30 novembre 2019

L’effondrement a commencé. Il est politique


Alors que des révoltes éclatent aux quatre coins du monde, gouverner aujourd'hui s’apparente de plus en plus à mener une guerre ouverte ou larvée contre les soulèvements des peuples et des êtres vivants, pour maintenir coûte que coûte un ordre de plus en plus discrédité. L'anthropologue Alain Bertho revient ici pour Terrestres sur cette « crise de la gouvernementalité » et sur la longue séquence de révoltes apparentées qui en sont à l'origine.

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28 décembre 2018

Julian Assange seul face au silence médiatique


Il était une fois un informaticien lanceur d’alerte qui, avec une poignée de cyber-activistes, avait fondé un média d’information – Wikileaks – révélant au monde entier des crimes de guerre, des intrigues géopolitiques et des stratégies d’espionnages de grande ampleur..
 
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21 mars 2018

Bush en Irak revisité, pendant que le combat continue à la Ghouta

La dernière estimation est de 2,4 millions d’Irakiens tués depuis l’invasion de 2003, et alors que la nature de la guerre au Moyen-Orient a muté en plusieurs variantes, les néoconservateurs avancent en titubant, comme des zombies de film d’épouvante, les yeux fixés sur leur guerre suivante.

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7 mars 2018

Nos guerres (image)


4 février 2018

Nord de la Syrie : La nouvelle guerre de l’empire global … Par Richard Labévière

Photo Reuters/Osman Orsal via RFI
 
Nous avons encore eu droit à trois heures de propagande lamentable – mardi 16 janvier sur Arte -, avec la diffusion du documentaire des « journalistes » américains Michael Kirk et Mike Wiser – « La revanche de Poutine », présenté par une petite speakerine littéralement entrée en pamoison, puis commenté par Christine Ockrent, une grande amie connue de la Russie… Trois heures de Fake News et de délires complotistes sans contrechamp ni contradiction ! Bravo pour le mieux disant culturel et informatif… d’autant qu’Arte multiplie, depuis plusieurs mois, une présentation tout aussi unilatérale et propagandiste de la guerre en Syrie.


En Syrie justement, les Etats-Unis et leurs alliés – pays de l’Union européenne et du Golfe, ainsi qu’Israël – ont perdu la guerre et bien perdu ! Ils ont échoué à démanteler l’Etat-nation syrien, comme ils l’ont fait de l’Irak et de la Libye, comme ils n’ont cessé de le faire en Afghanistan, dans d’autres pays d’Asie et d’Amérique latine. Comme l’explique Alain Joxe dans ses Guerres de l’empire global1 : sur le plan conventionnel, les américains ont perdu toutes les guerres qu’ils ont initiées depuis la fin de la Guerre froide. Mais ces défaites tactiques se sont transformées en autant de victoires stratégiques, multipliant les zones dites « d’instabilité constructive »..
 
 

29 juillet 2017

Massacre à Mossoul : « Nous avons tué tout le monde – l’EI, les hommes, les femmes et les enfants »

Un pied perçant à travers les décombres de la vieille ville de Mossoul (MEE)   

Les derniers jours de la bataille contre l’EI, les soldats irakiens ont reçu un dernier ordre, très dur, de tuer tout ce qui bouge. Écrasés sous les décombres, on peut trouver ceux qui en ont fait les frais..

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Lire aussi :  Mossoul : Amnesty International réclame une commission sur les crimes contre les civils (Pauline Dumonteil, AFP & Reuters via Le Figaro)(11 Juillet 2017)
 

25 novembre 2015

La résolution 2249 de l’ONU suspend la souveraineté de la Syrie et de l’Irak


La résolution 2249 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, qui prépare la guerre contre la Syrie, vient d’être publiée. Votée vendredi 20, elle était sous embargo jusqu’à ce lundi 23, à 18h30 heure de New York, mais s’avère foncièrement identique au projet rédigé et diffusé en anglais par la France. (...)

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18 novembre 2015

De Pol Pot à ISIS : les racines du terrorisme (par John Pilger)


(...) En transmettant les ordres du Président Richard Nixon de bombardement « massif » du Cambodge en 1969, Henry Kissinger utilisa l’expression: « tout ce qui vole sur tout ce qui bouge ».

Alors que Barack Obama mène sa septième guerre contre le monde musulman, depuis que son prix Nobel de la paix lui a été remis, et que François Hollande promet une attaque « impitoyable » sur un pays en ruine, l’hystérie orchestrée et les mensonges nous rendent presque nostalgiques de l’honnêteté meurtrière de Kissinger.

En tant que témoin des conséquences humaines de la sauvagerie aérienne — ce qui comprend la décapitation des victimes, leurs organes éparpillés sur les arbres et les champs — je ne suis pas surpris de cette méconnaissance de l’histoire et de la mémoire, une fois encore.

La montée au pouvoir de Pol Pot et de ses Khmers Rouges, qui a beaucoup en commun avec celle de l’état islamique en Irak et en Syrie (ISIS), en est un bon exemple. Eux aussi étaient impitoyablement moyenâgeux et n’étaient au départ qu’une petite secte. Eux aussi étaient le produit d’une apocalypse made in USA, mais à ce moment-là en Asie. (...)

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16 novembre 2015

François Hollande dans les pas de GW Bush


Monsieur le Président, vous êtes tombé dans le piège !

L'écrivain et historien belge David Van Reybrouck considère que François Hollande est tombé dans le piège des terroristes. « Vous avez accepté leur invitation au djihad avec enthousiasme. Mais cette réponse, que vous avez voulue ferme, fait courir le risque monstrueux d’accélérer encore la spirale de la violence. Je ne la trouve pas judicieuse. »


Monsieur le Président,

Le choix extraordinairement irréfléchi de la terminologie que vous avez utilisée dans votre discours du samedi après-midi, où vous répétiez qu’il s’agissait d’un « crime de guerre » perpétré par « une armée terroriste » m’a interpellé. Vous avez dit littéralement :

« Ce qui s’est produit hier à Paris et à Saint-Denis près du Stade de France, est un acte de guerre, et face à la guerre, le pays doit prendre les décisions appropriées. C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste, Daech, une armée de terroristes, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes, un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète. C’est un acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l’extérieur et avec des complicités intérieures que l’enquête fera découvrir. C’est un acte de barbarie absolue. »

Si je souscris pleinement à la dernière phrase, force est de constater que le reste de votre discours est la répétition angoissante et presque mot à mot de celui que GW Bush a tenu devant le Congrès américain peu après les attentats du 11 septembre : « Des ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays. »

(...)
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18 octobre 2015

L’exemple du confédéralisme démocratique kurde du Rojava…

Source photo : Occupy
Le Rojava désigne la région historiquement kurde de Syrie. Dans les affres de la révolution syrienne, y est née une forme d’organisation que les habitant-e-s par « révolution ». Cette révolution n’arrive pas de n’importe où, elle est le résultat du mouvement kurde de Turquie et des réflexions d’A. Öcalan. L’organisation porte le nom de confédéralisme démocratique.
Traduire vers l’imaginaire politique européen ce qu’est la révolution du Rojava demande de comprendre les bouleversements idéologiques et pratiques qui ont eu lieu depuis une quinzaine au Kurdistan et plus spécifiquement dans la lutte lancée par le PKK à la fin des années 1970. Première précision, on n’y parle pas d’autogestion, mais d’autonomie démocratique, de démocratie radicale et de confédéralisme démocratique.

Les Kurdes, comme entité historique, ont été bafoués du droit à l’autodétermination, alors même qu’il s’agit de leur territoire historique. Ils-elles sont resté-e-s exclu-e-s du concert des États-nations nées dans la première moitié du XXe siècle après que les empires français et britanniques aient trahi la promesse de permettre la création d’un État kurde. Ils se sont alors trouvés séparés entre quatre États : Iran, Irak, Turquie, Syrie, dans lesquels ils ont été opprimés (...)
 
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9 septembre 2015

Michel Onfray : «L’Occident attaque, prétendument pour se protéger, mais il crée le terrorisme»


On ne présente plus Michel Onfray, philosophe que l'on dit iconoclaste, grand pourfendeur devant l'Eternel (ou ce qui lui tient d'éternité) des conformismes et autres tables de lois. Il revient pour RT France sur les sujets qui ont, ces derniers temps, vrillé l'actualité.
 
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16 janvier 2015

L’Occident fabrique des monstres musulmans


Terrorisme musulman : à qui la faute ? (Counterpunch)






Il y a cent ans, il aurait été inimaginable de voir deux hommes musulmans entrer dans un café ou un transport en commun, puis se faire exploser, en tuant des dizaines. Ou de massacrer l’équipe d’un magazine satirique à Paris ! C’eut été inconcevable.

Quand vous lisez les mémoires de Edward Said, ou que vous parlez à des vieux à Jérusalem-Est, il est clair que la grande partie de la société palestinienne était résolument laïque et modérée. On se souciait de la vie, de la culture et même de la mode, plus que de dogmes religieux.

On pourrait dire la même chose à propos de nombreuses autres sociétés musulmanes, dont celles de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran, de l’Egypte et de l’Indonésie. Les vieilles photos parlent d’elles-mêmes. C’est pourquoi il est si important d’étudier les anciennes images encore et encore, avec soin.

L’islam n’est pas seulement une religion ; c’est aussi une énorme culture, une des plus grandes de la Terre, qui a enrichi notre humanité avec certaines des réalisations scientifiques et architecturales les plus importantes, et d’innombrables découvertes dans le domaine de la médecine. Les musulmans ont écrit de la poésie magnifique, et composé de la belle musique. Mais surtout, ils ont développé certains des premières structures sociales dans le monde, dont d’énormes hôpitaux publics et les premières universités au monde, comme l’Université Al Quaraouiyine à Fès, au Maroc.

L’idée de « social » était naturel chez de nombreux politiciens musulmans, et si l’Occident n’avait pas brutalement interféré en renversant les gouvernements de gauche et en mettant sur le trône les alliés fascistes de Londres, Washington et Paris, presque tous les pays musulmans, dont l’Iran, l’Egypte et l’Indonésie, seraient probablement socialistes aujourd’hui, sous la houlette de dirigeants très modérés et majoritairement laïcs.

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12 janvier 2015

Nous sommes tous [Remplir ici]

Les locaux de la télévision serbe bombardés par l’OTAN



Le monde a été horrifié par l’attaque meurtrière du journal satirique français Charlie Hebdo. Dans le New York Times, le correspondant européen de longue date Steven Erlanger a décrit de manière saisissante les répercussions immédiates de ce que beaucoup désignent comme le « 11 septembre » français. Ce fut « une journée au cours de laquelle se succédèrent des sirènes retentissantes et des ballets d’hélicoptères. Une journée de frénésie médiatique, de cordons de police, de foules en panique et de jeunes enfants éloignés des écoles par mesure de sécurité. Une journée, à l’instar des deux qui suivirent, de sang et d’horreur à Paris, et aux alentours ». L’immense tollé mondial déclenché par l’attentat, fut accompagné d’ une réflexion sur les racines profondes de cette atrocité. « Nombreux sont ceux qui y voient un choc de civilisations », titrait un article du New York Times.
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23 septembre 2014

De Kiev à Damas, une même folie


On sentait évidemment le coup venir depuis des semaines. Destinées à émouvoir la ménagère de plus de 50 ans et le militant de base de l’UMPS mondial, les fausses décapitations de citoyens US (1) puaient en effet le casus belli à plein nez. Stopper la barbarie de l’EI/Daech par des frappes forcément chirurgicales en Irak et en Syrie? Vaste plaisanterie quand nombre de pays de la coalition montée à la hâte par Washington, pour se la jouer «communauté internationale», figurent parmi ses principaux bailleurs de fonds. Vaste fumisterie lorsque sous prétexte de sauver des minorités dont on favorise le martyre depuis des années, on cherche surtout à achever la trop résistante légalité syrienne pour affaiblir la Russie et permettre au Bloc atlantiste de conserver son hégémonie mondiale.
 
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18 septembre 2014

Ukraine, Gaza, Syrie, Libye, un point commun entre ces guerres


Pour le géopoliticien mexicain Alfredo Jalife-Rahme, la simultanéité des événements éclaire leur signification : après avoir annoncé la création d’une alternative au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, donc au dollar, la Russie doit faire face en même temps à l’accusation d’avoir détruit le vol de la Malaysian Airlines, à l’attaque de Gaza par Israël soutenu par les renseignements militaires US et britanniques, au chaos en Libye et à l’offensive de l’Émirat islamique au Levant. En outre, sur chacun de ces théâtres d’opération, les combats tournent autour du contrôle des hydrocarbures, dont le marché était jusqu’ici exclusivement opéré en dollars.
 
 

23 août 2014

La France si proche du Qatar, lequel financerait l'EIIL

François Hollande accueille le nouvel émir du Qatar, Sheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, à l’Élysée le 24 juin 2014


L’UPR demande au Gouvernement d’expliquer aux français ce qu’il sait des liens entre son allié l’émir du Qatar et les terroristes de l’EI qui persécutent les chrétiens et les chiites en Irak.

Le ministre allemand de l’Aide au Développement, Gerd Müller, vient d’accuser explicitement, le 20 août 2014 sur la chaîne de télévision publique ZDF, l’émirat du Qatar d’être derrière le financement des terroristes de l’ « Etat Islamique » (EI), ceux-là mêmes qui persécutent les chrétiens d’Irak et les musulmans chiites dans les régions qu’ils contrôlent.

L’UPR note que ce membre du gouvernement d’Angela Merkel donne ainsi du crédit, de façon spectaculaire, aux rumeurs insistantes, étayées sur des indices de plus en plus nombreux, qui circulent dans les milieux du renseignement et sur les réseaux sociaux, et qui font état de liens étroits des terroristes de l’EI avec le Qatar, mais aussi avec les États-Unis et les pays occidentaux.

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21 août 2014

Le sacrifice de James Foley, un crime à deux lames






Despotica | par Slobodan Despot | 20 août 2014 | via Arrêt sur Info


La mise en scène est minutieuse, pour ne pas dire esthétique, épurée à la japonaise. Un homme en orange agenouillé aux pieds d’un homme en noir; derrière eux, les dunes du désert à perte de vue.

L’homme en orange, c’est James Wright Foley, photo reporter américain, disparu en Syrie depuis 2012 et qui va être décapité devant la caméra après avoir lancé un dernier appel. L’homme en noir, sans visage, est son bourreau islamiste. Il va le saigner comme un animal et lui ôter la tête.

Les trois couleurs du tableau sont des messages qui parlent à l’œil occidental.

Le noir: deuil et mort. Pour nous, pas pour eux.

L’orange: couleur des détenus de Guantanamo.

Le jaune sable: désolation à perte de vue. Le résumé du programme de l’EIIL. Pour qui tout acquis de civilisation, qu’il soit chrétien, bouddhiste ou même musulman, est une idole à abattre.

Nous avons affaire ici à une vraie composition de cinéaste, un rituel satanique filmé par Pasolini. On a même pris la peine de munir le condamné d’un micro-cravate. L’a-t-on retiré avant ou après sa décapitation? Je n’ai pas vu ni voulu voir la fin de la séquence. 
 

Révélations

La tragique réapparition de ce malheureux enlevé depuis deux ans clarifie bien des choses.


1. Elle illustre les mécanismes de désinformation occidentaux.


Les médias mainstream avaient d’autorité attribué cet enlèvement à Bachar el-Assad. Jusqu’au dernier moment (et aujourd’hui encore) ils ont veillé à préserver la pureté de ceux qui le combattaient avec notre soutien.




Sur un autre terrain de guerre, en Ukraine, ils font de même. Ils ont fait de même en Yougoslavie, en Irak, en Libye. A chaque fois, les illusions qu’ils répandent «font le boulot» du moment. Instaurer des sanctions. Justifier une agression. Noircir des adversaires au point de rendre tout dialogue avec eux moralement impossible. Et, du coup, sanctifier le recours aux armes; disculper la torture, le blocus, la famine.

Les démentis, les mises au point, même rapides, n’arrivent jamais à compenser l’impact de ces images frappantes, simples à diffusion rapide et massive 2. Mais la répétition crée l’usure. A la longue, même les moineaux finissent par comprendre le procédé. Tant de conclusions hâtives, de contrevérités, d’amalgames finissent par ne plus ressembler à de l’information, mais à un théâtre de Guignol.
Les organes de presse ferment les uns après les autres, victimes de la désaffection qu’ils ont eux-mêmes créée en prenant leurs consommateurs pour des idiots. Sur le web, les commentaires manifestent souvent plus d’ouverture d’esprit, de curiosité et de sagacité que les articles qu’ils commentent, rédigés par des professionnels formés et payés, soi-disant, pour rechercher l’objectivité et la vérité.
Nul n’est heureux du discrédit des médias de masse. C’est pourtant un dégât collatéral inévitable du mécanisme mis en place en Occident, où «la presse» est devenue l’alliée et la porte-parole du pouvoir au moment même où ce pouvoir devenait de plus en plus abusif et de plus en plus débridé.
Il lui est certes encore permis – et encouragé! – d’attaquer les politiques dans leurs turpitudes et leur corruption, car dans un système totalitaire les individus sont interchangeables. Mais il n’est pas question d’attaquer dans ses fondements la politique. Nul ne songe à boycotter le gouvernement américain pour son Guantanamo ou ses assassinats ciblés aux quatre coins du monde, même si chacun voit qu’il il s’agit bien du principal «Etat voyou» (rogue state) du dernier quart de siècle. Nul ne songe à établir le lien de cause à effet entre l’immigration de masse ici et la dévastation de masse là-bas, là d’où viennent ces pauvres gens.

2. Elle prouve la continuité entre l’opposition syrienne armée et l’EIIL.

Nous faisons mine de dénoncer, aujourd’hui, ceux-là mêmes que nous avons légitimés et armés hier, en les glissant dans le panier bariolé de l’«opposition démocratique» à Bashar al-Assad.
Une alliance perverse qu’on n’évoquait que sous le sceau du «conspirationnisme» éclate aujourd’hui de plus en plus clairement. Il n’est plus besoin de «fuites», de «whistleblowers» et de témoignages de coulisses: la quantité de mensonges et de compromissions consentie par les médias de masse pour l’occulter illustre assez l’enjeu. Qui veut le détail peut toujours consulter les bons livres. Une documentation impressionnante et incontestée est disponible pour quiconque sait lire 3.
Nous sommes les initiateurs de la violence et de l’iniquité absolues dont nous  prétendons par ailleurs vous protéger par des lois liberticides et par un flicage croissant des populations.
Après avoir créé le Califat, on le bombarde sur les marges, comme les chiens mordillent les brebis détachées du troupeau pour le faire tenir ensemble. Sa mission est de faire éclater l’aire irakienne et de détruire les shiites. Il est trop stupide pour comprendre son rôle de marionnette, mais suffisamment énergique pour tirer sur les ficelles, voire pour les casser. De temps à autre, une fessée s’impose.
Les malheureux comme Daniel Pearl et Foley ne sont, encore une fois, que les dégâts collatéraux d’une expérience frankensteinienne qui se déroule sous nos yeux depuis plusieurs décennies déjà. Leur sacrifice ne fait qu’ajouter au camouflage.

3. Elle nous annonce notre avenir.

Le bourreau au visage masqué s’adresse à la caméra avec un net accent britannique. A travers ce détail, la mise en scène nous adresse une mise en garde supplémentaire. Les serpents ne nichent pas seulement dans les dunes du Moyen-Orient. Ils sont chez vous, dans vos banlieues, dans vos centres de requérants d’asile, dans vos universités sans doute.
Aux temps lointains de l’invasion afghane par l’URSS, un slogan circulait: « Aujourd’hui en Afghanistan, demain dans votre appartement ». On parlait des tapis, bien entendu. Désormais, tous les « -stans » de l’islam fondamentaliste ont des connexions avec votre appartement. L’aisance avec laquelle les rituels les plus sanglants entrent dans votre maison via le net n’en est qu’un avant-goût.
Jeu de miroirs

L’extraordinaire court métrage de l’EIIL est un miroir tendu à l’Occident.
Ce que nous faisons à cet homme, nous dit-il, c’est ce que vous nous faites. Et ce n’est qu’un avant-goût de la vengeance que nous vous préparons. Vous nous avez humiliés par la technologie. Nous n’en avons pas besoin: nous vous saignerons au couteau. Vous avez brocardé nos croyances au nom de votre idéologie «démocratique», nous vous la renvoyons dans l’emballage orange qui la démentit. Vous nous tournez en bourriques dans vos superproductions, n’importe: nous allons vous arroser de «snuff movies» à deux balles que vous ne pourrez vous empêcher de dévorer!
Depuis la guerre d’Afghanistan – pour ne pas remonter à l’alliance séoudite de 1945, voire au «grand jeu» du temps de Kipling – les Etats-Unis et leurs satellites ont créé, équipé, entretenu l’islamisme radical comme un imbécile manipule un gaz de combat: en espérant que le vent soufflerait toujours dans le bon sens.
Mais voici que le vent tourne. Le gaz s’échappe à grosses bouffées et plus personne ne peut s’approcher des bombonnes pour fermer le robinet!
En appelant ceux qu’il aime à «se révolter contre ses véritables assassins, le gouvernement des Etats-Unis», Foley récite un slogan sous la menace du couteau. Il n’en dit pas moins une vérité. En faisant obstacle à toute modernisation du monde arabe, les Anglo-Saxons et leurs satellites y ont confié tous les pouvoirs aux brutes et aux fanatiques. La haine que ceux-ci crachaient contre nos valeurs de civilisation ne les dérangeaient pas, puisqu’ils avaient foulé aux pieds ces mêmes valeurs bien avant eux. Comme le disait si bien feu Muray dans sa lettre aux chers djihadistes: «Vous n’arriverez jamais à nous tuer, puisque nous sommes bien plus morts que vous!»
Tout juste parviendront-ils à semer la peur chez les infidèles, ce qui arrangera bien les pouvoirs en place.
Ceux qui ont dressé ce miroir dans le désert de Syrie se douteront-ils un jour que leur mise en scène était encore du théâtre dans le théâtre?

20 août 2014

  1. Source: http://www.dailymail.co.uk/news/article-2729287/ISIS-beheads-journalist-James-Wright-Foley-warning-US.html↩
  2. Voir l’affaire du vol MH17: l’Ukraine retient des informations clefs et efface les traces, les USA se détournent. La Russie a beau réclamer l’avancement de l’enquête, le mal est fait. Elle a diplomatiquement ces 298 morts sur les bras.↩
  3. Lire en priorité: Comment le Djihad est arrivé en Europe, de Jürgen Elsässer, éditions Xenia 2006.↩
 

9 août 2014

Les yézidis du Sinjar, oubliés du chaos irakien



Si l’expulsion des derniers chrétiens de la ville de Mossoul le 19 juillet dernier a entrainé une réaction rapide et légitime à travers le monde, d’autres minorités religieuses se trouvent dans une situation critique face à la montée en puissance de l’État islamique dans le nord-est de l’Irak. C’est notamment le cas de la minorité yézidie. Kurde et non-musulmane, elle constitue une cible toute désignée pour les djihadistes qui ont conquis la région du Sinjar, son chef-lieu éponyme et les villages environnants.
 

16 septembre 2013

11/9, Pearl Harbor, quid de la vérité ?



Agoravox | Massimo Mazzucco | 14 septembre 2013

« 11/9 : Le Nouveau Pearl Harbor » - Questions du réalisateur Massimo Mazzucco aux débunkers (1/3)


Aujourd’hui, 11 septembre 2013, nous publions ce qui sera probablement le chapitre final du débat sur le 11/9. Il s’agit des « 50 questions aux défenseurs de la version officielle » posées dans le documentaire qui vient tout juste de sortir : « 11-Septembre : Le nouveau Pearl Harbor ». [NdT – Seule la 1ère partie est disponible en français pour l’instant, les deux autres suivront bientôt]

Pourquoi est-ce que j’utilise l’expression « chapitre final » ? Parce que la méthode des questions est la seule qui permette de décider de manière définitive et incontestable si la version officielle tient debout ou non. « Vous dites que la version officielle tient debout ? Très bien, alors expliquez-nous ceci, ceci et cela. » C’est le moyen le plus simple et direct pour éviter les innombrables artifices dialectiques auxquels les « débunkers » ont désormais recours, depuis des années, pour ne pas avoir à affronter la réalité des faits.

Comme vous le verrez, il n’y aura aucun débunker qui essaiera de se confronter honnêtement à ces 50 questions. Ils s’accrocheront à tout et n’importe quoi, chercheront à invalider les questions en amont, à en réfuter d’une manière ou d’une autre le sens ou le bien-fondé, car c’est pour eux la seule manière de ne pas s’enfoncer davantage.

Si la question commence par « étant donné que pour avoir un effondrement symétrique, il est nécessaire de saper l’ensemble de la structure porteuse… », eux diront « ce n’est pas vrai que l’effondrement a été symétrique. Voyez ici, l’édifice s’incline légèrement sur le côté… », comme si cela faisait la moindre différence. Ils s’attacheront aux mots, pinailleront sur les virgules, feront semblant de ne pas comprendre le sens profond de la question, de façon à ne pas avoir à affronter le problème.

Une personne honnête intellectuellement, face à une telle question, dirait ceci : « Oui, d’accord, la chute n’est peut-être pas exactement symétrique au sens strict, mais le problème de la défaillance simultanée reste entier. Le feu seul ne peut pas avoir fait cela. » Au lieu de ça, le débunker invétéré dira : « ce n’est pas vrai que c’est symétrique, comme le fait croire Mazzucco, et donc je n’ai pas à répondre. » Comme si le problème cessait tout à coup d’exister. Et vous verrez qu’après avoir réussi à lancer ce petit jeu sur 2 ou 3 questions, il tenteront de généraliser la stratégie à tout le reste, pour éviter de répondre à toutes ces questions d’un seul coup.

Que le spectacle commence !

Massimo Mazzucco



11-Septembre : Le Nouveau Pearl Harbor (1/3) par ReOpen911


QUESTIONS AUX "DÉBUNKERS"


LA DÉFENSE AÉRIENNE


1. Le fait de savoir que des attentats étaient imminents et qu’ils impliquaient le détournement de plusieurs avions de ligne, sans toutefois connaitre ni le lieu ni la date, constituait une bonne raison pour renforcer les défenses aériennes et pour mettre en état d’alerte plus de chasseurs que d’habitude sur tout le territoire. Pourquoi alors organiser autant d’exercices le même jour, tout en ne laissant que 4 avions de chasse en alerte pour défendre justement la partie du pays la plus susceptible d’être attaquée ?

2. Une fois que le général Eberhart s’est rendu compte que le pays était attaqué par des avions de ligne détournés, à 9 h 03, pourquoi n’a-t-il pas immédiatement suspendu les exercices militaires et rappelé tous les chasseurs à leur base ?

3. Pourquoi le général Myers n’a-t-il pas ordonné à Eberhart de le faire, après avoir fait le point au téléphone avec lui sur les attaques en cours ?

4. Et pourquoi la Commission sur le 11-Septembre n’a-t-elle pas posé aux deux généraux ces questions pourtant fondamentales ?

L’AFFAIRE MINETA


5. Le Secret Service savait que l’avion approchait pendant les 30 dernières minutes, ils le suivaient au radar, et avaient les moyens de l’abattre, et ils auraient dû le faire pour protéger la capitale. Mais ils ne l’ont pas fait. Pourquoi ?

6. Concernant l’échange entre Dick Cheney et le jeune homme, pouvez-vous proposer une autre explication que celle d’un ordre de ne pas abattre l’avion, alors qu’il approchait de la zone protégée de Washington ?

LES PIRATES DE L’AIR

7. Marwan al-Sheikki n’avait jamais piloté de jet de toute sa vie, sans parler de gros avion de ligne. Comment a-t-il pu effectuer une montée de 3000 pieds/minute puis une descente vertigineuse de 10 000 pieds par minute, tout en conservant le contrôle de l’avion ? Et pourquoi aurait-il pris tous ces risques inutiles, y compris celui de percuter d’autres avions en vol, plutôt que d’engager le pilote automatique et de le laisser l’emmener vers sa cible ?

8. Ziad Jarrad n’avait jamais piloté de jet de toute sa vie, sans parler de gros avions de ligne, et n’avait que très peu d’expérience sur petit avion de tourisme. Comment a-t-il pu effectuer une descente « si rapide que l’ordinateur ne parvenait pas à le suivre », tout en gardant le contrôle de l’appareil, et pourquoi aurait-il pris de tels risques, y compris celui de percuter d’autres avions, plutôt que de voler en toute sécurité avec le pilote automatique vers la cible choisie au préalable ?

9. Comment un pilote amateur [Hani Hanjour] que tous estimaient incapable de faire décoller un simple Cessna 150, qui avait du mal à comprendre les principes de base de l’aviation », et qui ne s’était jamais assis aux commandes d’un Boeing 757 a-t-il pu tout d’un coup se révéler capable de piloter un avion d’une telle dimension, en le faisant voler à de telles vitesses ?

10. Et même si l’on part de l’hypothèse qu’il a réussi à atteindre Washington avec le pilote automatique, pourquoi donc l’aurait-il débranché et aurait-il choisi de piloter manuellement pendant 8 longues minutes, en effectuant une manœuvre parfaitement inutile qui a) augmentait considérablement le risque de s’écraser au sol, b) augmentait le risque d’être intercepté, c) lui faisait à nouveau perdre de vue sa cible, d) le contraignait à une approche bien plus difficile au raz du sol, e) réduisait sa cible à une infime ligne de ciment, et f) limitait les éventuels dégâts à la seule façade alors qu’il pouvait les maximiser et les rendre bien plus spectaculaires en faisant plonger l’avion sur les toits du Pentagone ?

11. Même si quelqu’un avait prévu un attentat contre le Pentagone, il aurait très certainement imaginé un avion tombant du ciel sur les toits du bâtiment. Comment pouvait-on suggérer de se tenir éloigné de l’anneau externe, à moins de savoir à l’avance ce qui allait se passer ?

12. Pourquoi ne nous a-t-on jamais montré une seule image des supposés pirates de l’air dans les différentes parties de l’aéroport le matin du 11-Septembre ?

13. Et puisque l’aéroport Dulles de Washington disposait de caméras de surveillance aux postes de contrôle, pourquoi n’a-t-on pas rendu publiques les images correctement horodatées des 5 terroristes embarquant sur le Vol 77 le matin du 11-Septembre ?

LES VITESSES IMPROBABLES


14. Pouvez-vous nous prouver qu’un Boeing 767 équipé de ses moteurs habituels est capable de voler pendant 2 minutes à plus de 900 km/h à basse altitude sans subir de dommages structurels ?

15. Pouvez-vous expliquer comment des pilotes amateurs qui n’ont jamais volé sur un jet de leur vie peuvent réussir à garder le contrôle d’un avion volant plus de 300 km/h au-dessus de sa Vitesse Maximale Opérationnelle (VMO) ?

16. Et pourquoi des terroristes, déjà bien heureux d’être arrivés en vue de leur cible, voudraient-ils compromettre toute l’opération en soumettant l’avion à un stress tel qu’il pourrait le faire s’écraser au sol avant d’avoir terminé leur mission ?

APPELS TÉLÉPHONIQUES DEPUIS LES PORTABLES


17. Étant donné les limites du système de téléphonie cellulaire en 2001, pouvez-vous démontrer que les appels des passagers effectués avec leurs téléphones portables et mentionnés dans les rapports du FBI pouvaient être effectués à haute altitude aux vitesses indiquées et pour les durées précisées pour chacun d’entre eux ?

18. Étant donné que les téléphones de bord sont alimentés par le système électrique de l’avion, comment une ligne peut-elle rester connectée 45 minutes après la désintégration complète de l’appareil au sol ?


Publié sur Luogocummune.net le 11 septembre 2013

Traduit par GV
 
url de cet article, http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/11-9-le-nouveau-pearl-harbor-140886





10 septembre 2013

Un certain 11 septembre, le plus terrible de tous



9 septembre 2013

Un certain 11 septembre, le plus terrible de tous

Le renversement d’Allende, raconté par Washington

 

Hernando CALVO OSPINA


Le 11 septembre 1973, Salvador Allende, président démocratiquement élu du Chili, mourait pendant un coup d’Etat militaire ourdi et financé depuis les Etats-unis.
La répression fit 3 800 morts ou disparus (évaluation minimale) et plus de 37 000 torturés. Des centaines de milliers de Chiliens furent contraints à l’exil. Une aube noire se leva sur le Chili de Pinochet.

Le 11 septembre 2001, l’attentat contre le World Trade Center à New-York fit 2992 morts (en comptant les 19 pirates de l’air) selon les chiffres officiels du rapport de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis. Il s’ensuivit une aube noire pour l’Afghanistan et l’Irak où périrent des centaines de milliers de citoyens, hommes, femmes enfants.

Socialiste, Salvador Allende était un des fondateurs du PS chilien. C’est la raison pour laquelle le parti solférinien pleure à chaudes larmes tous les 11 septembre, à chaque anniversaire de l’écroulement des tours jumelles.

Le Grand Soir.



En 1961, dès qu’il prit possession du pouvoir, le président Kennedy nomma un comité chargé des élections qui se dérouleraient au Chili trois ans plus tard. Selon l’enquête d’une Commission du Sénat[1], il était composé de hauts responsables du Département d’Etat, de la Maison Blanche et de la CIA. Ce comité fut reproduit à l’ambassade étasunienne de Santiago. Empêcher que le candidat socialiste Salvador Allende ne gagne les élections en était l’objectif. [2]

Allende était un marxiste, convaincu qu’on pouvait arriver au gouvernement par la voie pacifique et à partir de là, renverser les structures de l’Etat au bénéfice des majorités pauvres. Il disait que pour arriver à un tel but, on devait nationaliser les grandes industries, celles qui étaient aux mains des Etats-Unis, en priorité, car c’étaient elles qui exploitaient les ressources stratégiques. Ces idées, et d’autres idéaux sociaux, le rendirent indésirable aux yeux de Washington : il pouvait devenir un exemple pour les peuples d’autres nations latino-américaines.

Afin de lui barrer la route, des millions de dollars furent distribués aux partis politiques du centre et de droite afin qu’ils fassent leur propagande. Au moment d’élire le candidat à la présidence, Washington se décida à appuyer Eduardo Frei du parti démocrate chrétien, et imposa aux autres partis qu’il avait financés, de s’aligner sur cet homme politique. Au total, l’opération coûta quelque vingt millions de dollars, une somme si importante pour l’époque qu’on peut seulement la comparer avec ce qui avait été dépensé dans les élections étasuniennes. En effet, Washington n’investit pas seulement sur le candidat Frei, mais aussi sur toute une campagne stratégique de propagande anticommuniste à long terme.

La Commission du Sénat dit : « De nombreux supports furent exploités : presse, radio, films, tracts, dépliants, envois postaux, banderoles, peintures murales. » La Commission reconnaît que par l’intermédiaire de ses partis et de diverses organisations sociales, la CIA réalisa « une campagne alarmiste », dans laquelle la principale cible furent les femmes, à qui l’on affirmait que les soviétiques et les cubains viendraient enlever leurs enfants. Des affiches distribuées massivement montraient des enfants portant la marque de la faucille et du marteau estampillée sur le front. La tradition religieuse aussi fut exploitée au maximum afin d’inspirer la crainte du « communisme athée et impie ».


L’opération psychologique fonctionna au-delà de toutes les espérances : Frei obtint 56% du vote populaire, Allende 39%. Selon la Commission du Sénat, la CIA affirmait que « la campagne d’effroi anticommuniste avait été la plus efficace de toutes les activités entreprises. »

Ce fut une opération psychologique, avec les caractéristiques d’une guerre, dont la base était les plans appliqués au Guatemala et ayant amené au renversement du président Jacobo Arbenz, en juin 1954[3]. Une opération qui, au Chili, ne fut pas démantelée avec le triomphe de Frei car, malgré tout, le nombre de voix remportées par Allende fut élevé. Et le vaincu avait toutes les intentions de se représenter aux futures élections.

Dans ses Mémoires, William “Bill” Colby[4], chef de la CIA de 1973 à 1976, raconte que lors de l’élection présidentielle de 1970 au Chili « la CIA se vit enjoindre de diriger tous ses efforts contre le marxiste Allende, contre la candidature duquel elle fut chargée d’organiser une vaste campagne de propagande.” ». Selon cet ancien patron de la CIA, l’opération s’appelait « Deuxième Voie ».

Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, déclara pendant une réunion du Conseil national de sécurité sur le Chili, le 27 juin 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple. » [5] Ce qui signifie que la décision souveraine d’un peuple ne serait pas valable si elle n’était pas en concordance avec les intérêts étasuniens. Lors de cette même réunion, on décida de rajouter 300 000 dollars à l’opération de propagande qui était déjà menée.

Selon la Commission Church, Richard Helms, promu patron de la CIA en 1966, envoya deux officiers qu’il connaissait depuis les premiers préparatifs d’invasion de Cuba. Ceux-ci, spécialistes de la guerre psychologique et de la désinformation avaient fait partie des plus hauts responsables des opérations au Guatemala : David Atlee Phillips, et David Sánchez Morales, de retour d’Indochine. La désinformation continuait de faire partie des activités principales contre le candidat Allende. La Commission du Sénat dit qu’un des mots d’ordre de la campagne était : « La victoire d’Allende signifie la violence et la répression stalinienne. »

Mais le 4 septembre 1970, Salvador Allende remporta les élections. Colby rapporte que « Nixon entra dans une grande fureur. Il était convaincu que la victoire d’Allende faisait passer le Chili dans le camp de la révolution castriste et anti-américaine, et que le reste de l’Amérique Latine ne tarderait pas à suivre. » L’ancien patron de la CIA se rappelle que le président convoqua Helms, « et il lui ordonna très clairement d’empêcher Allende de prendre ses fonctions. » Nixon chargea Kissinger de lui communiquer un suivi précis du complot.

Il restait une possibilité d’éviter qu’Allende prenne le pouvoir. Le Congrès chilien devait se réunir le 24 octobre pour choisir entre Allende et Jorge Alessandri, du Parti conservateur, arrivé en deuxième position, car Allende n’avait pas obtenu la majorité absolue. C’est qu’une partie de la gauche s’était divisée, non seulement à cause de la campagne médiatique, mais aussi du fait de l’argent que la CIA avait réussi à injecter dans quelques groupes.

Exécutant l’ordre, Helms envoya « un groupe de travail » qui se livra « à une activité frénétique » pendant six semaines, relata Colby. Atlee Phillips et Sánchez Morales étaient toujours hauts responsables du nouveau complot. Les dollars affluèrent massivement, mais dans une nouvelle direction maintenant. On essaya d’acheter le vote de certains congressistes pour qu’ils se prononcent contre sa victoire. Mais cela ne donna aucun résultat : Allende fut nommé président du Chili.
 
Les efforts prirent donc une nouvelle orientation, sans toutefois laisser de côté la campagne de propagande contre Allende. Colby dit que les agents prirent contact avec des responsables politiques et militaires pour sélectionner ceux qui pourraient être prêts à contrer Allende, « et déterminer avec eux l’aide financière, les armes et le matériel qui pourraient s’avérer nécessaires pour [lui] barrer (…) la route de la présidence ».

Washington plaça donc son plus grand espoir dans les Forces armées, mais tout dépendait de leur Commandant en chef, le général René Schneider. Là, la CIA rencontra un problème, car ce militaire avait clairement indiqué que son institution respecterait la Constitution. Et Colby reconnaît avec un naturel effrayant : « C’était l’homme à abattre. En désespoir de cause, on organisa donc contre lui une tentative d’enlèvement qui tourna mal : il fut blessé en tentant de résister à ses agresseurs. » Selon la Commission Church, ce jour même, le 22 octobre, très tôt dans la matinée, la CIA avait remis à des conspirateurs chiliens, des mitraillettes et des munitions « stérilisées », dénommées ainsi car, en cas d’enquête, leur origine serait impossible à déterminer. Trois jours après, René Schneider succomba à ses blessures. Immédiatement, Nixon envoya un message cynique à son homologue chilien : « Je voudrais vous faire part de ma douleur devant cet acte répugnant. »

Le 3 novembre 1970, Allende prit ses fonctions de président. Une stratégie de déstabilisation du nouveau gouvernement fut alors à l’étude, et la Direction de l’Hémisphère Occidental de la CIA était chargée de la mettre en oeuvre. En 1972, Ted Shackley, officier très expérimenté en opérations clandestines en devint le directeur. Il nomma son homme-lige Tom Clines chargé des opérations de la CIA au Chili, pour travailler spécifiquement sur le « cas Allende ». Celui-ci avait sous sa responsabilité ses vieux collègues Sánchez Morales et Atlee Phillips.

En mars de l’année suivante, Bill Colby nommé sous-directeur des Opérations Spéciales de l’Agence redevint leur supérieur. Colby et Shakley, qui avaient été à la tête de la guerre sale en Indochine, se trouvaient de nouveau réunis pour en mener une autre.
Depuis 1972, cette équipe de la CIA menait l’opération de désinformation et de sabotage économique la plus perfectionnée que l’on ait connue jusqu’alors au monde. Colby reconnaîtra dans la presse de son pays que ce fut une « expérience de laboratoire sur l’efficacité de l’investissement financier lourd pour discréditer et renverser un gouvernement. » [6]

Et ce ne fut pas tout. Selon la Commission du Sénat étasunien, la CIA à Santiago, se consacra à recueillir toute l’information nécessaire en vue d’un éventuel coup d’Etat : « Listes de personnes à arrêter, infrastructures et personnel civils à protéger en priorité, installations gouvernementales à occuper, plans d’urgence prévus par le gouvernement en cas de soulèvement militaire. » [7] Information sensible, comme la dernière mentionnée, obtenue, selon l’ancien fonctionnaire du département d’Etat, William Blum, [8] grâce à « l’achat » de hauts fonctionnaires et de dirigeants politiques de l’Unité Populaire, la coalition de partis qui appuyaient Allende. A Washington, les employés de l’ambassade se plaignirent de la disparition de documents, non seulement au siège diplomatique, mais aussi à leurs propres domiciles. Leurs communications furent mises sous écoute. Un travail réalisé par la même équipe qui allait monter le cambriolage du Watergate. [9]

L’action contre Allende nécessitait une campagne internationale de diffamation et d’intrigues. Une bonne partie de celle-ci fut confiée à un novice en politique étrangère, presque un inconnu en politique, mais il s’agissait d’une vieille connaissance du président Nixon et des hommes de l’équipe de choc qui menaient l’opération : George H.W. Bush. Il réalisa cette tâche en tant qu’ambassadeur à l’ONU, fonction qu’il occupa à partir de février 1971. Lorsqu’il fut nommé à ce poste, personne ne voulut se rappeler que quelques mois plus tôt, en tant que représentant à la Chambre du Texas, il avait réussi à faire rétablir dans cet état la peine de mort pour les « homosexuels récidivistes ».

Le 11 septembre 1973, eut lieu le sanglant coup d’Etat mené par le général Augusto Pinochet contre le gouvernement du président Allende, et qui déchaîna une terrible répression. Même s’il avait quitté ses fonctions quelques jours avant, Ted Shackley fut l’homme clé du renversement. Son biographe affirme : “Salvador Allende mourut pendant le coup d’état. Quand la fumée se dissipa, le Général Augusto Pinochet, dirigeant de la Junte Militaire était installé au pouvoir comme dictateur, en partie grâce au travail ardu de Shackley […] ”.[10]


Quelques semaines plus tard, Henry Kissinger reçut le Prix Nobel de la Paix… Un an après ce fatidique 11 septembre, alors que la dictature continuait à plonger la nation dans un bain de sang, le président Gerald Ford déclara que les Etasuniens avaient agi « dans le meilleur intérêt des Chiliens, et certainement dans celui des Etats-Unis. » [11]

Quant à l’ancien président Nixon, voilà ce qu’il écrivait en 1980 : « Les détracteurs se braquent uniquement sur la répression politique au Chili, en ignorant les libertés qui sont le fruit d’une économie libre […] Plutôt que de réclamer la perfection immédiate au Chili, nous devrions encourager les progrès qu’il fait. » [12]

Hernando Calvo Ospina

(A quelques changements près, ce texte est un chapitre du livre L’Équipe de choc de la CIA, Le Temps des cerises, novembre 2009).


Notes :

[1] Commission spéciale présidée par le sénateur Frank Church : “Alleged Assassination Plots Involving foreign Leaders.” Washington, Novembre 1975.

[2] Cover Action in Chile, 1963-1973. The Select Committe to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities, US Senate. Washington, 18 décembre 1975.

[3] Le président étasunien Dwight David Eisenhower autorisa la CIA à renverser Arbenz en appliquant un plan intégral, inédit sur le continent, qui contenait des actions de guerre psychologique, mercenaire et paramilitaire, dont le nom de code fut PBSUCCESS. Nick Cullather, Secret History : the CIA Classified Accounts of its Operations in Guatemala, 1952-1954, Stanford University, 1999.

[4] Colby, William. 30 ans de C.I.A. Presses de la Renaissance. Paris, 1978.

[5] Newsweek , Washington, 23 septembre 1974.

[6] New York Times,8 septembre 1974.

[7] Cover Action in Chile, 1963-1973. Op. Cit.

[8] William Blum, Les guerres scélérates, Parangon, Paris, 2004.

[9] Le Watergate était l’immeuble où se trouvaient les bureaux du Parti démocrate. En toute illégalité, le président Nixon ordonne en 1972 qu’elles soient placées sous écoute. Face aux preuves et au scandale qui éclate, le président doit démissionner en août 1974. Victor Marchetti et John Marks, La CIA et le culte du renseignement. Ed. Robert Laffont, Paris, 1975.

[10] David Corn, Blond Ghost, Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster. New York, 1994.

[11] New York Times. 17 septembre 1974.

[12] Nixon, Richard. La vraie guerre, Albin Michel, Paris, 1980.

Voir en ligne, http://www.legrandsoir.info/le-renversement-d-allende-raconte-par-washington.html

 

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