23 novembre 2015

À l’Assemblée nationale, ces derniers jours, j’ai eu honte »


Entretien avec Isabelle Attard

Isabelle Attard est députée « citoyenne » du Calvados. Elle a récemment quitté EELV puis Nouvelle Donne. Elle est l’une des six députés à avoir voté contre la loi de prolongation de l’état d’urgence. Elle s’explique sur Reporterre. Reporterre – Pourquoi avoir voté contre la loi prolongeant l’état d’urgence ? Isabelle Attard – Tout ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui pouvait l’être sans décréter l’état d’urgence, que ce soit les perquisitions de jour ou de nuit, les assignations, les expulsions d’imams (...)

Suite sur Reporterre ...

29 juillet 2015

Surveillance de tous les citoyens : le gouvernement a désormais carte blanche

 
Communiqué de l'Observatoire des libertés et du numérique (OLN) (Cecil, Creis-Terminal, LDH, La Quadrature du Net, Syndicat de la magistrature, Syndicat des avocats de France) la LDH. Source LDH

Le Conseil constitutionnel a rendu, jeudi 23 juillet, une décision historique par son mépris des libertés individuelles, du respect de la vie privée et de la liberté d’expression. Les « sages » ont choisi de faire l’économie d’une analyse réelle de la proportionnalité des lois de surveillance et démontré ainsi leur volonté de ne pas enrayer le jeu politique, pour finalement endosser le rôle de chambre d’enregistrement.

Pourtant, le Conseil constitutionnel avait reçu de nombreuses contributions des organisations citoyennes, via la procédure de la porte étroite, appelant à une analyse en profondeur de la loi et une censure de nombreuses dispositions, à commencer par les trop nombreuses et trop larges finalités. Bien sûr, le Conseil constitutionnel donne les limites de chacune des finalités, en renvoyant aux différents articles des différents codes (pénal et de procédure pénale, de la défense et de la sécurité intérieure). Toutefois ces finalités restent si larges que toute « atteinte à l’ordre public », comme la participation à une manifestation, peut faire l’objet d’une technique de renseignement. Ainsi, il reviendra aux services de renseignement puis à la CNCTR de définir dans l’urgence ce qui entre dans le champ des finalités, sans aucun contrôle judiciaire.

Par ailleurs, la validation de la mise à l’écart du juge affaiblit profondément le principe de séparation des pouvoirs, qui constitue pourtant une garantie démocratique fondamentale. Le juge judiciaire, garant des libertés individuelles, est totalement écarté. Quant au Conseil d’Etat, il pourra en principe être saisi de plaintes par les citoyens, concernant des procédures qui leur sont inconnues, puisque secrètes par nature. C’est dire si l’on est loin d’un droit de recours effectif !

Sur les techniques de renseignement, le Conseil constitutionnel choisit la démonstration par la tautologie : pur écho au gouvernement, il affirme que « ces dispositions ne portent pas une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de la vie privée ». Quant aux risques liés au fonctionnement des algorithmes et aux faux-positifs, il se garde bien d’en mesurer les effets.

Le Conseil constitutionnel ne s’inquiète pas davantage du secret professionnel des avocats et parlementaires ou du secret des sources des journalistes. Il ne craint pas d’écrire que la collecte des métadonnées, dès lors qu’il ne s’agit pas du contenu des correspondances, ne porte pas atteinte au droit au secret des correspondances et à la liberté d’expression. Ainsi, il fait fi de la quasi-impossibilité de déterminer, par avance, si les données interceptées relèvent d’échanges professionnels ou personnels.

Ce n’est pourtant pas faute d’arguments juridiques étayés, ni de décryptages techniques mis à sa disposition par de nombreux mémoires [http://www.fdn.fr/pjlr/amicus1.pdf et http://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2015/07/Observations-sur-la-loi-relative-au-renseignement.pdf]. Pour n’avoir pas voulu voir la réalité concrète d’une terminologie nébuleuse – ce que sont, et ce que produisent un IMSI catcher ou une « boîte noire » – et pour n’avoir pas voulu la confronter, dans une analyse systématique, avec les articles de la Constitution qui consacrent pourtant la séparation des pouvoirs, le secret des correspondances et le droit au respect de la vie privée, le Conseil constitutionnel signe ici une double démission.

Ce ne sont finalement que les quelques dispositions qui crient à l’inconstitutionnalité – dont la surveillance internationale sans aucun contrôle de la CNCTR – ou qui heurtent des principes purement formels – une disposition budgétaire que l’on devra ranger dans la loi de finance plutôt que dans une loi ordinaire – qui ont retenu l’attention de la plus haute juridiction française. Le message est clair : le Conseil constitutionnel n’est pas un frein au « progrès décisif » (selon l’expression de Manuel Valls) que constitue la surveillance généralisée de la population.

L’Observatoire des libertés et du numérique condamne fortement cette dérive vers une société panoptique où tous les citoyens seront susceptibles d’être surveillés, et qui témoigne du naufrage d’un pouvoir aux abois prêt à bafouer les valeurs fondamentales de la République et œuvrant contre l’intérêt de tous en manipulant les peurs. Cette défaite doit résonner comme un appel pour tous les citoyens : mobilisons-nous toujours plus pour défendre nos libertés !

Signataires : Observatoire des libertés et du numérique (OLN) (Cecil, Creis-Terminal, LDH, La Quadrature du Net, Syndicat de la magistrature, Syndicat des avocats de France)

Paris, le 29 juillet 2015

contact-oln@ldh-france.org
  

24 juillet 2015

Loi renseignement : "Big Cazeneuve est maintenant une réalité"



Et voilà, ce qui devait arriver, arriva... Le dernier rempart avant la surveillance de masse vient de tomber. Telle la garde de nuit sur son mur, nous assistons impuissants à l'invasion des marcheurs blancs boites noires dans nos vies.

Les sages savants viennent tout juste de rendre leur décision lors d'un petit apéro au Conseil Constitutionnel. Chaque français, qu'il soit innocent ou coupable, qu'il ait des choses à protéger (avocat, journaliste, activiste...etc) ou non, verra donc toutes ses données aussi personnelles soit-elles, passer dans la grande moulinette du gouvernement.

SMS, emails, recherches sur les moteurs, connexions aux sites, achats en ligne...etc, Big Cazeneuve et sa descendance au crâne lustré sauront tout de vous si vous ne chiffrez pas vos communications. Ce que vous achetez, qui vous sautez, ce que vous aimez, votre état de santé, la stratégie de votre société, les gens avec qui vous tissez des contacts...bref tous vos petits secrets, y compris les plus moches seront enregistrés et catalogués, pour vous être ressorti à n'importe quel moment, y compris dans plusieurs années.Une prison mentale pour nous rendre parano. De plus, grâce à ces boites noires, (...)
 
Suite sur  Korben.info ...
 

3 juillet 2015

Police… Renseignement… Police du renseignement… Loi sur le renseignement… Entretien choc…



Résistance 71 | 3 Juillet 2015

Excellent entretien réalisé par le média indépendant Thinkerview qui s’entretient avec le Gardien de la Paix Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat CGT de la Police Nationale sur les conditions de travail de la PN, les services spécialisés, le renseignement, la dérive liberticide et totalitaire de la loi sur le renseignement et l’avènement futur d’une NSA sauce française.

Un entretien à voir et à diffuser sans modération. Merci à ce fonctionnaire (DEUG de droit et licence en science politique) visiblement soncère, de renseigner le peuple sur le renseignement puisqu’il ne fait surtout pas compter sur le « gouvernement » pour le faire bien évidemment. Ceci nous montre également que lorsque « le ventilateur touchera la merde ambiante », bien des policiers se rangeront du côté de l’intérêt général, c’est à dire du peuple…

Vidéo de l’entretien:



 

25 mai 2015

Loi Renseignement: totalitarisme ou désespérance ?




manif Le projet de loi Renseignement, après avoir été voté avec une écrasante majorité à l'Assemblée nationale passe actuellement par les grilles du Sénat et se retrouvera cet été devant le Conseil constitutionnel à la demande d'une soixantaine de députés. Ceux qui ont suivi les débats et constaté l'extraordinaire ténacité des initiateurs de ce projet de loi, ne peuvent qu'être horrifiés de la manière dont furent imposés les arguments et le texte de la loi dans un dialogue de sourds. Ce dernier confrontait non pas les idées politiques entre élus représentants du peuple et sa diversité, mais entre la société civile et la classe politique conçus comme des Atrée et Thyeste que rien ne peut plus concilier. La dialectique entre sécurité et liberté dans le domaine de la surveillance des communications est un sujet qui laissait supposer qu'un tel texte devait faire l'objet d'analyse et d'expertise autrement plus poussées, en prenant le temps, loin des passions suscitées par le terrorisme. Une telle loi laisse-t-elle désormais planer l'ombre du totalitarisme en réponse à la peur et aux tensions mondialisées ? Sommes-nous subrepticement en train d'abandonner nos idéaux démocratiques et républicains ?

Suite sur Cantos numériques ... 
  
 

5 mai 2015

438 salopards ont modifié le cours de l’histoire en France


Il fallait s’y attendre : 438 députés paranoïaques ont donc voté la surveillance de masse en France sans passage devant le pouvoir judiciaire.

Paranoïaques parce qu’ils ont peur du terrorisme et qu’ils ont signé un chèque en blanc au pouvoir exécutif, au gouvernement, qui sera seul aux manettes pour gérer cette surveillance hystérique.

Ces députés effrayés par la guerre à nos portes, la fin du monde, ont décidé de voter (encore) des lois d’exception. Car oui, la situation de guerre civile en France l’exige. Car oui, l’ennemi est à nos portes, voir il est déjà là et il a tué des milliers de victimes innocentes, parce que les murs de notre pays sont repeints en sang… hein, quoi ? Pas vraiment ? (...)
 
Suite sur Spirale.IO ...
 

3 mai 2015

Comment se protéger contre la surveillance


Autoprotection Digitale Contre la Surveillance: Astuces, Outils et Guides Pratiques pour des Communications En Ligne Plus Sécurisées
   

1 mai 2015

La vie est complexe, le « rien à cacher » est simpliste - Loi Renseignement

enfant masqué


 30 avril 2015

Nous sommes famille d’accueil.

Madame est assistante familiale pour être précis. C’est un métier très riche, difficile parfois, moi qui suis une vraie e-pipelette j’ai souvent envie de partager sur le sujet. Mais c’est hors de question. Nous vivons dans le secret, la confidentialité, nous avons des choses à cacher.

Nous nous occupons de petits, parfois des nourrissons de quelques jours, nés sous X. Ces enfants ont une histoire qui n’appartient qu’à eux et qu’il s’agit de préserver au maximum, pour toujours. C’est ce qu’on appelle le droit à la vie privée. Cette vie démarre sur un secret, une mère qui a le droit de donner la vie et d’en couper le cordon familial. Dans les années qui viennent, ce genre de secrets de famille seront de plus en plus numérisés et donc de plus en plus difficiles à maîtriser. Le temps où le dossier personnel si lourd de sens prenait la poussière bien à l’abri au fond des archives d’un Conseil Général est révolu.

Les équipes travaillent dans le soucis constant de cette confidentialité, mais nos usages numériques impliquent toujours plus de traces. Correspondances par courriers électroniques, photos numériques pour l’album personnel de l’enfant, rapports de suivi et j’en passe, l’empreinte de la vie de l’enfant et de ses parents est de plus en plus disponible pour qui aurait un accès général à nos interconnexions.

Une écoute systématique des petits et grands secrets de tous implique nécessairement la dispersion de notre intimité. Pour beaucoup qui vivent dans le confort d’une vie épargnée, ça ne semble pas si grave. Pourtant même chez qui répète souvent n’avoir « rien à cacher », peu j’imagine iraient donner leurs mots de passe de leurs comptes mail, facebook, banquaire ou fiscal au commissariat voisin, peu accepteraient sans doute l’installation de micros et de caméras chez eux jusque dans leurs toilettes ou leur douche.(...)

Suite sur JCFrogblog4 ...
  

28 avril 2015

Loi Renseignement : quand Cazeneuve s'appuie sur une jurisprudence qui lui donne tort


Pour défendre son projet de loi Renseignement et la collecte massive de données de connexion, Bernard Cazeneuve s'appuie sur deux arrêts de jurisprudence, l'un de la Cour de justice de l'union européenne, l'autre de la Cour européenne des droits de l'homme. Mais ces deux arrêts ne disent pas ce que veut y voir le ministre de l'Intérieur, voire disent exactement le contraire ce qu'il dit y lire !
 
Suite sur Numerama ...
  

26 avril 2015

L’Essence même de la France


Quartiers libres | 24 avril 2015

Valls continue de vendre son pack sécuritaire et n’en finit plus de démontrer que le parti au pouvoir n’a pas d’autre programme que de protéger les classes favorisées en proposant de sacrifier une partie des classes populaires. Plus le temps passe et plus la différence avec le FN s’amoindrit. Une France policée et policière qui attaque tout ce qui peut lui rappeler que l’accumulation de richesses, y compris la sienne, se fait toujours grâce au pillage. Valls a décidé comme ses prédécesseurs que lutter contre les pauvres est plus profitable que lutter contre la pauvreté. Pour être efficace dans la mission de conservation des privilèges, il faut diviser les pauvres. Il y a ceux qui font partie de l’histoire de France et les autres, qu’on désigne sans les nommer.

Quand Valls déclare : « Vouloir s’en prendre à une église, c’est s’en prendre à un symbole de la France, c’est l’essence même de la France qu’on a sans doute voulu viser », il pèse ses mots en bon communiquant.
Il est le symbole de l’hypocrisie de l’actuel gouvernement qui s’est couché devant la finance et n’a de cesse de mépriser voire persécuter les plus humbles. Chasse au Roms, acharnement sur les sans papiers, trahisons des ouvriers des hauts fourneaux, lutte contre le racisme qui s’apparente à une institutionnalisation des discriminations raciales. En bas de l’échelle, les mêmes. Nous, les habitants des quartiers.
Quand ça parle de l’essence d’un pays, c’est clair : on met sur la touche ce qui n’appartient pas à cette « essence ». On valorise le groupe majoritaire et on peut ensuite punir ce qui ne veut pas s’assimiler.
Valls et son gouvernement partage la même vision que celle de l’UDI, l’UMP et le FN : la France est blanche et chrétienne et seuls ceux qui veulent faire du clientélisme auront droit aux miettes.

Chacun sa vision de ce qu’est « l’essence même de la France ».
valls-medef

Si les églises sont l’essence même de la France pour Valls et les libéraux et conservateurs qui veulent être élus, pour les classes populaires l’essence même de la France, c’est autre chose.
L’essence même de la France elle arrive dans la pompe à carburant parce que la France pille depuis plusieurs centaines d’années d’autres territoires. Même du temps du bon roi « Louis ce que tu veux » ça pillait, ça pratiquait le servage et la déportation à fond de cale.

code-noir1
code-noir2

L’essence même de la France, le carburant arrive depuis le Congo, le Gabon, l’Algérie. Sans parler des essences rares et des « matières premières ». Pour construire les routes, les raffineries, les stations-services et les voitures que « l’essence même de la France » a siphonné aux populations locales après les avoir civilisé à coup de lattes, il a fallu faire venir en métropole la main d’œuvre qui n’est pas assimilable par essence et qui mérite donc toujours plus de coups de pieds dans la bouche.

Pour ces populations, ce qui fait « l’essence même de la France» ce n’est pas ses églises ou son climat et la douceur de ses terroirs. Ce qui fait qu’on vient en France c’est qu’en France il y a eu des mouvements de luttes sociales qui ont permis d’arracher des droits. De la guerre des farines (le carburant de l’ancien régime), qui aboutit à la Révolution Française en passant par le mouvement ouvrier qui a obtenu par le rapport de force l’assurance chômage, la sécurité sociale, de meilleurs logements et d’autres redistributions des richesses pour l’intérêts commun des populations, pour les gens des quartiers l’essence de la France c’est juste un peu plus de justice sociale qu’ailleurs dans le monde.

Pour Valls et les autres, ceux qui travaillent à la privatisation du bien commun, l’essence de la France c’est le temps des cathédrales.

La France carbure au sang et à la sueur des pauvres, c’est un moyen polluant de produire et c’est pour cacher les origines de la fumée que Valls oppose à une vision idéalisée AOC de la France, celle des tronches qu’il accuse de dénaturer le paysage.

Source : https://quartierslibres.wordpress.com/2015/04/24/lessence-meme-de-la-france/#more-9201
   

18 avril 2015

Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait personne pour protester


Big Brother, c'est le grand frère qui ne veut que ton bien et ton bonheur, et il sait mieux que toi à quoi ça ressemble, donc prière de ne pas penser sans son accord.

Je croyais que le roman 1984 était de l'histoire ancienne, la dénonciation d'un âge sombre qui parlait de peuplades reculées dans le temps et l'espace. C'était peut-être d'actualité pour des barbares comme les Américains et les Chinois, mais nous, Français ? Ho non, trop bien éduqués pour ça. On "savait". On ne ferait jamais ça. On est le pays des Droits de l'Homme, nous. Liberté, égalité, fraternité, tout ces trucs.

Nous sommes en 2015. La démocratie vient de finir sa mue (...)
 
 

3 avril 2015

Lettre ouverte aux traîtres à la République



Par Laurent Chemla, le 3 avril 2015 | Son blog

C'est à vous, députés et sénateurs qui allez bientôt voter d'une seule voix le projet de loi sur le renseignement présenté par le gouvernement, c'est à vous que ce message s'adresse.

Nous le savons déjà: vous allez le voter. Sans aléa, après un débat cosmétique qui ne servira qu'à corriger quelque coquille ici ou là, vous allez le voter.

Contre l'avis de deux juges antiterroristes, contre les avis du Syndicat de la Magistrature, de la CNCDH, de l'ordre des Avocats de Paris, de la CNIL, de l'Unions Syndicale des Magistrats, vous allez le voter.

Contre l'avis d'Amnesty, de RSF, de la LDH et de la Quadrature du Net, vous allez le voter.

Alors que, de partout, les mises en garde affluent, que le New York Times fait sa Une sur "La France, État de surveillance", que le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe s'inquiète de la dérive sécuritaire liberticide que cette loi implique, et que même le président de l'actuelle commission de contrôle des interceptions de sécurité dénonce la faiblesse des garanties qu'apporte ce texte, vous allez le voter.

Mesdames, messieurs, vous qui, en théorie, représentez la voix du peuple, c'est ce même peuple que vous vous apprêtez à trahir.

En mettant (quel que soit l'enrobage sur le pseudo-anonymat des données reccueillies) la totalité de la population sur écoute, en traitant chaque citoyen de ce pays comme un terroriste en puissance, c'est le peuple que vous vous apprêtez à dénoncer comme votre ennemi.

Je vous engage à relire, avant de voter, la définition de ce qu'est un État policier selon Raymond Carré de Malberg:
L'État de police est celui dans lequel l'autorité administrative peut, d'une façon discrétionnaire et avec une liberté de décision plus ou moins complète, appliquer aux citoyens toutes les mesures dont elle juge utile de prendre par elle-même l'initiative, en vue de faire face aux circonstances et d'atteindre à chaque moment les fins qu'elle se propose : ce régime de police est fondé sur l'idée que la fin suffit à justifier les moyens. À L'État de police s'oppose à l'État de droit.

En écartant le juge judiciaire de toute autorisation préalable aux écoutes administratives, c'est l'État de droit que vous détruisez: garant des libertés individuelles, sa remise en cause nie le principe de séparation des pouvoirs.

Et tout ça pour quoi ?
S'il fallait en croire les maigres débats - imposés par la procédure d'urgence choisie par le gouvernement - cette négation de tous nos principes fondateurs serait nécessaire pour lutter contre le terrorisme.
Mais cette loi ne concerne pas que la lutte antiterroriste, loin de là: elle s'applique à tous les domaines de la vie en société. "Engagements internationaux", "Intérêt public", "Intérêts économiques et scientifiques", voici quelques-uns des motifs pour lesquels vous allez autoriser, sans contrôle, la surveillance de chaque citoyen.

Oh, bien sûr, pendant le débat public on ne vous agitera que la menace terroriste, à l'instar de la fiole censée prouver l'existence d'armes de destruction massives en Irak, on vous répètera l'argument mensonger selon lequel "90% des jihadistes se sont radicalisés sur Internet". Oh, oui, si vous osez vous opposer à ce déni de démocratie, on vous accusera d'être responsable des attentats qui pourraient avoir lieu sans ce texte.
Le même argument vous a déjà été servi pour justifier le récent texte qui permet la censure administrative - sans juge - de n'importe quel site Internet (et dont l'OSCE demande déjà qu'on le reconsidère).

Pourtant, dans cette période où chacun s'interroge sur ce qui nous définit comme une société, c'est justement le moment de vous souvenir des principes qui ont fondé ce pays.

Mais, dans ce moment où le terrorisme n'a de cesse que de voir disparaître toute pratique démocratique, c'est justement l'instant où vous devez vous lever pour défendre les droits fondamentaux et pour rejeter les arguments démagogiques.

Mesdames, messieurs, s'il vous reste ne serait-ce qu'une once de probité, vous lirez les arguments des opposants à ce texte, sans oeillères et sans calcul politique de bas étage.

Et si vous ne voulez pas être un traître à la république, madame, monsieur, vous vous y opposerez à votre tour.

 

blogger templates