2 mars 2013

Un chouchou des médias s’en va



Fakir | Par Antoine Dumini, François Ruffin | 1er/03/2013

Un « Monti français » : voilà ce que réclamait en chœur la presse française, durant la présidentielle. Il nous fallait le même : un technocrate, menant une franche austérité, sans souci du peuple. Hollande est peut-être en train de réaliser leur rêve : avec en vue le même résultat politique ? 
(exclusivité édition électronique)
C’était en novembre 2011 : Silvio Berlsuconi était mis à la porte sous la pression des marchés. La presse adoubait alors son nouveau chouchou : le sauveur de l’Italie, Mario Monti, ou plutôt « Super Mario » voire « The Full Monti ». 

Il était, d’après Le Monde, « la solution idéale pour rassurer les marchés et engager les réformes nécessaires », Mario Monti se disait prêt à effectuer « des choix impopulaires ». Il n’avait pas pris la peine d’être élu, il s’apprêtait à devenir « impopulaire » : voilà qui, pour nos médias, démontrait non du mépris pour le peuple, mais un « grand courage politique ».
Au-delà de son programme, il méritait l’admiration : son attitude, subtile « mélange de sobriété et de rigueur publique », « ses bonnes manières et le style d’homme normal n’en finissent pas d’étonner les Italiens ».
Le nouveau gouvernement en place se donnait pour objectif : « d’assainir la situation financière et de reprendre le chemin de la croissance dans un contexte d’attention accrue à la justice sociale ».
Un fourre-tout bien emballé. S’annonçaient en fait suite des « sacrifices » : un plan de rigueur de 60 milliards d’euros sur trois ans, passant notamment par la réforme des régimes de retraites et une plus forte flexibilité du marché du travail. Voilà qui était excellent.
La Bourse, de son côté, saluait ces première mesures, « tout cela va vers plus de crédibilité pour le gouvernement italien », soulignait alors Bertrand Lamielle, de B*Capital.

Un « Monti français »

C’était tellement de bonheur que, durant la présidentielle, les commentateurs des Échos au Figaro n’aspiraient qu’à trouver un « Monti français ».
C’était le modèle à suivre : il est vrai que le « Professore » plafonnait alors dans les sondages.
Il a rapidement dévissé.
L’économie italienne également, entrée grâce à lui en franche récession.
Un échec patent.
Et néanmoins, les médias français ont continué de le célébrer ! Pour le Nouvel Économiste, un « Monti français » « provoquerait un choc et une prise de conscience salutaire ». Cette homme serait même « un lointain descendant de Pierre Mendès-France – qui manque toujours à la gauche française ». Mais au-delà de l’homme providentiel c’est le régime politique même de la France qui gênerait ces réformes : « qui passent mieux – quoi qu’on en dise. Parce qu’il n’y a pas d’élection présidentielle ! ». La démocratie, quelle plaie !
En septembre déjà le Figaro, avec un brin de tristesse, titrait « Si Monti était français... ». Le quotidien était impressionné qu’en « neuf mois de présidence du Conseil italien, Mario Monti s’était forgé une incontestable stature d’homme d’État, unanimement respecté en Europe » saluant au passage « son courage politique qui impressionne ».
Début février, dans un rapport de 95 pages, l’« Institut de l’entreprise » voyait toujours en cette Italie « un cas d’école pour la France de demain ». « La voie italienne » aurait ainsi beaucoup d’enseignements pour François Hollande, avant de regretter, ici, « les engagements “de gauche” qui pèsent sur les comptes de la Nation, style arrêt du “un sur deux” pour le non-remplacement des fonctionnaires ».


Une austérité envers et contre tous

Le désastre était pourtant indéniable.
Dès juillet 2012, les associations recensaient 49 suicides pour raisons économiques depuis le début de l’année. En avril, l’ancien juge Antonio Di Pietro avait même accusé directement Mario Monti, d’avoir « les suicides sur la conscience », avec sa politique d’austérité. Le chômage atteignait son plus haut niveau depuis 2004.
Les chiffres communiqués par le Ministère de l’Intérieur, indiquaient, eux-aussi, une plus grande précarité sociale. Celle-ci poussait au larcin, avec une augmentation vertigineuse de 21 % (presque 60 % à Forli) des cambriolages de magasins en 2012.
Le Corriere Della Sierra écrivait alors : « Quand on a faim et que l’argent manque, tout est bon à prendre » avant de détailler les butins « grilles d’égout, décorations dans les églises, pastèques, fromages, poules, haricots... ».
Sur le plan politique, le Mouvement cinq étoiles remportait en mai les municipales à Parme, capitale de l’industrie alimentaire et siège de multinationales comme Parmalat ou Barilla.

Aucun changement de stratégie pourtant.
Les réformes continuèrent dans tous les domaines et notamment la santé. Ainsi, en août 2012 le Parlement italien vota un décret-loi prévoyant « la réduction d’ici trois mois de 7 000 lits dans les hôpitaux régionaux » et qui ouvrait « la voie à un redimensionnement de l’administration publique avec une réduction de 20% des postes de dirigeants publics et de 10% du personnel non dirigeant ».
En octobre, on rempila pour une dose d’austérité : « estimées à 10-12 milliards d’euros, et qui comprennent principalement une hausse d’un point de la TVA à partir du 1er juillet, une baisse d’un point du taux d’imposition sur les revenus des ménages des deux tranches imposables les plus basses et des coupes budgétaires de 3,5 milliards d’euros, en particulier dans le secteur de la santé ». S’y ajoutant « des mesures d’économie pour les administrations publiques, comme une réduction de l’éclairage public, et des contrôles renforcés sur leurs finances ainsi que des incitations financières pour favoriser la productivité ». « Les mesures annoncées par le gouvernement Monti sont un coup très dur aux services publics et montrent que le gouvernement entend mettre en pièce notre système de sécurité sociale », s’insurgeait alors un collectif de syndicalistes.

Des adieux difficiles

C’était l’impasse.
Le 9 décembre 2012, Mario Monti annonça sa démission prochaine de la présidence du Conseil italien, et la tenue d’élections anticipées.
Cette décision suscita une vague de stupeur dans les médias français.
« Le départ de Mario Monti inquiète l’Europe » titrait alors l’article du Monde, signalant notamment que « les marchés se montraient particulièrement nerveux ».
Le Nouvel Observateur rendait hommage à un « super technicien, qui a surpris l’Europe par son sérieux, son sens de la diplomatie et sa conception intransigeante de l’exercice du pouvoir ».
Libération salua ses « réformes d’envergure », « importantes », sur les retraites ou la libéralisation du marché du travail ayant permis de « rétablir la crédibilité internationale de l’Italie ».
Et cette « crédibilité » n’a pas de prix : qu’importe qu’elle soit payée en années de récession, de chômage, de casse sociale.

Poulain des médias et des marchés, Mario Monti ne remporta qu’environ 10% des voix dans chaque chambre, loin derrière ses principaux rivaux.
Une parenthèse « technique » se referme donc. Place à la détestable incertitude politique. Et au « populisme »...
Les « Monti français », « espagnols », « portugais », etc., savent désormais quel sort leurs réservent les futurs scrutin : la déroute.

(exclusivité édition électronique)

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Grèce: "La rage"


Nos analystes globaux… estiment que la « crise » se propage alors comme une maladie, d’un pays à l’autre. Depuis la France, des amis et lecteurs du blog décrivent une situation qui à leurs yeux paraît de plus en plus alarmante : les nouveaux mendiants parisiens qui s’exprimeraient à la manière des cadres moyens, le parlé vrai de certaines statistiques récentes sur la criminalité qui repartirait en hausse, les appartements de certains amis franciliens qui se font cambriolés comme les nôtres ici et j’en passe. Et surtout, ce chômage, devenu incontournable. Chez nous, cela relève déjà du fait accompli, le coup est comme on dit « acquis » et « encaissé », y compris, pour ce qui est des mutations dans les représentations politiques.

7 août 2011

L’ennemi obscur est parmi nous (Il Manifesto)

Il Manifesto | via le Grand Soir

par Manlio DINUCCI

De petits faits de chronique en événements dramatiques, tout démontre combien a pénétré l’idée qu’une obscure menace pèse sur nous citoyens des grandes démocraties occidentales. La guerre froide finie, ne pouvant plus soutenir l’existence d’une menace communiste (exemplifiée par Reagan comme « l’empire du mal »), il fallait en trouver immédiatement une autre afin que les Etats-Unis et l’OTAN puissent poursuivre leur course aux armements et leurs politiques de guerre. Et voici que pointe la menace du terrorisme arabo-musulman, l’ennemi obscur qui se cache dans les angles sombres de la terre, selon la définition que son think tank a soufflé au président Bush après les attentats du 11 septembre ( ceux-là, oui, fruit d’obscures trames de services secrets). On s’adresse au grand public, explique Noam Chomsky, comme à des enfants, en usant de personnages et d’intonations infantiles, de façon à susciter des émotions et non des réflexions. Il faut reconnaître que cette technique du grand méchant loup, potentialisée par les media, fonctionne remarquablement en créant de véritables hallucinations collectives. A Pise, une fille dénonce avoir été violée par trois Nord-africains : immédiatement le maire Filippeschi (membre du Partito democratico aujourd’hui dans l’ « opposition » au Parlement, NdT), demande au ministre Maroni (membre de la Lega del Nord, parti de gouvernement avec des positions séparatistes, NdT) plus de forces de police pour la sécurité de la ville, tandis que le Conseil municipal décide à l’unanimité de se constituer partie civile contre les responsables du viol. En réalité, découvre-t-on, ce viol a été inventé par la fille en crise existentielle, mais avec les idées assez claires pour l’attribuer, afin de le rendre crédible, à de fantomatiques Arabes nord-africains. Même phénomène, à une échelle bien plus dramatique, à Oslo. Le massacre est immédiatement attribué au terrorisme arabe musulman. Ceci transparaît dans les premières déclarations officielles : le président Napolitano condamne l’acte terroriste en rappelant l’engagement pour la paix, alors que le président étasunien Obama en appelle au monde entier pour arrêter ces actes de terreur. Plus explicite encore est le président de l’UE Van Rompuy, qui relie l’attentat terroriste au fait que la Norvège rend un bon service à la paix dans les régions les plus instables de la planète (en participant aux guerres en Afghanistan et en Libye). La Norvège - commente le journal britannique The Sun - a ouvert ses portes à des milliers d’immigrés musulmans, qui ont créé un terrain fertile pour le terrorisme. On trouve sur cette même ligne la majorité des journaux italiens. Depuis longtemps - confirme Guido Olimpio sur le Corriere della Sera - la Norvège est dans la ligne de mire du terrorisme d’Al Qaeda. Al Qaeda attaque, annonce Libero. Ce sont toujours eux, ils nous attaquent - dénoncent Il Giornale avec un éditorial de Fiamma Nirenstein (députée du Popolo della libertà, le parti de Berlusconi, et présidente du Conseil international des parlementaires juifs, NdT) - en soulignant qu’avec l’Islam le bonisme ne paye pas. Alberto Flores D’Arcais explique sur le Tirreno qu’il y a une autre possibilité, plus inquiétante encore : que les attentats d’Oslo soient la première démonstration que les menaces de Kadhafi contre l’Europe n’étaient pas seulement des paroles en l’air mais cachaient un terrible et réel projet. La bulle de savon de la matrice arabo musulmane éclate tout de suite : l’auteur du massacre est un Norvégien, lié à la franc-maçonnerie et à des milieux pro-sionistes, qui hait les Arabes et l’Islam et a voulu punir son pays de trop céder à leur égard. En attendant, cependant, on a raconté aux lecteurs-petits-enfants que c’est Kadhafi qui menace l’Europe et qu’il est donc juste de bombarder la Libye pour arrêter le grand méchant loup qui veut nous dévorer.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 2 août 2011 de il manifesto

www.ilmanifesto.it

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

13 juin 2011

Silvio, c'est fini !

CARTORADIATIONS 09 06 2011

 
Italie : Silvio Berlusconi, vient de perdre tous ses recours, le référendum sur la sortie de nucléaire aura bien lieu.

Après que la Cour de Cassation ait rejeté la semaine dernière la demande du Gouvernement de Silvio Berlusconi d’annulation du référendum sur le nucléaire qui se déroulera ce dimanche et lundi, c’est maintenant la Cour Constitutionnelle (la Consulta) qui vient de rejeter le 7 juin 2011 à l’unanimité l’ultime recours interjeté par le Gouvernement de demande d’exclusion dans le référendum de la question relative au nucléaire [Ordonnance].
Dans un communiqué le pool italien de Sortir du nucléaire qui représente 80 organisations a déclaré: "La Consulta a définitivement tranché, toutes les
tentatives du Gouvernement pour saboter le référendum ont échoué, la voie est ouverte, c’est maintenant au tour des citoyens de s’exprimer.
Voter Oui pour mettre fin à l’énergie nucléaire"
Dans ses projets Silvio Berlusconi avait planifié en étroite coopération avec la France de réintroduire le programme nucléaire en Italie avec la construction de 4 nouvelles centrales à partir de 2014 pour produire un quart de son électricité avec l’énergie atomique à l’horizon 2030.
Mais "l’inoxydable" Silvio Berlusconi en politique averti avait senti le vent tourner suite au désastre en cours de Fukushima, en effet dans les derniers sondages l’opposition au nucléaire en Italie est devenue de façon écrasante majoritaire, c’est pour cette raison qu’il a tout essayé pour faire annuler le référendum afin d’éviter une défaite.

L’Italie avait abandonné en 1987 après référendum le développement du nucléaire suite à la catastrophe de Tchernobyl et aussi fermé 3 centrales nucléaires.
Silvio Berlusconi avait promis dans sa plate-forme politique de renverser cette décision et de relancer l’énergie nucléaire, cependant depuis Fukushima la donne sur le nucléaire a totalement changé, non seulement en Italie, mais dans le monde entier [Nucléaire Sondages].
Depuis quelques jours dans les médias nationaux, le Cavaliere s’extériorise en minimisant l’impact du référendum qu’il décrit comme un moratoire suite à "une réponse émotionnelle du peuple par rapport à l’accident du Japon" qui s’estompera dans le temps, néanmoins la réalité est tout autre, en effet si le référendum est approuvé, il est explicite: 
l’interdiction temporaire sur la réintroduction de l’énergie nucléaire sera devenue définitive.
Silvio Berlusconi joue encore une dernière carte: Pour être validé le référendum a besoin d’un taux de participation d’au moins 50 %.
A suivre ...
Lundi 13 juin à 20h nous saurons si l’Italie rejoint le groupe des pays qui ont décidé de Sortir du nucléaire.

14 février 2009

Bêtise crasse et xénophobie rance : mais jusqu’où ira l’Italie ?


Berlusconi ou Mussolini, du pareil au même… Plongée dans un sordide délire xénophobe, l’Italie semble avoir atteint le point de non-retour. A l’initiative de la Ligue du Nord, les sénateurs ont voté la légalisation des milices et la mise en place d’un fichier SDF. Pis : ils ont décidé de libérer les médecins de leur serment d’Hippocrate afin qu’ils puissent dénoncer les clandestins. Oui : ça pue…







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