13 octobre 2026

J’ai lu le projet de Place publique et ça fait mal, par Joseph Fernandes | Facebook


Pour qu’on ne vienne pas m’accuser de dire que Raphaël Glucksmann fait une politique de droite sans même m’être renseigné, je me suis plongé dans l’intégralité de l’"Acte Un", le fameux programme de Place Publique.

Et autant être franc : en tant que personne de gauche, la lecture a été pour le moins douloureuse.

On nous présente souvent ce mouvement comme la nouvelle boussole du camp progressiste, mais ce texte provoque un véritable malaise.
Loin du manifeste d’émancipation sociale qu’on pouvait espérer, ce document recycle une à une les obsessions de la droite républicaine et du macronisme. C’est moins un projet pour la gauche qu’un alignement décomplexé sur le récit néolibéral et autoritaire.

​Dès les premières pages, le choc est frontal.
Les luttes historiques de la gauche placent toujours l’urgence sociale et le partage des richesses au premier plan.
Ici, le texte s’ouvre sur une ode martiale à la « puissance ». Le vocabulaire semble calqué sur les discours du gaullisme le plus strict. Le réarmement est érigé en priorité absolue, avec la promesse d’une préparation à des conflits de « haute intensité » et d’un investissement massif, via un fonds européen de 500 milliards d’euros, pour le complexe militaro-industriel. La paix, la diplomatie et la solidarité internationale s’effacent au profit d’une approche purement sécuritaire et souverainiste.

​Sur le terrain économique, la rupture est tout aussi brutale. La critique du capitalisme et l’ambition d’une véritable régulation financière ont totalement disparu. Le projet se fait le chantre de la « start-up nation », valorisant à l’extrême l’entreprise, l’innovation technologique et la « libération » de la recherche.
C’est la glorification d’une économie de marché débridée, à des années-lumière de l’impératif de protection des travailleurs face à la puissance des grands groupes.

​Mais le plus inquiétant réside sans doute dans les pièges redoutables dissimulés au fil des pages, qui frappent au cœur même de nos acquis sociaux.
La question des retraites en est l’illustration parfaite. Sous couvert de modernité, le texte prépare insidieusement le terrain à un système par capitalisation. C’est une attaque directe contre notre modèle historique par répartition, socle absolu de la solidarité intergénérationnelle, dont le seul but est d’ouvrir le marché des pensions aux appétits financiers.

​Enfin, la sémantique même du manifeste trahit cet ancrage à droite. En s’appropriant les termes de « devoir », de « grandeur de la nation » et d’ordre républicain, le mouvement tourne le dos aux luttes sociales. Ce choix lexical n’est pas anodin : c’est un gage donné à l’électorat conservateur et à la bourgeoisie libérale.

​Ce programme acte un renoncement.
En sacrifiant la transformation sociale sur l’autel de la puissance, de la finance et du libéralisme, Place Publique propose la copie d’une droite de l’ordre et des affaires.
Une gauche digne de ce nom ne se reconstruira jamais sur de telles bases. 

Sources

Monolecte

FB 

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