne me suis pas dépêchée pour le boulot et m’a envoyée aux pelotes.
(…)

Cinq :
Extrait des « Notes pour regarder l’hiver »

(…)
Eh bien oui, tou•te•s sont montés sur l’estrade le poing levé. Mais les autres n’ont pas bien regardé. Ils n’ont pas regardé le regard de ces hommes et ces femmes. Ils n’ont pas remarqué que, quand ils traversaient par en haut, ils tournaient le regard vers en bas, et ils voyaient leurs dizaines de milliers de compañeros. C’est-à-dire qu’ils se regardaient eux et elles-mêmes. Là-bas en haut, ils ne nous ont pas regardés en train de nous regarder. Là-bas en haut ils n’ont pas compris, et ne comprendront jamais rien.
(…)


Six :
Notez ici votre regard

(ou votre injure, même bien salée) :

(à suivre)

Depuis n’importe où, dans n’importe lequel des mondes.

SupMarcos
Planète Terre.
Mexique, février 2013.



Daniel Viglietti et Mario Benedetti interprètent ensemble La Llamarada
et le poème de Benedetti « Pregón ». Concert à Montevideo, Uruguay, Amérique latine, planète Terre.
Au début, Daniel dit sa reconnaissance à tou•te•s celles et ceux qui ne sont pas sur scène mais qui rendent possible
que Daniel et Mario y soient. Presque à la fin, vous pouvez entendre Mario Benedetti chanter, se chanter,
nous chanter, et, sans s’occuper du calendrier et de la géographie, vice versa.



Amparanoia interprète Somos viento.
À un moment, Amparo Sánchez dit Ik’otik,
qui en tseltal signifie somos viento (nous sommes le vent).



Amparo Ochoa, voix qui se réverbère encore sur nos montagnes,
interprétant Quién tiene la voz , de Gabino Palomares.

Traduit par El Viejo.

source: la voie du jaguar

Source du texte original :
Enlace Zapatista

Suite,  Les regards. 4. ...

17 décembre 2012

Mexique : « Peña Nieto n'est pas notre président ! »



Le 1er décembre, jour de l'investiture de Enrique Peña Nieto, la ville de Mexico a été le théâtre d'importantes manifestations. L'indignation soulevée par les circonstances plus que douteuses de l'élection du 1er juillet dernier, et par la personnalité du nouveau mandatario, est en effet grande dans un pays qui traverse une grave crise politique et sociale. La répression déployée par les autorités fédérales, mais aussi par la municipalité de la capitale, dirigée par le « socialiste » Ebrard, a été impitoyable, frappant sans discrimination passants et manifestants. 69 personnes sont toujours emprisonnées. La plupart ont été sauvagement frappées par les policiers. Deux d'entre elles sont dans un état grave, touchées à la tête par des grenades lacrymogènes lancées à tir tendu.

6 décembre 2012

NDDL, lettre de soutien en provenance du Mexique


Extraits d'une Lettre en provenance du Mexique :

Aux gens de Notre-Dame-des-Landes et de la France en résistance

« Ici, au Mexique, c’est rage et indignation après avoir été informés de l’expulsion et de la destruction de maisons, de forêts et de terres de culture par la police française... Ce que ces projets amènent, c’est la division et le contrôle social de la population, et ce sont les paysans qui se retrouvent spoliés par des constructions imposées de force et uniquement destinées aux gens de la ville ayant beaucoup d’argent. Malgré l’énorme distance qui nous sépare, nous voulons vous dire que nos luttes sont semblables : votre lutte est un miroir de la situation de pillage que nous vivons sur nos terres.

(Lire la suite... )

6 décembre 2010

A Cancún, La Vía Campesina appelle à faire échec aux marchés du carbone

Le Forum mondial « Pour la Vie et la Justice environnementale et sociale » a commencé. 

(Cancún, 5 décembre 2010)
Au cours du premier jour d’ouverture et de travail du Forum mondial « Pour la Vie et la Justice environnementale et sociale » organisé par La Via Campesina et ses alliés dans leur campement à Cancún, une idée forte à surgit: il est nécessaire de faire échec aux marchés du carbone et au programme REDD que les gouvernements prétendent légitimer lors de la COP16.

Il a été conclu que le programme de Réduction des Emissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts (REDD) ne réduit pas significativement l’émission des gaz à effet de serre mais ouvre la porte à la privatisation des territoires, récompense ceux qui polluent et porte atteinte à la souveraineté nationale et à la survie des communautés autochtones.

Alberto Gómez Flores, représentant de La Via Campesina pour la Région Amérique du Nord, a déclaré: « Il est absolument lamentable que l’espace des Nations unies pour le changement climatique se soit converti en une plateforme pour légitimer les stratégies des activités des transnationales. »
Il a ajouté: « Les multinationales bénéficient d’un nombre chaque fois plus important de mécanismes de compensation pour capturer le carbone qui ne sont que des nouvelles possibilités pour celles-ci de s’agrandir et de consolider leur contrôle sur les eaux , les territoires et les semences ».
« Nous dénonçons les fausses solutions que sont les marchés du carbone et le fait que de nombreux gouvernements s’en accommodent et ne souhaitent pas de compromis avec leurs peuples. Notre tâche est donc de faire échec aux marchés du carbone. C’est pour cela que nous sommes venus », a insisté Gómez.

D’autre part, dans son message de bienvenue, Olegario Carrillo a assuré qu’ “il faut qualifier au moins d’irresponsable, bien que nombreux sont ceux qui la qualifie de criminelle, l’attitude de ceux qui sont à l’origine de ces schémas de privatisation- commercialisation du monde, des forêts et de l’atmosphère nous rapprochant chaque fois plus de l’abîme ”.
« D’ici nous pouvons voir comment flotte sur le sommet de Cancún la brume épaisse des intérêts transnationaux. Les pays riches et leurs satellites essaient de conférer une légitimité aux fausses solutions comme la REDD » a poursuivi Carrillo, dirigeant national de l’UNORCA.
« Nous venons ici pour dénoncer les gouvernements du monde qui prétendent cautionner leurs projets en cachette de leurs peuples » a déclaré Magdiel Sánchez, du Mouvement de Libération national.
« Nous avons le même message: nous ne voulons pas des fausses solutions que va présenter la COP16, nous ne voulons pas de la REDD, nous ne voulons pas qu’ils continuent à nous empoisonner avec leurs mensonges et avec leurs fausses solutions, nous l’avons dit et nous l’avons entendu partout où se sont arrêtées les caravanes qui, tout au long du trajet parcouru dans le pays, ont pu constater la dévastation environnementale et sociale » a déclaré Octavio Rosas Landa, de l’Assemblée nationale des Affectés environnementaux.
« La COP 16 ne cherche qu’à tirer profit au maximum de cette crise climatique tandis que les gens continuent à tomber malade à mourir à cause de ces politiques perverses et des activités de toutes les transnationales qui s’approprient l’air, le sol, l’eau, les forêts, les semences et tous les biens communs patrimoine de l’humanité » a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, Rosas Landa a qualifié de bluff les programmes que le gouvernement fédéral tente d’appliquer dans le pays, car ils ne vont combattre ni le réchauffement global ni la crise climatique. En ce qui concerne la proposition REDD, il a précisé que le gouvernement fédéral essaie de contrôler les zones vertes affectant les groupes les plus vulnérables.

Ainsi a débuté le Forum mondial « Pour la Vie et la Justice environnementale et sociale »”, avec la participation d’environ 1.500 personnes de plus de 80 organisations d’Amérique Latine et d’autres parties du monde dont un millier ont accompagné les caravanes qui ont parcouru 17 Etats de la République du Mexique.

Equipe de communication Cloc/Vía Campesina

source: via Campesina

2 décembre 2010

Hervé Kempf et l’écologie bisounours : Cancon, pas Cancun

Lemonde.fr, Hervé Kempf, le 30 novembre 2010

Cancon, pas Cancun

Les cancan bobo sur Cancun ont tout du concon : les commentaires entourant l’ouverture de la conférence sur le climat dans la station balnéaire mexicaine ont dénoncé la stagnation des négociations et rappelé les Etats à leur devoir. Faut-il voir là l’expression d’une écologie Bisounours toujours en pleine forme ?

La diplomatie n’est jamais autonome : elle forme l’écho des forces sous-jacentes qui meuvent l’histoire. Celles-ci franchissent parfois des points de rupture. Eclate alors en pleine lumière le nouvel ordonnancement des puissances. Les traités sont, parmi d’autres événements, ces jours de lumière.

Dans le cas du climat, le système de forces est double. D’une part, un jeu géostratégique classique de puissances – Chine, Etats-Unis, Europe, Russie, Inde, etc. – illustrant une tension Nord-Sud. D’autre part, du fait de l’originalité historique de la crise écologique, un jeu planétaire, se déclinant dans chaque société, d’opposition entre deux modes de développement économique et de répartition des richesses.

La négociation climatique est engluée dans la tension géostratégique du bipôle Etats-Unis et Chine, l’Europe ayant abandonné son ambition en ne séparant pas son destin de celui des Etats-Unis. Il reste l’autre opposition, toujours tue par l’écologie Bisounours : celle confrontant une croissance économique assise sur une inégalité sociale, à une économie écologique dont la sobriété suppose la justice sociale. Cela constitue l’autre blocage de la négociation : presque tous les Etats importants sont engagés dans un modèle de croissance matérielle – rebaptisée « verte » – visant à conserver l’ordre social inégal. Et le développement écologique et juste est en fait défendu par ce qu’on appelle la « société civile ». Son expression est bornée par l’oligarchie et par les médias qu’elle contrôle. Mais c’est en fait de la force, de l’énergie, et de la capacité de persuasion de ces forces populaires que dépend l’évolution des choses.

La conférence de Copenhague a été un tournant, parce que, pour la première fois, dans l’arène du climat y a émergé la société civile, sous le slogan de « justice climatique ». Si un traité sur le climat est nécessaire, il ne pourra s’écrire que sous la pression populaire. C’est pourquoi, plutôt qu’à Cancun, où les diplomates ne feront que sauver les apparences, c’est dans les mouvements de protestation et de proposition qu’il faut chercher l’énergie de l’avenir. En France, c’est à Cancon (Lot-et-Garonne) qu’il faudra être le 4 décembre. Sur le Net, http ://blog.cancon2010.org. S’y feront entendre ceux qui veulent « changer le système, pas le climat ».
 


9 mai 2010

Oaxaca, les tueurs massacrent une caravane de solidarité

(...)Dans l’État d’Oaxaca le 27 avril, une caravane de solidarité
formée par des membres d’organisations civiles mexicaines et
internationales a été attaquée alors qu’elle se rendait à la communauté
indienne autonome de San Juan Copala. Une vingtaine de paramilitaires de
l’organisation Ubisort (Union pour le bien-être social de la région
triqui) affiliée au parti au pouvoir dans l’État, le PRI (Parti
révolutionnaire institutionnel), a mitraillé le convoi, faisant deux
morts et une quinzaine de blessés. Certains participants ont été
capturés, d’autres ont réussi à s’enfuir dans les montagnes. Alberta «
Bety » Cariño, directrice du collectif CACTUS, et Tyri Antero Jaakkola,
observateur international finlandais, ont perdu la vie dans cette
embuscade meurtrière et préméditée. Deux des personnes blessées, David
Cilia et Erika Ramirez, du journal Contralinea, qui avaient réussi à
s’enfuir malgré leurs blessures, viennent tout juste d’être secourus
après avoir dû se cacher dans la montagne pendant trois jours.


La caravane avait pour but de briser le siège maintenu par les
paramilitaires autour du village de San Juan Copala depuis octobre 2009.
Ils bloquent les accès à la communauté, interdisent tout
approvisionnement et font régner la panique par de nombreux assassinats.
Cette terreur est exercée pour anéantir le processus d’autonomie
proclamé et mis en pratique depuis janvier 2007 par l’assemblée
communale. (...)



suite...

photo: libcom.org

21 mars 2010

Mexique : un syndicat liquidé en une nuit

par André Maltais








Dans la soirée du samedi, 10 octobre 2009, des milliers de soldats et policiers fédéraux, profitant du fait que leur présence dans les rues est familière depuis la militarisation de la lutte anti-drogue, envahissent subrepticement une cinquantaine d’installations de la compagnie nationale d’électricité, Luz y Fuerza del Centro (LFC) qui approvisionne plus de six millions de personnes dans le centre du pays.
Les militaires forcent les travailleurs présents à quitter les lieux et attendent que le président mexicain Felipe Calderon émette un décret liquidant purement et simplement l’entreprise publique et son syndicat, le Syndicat mexicain des électriciens (SME).
Du jour au lendemain, 44 000 travailleurs et leur famille de même que 22 000 retraités se retrouvent à la rue alors que disparaît l’un des syndicats indépendants les plus forts et combatifs du pays.
Une semaine auparavant, le gouvernement avait refusé de reconnaître l’élection de Martin Esparza à la tête d’un syndicat qui, depuis 95 ans, s’est toujours opposé aux privatisations et à l’érosion des droits des travailleurs.
Le gouvernement et ses amis des médias privés justifient un acte aussi maladroitement barbare, qui viole plus de vingt articles de la Constitution mexicaine et plusieurs conventions internationales en matière de droits syndicaux, par « l’inefficacité » de la compagnie.
Celle-ci, dit Calderon qui, pendant la campagne électorale de 2006, s’autoproclamait le « président de l’emploi », coûte davantage à l’État qu’elle ne lui rapporte parce qu’elle emploie trop de personnel et que les salaires de ce dernier sont trop élevés.
Médias et gouvernement ont en même temps lancé une campagne de salissage contre les travailleurs de l’entreprise, les accusant d’être des privilégiés responsables de la piètre qualité du service aux consommateurs : sur-tarifications, bureaucratie complexe, pannes répétées, etc.
Mais plusieurs études montrent que l’inefficacité de l’entreprise LFC a une toute autre origine.
Ainsi, le gouvernement a cessé de capitaliser l’entreprise depuis les grèves des années 1980, justement dans le but que cette dernière fonctionne mal et qu’on ait ensuite une bonne raison de la privatiser.
À l’abandon volontaire de la compagnie et de ses équipements, le syndicat ajoute que les gouvernements mexicains ont toujours empêché LFC de produire de l’électricité, préférant qu’elle achète l’énergie à prix très élevé à la Commission nationale de l’électricité et à des entreprises privées liées au gouvernement pour ensuite la distribuer presque gratuitement aux multinationales et autres grandes entreprises.
Le président du SME, Martin Esparza, explique aussi que l’un des grands enjeux de ce vol public est le réseau de 1000 kilomètres de câbles à fibres optiques que la compagnie se préparait à exploiter pour offrir aux consommateurs un service combiné électricité-téléphone-câble qui menaçait les intérêts lucratifs du secteur privé dans ce domaine.
Selon Esparza, deux ex-secrétaires à l’énergie du gouvernement mexicain, Fernando Canales Clarion et Ernesto Martens, ont formé une entreprise privée qui utilise déjà « à prix d’amis » le réseau de fibre optique de LFC.
L’entreprise liquidée est maintenant fusionnée avec la Commission fédérale de l’électricité, l’autre compagnie nationale qui fournit des services au reste du pays. Les syndicats soupçonnent que la nouvelle entité, ainsi consolidée et surtout débarrassée de son syndicat, sera bientôt privatisée.
Pour Laura Carlsen, directrice du portail internet Programme pour les Amériques, le gouvernement veut faire payer aux travailleurs les effets d’une calamiteuse crise économique provoquée par la trop grande dépendance du pays envers l’économie états-unienne.
En 2009 seulement, le pays a perdu plus d’un million d’emplois et, depuis l’arrivée au pouvoir du « cauchemar » Calderon, au moins 2.8 millions d’emplois dont un très grand nombre dans les secteurs les plus intégrés à l’économie états-unienne.
Le quotidien La Jornada révèle que 76.000 faillites d’entreprises sont survenues au cours des six derniers mois seulement!
La réponse du gouvernement est pathétique. Il a annoncé des coupures dans ce qui reste des programmes sociaux et des fonds destinés aux municipalités, a créé de nouveaux impôts à la consommation, s’est attaqué aux travailleurs syndiqués et continue de clamer sa foi inébranlable dans le modèle du libre-échange.
Il a aussi accompagné la hausse des prix des aliments, presque tous importés des États-Unis, par celle des prix de l’essence et de l’électricité.
Le mécontentement social croît de jour en jour, au Mexique, nous dit Manuel Perez-Rocha, membre du conseil exécutif du Réseau mexicain d’action contre le libre-échange (RMALC, en espagnol), et pourrait bien éclater en cette année du bicentenaire de l’indépendance et du centenaire de la révolution mexicaine.
Alors que le président Barack Obama a abandonné sa promesse électorale de renégocier l’ALÉNA, un tribunal de ce dernier vient d’obliger l’état mexicain à payer un dédommagement obscène de 77.3 millions de dollars à la multinationale Cargill pour avoir interdit l’entrée de sirop de maïs qui menaçait l’industrie sucrière locale.
Pendant ce temps, les États-Unis subventionnent généreusement leur propre industrie sucrière.
Des secteurs entiers de la population et des régions presque complètes du pays ont tout simplement cessé de reconnaître un gouvernement et une classe politique corrompus qui maintiennent un cap vieux d’il y a trente ans consistant à sacrifier l’agriculture et l’industrie nationale pour le bénéfice d’une toute petite minorité.
Invité par des organisations civiles, le président bolivien, Évo Morales, de passage à Cancun, lors du récent Sommet des pays d’Amérique latine et des Caraïbes (22, 23 et 24 février), a fait un malheur en appelant la gauche mexicaine à s’unir et à « faire sa révolution ».
Une semaine auparavant, des centaines de personnalités et d’organisations (incluant le SME et les centaines de milliers de sympathisants d’Andres Manuel Lopez Obrador, « président légitime » du Mexique), créaient le Comité civil national pour la révocation du mandat de Felipe Calderon.
Ce comité tiendra une consultation populaire, en mai prochain, et s’attend à obtenir plus de 16 millions de « oui » en faveur de la révocation du « président bâtard ».
Dans une « Proclamation aux peuples du Mexique », les révocateurs rappellent que, fortement soupçonné d’avoir volé l’élection présidentielle, Calderon a été intronisé sous escorte militaire dans un Congrès occupé par l’opposition et cerné par des centaines de milliers de protestataires.
Il s’est ensuite empressé de lancer la « guerre aux trafiquants de drogue », initiative permettant à un président faible et sans légitimité populaire, de renforcer son pouvoir en mobilisant les Forces armées dans tout le pays comme en Colombie.
Le « champion de la lutte contre l’insécurité et la délinquance, soulignent les auteurs de la proclamation, a réussi à faire du Mexique le pays le plus insécure et le plus violent du monde en temps de paix ». Un pays qui a connu 15,000 assassinats et 7,000 disparitions au cours des deux dernières années.
« L’actuelle crise mexicaine, qui est économique, politique, environnementale et culturelle, concluent les révocateurs, n’est comparable qu’à celles ayant précédé la révolution d’indépendance (1810), les guerres de réforme (1857-1867) et la révolution mexicaine de 1910. »

L'Aut'journal

 

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