12 janvier 2021

Francis Dupuis-Déri - Black Blocs, Non-Violence, Révolutions

 


Entretien avec Francis Dupuis-Déri, professeur en sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal. Chercheur et auteur de l'ouvrage "Les Black Blocs: la liberté et l'égalité se manifestent".

Voir en ligne..

20 octobre 2016

Sankara et l’actualité de la révolution burkinabè


Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara était assassiné dans des circonstances extrêmement troubles (où le rôle de l’impérialisme français reste encore à déterminer). Dans ce texte, Saïd Bouamama – sociologue et militant du FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires) – restitue le parcours, les idées et l’action du dirigeant révolutionnaire burkinabè. Si le processus ouvert par la révolution sankariste fit face à des obstacles de taille et connut des limites importantes, il en souligne l’actualité du point de vue des combats anti-colonialiste et anticapitaliste, mais aussi concernant l’écologie, l’oppression des femmes et la dette. 
 
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18 juillet 2016

Les communs, une nouvelle voie révolutionnaire ?

Qui a dit qu’il n’y avait « pas d’alternative » ? Que nous étions condamnés à subir les effets destructeurs du capitalisme ? Partout dans le monde, des millions de personnes, dans des communautés auto-organisées, se sont affranchies de la loi du marché pour gérer, partager, échanger des ressources, de l’eau au logiciel. C’est ce qu’on appelle les communs.


Suite sur Siné mensuel

13 juillet 2016

14 juillet (images)


23 mai 2016

De l'impuissance collective à la violence





François CUSSET : « Aucun progrès social n’a été obtenu par la discussion »

 
Lorsque la capacité collective d’agir a été réduite à néant, cela produit un sentiment d’impuissance collective qui finit logiquement par exploser. Pour l’historien François CUSSET, nous sortons de 30 ans de refoulement et d’amnésie, aujourd’hui « LE VERROU PEUT SAUTER. »

Extrait de notre LÀ-BAS Hebdo n°47 « UN PRINTEMPS LACRYMOGÈNE », avec François CUSSET et Gérard MORDILLAT, à écouter en intégralité en cliquant ici.
 

13 avril 2016

Nuit Debout : le mouvement Banlieues Debout gagne les quartiers


Depuis plus de 11 jours, le mouvement Nuit Debout occupe la place de la République, à Paris. Des centaines de mouvements similaires ont vu le jour partout en France et depuis quelques jours, la traînée de poudre atteint la banlieue. A Montreuil, Ivry-sur-Seine ou Créteil, les militants n'en démordent pas. Zaman France a voulu comprendre leur démarche et connaître leurs attentes. Exclusif.
 
Suite sur Zaman France ... 
 

30 mars 2016

Le 31 mars (et suivants), rallumons les Lumières


Le 31 mars, nombreux — espérons-le — sont ceux qui en France vont marcher contre la nouvelle Loi travail. Pourtant, dans la situation de déliquescence où nous nous trouvons aujourd’hui, le problème n’est plus la Loi travail ou toutes les saloperies à l’identique qu’on nous sort en rafales. Mais les prédateurs qui les promulguent.

À voir les Robocops surarmés dont les prédateurs s’entourent, et qu’ils n’hésitent même plus à lâcher sur n’importe quel citoyen un tant soit peu indigné, en France comme ailleurs, on mesure le mur de difficultés à surmonter pour se débarrasser du “problème” en question.

Car c’est bien de cela dont il est aujourd’hui question : d’une VRAIE révolution politique pour mettre fin à une tragédie qui nous fonce dessus à un train d’enfer. Et cette vraie révolution ne PEUT pas passer par le personnel politique en place, ni par les élites faisandées qui leur tiennent lieu de cour. Ceux-là sont LE problème.
 
 

29 décembre 2015

Démocratie, la fin du rêve

La fin du rêve

28 déc. 2015 Par Laurent Chemla
Voir en ligne : Blog Les conséquences sociales d'Internet, et les chats.


Que n'a-t-on pas lu sur la «crise démocratique», après le 1er tour des élections régionales de 2015. Et que ne lira-t-on pas sur ce sujet pendant les prochaines présidentielles. 
 

Les "causes profondes" de cette crise sont connues, nous dit-on: crise économique, chômage de masse, trahison des promesses de campagne, perte La fin du rêve des repères, terrorisme, populisme, désespoir de la jeunesse, souhait d'une recomposition politique ou même d'une nouvelle constitution... et j'en oublie certainement. À croire que chaque commentateur a sa propre grille de lecture, capable d'expliquer l'abstention massive et le vote FN tout à la fois.

J'ai ma propre explication, mais elle risque de ne pas vous plaire. Moi, elle ne me plait pas.

Selon moi, toutes ces causes n'en sont pas: ce ne sont que des symptomes de quelque chose d'autre.

Pas besoin de débattre de la dérive monarchique de la Vème république, inutile d'en appeler au déni de démocratie que fut l'adoption du traité constitutionnel européen malgré son rejet par referendum: ce ne sont là encore que des symptomes, et non des causes.

Mais des symptomes de quoi ?

Pour qu'il y ait crise démocratique, il faut qu'il y ait - sinon démocratie (ne rêvons pas) - au moins l'impression qu'in fine le peuple dispose du pouvoir de plus ou moins choisir le modèle de société dans lequel il souhaite vivre. Dans ce cas, et si l'offre politique ne répond pas à ses attentes, alors, oui, il y aura crise.

Nous n'en sommes plus là, et depuis longtemps.

Pas une démocratie

On sait depuis Sieyès que la France n'est pas une démocratie, et "ne saurait l'être". Sa vision, qui limitait le pouvoir du peuple au seul choix de ses représentants (et qu'il nommait honnêtement "état représentatif" par opposition à un "état démocratique" qui aurait permis le mandat impératif) est à l'origine de notre république, et de beaucoup d'autres. "Les citoyens qui se nomment des représentants", disait-il, "n'ont pas de volonté particulière à imposer". Ce qu'on pourrait résumer, en français moderne, par "si tu donnes ta voix à quelqu'un, tu n'as plus qu'à fermer ta gueule". Les mots ont un sens. Même s'il est commode de l'oublier, la France n'est pas, et n'a jamais été, une démocratie.

Et il est d'autant plus facile de l'oublier que ceux qui se présentent au suffrage n'hésitent pas à le faire au nom de la "démocratie", et de "programmes" et de "valeurs" qu'ils peuvent bien promettre d'appliquer quand ils savent mieux que tout autre qu'ils ne les appliqueront pas. C'est là le mensonge fondamental de toutes les élections, la manipulation triviale qu'appliquent tous les pervers narcissiques qui aspirent à nous gouverner.

Par principe, nous élisons les meilleurs menteurs. Par principe, en tant que peuple, nous nous mentons à nous-mêmes depuis des générations pour éviter de voir que nous incombe la responsabilité de notre déchéance politique. C'est d'ailleurs un déni dans lequel s'enferment d'abord les principales victimes de nos pervers élus: ceux qui adhèrent au parti du chef, et qui restent ensuite "partisans" envers et contre toutes les évidences de ses trahisons. Ça se traite.

À ceci, il n'est qu'une seule réponse adulte: le boycott des urnes, seul choix permettant de ne plus donner la moindre légitimité "populaire" à ceux qui prennent le pouvoir, jusqu'à ce qu'enfin ceux-ci se révèlent n'être que ce qu'ils sont: des petits despotes capables de tout pour vivre dans les ors de la république.

Jusqu'à ce qu'enfin disparaîsse une fois pour toutes la fable pour grands enfants de l'existence d'un "peuple souverain". Ce mythe populaire n'a que trop vécu.

Pour autant, aussi nécessaire qu'elle soit, cette prise de conscience ne sert à rien en tant que telle. Accepter de voir notre organisation sociale telle qu'elle est n'est qu'un préalable: ce n'est pas parce qu'un enfant accepte l'inexistence du père noel qu'il devient un citoyen actif.

Dans ce deuil de la légende démocratique, la phase suivante, après celle du déni, est celle de la colère. De la révolte.

Mais c'est là que ça devient triste.

D'abord parce que cette colère, cette révolte, est tout à fait inutile. Ceux qui croient que la révolution (qu'elle se fasse dans la rue ou qu'elle reste "numérique") permettra à la fable de devenir une réalité n'ont pas tout à fait saisi le sens du mot "fable". Au mieux, ce type d'insurrection ne permet que de changer de constitution, le temps pour la génération suivante de dirigeants d'apprendre à utiliser les failles du nouveau texte (qui lui permettront à son tour de se maintenir au pouvoir).

Au pire, ça ne sert qu'à précipiter la marche inexorable vers l'état policier terminal.

Ensuite parce que les grands groupes d'influence (qui se satisfont très bien de notre aveuglement) ne sont pas dirigés, eux, par des imbéciles. Suivant l'exemple des peuples qui, croyant encore au père noel, avaient créé vers la fin du 18ème siècle des institutions transnationales capables - croyaient-ils - de protéger leurs droits nouvellement acquis, ils ont su, depuis, établir à leur tour les traités qui font du totalitarisme un fantome du passé.

Le totalitarisme, c'est quand l'État prend la totalité de l'espace social. En ces temps troublés, certains en rêvent et votent FN.

Mais dans notre monde, dans le monde des grands traités internationaux, c'est l'inverse qui se passe: les États n'ont plus aucune place. Le peuple peut bien se révolter, descendre dans la rue, bouter le tyran hors de ses palais, au final il devra toujours respecter ses engagements internationaux, ceux qui garantissent la rente des oligarques. TTIP, Convention de Berne, Traité de Lisbonne, OMC, FMI et tant d'autres sont là pour y veiller. La Grèce peut bien élire Alexis Tsipras, grand bien lui fasse: du moment qu'elle paye ses dettes et qu'elle s'engage à détruire un système social trop protecteur des plus faibles. Et sinon qu'elle crève de faim: ses banques y veilleront ou, sinon elles, les banques centrales sont là pour s'en assurer.

Les États ne sont qu'un leurre de plus, et depuis longtemps. L'espace de liberté des peuples s'est peu à peu réduit, jusqu'au point où un Junker peut désormais sans honte se permettre d'affirmer que « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Et il aura raison de le dire.

Le droit des peuples a disposer d'eux-mêmes, c'est du passé, camarade. Ce droit a succombé au droit des plus riches à le rester.

Que la France élise Le Pen si elle est bête à ce point là: ça ne changera strictement rien à ce principe de base. Au pire la France se prendra une "Tsipras" dans la tronche: fermeture des banques, arrêt brutal de l'économie, et reptation servile devant la toute-puissance des Traités. Faisons allégeance à la Sainte-Croissance et que TINA soit notre dieu à tous.

Le dernier rêve

Mais rêvons un peu avant de conclure.

Les révolutions ayant de tout temps été le fait des bourgeois (les pauvres, eux, n'en ont pas le temps, trop occupés à trouver de quoi manger), rêvons que nos bourgeois modernes se détournent, pour un temps, du choix de leurs nouveaux smartphones, de leur vélos et de leur alimentation bio, pour se préoccuper de renverser un gouvernement devenu trop ostensiblement corrompu.

Rêvons que cette révolution permette l'avènement d'une Constitution moderne, capable de garantir une séparation des pouvoirs réelle, un revenu universel, la légalisation du canabis, et des macarons dans toutes les cantines du pays.

Et puis réveillons-nous, sur une planète au bord de l'asphyxie, qui va voir des millions de déplacés climatiques venir finir de consommer le peu d'eau pure qui restera, là où elle sera, pendant que des milliards mourront ailleurs. Sur un monde dévasté par une humanité qui n'a su progresser qu'à coup de guerres, dans une économie mondiale en plein effondrement, avec tout ce que ça comporte de certitude de la fin prochaine de toute civilisation "avancée".

Réveillons-nous et admettons l'importance toute relative (mais Ô combien essentielle, ne serait-ce que pour la postérité) de nos petits combats politiques.

Réveillons-nous, et tâchons de préparer l'avenir pour que les rares survivants de l'espèce puissent reconstruire un monde meilleur.

Ou pas.



13 décembre 2015

La vie s'écoule la vie s'enfuit ( Vaneigem - Lemmonier )




LA VIE S'ECOULE,
LA VIE S'ENFUIT
La vie s'écoule, la vie s'enfuit
Les jours défilent au pas de l'ennui
Parti des rouges, parti des gris
Nos révolutions sont trahies
Le travail tue, le travail paie
Le temps s'achète au supermarché
Le temps payé ne revient plus
La jeunesse meurt de temps perdu
Les yeux faits pour l'amour d'aimer
Sont le reflet d'un monde d'objets.
Sans rêve et sans réalité
Aux images nous sommes condamnés
Les fusillés, les affamés
Viennent vers nous du fond du passé
Rien n'a changé mais tout commence
Et va mûrir dans la violence
Brûlez, repaires de curés,
Nids de marchands, de policiers
Au vent qui sème la tempête
Se récoltent les jours de fête
Les fusils sur nous dirigés
Contre les chefs vont se retourner
Plus de dirigeants, plus d'État
Pour profiter de nos combats

Paroles de Raoul Vaneigem
Musique de Francis Lemonnier


 

6 février 2015

Rama Yade à propos des coulisses du pouvoir et de la démocratie (vidéo)





  

6 décembre 2014

Athènes sur un volcan !

Barbecue de bus aux fines herbes

 
Par Yannis Youlountas | Ne vivons plus comme des esclaves
 
DÉCEMBRE 2014

Six ans après le mois de décembre 2008, l’atmosphère est à nouveau insurrectionnelle à Athènes et ailleurs en Grèce. Tous les ingrédients sont réunis pour faire du mois de décembre 2014, peut-être, un grand moment historique. Jusqu’à quel point et à quelles conditions ?
 

Depuis la fin du mois de novembre, les manifestations, émeutes, actions ciblées et occupations se multiplient un peu partout en Grèce (dans le silence total des medias européens, plus que jamais des merdias à boycotter ou à bloquer et occuper). La cause principale est la situation du jeune prisonnier anarchiste de 21 ans, Nikos Romanos, qui est devenu un symbole de toutes les violences subies par la population, mais aussi du profond désir de lutter, quelle que soit la forme, et de refuser la torpeur et la résignation.

Nikos, l’ami d’Alexis Grigoropoulos, symbole des émeutes de 2008
Nikos est l’ami d’enfance d’Alexis Grigoropoulos, assassiné à l’âge de 15 ans par un policier dans le quartier d’Exarcheia à Athènes. Un quartier réputé pour ses révoltes historiques et ses nombreuses initiatives autogestionnaires et solidaires. Un quartier dans lequel la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas des mots jetés à l’abandon au frontispice de monuments publics glacés de marbre. Nikos a vu son ami mourir dans ses bras le soir du 6 décembre 2008. Profondément révolté, il s’est par la suite engagé dans l’anarchisme révolutionnaire et a dévalisé une banque pour financer son groupe qualifié de terroriste par le pouvoir. Après avoir été torturé, notamment au visage, lors de son arrestation, il a finalement réussi à obtenir son bac en prison, mais se voit aujourd’hui refuser la possibilité de poursuivre ses études. C’est pourquoi, depuis le 10 novembre dernier, Nikos est en grève de la faim. Son état s’est progressivement dégradé, notamment au niveau cardiaque, malgré ses 21 ans, et il a été transféré sous haute surveillance à l’hôpital Gennimatas d’Athènes devant lequel manifestent régulièrement des milliers de personnes qui parviennent parfois à dialoguer avec lui à travers les grilles de sa fenêtre (voir la première photo de l’article connexe, dans la même rubrique). En solidarité avec Nikos, un autre prisonnier politique, Yannis Michailidis, s’est mis en grève de la faim le 17 novembre au Pirée, suivi par deux autres, Andreas Dimitris Bourzoukos et Dimitris Politis, depuis le 1er décembre. Le gouvernement grec vient de confirmer son refus de permettre à Nikos de poursuivre ses études et préfère le laisser mourir, non sans faire preuve d’ironie. Des petites phrases assassines et provocatrices qui ne font qu’augmenter la colère populaire et les nombreuses protestations des organisations anarchistes et antiautoritaires jusqu’à celles de SYRIZA, principal parti de la gauche critique, qui est annoncé vainqueur des prochains élections en Grèce. Bref, le contexte politique est particulièrement tendu, à tous points de vue.

L’Ecole Polytechnique, symbole de la chute de la dictature des Colonels
Dans cette ambiance de fin de règne, parmi d’autres initiatives solidaires, l’Ecole Polytechnique est à nouveau occupée depuis le premier décembre, 41 ans après avoir défié avec succès la Dictature des Colonels en novembre 1973, au cours d’une occupation similaire pour défendre une radio libre qui s’opposait au régime autoritaire. Les CRS suréquipés viennent d’échouer par deux fois dans leurs tentatives de nous déloger, notamment le 2 décembre au soir, à la fin d’une manifestation fleuve qui s’est terminé avec plusieurs banques dégradées ou brûlées. Parmi d’autres obstacles de circonstance, un bus a même été transformé en barricade incandescente sur l’avenue Stournari, à Exarcheia (voir les photos dans l’article connexe), et les affrontements ont duré une bonne partie de la nuit. Douze insurgés arrêtés ont été violemment frappés, au point que trois d’entre eux souffrent de fractures du crâne. L’occupation de l’Ecole Polytechnique n’a pas cédé, malgré le deversement de quantités énormes de gaz lacrymogène depuis l’extérieur, tel du napalm sur toute la zone devenue une zone à défendre. Une ZAD jumelée, ces dernières heures, avec d’autres ZAD dans le monde, notamment celles de NDDL et du Testet en France qui ont rapidement transmis leur soutien fraternel, ainsi que de nombreuses personnes et organisations de France et d’ailleurs (soutiens que j’ai tous affichés sur l’un de nos murs et annoncés en assemblée à tous les compagnons et camarades).

Ce soir-là, alors que la distribution solidaire de sérum, de mallox et de citrons battait son plein, j’ai remarqué plus de filles que jamais parmi les insurgés (voir la photo de « l’autre statue de la liberté » dans l’article connexe) et une diversité à tous les niveaux qui augure d’une ampleur et d’une radicalité sans précédent. J’ai vu et ressenti une détermination et une fraternité rarement rencontrées jusqu’ici, dans mes voyages en Grèce et ailleurs, là où l’humanité ne se résoud pas à vivre à genoux et tente, diversement, de se lever. J’ai vu la vie s’organiser autrement dès le lendemain et la chaleur des barricades se transformer en chaleur des cœurs parmi les occupants de l’Ecole Polytechnique et d’ailleurs.

Rien n’est fini, tout commence !
Car durant ces dernières heures, les lieux d’occupations se sont multipliés, rappelant le processus de décembre 2008 qui avait amené la Grèce à connaître les émeutes sans doute les plus puissantes en Europe depuis plusieurs dizaines d’années (sans toutefois parvenir à renverser un pouvoir qui s’était finalement maintenu de justesse, notamment en distillant la peur et la désinformation dans les médias). Des occupations de bâtiments publics et de groupes financiers, de chaînes de télévision et de radios, d’universités et de mairies, depuis Thessalonique jusqu’à Héraklion. Des occupations toujours plus nombreuses, ainsi commentées par Yannis Michailidis dans son dernier communiqué de gréviste de la faim, très relayé sur Internet : « c’est ce qui brise la solitude de ma cellule et me fait sourire, parce que la nuit de mardi [2 décembre], je n’étais pas prisonnier, j’étais parmi vous et je sentais la chaleur des barricades brûlantes ». Avant de conclure avec une phrase rappelant le titre du dernier livre de Raoul Vaneigem : « Rien n’est fini, tout commence ! »

Une émotion immense
Parmi les événements qui m’ont également marqué ces jours-ci, certaines assemblées de collectifs ont montré à quel point la tension est à son comble. Notamment celle de l’occupation de l’Ecole Polytechnique dans la soirée puis toute la nuit du 3 au 4 décembre. Une assemblée qui a duré plus de 9 heures, jusqu’à 5h30 du matin. Certes, quelques divergences ont justifié cette durée jusqu’au consensus finalement trouvé au petit matin et je ne rentrerai évidemment pas dans les détails de ce qui s’est dit, notamment pour ce qui est des projets en cours. Mais je peux témoigner d’une atmosphère électrique ponctuée de longs silences qui en disent long. Je peux vous dire également que le grand amphi de l’Ecole Polytechnique était, une fois de plus, plein à craquer, avec des compagnons et des camarades debout et assis un peu partout, devant des murs fraichement repeints de graffitis. Je peux vous dire que la présence du papa de Nikos Romanos, assis au milieu de la salle, avec sa chevelure longue et grise et son regard profond et digne, ne pouvait que contribuer à une émotion déjà immense, alors que son fils se rapproche chaque jour d’une mort certaine.

« Agir comme si notre propre vie était en jeu… »
Le stress et la nervosité, la gravité du moment, l’importance des enjeux, faisaient fumer presque tout le monde beaucoup plus qu’à l’habitude, au point que j’en étais presque à regretter l’irritation causée par les gazs lacrymogènes dans les rues alentours. Parmi les paroles qui ont résoné : « ce n’est plus l’heure de mettre la pression, mais de rentrer en insurrection », ou encore des appels à « agir comme si notre propre vie était en jeu, car en vérité, c’est bien le cas pour nous tous qui vivons comme des damnés, comme des esclaves, comme des lâches » ; « il faut retrouver pleinement confiance en nous-mêmes pour parvenir à redonner partout confiance aux gens et, en particulier, pour rassembler les laissés pour compte qui devraient être les premiers à descendre dans la rue, au lieu d’attendre que la libération ne vienne du ciel ». J’ai aussi parfois entendu des paroles jusqu’au boutistes que je ne préciserai pas ici, mais qui témoignent bien du ras-le-bol immense qui traverse une grande partie de la population et la conduit à tout envisager pour se libérer des tyrans du XXIème siècle.

Des tags à la mémoire de Rémi Fraisse
J’ai vu un ancien de 1973 avoir les larmes aux yeux et songer que nous vivons peut-être un autre moment historique. J’ai lu d’innombrables tags en soutien à la grève de la faim de Nikos Romanos, mais aussi à la mémoire de Rémi Fraisse, tué par le bras armé du pouvoir sur la ZAD du Testet.

Cette nuit encore, à la veille du 6 décembre très attendu, avec une grande inquiétude par les uns et avec un profond désir par les autres, le quartier d’Exarcheia est encerclé par les camions de CRS (MAT) et les voltigeurs (Delta, Dias). Plusieurs rues sont barrées. On ne peut entrer et sortir d’Exarcheia que par certaines avenues, plutôt larges et très surveillées. La situation prend des allures de guerre civile et rappelle certaines régions du monde. A l’intérieur du quartier, comme dans beaucoup d’autres coins d’Athènes, la musique résonne dans le soir qui tombe : du rock, du punk, du rap, du reggae, des vieux chants de lutte. Dans l’Ecole Polytechnique, on a même installé deux immenses enceintes du côté de l’avenue Patission et on balance ces musiques pour le plus grand bonheur des passants qui nous soutiennent et lèvent parfois le poing ou le V de la victoire tant désirée. D’autres baissent la tête et ne veulent pas y croire, ne veulent pas voir, ne veulent pas savoir, murés dans la prison d’une existence absurde et pauvre à mourir d’ennui, si ce n’est de faim.

Tag Rémi Fraisse

Le spectacle d’un monde à réinventer
Ici, ça dépave, ça débat, ça écrit sur les murs et sur les corps, ça chante, ça s’organise. La fête a déjà commencé ! Certes, elle est encore modeste et incertaine, mais une nouvelle page de l’histoire des luttes est peut-être en train de s’écrire à Athènes et au-delà. Une nouvelle page qui ne pourra s’écrire qu’en sortant de chez soi, par-delà les écrans, les « j’aime » des réseaux sociaux et le spectacle d’un monde tout entier à réinventer. Une nouvelle page qui ne pourra s’écrire qu’ensemble, en se débarrassant de la peur, du pessimisme et de la résignation.

Rester assis, c’est se mettre à genoux.

Yannis Youlountas
membre de l’assemblée d’occupation de l’Ecole Polytechnique à Athènes

Yannis a également envoyé 30 photos sur la situation. Pour les voir, cliquer ici.
 
 Source (article et photos): http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?rubrique31

 

6 mars 2013

Hugo Chávez et la révolution bolivarienne (vidéo )





NO VOLVERÁN



Vidéo 88’36"de 2007 VOSTFR, mise en ligne par  Vive la révolution !

25 janvier 2013

Message de la planète Terre (2)* par Sup Marcos


EUX ET NOUS.


I.  - Les (dé)raisons d’en haut.
II - La Machine en presque deux feuillets.
III - Les Contremaîtres.
IV - Les douleurs d’en bas
V - La Sexta
- - - PS à la Sexta,
VI - Les regards, 1.
    - Les regards. 2 .
    - Les regards. 3 .
    - Les regards. 4.
    - Les regards. 5.
    - Les regards 6.
VII - Les plus petit•e•s
      - Les plus petit.e.s 1.
      - Les plus petit•e•s 2
      - Les plus petit•e•s 3
      - Les plus petit.e.s 4
      - Les plus petit.e.s 5
      - Les plus petit.e.s 6
      - Les plus petit.e.s 7 (dernier)


DESOBEISSANCE CIVILE | jeudi 24 janvier 2013


II - La Machine en presque deux feuillets.

Pasamontanas
« Le passe-montagne est ce qui a permis de rendre visible ceux que l'on avait rendu invisibles : les Indiens mexicains »

Par le Sous-commandant Marcos, janvier 2013

Ainsi parle le vendeur :

« Elle est merveilleuse, « super cool », pour bien me faire comprendre. Elle s’appelle « globalisation néolibérale version 6.6.6. », mais nous préférons l’appeler « la sauvage » ou « la bête ». Oui, un sobriquet agressif, d’initiative très grrr. Oui, ça, je l’ai appris au cours de dépassement personnel « Comment vendre un cauchemar »... mais revenons à la machine. Son fonctionnement est très simple. Elle est autosuffisante (ou « soutenable », comme on dit maintenant). Elle produit, alors là, des profits exorbitants... Quoi ? Investir une partie de ces profits pour atténuer la faim, le chômage, le manque d’éducation ? Mais c’est justement ces carences qui la font marcher aussi bien ! Pas mal, hein ? Une machine qui produit en même temps le combustible dont elle a besoin pour marcher : la misère et le chômage.

Bien sûr, elle produit aussi des marchandises, mais pas seulement. Tenez : supposons qu’on produise quelque chose de parfaitement inutile, dont personne n’a besoin, sans marché, donc. Eh bien non seulement cette merveille produit l’inutile, mais elle crée aussi le marché où cette inutilité se transforme en un article de première nécessité.

Les crises ? Pas de problème, vous n’avez qu’à appuyer sur ce bouton, là... Non, pas celui-ci, c’est celui pour « éjection »... l’autre... oui. Bon, vous appuyez sur ce bouton et, dalann ! vous avez la crise dont vous avez besoin, complète, avec ses millions de chômeurs, ses chars anti-émeute, ses spéculations financières, ses sécheresses, ses famines, sa déforestation, ses guerres, ses religions apocalyptiques, ses sauveurs suprêmes, ses prisons et cimetières (pour ceux qui ne suivent pas les sauveurs suprêmes), ses paradis fiscaux, ses programmes d’assistance avec thème musical et chorégraphie inclus... Bien sûr, un peu de charité sera toujours bien vu.

Mais ce n’est pas tout, maintenant avec votre permission, laissez-moi vous montrer cette démo. Quand vous la mettez en mode « destruction / dépeuplement-reconstruction / réordonnancement », elle fait des miracles. Regardez cet exemple : vous voyez ces forêts ? Non, ne vous en faites pas pour ces indigènes... Oui, ils sont du peuple Mapuche, mais ils pourraient aussi bien être Yaquis, Mayos, Nahuas, Purhépechas, Mayas, Guaranis, Aymaras, Quechuas. Bon, appuyez sur le bouton play et voyez comme les forêts disparaissent (et les indigènes aussi, mais eux, ils comptent pour du beurre), maintenant voyez comme tout se transforme en désert, attendez... ah, voici les machines qui arrivent, et voilà [1] ! : vous avez là le terrain de golf dont vous aviez toujours rêvé, avec sa résidence exclusive et tous les services. Ah, merveilleux, pas vrai ?

Elle comporte aussi un programme de la dernière nouveauté. Vous pouvez cliquer là, où c’est écrit « filtre », et sur votre télé, votre radio, vos journaux et magazines, votre fessebouc, votre touiteur, votre youtoube, apparaissent seulement des psaumes et des louanges pour vous et les vôtres. Oui, ça élimine tout commentaire, tout écrit, image, bruit, toute cette onde négative que ça leur prend d’y coller, à ces prolos anonymes, sales, laids et mauvais... et grossiers, aussi.

Elle a levier au plancher (mais vous pouvez passer sur pilote automatique avec juste un click) ; héliport ; un billet d’avion, non, parce qu’après, il n’y a pas d’endroit où fuir, mais une place sur le premier transbordeur spatial à départ prévu ; elle a aussi son centre commercial super-hyper-méga exclusif ; terrain de golf ; servibar ; yacht-club ; un diplôme de Harvard déjà encadré ; une résidence d’été ; une piste de patins à glace... oui, je sais, qu’est-ce qu’on ferait sans la gauche moderne et ses trouvailles ? Ah, et avec cette merveille, vous pourrez être « en temps réel » et simultanément en n’importe quel point de la planète, c’est comme si vous aviez votre propre et exclusive caisse automatique globale.
Mmh... oui, elle inclut une bulle papale pour vous assurer une place de VIP au ciel. Oui, je sais, mais l’immortalité, nous sommes en train de travailler dessus. En attendant, nous pouvons vous installer comme accessoire (avec un supplément, bien sûr, mais je suis sûr que ce n’est pas un problème pour quelqu’un comme vous) : la chambre de panique ! Oui, vous savez bien que ces vandales ont la prétention de réclamer ce qui leur appartient, sur le modèle de « la terre est à qui la travaille ». Oh, mais ce n’est pas la peine de s’en faire. Pour ça, nous avons des gouvernants, des partis politiques, des religions nouvelles, des « reality shows ». Mais, bien sûr c’est un suppositoire, et si un jour ils ne suffisaient plus ? Par définition, dans les questions de sécurité, aucune dépense n’est de trop. Entendu, je note : « inclure Chambre de Panique ».

Elle comprend aussi un studio de télé, un de radio et une salle de rédaction. Non, ne m’interprétez pas mal, ils ne servent pas à voir la télévision, ni à écouter la radio, ni à lire des journaux ou des revues, ça, c’est pour les pas-grand-chose. Ils servent à produire l’information et le divertissement de ceux qui font marcher la machine. C’est pas génial ?

Quoi ? Ah... bon... oui... j’ai bien peur que ce petit problème n’ait pas été résolu par nos spécialistes. Oui, si la matière première, je veux dire si la foule plébéienne se révolte, il n’y a rien à faire. Oui, peut-être bien que la « chambre de panique » aussi est inutile dans cette situation-là. Mais il ne faut pas tomber dans le pessimisme, pensez que ce jour-là... ou cette nuit-là... est encore très loin. Oui, ce truc de l’optimisme « new age », je l’ai appris aussi au cours de dépassement personnel. Hein ? Quoi ? Je suis licencié ? »
(à suivre)
Depuis n’importe où, dans n’importe lequel des mondes.

Sup Marcos
Planète Terre
Janvier 2013.


-  Sur la lutte du Peuple Mapuche.
[1] En français dans le texte, NdT
Traduit par el Viejo


 

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