13 avril 2020

Au nom du pluralisme, taisez-vous !


Une déclaration d’Acrimed qui invite les économistes à gages, les chroniqueurs et les éditocrates qui depuis trente ans chantent les louanges du libéralisme, à se taire au nom du pluralisme comme de la décence la plus élémentaire.

Voilà trente ans que les libéraux occupent tout l’espace médiatique, chantent les louanges de la mondialisation heureuse, de l’Europe des marchés, et de la baisse des déficits publics.
Trente années que ces zélateurs zélés du capitalisme nous abreuvent de doctrines libérales qui causent les crises, détruisent les emplois et bouleversent le climat.
Trente années qu’ils braillent contre les dépenses de l’État..

  

2 avril 2015

Un OGM lâché sur le Canal du Midi !


Guérir les platanes du Canal du Midi : quand la Recherche cherche avant tout le « buzz » médiatique …

Par François Carbonne, biologiste et élu local du Canal, via Friture Mag, le 1er avril 2015


Depuis fin 2014, plusieurs articles de presse relatent l’initiative d’un groupe d’ étudiants de l’INSA Toulouse (http://2014.igem.org/Team:Toulouse), encadrés par leurs enseignants et des chercheurs de l’INRA, visant à mettre en place un protocole de traitement des platanes atteint par une maladie mortelle (« le chancre coloré »), due à un champignon microscopique.

La maladie du chancre coloré progresse rapidement le long du canal depuis plusieurs années. Cantonnée jusqu’à présent au versant méditerranéen, elle est apparue depuis l’automne 2014 en banlieue toulousaine, créant l’émoi auprès des habitants et des responsables, pour qui les abords du canal présentent un enjeu important en terme d’espace de loisir et de préservation du paysage urbain.
Présenté aux chercheurs du centre INRA en janvier, ce travail et la publicité qui en est faite pose plusieurs problèmes de fond.

– usage potentiellement dangereux d’un OGM
La stratégie choisie est celle de transformer génétiquement une bactérie (Bacillus subtillis) en lui conférant la capacité de fabriquer des fongicides, puis de l’introduire dans l’arbre, dans l’objectif de tuer le champignon du chancre coloré présent dans le bois. Fondamentalement, l’introduction de telles bactéries est potentiellement dangereuse pour l’environnement. Elles appartiennent à une espèce très courante et peuvent conférer cette capacité de proche en proche à d’autres bactéries voire à d’autres micro-organismes si cela leur donne un avantage adaptatif. La présence d’eau est un facteur aggravant dans la propagation potentielle d’organismes dangereux.
De plus, s’il existe de nombreux champignons pathogènes, d’autres espèces de champignons vivent en symbiose au niveau des racines des plantes et leur sont bénéfiques. C’est le cas du blé et du tournesol qui poussent en bordure du canal.
L’agriculture pourrait donc être affectée par la dissémination d’une bactérie capable de tuer des champignons de façon non-spécifique.
interdiction réglementaire

Ces risques expliquent en général l’interdiction par la loi du « lâcher » d’ OGM en milieu naturel. Or les promoteurs de cette technique avouent sans honte avoir des contacts avec le ministère/ Législateur pour obtenir des dérogations, alors que les gardes fous techniques ne sont pas en place…
En attendant, le procédé qu’ils envisagent reste interdit.

Efficacité à prouver

Si quelques expériences conduites en quelques mois d’été ont effectivement montré des résultats intéressants, ils ont été obtenus en « tubes à essai ». Chaque scientifique sait très bien que ce genre de recherche appliquée nécessite des années voire une dizaine d’années d’expériences, de répétitions, de validations, de transpositions (comment injecter dans un platane centenaire ?). Or le chancre coloré va « miter » malheureusement ce bel alignement d’arbres dans un premier temps, avant de connaître un développement exponentiel. Même si LE remède était trouvé rapidement, les platanes survivants et guéris devraient être abattus. En effet, l’objectif est de reconstituer le monument classé qu’est le canal par la plantation d’un alignement d’arbres identiques ( au niveau de l’« essence jalon ») . La « Commission supérieure des sites, perspectives et paysages » l’a décidé.

Manipulation de la formation et de l’information

On pourrait s’attendre à ce que des chercheurs et enseignants expérimentés sachent canaliser l’enthousiasme bien naturel d’élèves ingénieurs lors du développement de leur « plan de com ». On pourrait même imaginer que l’enseignement de l’objectivité, de l’approche systémique d’un problème et de la pondération, fasse partie du cursus. Visiblement ce ne fut pas le cas : à aucun moment le mot OGM n’a été prononcé lors des rendez vous « presse », et l’impossibilité juridique de cette « solution » n’a pas été évoquée. Pire, le procédé est présenté par les auteurs comme une « alternative biologique permettant de lutter contre le champignon » …. Le fait d’entretenir une ambiguïté sur le sens du mot biologique en dit long sur la rigueur scientifique.

– volonté de se servir du platane comme « cheval de Troie » de l’industrie OGM ?

Il est légitime de se poser la question sur le sens de cette désinformation. Si une certaine naïveté peut être attribuée aux étudiants, les encadrants ne peuvent ignorer que la mise en avant d’une cause « sympathique » peut permettre d’enfoncer un « coin » dans les pratiques et la réglementation des OGM en France. Ce projet a été primé au « concours international de machines [biologiques] génétiquement modifié » (IGEM) aux USA. L’IGEM souhaite développer la biologie synthétique dont le but est de construire des organismes accomplissant des fonctions biologiques, à partir d’assemblage de séquences d’ADN prélevées dans des organismes existants ou fabriquées de façon artificielle. Les êtres vivants sont vus par les tenants de cette approche, en provenance des États-unis, comme de simples machines qu’il faut élaborer, à des fins souvent mercantiles. Ils ont déjà réussi à fabriquer la première bactérie artificielle…et tentent de la breveter ! Beaucoup de chercheurs opposent des arguments de bioéthique à cette approche, ce qui n’a pas semblé déranger les responsables de ce projet.
En conclusion, cette initiative peut présenter un intérêt en recherche fondamentale, et a sûrement été formatrice pour ces étudiants. Mais ils ont suscité un emballement médiatique qui diffuse l’idée, fausse, que le remède à la maladie du platane est en passe d’être trouvé. De plus, les risques pour l’environnement sont volontairement occultés, ce qui pose la question des contrôles que la société peut mettre en place contre les apprentis sorciers, si enthousiastes et sympathiques soient ils.
 
  

9 juin 2013

Ils sont fous ces « antifas », par Etienne Chouard


28 mai 2013, par Etienne Chouard

De plus en plus dingue et confus : des prétendus « antifas » dénoncent , avec ce courage très anonyme des corbeaux professionnels, les personnalités et mouvements suivants :

- Frédéric Lordon
- ATTAC
- Le Monde diplomatique
- Alain Gresh
- les Économistes atterrés
- Thomas Coutrot
- René Balme
- Reopen911
- la CGT
- Le Front de Gauche…

Le texte « antifa » (enfin, soi-disant antifa) que je reproduis ci-dessous répond à un article (formidable) de Frédéric Lordon que j’avais signalé ici :

F. Lordon : « Conspirationnisme : la paille et la poutre » – Jean Quatremer voit des complots partout

Cet article « antifa » est un collier de perles de sottises (agrémentées de pépites de mensonges), un véritable objet d’étude de ce qu’on pourrait appeler ‘complotisme’, précisément — même si, pour ma part, je n’utilise jamais ce mot car je considère ESSENTIEL POUR L’AUTODÉFENSE D’UNE DÉMOCRATIE DIGNE DE CE NOM que tous les citoyens (y compris de faux antifas) puissent à tout moment dénoncer librement les complots, quitte à se tromper (peu importe : on y verra clair à l’occasion des controverses publiques) ; ça s’appelle l’ISEGORIA.

Ils serait temps que les vrais antifas se désolidarisent des fous furieux qui se font passer pour eux, qui détestent la patrie et qui voient des complots fascistes partout, non ? Sinon la dénonciation par un « antifa » va bientôt finir par devenir une vraie légion d’honneur, décernée aux seuls vrais défenseurs de la patrie, contre les ultrariches (toujours apatrides) du moment.

Ceci dit, il faut quand même reconnaître qu’on a ici du grain à moudre pour comprendre leur raisonnement (foireux).

Bon courage à tous les résistants. (...)

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21 avril 2012

Mélenchon, cible des éditocrates

Agoravox | 20 avril 2012

M. Delapierre, directeur de campagne du Front de Gauche, revient sur le traitement médiatique de la campagne de Jean Luc Mélenchon

"Mélenchon : un croisement entre un singe et un... par PlaceauPeuple

La performance historique du rassemblement de Toulouse a été un tournant dans le traitement médiatique de la campagne du Front du Gauche

Alertés par la dynamique populaire pouvant mettre à mal le candidat PS, nouvelle coqueluche de l’oligarchie, les éditocrates et les grands médias ont pris pour cible Mélenchon. Y compris en puisant allègrement dans l’argumentaire d’extrème droite pour diaboliser leur adversaire.

La preuve est faite que Marine le Pen leur manque comme "3e homme" : elle leur permettait de déverser tout le mépris qu’ils ont du peuple en se donnant à bon compte une figure de résistants.

Ce tir de barrage a constitué un viol de l’éthique journalistique comme en témoigne la une du monde faisant de la désinformation sur l’adhésion massive des jeunes au programme de Marine le Pen (enquête réalisée à peine sur 300 personnes en dehors de toute rigueur statistique) au moment même où elle était en difficulté. On a agité l’épouvantail pour faire rentrer les électeurs dans le rang.

7 août 2011

L’ennemi obscur est parmi nous (Il Manifesto)

Il Manifesto | via le Grand Soir

par Manlio DINUCCI

De petits faits de chronique en événements dramatiques, tout démontre combien a pénétré l’idée qu’une obscure menace pèse sur nous citoyens des grandes démocraties occidentales. La guerre froide finie, ne pouvant plus soutenir l’existence d’une menace communiste (exemplifiée par Reagan comme « l’empire du mal »), il fallait en trouver immédiatement une autre afin que les Etats-Unis et l’OTAN puissent poursuivre leur course aux armements et leurs politiques de guerre. Et voici que pointe la menace du terrorisme arabo-musulman, l’ennemi obscur qui se cache dans les angles sombres de la terre, selon la définition que son think tank a soufflé au président Bush après les attentats du 11 septembre ( ceux-là, oui, fruit d’obscures trames de services secrets). On s’adresse au grand public, explique Noam Chomsky, comme à des enfants, en usant de personnages et d’intonations infantiles, de façon à susciter des émotions et non des réflexions. Il faut reconnaître que cette technique du grand méchant loup, potentialisée par les media, fonctionne remarquablement en créant de véritables hallucinations collectives. A Pise, une fille dénonce avoir été violée par trois Nord-africains : immédiatement le maire Filippeschi (membre du Partito democratico aujourd’hui dans l’ « opposition » au Parlement, NdT), demande au ministre Maroni (membre de la Lega del Nord, parti de gouvernement avec des positions séparatistes, NdT) plus de forces de police pour la sécurité de la ville, tandis que le Conseil municipal décide à l’unanimité de se constituer partie civile contre les responsables du viol. En réalité, découvre-t-on, ce viol a été inventé par la fille en crise existentielle, mais avec les idées assez claires pour l’attribuer, afin de le rendre crédible, à de fantomatiques Arabes nord-africains. Même phénomène, à une échelle bien plus dramatique, à Oslo. Le massacre est immédiatement attribué au terrorisme arabe musulman. Ceci transparaît dans les premières déclarations officielles : le président Napolitano condamne l’acte terroriste en rappelant l’engagement pour la paix, alors que le président étasunien Obama en appelle au monde entier pour arrêter ces actes de terreur. Plus explicite encore est le président de l’UE Van Rompuy, qui relie l’attentat terroriste au fait que la Norvège rend un bon service à la paix dans les régions les plus instables de la planète (en participant aux guerres en Afghanistan et en Libye). La Norvège - commente le journal britannique The Sun - a ouvert ses portes à des milliers d’immigrés musulmans, qui ont créé un terrain fertile pour le terrorisme. On trouve sur cette même ligne la majorité des journaux italiens. Depuis longtemps - confirme Guido Olimpio sur le Corriere della Sera - la Norvège est dans la ligne de mire du terrorisme d’Al Qaeda. Al Qaeda attaque, annonce Libero. Ce sont toujours eux, ils nous attaquent - dénoncent Il Giornale avec un éditorial de Fiamma Nirenstein (députée du Popolo della libertà, le parti de Berlusconi, et présidente du Conseil international des parlementaires juifs, NdT) - en soulignant qu’avec l’Islam le bonisme ne paye pas. Alberto Flores D’Arcais explique sur le Tirreno qu’il y a une autre possibilité, plus inquiétante encore : que les attentats d’Oslo soient la première démonstration que les menaces de Kadhafi contre l’Europe n’étaient pas seulement des paroles en l’air mais cachaient un terrible et réel projet. La bulle de savon de la matrice arabo musulmane éclate tout de suite : l’auteur du massacre est un Norvégien, lié à la franc-maçonnerie et à des milieux pro-sionistes, qui hait les Arabes et l’Islam et a voulu punir son pays de trop céder à leur égard. En attendant, cependant, on a raconté aux lecteurs-petits-enfants que c’est Kadhafi qui menace l’Europe et qu’il est donc juste de bombarder la Libye pour arrêter le grand méchant loup qui veut nous dévorer.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 2 août 2011 de il manifesto

www.ilmanifesto.it

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

7 juillet 2011

Ryuichi Hirokawa a tout vu à Fukushima


En septembre 1982, ses photos des massacres de Sabra et Chatila font le tour du monde. Le 13 mars 2011, bravant les interdits, Ryuichi Hirokawa est l'un des premiers journalistes à se rendre sur les lieux de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Itinéraire d'un photographe pacifiste devenu reporter de guerre, en colère contre l'horreur et le mensonge.
FukushimaRyuichi Hirokawa dans les locaux du Days Japan, le mensuel qu'il a fondé en 2004. Photo : Jérémie Souteyrat.« Tous les voyants étaient dans le rouge. Dans la zone de Futaba, les aiguilles du compteur Geiger que j'emporte avec moi depuis l'époque de Tchernobyl indiquaient des niveaux de radioactivité que je n'avais encore jamais vus, même dans les zones les plus irradiées !
Or il y avait des tas de gens dans les rues ; des familles avec des enfants venus récupérer des vêtements, des objets ou de quoi se nourrir. C'était surréaliste. Après avoir évacué les habitants, les autorités les avaient laissés revenir, en affirmant qu'il n'y avait plus rien à craindre. Alors j'ai posé mon appareil photo et j'ai crié à tous ceux que je croisais de remonter tout de suite dans leurs voitures et de filer le plus loin possible... »

Le 13 mars 2011 au matin, deux jours à peine après le tremblement de terre et le tsunami, Ryuichi Hirokawa fait partie des tout premiers journalistes à entrer dans Futaba, la ville la plus proche de la centrale nucléaire de Fukushima, trois kilomètres à peine. Familier des catastrophes nucléaires, le photographe japonais, qui a déjà couvert Tchernobyl et Three Mile Island, a tout de suite flairé la gravité de la situation. Et contrairement à ses confrères des chaînes télé et des grands quotidiens nippons, ce vétéran du métier n'est pas du genre à attendre la permission pour se rendre sur place.

“Aujourd'hui, les télés et les quotidiens japonais ne forment plus des journalistesmais de bons et loyaux employés.”Ryuichi Hirokawa

« Sous prétexte d'observer les règles de sécurité, les journalistes japonais n'ont pas fait leur boulot. Pendant longtemps, ils n'ont même pas osé pénétrer dans le périmètre autorisé aux habitants, ils sont restés bien à l'extérieur. Aujourd'hui, les télés et les quotidiens japonais ne forment plus des journalistes mais de bons et loyaux employés. Les jeunes gens ardents et motivés font peur et passent rarement le cap des entretiens d'embauche. Les administratifs ont pris le pouvoir et ne veulent rien qui puisse indisposer les annonceurs. Evidemment, on n'empêche pas les journalistes d'enquêter, mais s'ils sont jugés trop sensibles, leurs sujets ont peu de chances d'être publiés ou diffusés. » Ryuichi Hirokawa, 67 ans, parle posément, d'une voix douce, même lorsqu'il se dit « très en colère » contre le gouvernement et les médias japonais. On sent pourtant chez lui une détermination puissante, monolithique – comme celle qui émane de ces blocs de pierre noirs et polis que les Japonais posent à l'entrée de leurs villages.
De toute évidence, l'investigation n'est effectivement pas la spécialité des grands médias nippons : ces lourdes machines ne mobilisent leurs énormes moyens et leurs armées de journalistes que lorsque les « affaires » sont déjà bien lancées. Pour allumer la mèche, il y a presque toujours ce que l'on nomme ici les « mini commi », littéralement des « petits médias », une nébuleuse de blogs, de journaux locaux et de journalistes free lance capables de mener des enquêtes au long cours. De petits tirages, mais une réactivité et une liberté de ton étonnantes au pays du consensus.

“Il faut montrer que la guerre est sale, les catastrophes inhumaines, et qu'au milieu de tout cela, les gens souffrent, meurent.”

De cette ébullition émergent quelques titres, comme l'hebdomadaire contestataire Kinyobi, ou encore le magazine créé et dirigé par Ryuichi Hirokawa, Days Japan. Lancé en 2004, ce mensuel est un ovni dans la presse nationale. Le magazine s'est donné pour mission de montrer aussi bien ce qui magnifie la dignité humaine et le respect de la nature, que ce qui lui porte gravement atteinte. Dédié aux reportages, Days Japan est sur tous les « fronts » de la planète, partout où ça va mal : conflits, catastrophes, épidémies, drames sociaux, sort des réfugiés, des laissés-pour-compte... Avec ses textes concis et délibérément factuels, le journal fait la part belle aux images, avec des photos fortes... et parfois insoutenables. « La puissance d'une scène ou d'un visage ne doit jamais primer sur les circonstances dans lesquelles les photographies ont été prises. Je fais extrêmement attention au contexte ; en revanche, lorsque je suis sûr de leur provenance, je n'hésite jamais à publier des images choquantes. Il faut montrer que la guerre est sale, les catastrophes inhumaines, et qu'au milieu de tout cela, les gens souffrent, meurent. Tout ce qui banalise les conflits ou leur donne une dimension héroïque est à proscrire. »


Le photographe en mars 2011 à Futaba, à 3 kilomètrs de Fukushima. Armé de son compteur Geiger, et alarmé par les niveaux de radioactivité, il crie aux habitants de s'enfuir. Photo : Ryuchi Hirokawa.Tiré à vingt-cinq mille exemplaires, distribué dans certaines librairies spécialisées, Days Japan ne touche pas un large public ; mais ses lecteurs, des universitaires, des étudiants et des Japonais cosmopolites, lui sont très attachés. L'année passée, alors que le journal menaçait de déposer son bilan, ils se sont mobilisés pour le soutenir financièrement. « Aujourd'hui, tout va bien », assure Hirokawa dans la grande pièce encombrée qui lui sert à la fois de bureau et de salle de rédaction. Son éternelle baseball cap noire vissée sur la tête, le photographe balaie du regard les deux écrans d'ordinateur, les bibliothèques qui débordent, les photos en vrac et l'antique compteur Geiger qui l'entourent. Une petite dizaine de collaborateurs s'affairent, invisibles, dans une autre pièce.Installé dans une petite rue bruyante et commerçante de Meidaimae, un quartier étudiant de l'ouest de Tokyo, Days Japan, à l'évidence, ne vit pas sur un grand train. Cela ne semble pas freiner Hirokawa, qui multiplie les initiatives en créant un prix international de la photo de presse, ou en mettant sur Internet – en japonais et en anglais – des versions numériques de son magazine. Hirokawa s'enorgueillit que son journal soit fréquemment brandi à la Diète (le parlement nippon) par des députés qui interpellent le gouvernement. Certains numéros comme ceux consacrés aux malades japonais du sida ou bien, en août 2007, à l'affaire des « femmes de réconfort » (ces civiles enrôlées de force pendant les guerres dans les bordels ambulants des armées en campagne) ont eu un retentissement énorme dans l'archipel et au-delà. « L'argent n'est pas une fin en soi. Ici, il sert surtout à rémunérer correctement les photojournalistes, à leur permettre de poursuivre leurs activités. Les photographes ont de moins en moins de débouchés dans les grands médias et, sur Internet, ils sont très mal payés. C'est aussi pour cela que j'ai créé ce journal. Les gens ne se rendent pas compte à quel point ce métier est important ; une seule photo, pourtant, peut changer le cours de l'histoire. »

En quarante ans de carrière, Hirokawa a lui-même réalisé quelques-unes de ces images-clés. En septembre 1982, dans les camps de Sabra et Chatila, où il est le premier journaliste étranger à pénétrer et découvrir les corps massacrés de centaines de Palestiniens. Ses photos de l'horreur font le tour du monde, lui valent plusieurs récompenses et une solide reconnaissance. Sa présence au Liban en pleine offensive de Tsahal ne doit rien au hasard. Hirokawa entretient avec Israël une relation forte et singulière, qui remonte aux années 1960. A l'université Waseda, à Tokyo, il participe alors activement aux manifestations et aux émeutes étudiantes. Le jeune homme, qui vient de lire Les Chemins de l'utopie, de Martin Buber, part en Israël à la recherche de la société idéale, passe trois ans dans différents kibboutz, apprend l'hébreu... et rencontre sa première épouse, une Israélienne d'origine française avec laquelle il aura deux enfants. « Je suis arrivé juste avant la guerre des Six-Jours et j'ai partagé l'immense liesse qui a accompagné la victoire contre les Arabes. Mais dans les jours qui ont suivi, je me suis posé des questions. Cette flambée de nationalisme et surtout le peu de cas qui était fait des victimes de l'autre camp me laissaient songeur. Et puis, j'ai découvert que les ruines dont personne ne voulait me parler dans le kibboutz étaient celles d'un ancien village palestinien évacué de force et rasé en 1948. »

“Les Etats qui provoquent des atrocités ont toujours tendance à minimiser, à dissimuler. Il appartient aux journalistes de les mettre devant leurs responsabilités.”

Dès lors, l'étudiant japonais se rapproche du Matzpen, le parti d'extrême gauche israélien qui conteste la politique d'occupation et de colonisation. Hirokawa se met à recueillir les témoignages des populations déplacées ; un énorme travail de collecte qui nourrira plusieurs ouvrages ainsi que le monumental Nakba, 1948, un coffret de trente DVD consacré à la question palestinienne, sorti en 2008. L'homme, qui se défend d'avoir la moindre sympathie pour le Hamas, n'a pourtant pas bonne presse en Israël. « Quand j'ai critiqué la politique du gouvernement, on m'a accusé d'être antisémite, ce qui est injuste et malhonnête. Israël est mon université, ma patrie intellectuelle, c'est là où j'ai vraiment commencé à réfléchir, où je me suis trouvé. J'y aime l'esprit des gens, leur diversité tant culturelle que religieuse. En revanche, j'ai horreur des colons et de leur mentalité. Je suis né à Tianjin, en Chine, en 1943, mon père était un colon japonais. Alors je sais pertinemment ce que le colonialisme induit comme pensées et comportements déviants, tordus... La domination d'un pays par un autre finit invariablement par la haine et l'autodestruction de l'occupant comme de l'occupé. »

Pacifiste devenu reporter de guerre, Hirokawa suit tous les conflits majeurs au Moyen-Orient (Liban, intifadas, Irak, Afghanistan), en franc-tireur et avec le même leitmotiv. « Les guerres modernes mettent aux prises des superpuissances et des populations civiles. Les faits d'armes ne m'intéressent pas ; moi je vais voir ceux que la guerre transforme en victimes, les enfants, les réfugiés, les blessés... Je tiens à montrer ce qu'il y a derrière le terme bien commode de “dégât collatéral”. Les Etats qui provoquent ces atrocités ont toujours tendance à minimiser, à dissimuler. Il appartient aux journalistes de les mettre devant leurs responsabilités. »

“Il est impossible de faire ce métier en restant extérieur. Même si je ne peuxpas aider tous les enfants, cela vaut toujoursmieux que de rester les bras croisés.”

Mission, devoir, rigueur, voilà pour l'esprit. La lettre, en revanche, est tout autre. Au fil des années, Hirokawa perd sa distance devant la souffrance des autres. De plus en plus souvent, il pose son appareil et réagit davantage en secouriste qu'en photographe. Il fonde des associations pour aider les orphelins palestiniens et les enfants malades de Tchernobyl, en adopte plusieurs et trouve des familles japonaises pour financer leur éducation et leurs soins médicaux. « Il est impossible de faire ce métier en restant extérieur. Pour moi, les deux activités ne sont pas incompatibles, souvent même l'une nourrit l'autre. Et puis, même si je ne peux pas aider tous les enfants, même si ce n'est pas grand-chose, cela vaut toujours mieux que de rester les bras croisés ou se contenter de photographier des morts. »
Fukushima est son nouveau combat. Il ne cesse de faire des allers-retours, vient d'y consacrer un brûlot (Centrales nucléaires : un marché violent et sans fin) et multiplie les prises de parole publiques pour tancer l'immobilisme des autorités et leur gestion calamiteuse de la crise. Sur le terrain, il travaille avec la Criirad (organisme de recherche sur l'énergie nucléaire, français et indépendant) à l'installation de centres de mesure de la radioactivité destinés aux habitants de la région de Fukushima. Il lève aussi des fonds pour assainir les cours de récréation et les terrains de jeu ; par crainte de la contamination, les élèves doivent en effet rester confinés dans leurs classes... « Nous sommes bien obligés de faire ce que le gouvernement n'a toujours pas fait. » Quand on évoque sa santé, Hirokawa hausse les épaules : « Vous savez, la peur n'évite pas le danger, je suis allé plus de cinquante fois à Tchernobyl, j'ai 67 ans, à mon âge, radiations ou pas, j'ai toutes les chances de développer une maladie dans les années qui viennent, alors... »

Source : Stéphane Jarno Télérama n° 3207

18 mars 2011

Nucléaire : EDF a falsifié des données sismiques pour économiser sur la sûreté

L'Observatoire du nucléaire révèle un véritable scandale : en 2003 (la situation est restée la même depuis), EDF a falsifié des données sismiques afin de s’éviter des travaux onéreux… et pourtant indispensables pour la sûreté des centrales nucléaires.

Il faut savoir que, si le risque sismique est moindre en France qu'au Japon, la résistance des centrales françaises est, elle aussi, moindre... donc le danger est le même. Chaque centrale est théoriquement dimensionnée par rapport au risque sismique qui la concerne. Nous disons bien "théoriquement"...

En effet, par un courrier du 17 juin 2003, diffusé aujourd'hui par l'Observatoire du nucléaire, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a couvert EDF en lui donnant raison contre l’avis des experts de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), tenus au silence.

Les données sont accablantes et concernent 32 des 58 réacteurs français :
- Chinon (Indre et Loire) : EDF a baissé d’office la valeur de l’intensité des séismes de référence. Il s’agit là d’une falsification aussi incroyable que grossière.
- Belleville (Cher) : EDF s’est autorisée à prendre comme référence un séisme datant de 1079 pour lequel il existe très peu de données, écartant le séisme de référence (de 1933) qui impliquait des mesures plus contraignantes.
- Blayais (Gironde) : les chiffres d’EDF sont trois fois moins contraignants que ceux de l’IRSN. Or André-Claude Lacoste, directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire donne raison à EDF sans se justifier. Idem pour Saint-Laurent des Eaux (Loir-et-Cher)
- Plus généralement, EDF a redéfini à sa manière les zones sismiques afin de ne pas avoir à tenir compte de certains séismes.
- Les centrales de Dampierre (Loiret), Bugey (Ain), Fessenheim (Haut-Rhin), Civaux (Vienne), Saint-Alban (Isère), Golfech (Tarn-et-Garonne), Nogent (Aube) et Chooz (Ardennes) également mises en cause.

Les documents que nous publions montrent que c'est par des actions de "lobbying" et de "contre-feux" que EDF a pu contraindre l'ASN à lui donner raison au détriment des ingénieurs de l'IRSN.
C'est ainsi que EDF a économisé 1,9 milliards d'euros de travaux de remise à niveau de ses centrales nucléaires par rapport au risque sismique, travaux qui auraient été obligatoires si les chiffres de l'IRSN avaient été pris en compte.

Ironie de l'Histoire, au moment où cette affaire a été étouffée par l'Autorité de sûreté française (en 2003), 15 réacteurs nucléaires japonais étaient fermés administrativement suite à la falsification par l'électricien TEPCO (propriétaire des réacteurs actuellement en perdition à Fukushima) de documents concernant la sûreté. Il aurait fallu en faire de même, c'est à dire fermer au moins 32 réacteurs en France... Il en est encore temps !

http://observ.nucleaire.free.fr/falsification.htm
via lepost.fr 
voir aussi la vidéo en bas de la page (La vidéo du moment)

19 janvier 2011

Contre-pub

Janvier 2011 : impossible d’échapper au nouveau spot publicitaire d’AREVA dont 1 500 spots TV sont diffusés sur 30 chaînes TV.
Une campagne de propagande mondiale de 20 millions d’euros de promotion du nucléaire, payée par les contribuables puisque l’État est actionnaire à 90 % d’AREVA.




Lire le Communiqué de Presse du Réseau Sortir du Nucléaire...

21 mars 2010

Etranges manières de compter ou de conter chez Rue 89…

Yvette Guevara   

A La Macarena, petit village colombien situé 200 kilomètres de Bogota, deux mille cadavres des dissidents assassinés pendant le conflit armé et les périodes de nettoyage qui ont suivi, viennent d’être découverts. Deux mille êtres humains inhumés dans le plus terrible anonymat par les commandos d’élite et les forces gouvernementales. 2000 personnes ! C’est la plus grande fosse commune de l’histoire récente d’Amérique latine.
Hélas, il y n’a pas un seul cri d’indignation parmi les grandes voix de la presse. Peut-être l’horreur a-t-elle laissé en état de choc les reporters d’Amnesty International ou les dits journalistes de Reporters Sans Frontières ?

suite  blog de Michel Collon... 

5 février 2010

Mega Médias Circus: propagande, désinformation, mensonges et silences

Par emcee le mardi 26 janvier 2010 - Dans l'enfer de l'Ultralibéralie

 Les grands médias étasuniens sont passés maîtres en matière d'informations partiales et de désinformation généralisée dans le but d'imposer la propagande officielle et d'anesthésier la vox populi.
La recette est simple: les médias dominants sont rachetés par des grands groupes financiers, qui, eux-mêmes, s'achètent les bons services de journalistes grassement payés qu'ils tiennent par la barbichette (enfin, pour faire poli). Les manants, eux, sont abreuvés d'infos inutiles - en général mensongères, ou qui occultent la cause des problèmes - et d'images tapageuses, voire nocives.
Ce qui s'est passé pour le tremblement de terre à Haïti devrait ouvrir les yeux et faire se poser des questions aux sceptiques.
Mais, sur ce coup-là, c'est moi qui le suis. Ils sont forts ces médias: ils arrivent à faire tout gober sans que la majorité de la population ne remette en cause la véracité de propos pourtant bien peu crédibles. (...)

lire la suite sur Des Bassines et du Zèle

 

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