24 juillet 2026

Vérification d'Age et Interdiction des réseaux sociaux

 

 

 La vérification d'âge est une tentative de destruction de la liberté d'internet et un système de contrôle d'identité avant le DigitalID. La suite sera la proposition d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. C'est un cheval de Troie, une guerre contre l'anonymat mais mais on vous dira que c'est pour "protéger les jeunes". Analyse de 5 problèmes de la vérification d'âge, des outils mis en place, du #DigitalServiceAct, ce qu'était #internet avant, et les méthodes de contournement. 

Voir en ligne  https://www.youtube.com/watch?v=in8GR8zsYS4

14 octobre 2016

La vie privée : une anomalie bientôt corrigée (Internet)

Source photo

Vinton Cerf a eu un rôle essentiel pour les systèmes de communications modernes : il est l’un des inventeurs du protocole TCP/IP, qui est à la base d’Internet. Il est désormais chez Google, récemment devenu Alphabet. Le 20 novembre 2013, il a déclaré que « la vie privée pourrait bien être une anomalie ». Qu’on se rassure, cette anomalie est en passe d’être corrigée…

Il semble que son propos était d’avertir des difficultés à protéger sa vie privée. Ainsi, dans un entretien donné à l’hebdomadaire français La Recherche en février 20161, il a affirmé l’importance de l’authentification forte et des techniques de sécurités associées afin que des données personnelles ne tombent pas entre de mauvaises mains. Il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle la protection de la vie privée est assez fortement remise en cause.

Cependant, cette problématique de la vie privée n’est pas vraiment nouvelle. La citation de Vinton Cerf donnée dans le premier paragraphe de cet article date donc de 2013. Les révélations d’Edward Snowden elles aussi ont débuté en 2013 et montrent que, concrètement, la NSA est susceptible de s’immiscer dans la vie privée de n’importe quel utilisateur d’Internet. Ceci quelle que soit sa nationalité, mais surtout s’il n’est pas sur le territoire des États-Unis. Avant cela, WikiLeaks avait commencé ses activités dès 2006, mettant en lumière, entre autre, des violations de la vie privée. Encore avant, le programme Echelon avait été révélé dès 1988 et s’est étendu à Internet.

Suite sur les Pages personnelles de Yoann 
 

1 octobre 2016

Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir


Surveillance:// le livre


Voir en ligne : Standblog

 (...)

Un peu d’histoire

J’ai commencé à publier ce livre le 18 janvier 2015 sur Standblog.org. Alors intitulé provisoirement Flicage Brouillon, j’ai publié au fil de l’eau plusieurs dizaines de chapitres, qui sont toujours lisibles sur le site. J’ai intégré petit à petit les remarques, commentaires et corrections de mes lecteurs. Ensuite, j’ai envisagé de le publier à compte d’auteur sur une plateforme américaine dont je tairais le nom ;-) mais une amie m’a recommandé un éditeur, C & F Éditions. Je connaissais de nom l’éditeur, Hervé Le Crosnier, qui a déjà publié d’excellents livres autour d’Internet, comme la traduction de danah boyd, C’est compliqué, le livre de Xavier de la Porte, La tête dans la toile (reprise des chroniques de France Inter) et la traduction du Fred Turner, Aux sources de l’utopie numérique. Avec de telles références, il m’était impossible de dire non ! Il s’est ensuivi un long travail d’amélioration du contenu (les hyperliens du blog ont été transformés en notes de bas de page, de nombreux points ont été clarifiés). Ensuite, plusieurs relectures pour limiter les fautes (il en reste sûrement, me dit-on !), la mise en page, l’écriture d’une préface par Adrienne Charmet, la validation d’une couverture, le choix d’une date de sortie, l’organisation d’une soirée de lancement…

Pourquoi ce livre ?

Je suis tombé dans informatique et les réseaux quand j’étais petit… J’ai grandi dans l’espoir que la technologie allait changer le monde, pour le meilleur. Dans une certaine mesure, cela a été le cas. Firefox, Wikipedia, Open Street Maps, GNU/Linux ont profondément impacté nos vies. J’avais l’impression de vivre une incroyable utopie. Et puis j’ai vu le coté sombre de l’informatique en réseau se développer… et mes contemporains adopter les technologies sans comprendre leurs limites et leurs dangers. Surveillance. Censure. Profilage. Influence des algorithmes. Longtemps, à travers mon travail chez Mozilla, j’ai œuvré pour une informatique qui libère, qui donne le pouvoir à l’individu. Mais fournir de bons outils, éthiques, respectueux de l’individu, ne suffit pas, car les utilisateurs n’ont pas été formés et ont adopté les technologies sur le tas. Il faut expliquer pourquoi la surveillance est un problème et répondre au trop fréquent “je n’ai rien à cacher”. Il faut expliquer comment cette surveillance se met en place, sans ennuyer. Il faut aussi voir comment on peu sortir du modèle dit de suveillance capitalism et penser les principes d’une informatique à venir qui serait respectueuse des utilisateurs, de leurs données, de leur autonomie. Il faut enfin lutter contre la résignation des utilisateurs, bien trop souvent persuadés “qu’il n’y a rien à faire, c’est comme ça”, en exposant les gestes simples qui permettent d’agir contre la surveillance. C’est ce que j’ai tenté de faire dans ce livre, avec un style aussi vivant que possible, sans tomber, je l’espère, dans l’outrance et la paranoïa.

Qu’il y a-t-il dans ce livre ?

Pour simplifier, le livre est composé de quatre parties qui suivent une préface d’Adrienne Charmet et un avant-propos :
  1. Souriez, vous êtes surveillés ! — Les dangers de la surveillance
  2. Au royaume d’internet, le code, c’est la loi — Les mécanismes de la surveillance
  3. Un autre réseau est possible — Inventer une approche de l’informatique en réseau limitant la surveillance[1]
  4. Un internaute averti en vaut 10 — Limiter la surveillance au quotidien
(...)

Lire tout l'article : http://standblog.org/blog/pages/Surveillance

11 juin 2016

“La CE déterminera ce que les gens seront autorisés à lire et à écrire”

Une série de médias sociaux, dont Google, Facebook, Twitter et YouTube, ainsi que le géant des logiciels Microsoft, ont signé fin mai le code de conduite de la Commission européenne, dans lequel ils s’engagent à bloquer ou supprimer dans les 24 heures les messages qui incitent à la violence et à la haine. 

L'express ...

 

18 mai 2016

La Quadrature du Net sort de l'état d'urgence



Paris, le 17 mai 2016 — Face à un mur, il faut savoir faire autre chose que se taper la tête contre. Après des années de violence légale, de défaites et de recul des libertés fondamentales, face à une représentation politique dont la seule logique est sécuritaire, La Quadrature du Net refuse de perdre davantage de temps à tenter d'influencer rationnellement ceux qui ne veulent rien entendre et choisit de réorienter ses actions.

 Loi après loi, mesures antiterroristes après état d'urgence et surveillance accrue, l'espace politique institutionnel s'est pétrifié dans la seule quête de son maintien, au point qu'il semble illusoire dans les mois qui viennent de parvenir à y faire entendre la voix de l'intérêt commun, des droits humains, de la justice sociale ou tout simplement de la sagesse. Sauf surprise provenant des mouvements de société, la campagne présidentielle ne nous promet que le spectacle déprimant des variantes de ces impasses. Même sur des sujets qui ne sont pas ceux sur lesquels La Quadrature du Net s'est constituée, l'actualité parlementaire et politique en fournit une parfaite illustration.

 

5 mai 2015

438 salopards ont modifié le cours de l’histoire en France


Il fallait s’y attendre : 438 députés paranoïaques ont donc voté la surveillance de masse en France sans passage devant le pouvoir judiciaire.

Paranoïaques parce qu’ils ont peur du terrorisme et qu’ils ont signé un chèque en blanc au pouvoir exécutif, au gouvernement, qui sera seul aux manettes pour gérer cette surveillance hystérique.

Ces députés effrayés par la guerre à nos portes, la fin du monde, ont décidé de voter (encore) des lois d’exception. Car oui, la situation de guerre civile en France l’exige. Car oui, l’ennemi est à nos portes, voir il est déjà là et il a tué des milliers de victimes innocentes, parce que les murs de notre pays sont repeints en sang… hein, quoi ? Pas vraiment ? (...)
 
Suite sur Spirale.IO ...
 

29 janvier 2015

Démocratie, internet et libertés: le monde d'Orwell c'est maintenant (vidéo)


Cette conférence s'adresse plutôt à un public d'initiés, professionnels de la communication et du web, hackers, informaticiens, journalistes ... , toutefois le spectateur lambda (dont je suis) y découvrira à quel point le peu de liberté et de démocratie qu'il nous reste est menacé de disparition à brève échéance. Le web en effet, demeure aujourd'hui l'un des derniers espaces d'information qui n'est pas sous contrôle des pouvoirs financiers, politiques et des médias à la botte.

Cependant la technologie est désormais suffisamment évoluée pour permettre en France ce filtrage d'internet tant désiré par l'oligarchie, tandis qu'en parallèle nos gouvernements successifs mettent en place un arsenal législatif de plus en plus contraignant, visant à faire taire la liberté d'expression.

Ce n'est plus qu'une question de temps. L'heure de la surveillance et de la manipulation arrive. Accrochez-vous, c'est du lourd!



Fabrice Epelboin :
Après une enfance passée entre la France et les États-Unis, il commence comme éditeur au début des années 1990 et participe à la réalisation de l'un des premiers cédéroms français, pour le compte de la Réunion des musées nationaux (Milia d'Or en 94).
Planneur stratégique il a notamment travaillé sur des sites d'eCommerce, d'eTrading et d'eBanking ainsi que sur les sites web de différents ministères et a été notamment distingué parmi les meilleurs bloggeurs de l'année par le magazine Challenges.
Fabrice est également fondateur de plusieurs entreprise dont le site Prizzo.com, le cabinet Yades, le média Tunisien Fhimt.com ainsi que l'Association Tunisienne des Libertés Numériques (ONG), OWNI. Parallèlement, il exerce une activité de conseil stratégique auprès d'investisseurs, de business angels et de grands annonceurs.
Fabrice est aujourd'hui journaliste chez Reflets.info.
http://Reflets.info

Voir aussi: 
La France confirme à l'ONU l'extension de la censure sans juge
  

28 janvier 2015

La France confirme à l'ONU l'extension de la censure sans juge

 
Numerama | par Guillaume Champeau, le 23 janvier 2015

La France confirme à l'ONU l'extension de la censure sans juge


Alors que Manuel Valls n'en avait pas dit un mot mercredi lors de la présentation du nouveau plan de lutte contre le terrorisme, Harlem Désir a confirmé jeudi à l'ONU que la France mettrait en place "à brève échéance" le blocage de sites racistes et antisémites sur simple ordonnance de l'Etat, sans contradictoire ni vérification judiciaire de l'illégalité des sites bloqués. Une exception qui devient la norme.


Jeudi matin, l'Assemblée générale de l'ONU tenait à New York une réunion plénière informelle exceptionnelle, à l'initiative de Bernard-Henri Lévy, sur la question de la montée des violences antisémites dans le monde. La réunion avait été programmée avant les attentats commis en France, mais a nécessairement gagné en importance par l'assassinat de quatre otages juifs détenus dans l'épicerie de Vincennes par Amedy Coulibaly.

A cette occasion, le secrétaire d'état aux affaires européennes, Harlem Désir, a prononcé un discours dans lequel il a confirmé les pistes avancées la semaine dernière par la ministre de la Justice Christiane Taubira, qui n'ont pourtant pas été évoquées mercredi lors de la conférence de presse de Manuel Valls. En particulier, Harlem Désir a confirmé qu'à "brève échéance", la France mettrait en oeuvre "la possibilité d’un blocage administratif des sites internet et des messages à caractère raciste et antisémite".

Ce blocage administratif, qui se matérialise par un ordre du ministère de l'intérieur non soumis au contrôle d'un juge, fut d'abord prévu pour les seuls contenus pédopornographiques. Dès 2008, il y a sept ans, Numerama avait mis en garde contre l'ouverture de la boîte de Pandore, en prévenant que la lutte nécessaire contre la pédophilie, que le blocage n'aide en rien, ne serait qu'un moyen de légitimer un processus qui serait ensuite étendu à d'autres types de contenus. L'histoire du fichier des empreintes génétiques (FNAEG) qui compte aujourd'hui plus de 2,5 millions d'enregistrements l'avait déjà démontré.

METTRE DES BARRIÈRES SUR INTERNET

Dessin, Carlos Latuff
Nos craintes se sont vérifiées l'an dernier avec l'adoption d'une loi contre le terrorisme qui adopte le mécanisme du blocage extrajudiciaire à l'encontre des sites de propagande terroriste, dont la liste à bloquer sera établie par le gouvernement, sans contrôle d'un juge. Et donc, selon Harlem Désir et Christiane Taubira, il sera très bientôt étendu à des sites racistes et antisémites, avec la forte tentation de bloquer également des sites très critiques contre le sionisme et Israël, sans qu'un juge ne puisse s'y opposer (sauf recours ultérieur une fois la mesure déjà appliquée).

A l'ONU, Harlem Désir a déclaré que l'antisémitisme "est toujours là, présent, avec son cortège de préjugés, de haine et de violence, parfois comme la résurgence d’un vieil antisémitisme qui remonte du fond des siècles, mais aussi, désormais, sous des formes nouvelles, se répandant sans barrière sur internet et les réseaux sociaux, à l’abri de l’anonymat ou non, prenant parfois prétexte du conflit israélo-palestinien ou s’appuyant sur le dévoiement fanatique de l’islam ancien ou nouveau."
 
RENDRE RESPONSABLES LES INTERMÉDIAIRES

Selon Les Echos, le secrétaire d'état a expliqué en marge de son discours qu'il fallait étendre la responsabilité pénale des intermédiaires tels que les réseaux sociaux. "Nous devons limiter la dissémination de ces messages. Nous devons établir un cadre légal afin que ces plate-formes sur internet, les grandes compagnies qui gèrent les réseaux sociaux, soient appelées à agir de manière responsable", a-t-il demandé. Il sollicite la convocation d'une conférence internationale dédiée à ce sujet.

Déjà en novembre dernier, le Conseil de Sécurité de l'ONU avait demandé un renforcement de la lutte contre la propagande terroriste sur Internet, en laissant entendre que les plateformes qui seraient trop ouvertes à la liberté d'expression pourraient être accusées de terrorisme par complicité. Le Conseil avait par ailleurs demandé à l'ensemble des 192 membres de l'ONU "d'agir de façon coopérative pour empêcher les terroristes de recruter, pour contrer leur propagande et leur incitation extrémistes violentes sur Internet et les médias sociaux, y compris en développant des contre-récits efficaces".

Voir en ligne :  http://www.numerama.com/magazine/31980-la-france-confirme-a-l-onu-l-extension-de-la-censure-sans-juge.html

 

22 janvier 2015

Neutralité du Net : les États membres et la Commission en passe de trahir le vote des eurodéputés !


La quadrature du net | 22 janvier 2015

Paris, 22 janvier 2015 — Le 20 janvier dernier, La Quadrature du Net a co-signé une lettre ouverte [pdf] avec d'autres associations européennes appelant à nouveau les États Membres de l'Union européenne à adopter des règles claires et strictes pour la protection de la neutralité du Net. Malheureusement, un document de négociation montre qu'au même moment, ces derniers faisaient un pas de plus vers la fin de l'Internet libre. Il est temps que le Parlement européen se ressaisisse du dossier afin de défendre une vraie protection de la neutralité du Net contre les stratégies oligopolistiques des grands acteurs de l'Internet soutenues par les gouvernements nationaux.

neutralité du réseauMalgré certaines lacunes, le vote du Parlement européen d'avril dernier était un signe fort en faveur des droits et intérêts des citoyens européens pour la neutralité du Net. Il proposait un compromis équilibré fondé sur une définition rigoureuse de ce principe fondateur d'Internet. Les dispositions adoptées permettaient également aux opérateurs de développer des offres d'accès innovantes (« services spécialisés ») tout en rappelant le principe de non-discrimination afin de protéger à la fois la liberté de choix des utilisateurs, la concurrence entre les fournisseurs de services et d'applications et l'innovation portée par les nouveaux entrants.

Au moment même où la société civile appelait le Conseil de l'Union à protéger la neutralité du Net, ce dernier étudiait un document de négociation montrant qu'il s'apprête à autoriser d'inacceptables atteintes à la neutralité du Net, en écartant définitivement le vote du Parlement européen d'avril 2014. En effet, le document de négociation préconise d'autoriser à nouveau les fournisseurs d'accès ou de services à passer des accords commerciaux avec les fournisseurs de contenus ou les utilisateurs d'Internet pour « garantir une qualité de service minimale », remettant ainsi en cause le principe de non discrimination, qui était inscrit dans le texte voté par le Parlement en avril 2014. Les États membres ont également envisagé d'interdire les discriminations tarifaires (les offres d'accès avec une tarification préférentielle pour certains services, par exemple celles réservant un accès illimité uniquement à certains services comme YouTube ou Facebook1), mais ils ont malheureusement renoncé devant les réticences de certains2.


Les intérêts à court terme des grands opérateurs télécoms et des géants de l'Internet ne doivent pas dicter les politiques publiques. Aujourd'hui, face aux manœuvres des gouvernements nationaux et du commissaire européen Günther Oettinger, il est temps que le Parlement européen élu en mai dernier se saisisse du dossier et fasse preuve de fermeté pour défendre les avancées du printemps dernier.

Alors qu'aux États-Unis se tient une mobilisation sans précédent en faveur de la neutralité du Net et que Barack Obama a récemment appelé à une protection ferme de ce principe, les membres du Parlement européen doivent jouer leur rôle dans ce débat international, et faire en sorte que l'Europe montre la voie législative qui permettra de protéger l'Internet libre.

La Quadrature du Net appelle donc les députés européens à intervenir urgemment dans le débat en cours pour réaffirmer leur attachement aux compromis du printemps dernier, en s'opposant aux visées oligopolistiques des grands opérateurs et des géants du Web et à la complicité coupable de la Commission et des États membres.
1. Voir par exemple : http://www.nextinpact.com/news/80826-tout-pc-inpact-en-illimite-chez-sfr-avenir-dun-net-sans-neutralite.htm

2.  Le texte indique ainsi : « "A proposal to include a ban on positive price discrimination across the European Union was put forward, gaining support of several Member States. At the same time, other Member States objected, leading the Presidency to conclude that an explicit proposal to ban positive price discrimination cannot gain the necessary support. »
    

Brisons le silence sur ce qui se passe en Espagne

Source photo
 Par histoire et société | 21 janvier 2015

Sous couvert de l’inattaquable excuse de la sécurité, le gouvernement de Mariano Rajoy considère préventivement le manifestant comme dangereux. Il est ainsi automatiquement regardé comme une menace à la loi grâce au nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne » adopté par le conseil des ministres le 29 novembre dernier.

Des policiers arrêtent des manifestants lors d’un défilé contre la réforme du droit à l’avortement, le 20 décembre 2013 à Madrid (Andres Kudacki/AP/SIPA)

Metteur en scène et dramaturge, Astrid Menasanch Tobieson travaille entre la Suède et l’Espagne. Elle est membre du groupe de théâtre Sta ! Gerillan. La lettre ci-dessous était initialement adressée aux journalistes suédois et a été publiée le 19 décembre. Avec l’autorisation de l’auteure, la traductrice a pu la retranscrire en français.

Mathilde Rambourg

La lettre d’Astrid Menasanch Tobieson

Bouleversée, je vous écris sous le coup de l’indignation. L’Espagne, dans peu de temps, empruntera le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie fasciste et autoritaire.

Je vous écris après les événements qui se sont produits dans le quartier de Kärrtorp à Stockholm (où un groupe néonazi ultraviolent a attaqué une manifestation antirasciste il y a quelques jours).

Je vous écris à propos de qui se trame en Espagne. Je crois en tout cas que la Suède et l’Espagne se ressemblent en un point : l’avancée du fascisme devant l’indifférence de la société. Le 19 novembre, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi dont le but est d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. La méthode est classique : instaurer le silence grâce à la répression.

Avortement non, sécurité citoyenne oui ?

Le 29 novembre dernier, le Conseil des ministres du gouvernement conservateur espagnol a approuvé le projet de loi « Sécurité citoyenne » qui réforme le code pénal. Le texte, qui réduit les droits et libertés civiles (mais pas celle de faire l’apologie du franquisme) est unanimement rejeté par les mouvements sociaux, les syndicats, l’opposition, les organisations professionnelles comme celles des juges pour la démocratie, l’association unifiée des gardes civils ou la fédération des journalistes d’Espagne.

Alors que le Parti socialiste espagnol a demandé à ses alliés européens de se mobiliser contre le projet de loi réduisant les droits d’accès des femmes à l’avortement, certains se demandent pourquoi il n’a pas entrepris la même démarche sur la loi « Sécurité citoyenne ». Blandine Grosjean

Je vous demande maintenant de l’aide, je vous demande d’informer. Le samedi 14 décembre à Madrid s’est déroulé une des 6 000 manifestations qui se sont organisées cette année en Espagne. Je le répète : une des 6 000.

Ces dernières années, le réseau de protection sociale a été ébranlé : privatisation des théâtres, tentatives de privatiser les hôpitaux, droit du travail ébranlé et transformé depuis sa base, licenciements innombrables, familles chassées de leur domicile, éducation civique suspendue dans les écoles, etc. Et afin de clore une longue liste, le vendredi 20 décembre, le gouvernement a approuvé la réforme du droit à l’avortement.

Ce que l’on a désigné comme une crise économique est, depuis le début, avant tout une crise démocratique. La couverture médiatique en Suède et en France sur la situation en Espagne a été très faible, et son analyse d’un point de vue social, inexistante.

La manifestation qui s’est tenue au pied du Congrès de Madrid le samedi 14 décembre, avait pour but de protester contre une nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.
Un groupe Facebook : 30 000 euros

Cette loi, qui contient 55 articles et punit autant d’actes différents, prévoit des amendes pour le manifestant, allant de 100 à 600 000 euros. Les infractions ?
  • Pour commencer, toutes les manifestations non-déclarées et prenant place devant le Congrès ou autre édifice appartenant à l’Etat – comme celle qui s’est déroulée samedi 14 à Madrid – seront interdites et la sanction ira jusqu’à 30 000 euros par participant. Cela sera le cas lorsque plusieurs personnes seront considérées comme un groupe.
  • L’interdiction des manifestations non-déclarées s’appliquera également aux réseaux sociaux. Se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionné de 30 000 euros. Créer un groupe, sur les réseaux sociaux ou dans un lieu public, autour de symboles ou de drapeaux, sera interdit : 30 000 euros d’amende.
  • Si dans une manifestation, un citoyen manifeste avec une capuche ou avec le visage couvert : 30 000 euros d’amende.
     

 

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