19 juin 2015

Dette grecque, la vérité sur les manipulations de la Troïka au profit des intérêts privés (vidéo)

Intervention d'Eric Toussaint
Commission d'audit de la dette grecque
17 juin 2015 Athènes




29 mai 2015

Traité Constitutionnel Européen, c'est toujours NON


Le 29 mai 2005, à la question : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une constitution pour l’Europe ? », le non recueille 54.88 % des suffrages exprimés parmi 69.34 % des inscrits.

En 2007, les gouvernements européens, réunis en conférence intergouvernementale, rédigent le Traité de Lisbonne qui, de l’aveu même de Valéry Giscard d’Estaing, rédacteur du traité de constitution européenne (TCE), n’aura été construit qu’à partir du seul TCE.

Le 4 février 2008, le Parlement réuni en Congrès au château de Versailles vote une révision de la Constitution française afin de ratifier le Traité de Lisbonne par voie parlementaire le 8 février.

Mai 2015 : 10 ans après, l’Union Européenne s’est bel et bien construite mais bien loin des promesses qu’elle martelait en 2005.

« Le peuple européen » « L’Europe c’est plus de croissance et d’emploi » ou encore « l’Europe c’est la paix ».

Autant de slogans qui par un simple regard dans la presse aujourd’hui sont balayés d’un clignement des paupières.

10 ans après, L’Union Européenne applique ce traité constitutionnel dit, traité de Lisbonne. La commission européenne dans laquelle siège des personnalités non élues, fait appliquer des directives dans tous les Etats membres sans aucune consultation des parlements nationaux ou même des peuples. (...)

Lire la suite sur le 4eme singe ...

6 février 2015

GMT/TAFTA : « Coopération réglementaire » : Une dérégulation qui ne dit pas son nom


Le huitième cycle de négociation du traité transatlantique TAFTA s’est ouvert ce lundi à Bruxelles.

Alors que les promoteurs du traité patinent face à l’opposition grandissante à l’arbitrage investisseur-État [1], c’est désormais sur la « coopération réglementaire » que planchent les négociateurs.

Sous ce doux nom de coopération se cache un vaste programme de dé-tricotage des normes sociales, environnementales, alimentaires et sanitaires avec les lobbies des multinationales aux commandes.

La Commission européenne a en effet repris quasiment mot pour mot les demandes de la chambre américaine de commerce et de Business Europe [2]. Étiquetage, autorisation de produits chimiques, règles prudentielles, sécurité automobile etc sont autant de domaines où les normes sont perçues comme des obstacles injustifiés au libre commerce. Et ce qui ne pourra pas être négocié dans le traité, encore trop sujet au regard public malgré l’opacité qui entoure les négociations, le sera par la suite : des groupes de travail sectoriels et un conseil de coopération réglementaire se chargeront de manière permanente d’analyser les législations actuelles et futures à l’aune de leur impact sur le commerce transatlantique, et ce avant même que les élu-es ne soient consultés (voir note CEO) et à l’abri de tout débat public.
 
Suite de l'article sur le blog de R M Jennar ...
  

5 février 2015

Abeilles, le sénat bloque l'interdiction des néonicotinoïdes

Si j'empoisonne mes enfants je vais en taule. Si Monsanto les empoisonne il reçoit l'approbation du gouvernement
 
Par Sophie Chapelle, 4 et (mise à jour) 5 février 2015 sur Bastamag

Pesticides : des parlementaires souhaitent une cure de désintoxication

Six ans après le lancement du plan Ecophyto, le gouvernement fait face à un échec cuisant. Le recours aux pesticides a augmenté de plus de 10 % entre 2009 et 2013, alors que le plan a pour objectif de diminuer de moitié l’usage de pesticides d’ici à 2018. La France demeure le troisième consommateur mondial de ces produits toxiques, derrière les États-Unis et le Japon. Malgré la difficile désintoxication, des parlementaires souhaitent instaurer un moratoire sur les pesticides de la famille des néonicotinoïdes, des insecticides parmi les plus néfastes pour la faune, en particulier les abeilles.

Initiée par le sénateur écologiste Joël Labbé et le député socialiste Germinal Peiro, une proposition de résolution doit être examinée ce 4 février au Sénat [1]. Elle a déjà été signée par 182 députés et sénateurs de tous bords. Elle invite le gouvernement français à agir auprès de l’Union européenne pour obtenir un moratoire européen sur l’ensemble des pesticides néonicotinoïdes « tant que les risques graves sur l’environnement et la santé humaine ne seront pas écartés ».

Risque élevé pour les abeilles

Présents sur le marché français depuis 1994, les néonicotinoïdes sont une famille d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes. En mai 2013, la Commission européenne a restreint l’usage de trois néonicotinoïdes [2]. Cette décision est intervenue à la suite de plusieurs avis de l’agence européenne de sécurité des aliments, constatant les risques élevés de ces substances pour les abeilles (lire notre précédent article). Néanmoins, ces produits restent utilisés sur de très larges surfaces, car les restrictions ne concernent ni les céréales d’hiver ni les traitements en pulvérisation après floraison.

Les partisans du moratoire demandent « que la restriction de l’utilisation des molécules néonicotinoïdes aille plus loin ». Ils s’appuient notamment sur les travaux d’une évaluation mondiale réalisée à l’échelle de 15 pays par un groupe de 24 experts internationaux [3]. Celle-ci démontre que ces néonicotinoïdes ont des effets bien plus larges que sur les seuls insectes pollinisateurs. L’ensemble de la faune du sol, de l’air et des eaux est touchée. Cette évaluation pointe leur persistance pendant des mois voir des années, en particulier dans les sols, ce qui augmente leurs impacts toxiques sur les invertébrés comme les vers de terre.

Plusieurs ONG (Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot, Générations Futures) et organisations syndicales (l’Union nationale de l’apiculture française et la Confédération paysanne) appuient cette proposition de moratoire. Une pétition est également en ligne. Joël Labbé a par ailleurs demandé à ce que le vote se déroule à scrutin public afin que les sénateurs votent « en leur âme et conscience » [4]. Pour lui « les politiques doivent reprendre la main » sur « les puissances économiques » et les grandes entreprises d’insecticides. Espérons que cette proposition connaîtra un autre destin que celle sur le « devoir de vigilance » des entreprises multinationales, qui a été enterrée.

[Mise à jour le 5 février] La proposition de résolution visant à faire interdire les néonicotinoïdes au niveau européen a été rejetée. 248 sénateurs se sont exprimés contre cette proposition, seulement 64 sénateurs se sont prononcés pour.

Notes

[2] La clothianidine, le thiaméthoxam et l’imidaclopride. Cette restriction porte pour une durée de deux ans à partir du 1er décembre 2013.
[3] Cette évaluation mondiale rassemble près de 800 études. Elle a été entreprise par le groupe de travail sur les pesticides systémiques (Task Force on Systemic Pesticides). Les résultats ont été publiés dans le journal à comité de lecture : Environmental Science and Pollution Research (ESPR, Springer) en ligne en 2014 et sous forme d’une édition spéciale en janvier 2015. Lire ici.
[4] Lire la lettre ouverte aux sénateurs

voie en ligne :  http://www.bastamag.net/Vers-un-moratoire-sur-les
 
   

29 décembre 2014

La propagande du « Monde » contre Syriza et Podemos


Dans son édition datée des 25 et 26 décembre 2014, Le Monde a décidé de parler de Syriza et Podemos, deux partis politiques de la gauche radicale, respectivement grec et espagnol, qui sont aux portes du pouvoir dans leur pays. Neutre et objectif, Le Monde titre sobrement son édition : « Grèce, Espagne : l’envolée de la gauche radicale affole l’Europe ». Signe de cet « affolement », Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a déclaré en gros qu’il préfèrerait que Syriza n’arrive pas au pouvoir en Grèce. Un événement sur lequel Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs directement interrogé l’intéressé dans une question à la Commission européenne.

L’accroche de « une » et l’article qui concernent Syriza et Podemos sont un exemple typique du militantisme politique dont fait régulièrement preuve Le Monde à l’égard des forces politiques antilibérales. Exit, donc, la prétendue « neutralité » dont se revendique le journal : ici, on a affaire à un discours politique sur deux partis étrangers. La rhétorique d’opposition à ces partis s’appuie sur trois grands éléments : premièrement, une diabolisation de Syriza et Podemos, qualifiés de partis « extrémistes » et limite xénophobes ; deuxièmement, une ridiculisation des électeurs de ces partis ; troisièmement, l’affirmation que l’extrême droite est « plus anti-système » que la gauche radicale. L’ensemble s’appuie sur la parole d’« experts » dont on verra qu’ils ne sont pas neutres politiquement.
 
 

24 janvier 2014

Le spectre du gaz de schiste refait surface


Lire, colibrinfo.blog4ever.com/la-commission-europeenne-ouvre-la-porte-au-gaz-de-schiste

colibrinfo.blog4ever.com/gaz-de-schiste-apres-les-declarations-de-montebourg-preparons-le-goudron-et-les-plumes

 

12 novembre 2013

Exigeons la transparence alimentaire !



Par le Collectif citoyen les engraineurs (onglet "lettres")|via Agoravox



11.2013 / LETTRE AUX EURODÉPUTÉS

Le 31 oct. la Commission Européenne a abandonné, SOUS LA PRESSION DE LOBBIES de l’agro industrie, l’idée de rendre OBLIGATOIRE UN ÉTIQUETAGE indiquant la COMPOSITION DE LA VIANDE dans les plats cuisinés. Le collectif citoyens les Engraineurs vous propose ce modèle de lettre en français et en anglais et invite tous les citoyens européens à adresser ce courrier (adapté si besoin) à leurs eurodéputés ! Copiez + collez + envoyez !
 

LES CITOYENS EUROPÉENS EXIGENT LA TRANSPARENCE ALIMENTAIRE !

En février 2013, suite au scandale de la viande de cheval dans les plats cuisinés, le Président de la République François Hollande engageait sa parole auprès des consommateurs français : « je veux que, à terme, il y ait un étiquetage obligatoire sur les viandes qui sont insérées dans les produits cuisinés », réclamant aux industriels que « le consommateur puisse être informé de la provenance des produits qu’il consomme ».

Le 6 novembre, un article du Canard Enchainé révèle qu'une fois de plus notre droit de connaître la nature exacte des aliments consommés est nié, puisque les lobbies de l'agroalimentaire ont obtenu le rejet de la proposition européenne d'étiquetage obligatoire sur l'origine et la composition de la viande introduite dans les plats cuisinés.

Il est consternant de constater combien une chose qui paraît tellement évidente - savoir ce que l'on achète, ce que l'on consomme - puisse être ainsi balayé au nom du secret des affaires et du profit. Ce constat ne vaut évidemment pas seulement pour la viande des plats cuisinés mais plus largement pour l'étiquetage, la nature et la provenance de tous les produits disponibles à la consommation !

Ce message s'adresse à vous tous, politiques élus démocratiquement, députés européens, qui êtes en charge de faire valoir nos droits : trouvez-vous normal qu'un citoyen ne puisse pas savoir de quoi est composé ce qu'il achète pour se nourrir ? Que comptez-vous faire pour que nos droits cessent d'être bafoués par des lobbies uniquement soucieux de leurs intérêts commerciaux ? Combien faudra-t-il encore de scandales sanitaires pour que vous agissiez ?

Dans l'attente de vous lire.

Citoyennement

Collectif citoyen les engraineurs


(La version anglaise et les adresses mails des eurodéputés sur www.collectif-lesengraineurs, onglet "lettres")




18 septembre 2013

Plus fort que le TCE, le Grand Marché Transatlantique

photo LGS


Raoul Marc Jennar | son blog |18 septembre 2013

GRAND MARCHE TRANSATLANTIQUE

Un projet de grand marché unique transatlantique est en cours de négociation sans qu’aucun Parlement n’ait été consulté sur son opportunité, à l’exception du Parlement européen où la traditionnelle sainte alliance des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates l’appuie avec le même enthousiasme apporté jusqu’ici à tout ce qui démantèle le modèle démocratique et social européen. Ce « Partenariat transatlantique pour le Commerce et l’Investissement » représente la pire agression non militaire jamais subie par les peuples d’Europe. J’estime qu’il faut faire le travail que la droite, le PS, EELV, la CFDT, la plupart des médias ne font pas : informer de la réalité de ce projet en expliquant le mandat donné par les gouvernements (dont le gouvernement PS-EELV) à la Commission européenne pour négocier avec les USA cet effacement de l’Europe. A cet effet, plusieurs conférences sont déjà programmées :

A Forcalquier, le 11 octobre
A Nice, le 12 octobre
A Paris, au salon Marjolaine de Nature et Progrès, le 13 novembre
A Perpignan, deux séances : les 19 novembre et 3 décembre
A Toulouse, le 10 décembre.
 
Des précisions sur le lieu et l’heure seront fournies ultérieurement.
Je suis à la disposition des mouvements, associations et partis politiques opposés aux politiques néolibérales pour présenter ce projet de la même manière qu’en 2004-2005 j’avais présenté les raisons de s’opposer au traité constitutionnel européen. Ce qui a été fait alors doit être accompli de nouveau aujourd’hui, car c’est pire que tout ce qu’on a subi jusqu’à présent.
Cordialement, Raoul

3 mai 2013

Comment jeter les banquiers voyous en prison, en dix leçons





Basta! | Par Agnès Rousseaux | 29 avril 2013


Faire condamner les responsables de la crise financière : telle est l’ambition de l’Islande depuis quatre ans. Nomination d’un procureur spécial, investigations sur les crimes économiques, levée du secret bancaire... Si tout n’est pas rose sur l’île, une chose est sûre : face à la pire crise bancaire de l’histoire, l’Islande fait passer les intérêts des citoyens avant ceux des banquiers. Et a décidé de mettre fin à l’impunité des délinquants de la finance. Mode d’emploi d’une sortie de crise pas comme les autres.

 
Imaginez en France 20 000 agents de l’Etat chargés d’enquêter sur les crimes économiques, cherchant des preuves, interrogeant des témoins, fouillant dans les moindres recoins des archives des banques, plaçant en détention provisoire PDG, dirigeants ou traders. Plus de secret bancaire, accès illimité à toutes les informations. Un seul objectif : faire condamner les responsables de la crise financière. Science-fiction ? C’est pourtant la voie choisie depuis quatre ans par l’Islande, avec des moyens à la mesure de ce petit pays de 320 000 habitants.

Octobre 2008. L’onde de choc de la crise des subprimes qui secoue les États-Unis arrive en Islande. Le tsunami financier submerge l’île. En 48 heures, les trois principales banques du pays (Glitnir, Kaupthing et Landsbanki) se déclarent en faillite. Elles détiennent des actifs d’un montant dix fois supérieur au PIB islandais ! Et sont incapables de faire face. En cause, un secteur bancaire hypertrophié, fragilisé par le développement de crédits à bon marché, le gonflement de la sphère financière, la fusion des banques d’investissement et des banques commerciales, des pratiques de gestion plus que douteuses... « Que Dieu sauve l’Islande. » Telle est la conclusion du discours télévisé du Premier ministre, alors que s’effondre le secteur bancaire. C’est la débâcle.

Quatre ans et une Assemblée Constituante plus tard, l’Islande a retrouvé quelques couleurs. Fin 2012, le taux de chômage – qui dépasse les 8 % en 2009 et 2010 – est redescendu à 4,4 %. Inlassablement, les autorités traquent les responsables de la crise. Et prouvent qu’un pays peut survivre à un crash mondial, sans endetter ses citoyens sur plusieurs générations. Ni transformer des dettes privées en dette publique, comme l’ont fait une grande partie des pays européens, dont la France. Comment l’Islande a-t-elle réussi à se remettre aussi vite, alors que plus au Sud, Espagne, Grèce et Portugal s’enfoncent dans l’austérité ? Petit mode d’emploi.

1 - Enquêter sur les crimes financiers

Première étape : établir les responsabilités. C’est le rôle d’Olafur Hauksson. En 2008, il était commissaire de police dans une petite ville côtière, à 50 kilomètres de Reykjavik, la capitale. Lorsque la gauche arrive au pouvoir début 2009, la nouvelle Premier ministre, Johanna Sigurdardottir, le nomme Procureur spécial. Sa mission ? Traduire en justice les responsables de l’effondrement économique du pays. Pour cela, il assure deux fonctions : enquêteur et procureur. « Je décide des investigations à lancer sur les délits commis, mais aussi des poursuites en justice, explique Olafur Hauksson. Nous enquêtons et poursuivons en même temps. Nous travaillons des deux côtés de l’Atlantique, et à l’échelle européenne. » Comme par exemple au Luxembourg, où en avril dernier une trentaine d’agents ont perquisitionné les locaux de la banque Landsbanki, pour y confisquer des données utiles aux investigations du Procureur spécial.

2 - Donner à la justice des moyens conséquents

Ces deux missions sont parfois difficiles à mener de front, mais garantissent une très bonne connaissance des dossiers, face à l’armée d’avocats engagés par les banquiers. « Nous devons nous battre à chaque étape. Nous avançons doucement mais sûrement ». Depuis quatre ans, l’équipe s’est étoffée. En février 2009, son service compte cinq personnes. Aujourd’hui, il est à la tête d’une équipe de 110 agents. Des moyens conséquents. Avant la crise, le service d’investigation sur les crimes économiques employait seulement 15 personnes.

3 - Lever le secret bancaire

Autre élément essentiel : la modification de la loi sur le secret bancaire. « Si on devait approcher les banques avec des mandats du juge pour obtenir des informations, la procédure serait très longue », détaille le procureur. Pour accélérer le processus, le Parlement a décidé de lever le secret bancaire. « Les banques sont tenues de nous fournir tous les documents dont nous avons besoin. Ce qui a grandement simplifié notre travail. » Des experts internationaux ont également été sollicités, comme Eva Joly, pour venir renforcer le travail du procureur et de son équipe.

4 - Punir les délinquants en col blanc

Une fois les enquêtes menées, reste à faire aboutir les procédures judiciaires. Mises en examen et procès ont commencé. Au total, une centaine de personnes devraient être inculpées d’ici fin 2014, assure Olafur Hauksson. En majorité d’anciens responsables du secteur financier. Et pas question de renouer avec l’impunité. Les têtes tombent les unes après les autres. Et les condamnations pleuvent. Anciens PDG et ex-dirigeants écopent de peines de prison. Et pas des peines symboliques : de plusieurs mois à plusieurs années de prison ferme pour la plupart d’entre eux.

Tels ces deux anciens dirigeants de la banque Byr, condamnés à quatre ans et demi de prison en 2012. Alors que leur banque était sur le point de faire faillite, ils ont octroyé un prêt de 6 millions de dollars à une holding. Celle-ci a utilisé l’argent pour leur racheter les actions de la banque qu’ils détenaient personnellement... Le hold-up était presque parfait. Ou tel le PDG de la banque Landsbanki, Sigurjon Arnason : il passe une partie de l’année 2012 en cellule de confinement pendant que la justice enquête sur ses possibles délits. Imaginez Daniel Bouton, ex-PDG de la Société Générale, placé en détention provisoire pendant l’enquête sur l’affaire Kerviel ! Impossible ? Pas en Islande. D’autres dirigeants sont inculpés pour manipulation du cours des actions, fraude, évasion fiscale ou délit d’initié [1]. Il faut dire que les dirigeants des grandes banques locales ne s’embarrassent ni avec l’éthique, ni avec la loi [2].

5 - Faire le ménage dans l’oligarchie administrative et politique

Le Procureur spécial fait également le ménage dans l’administration. Baldur Gudlaugsson, directeur de cabinet du ministre des Finances en 2008, est condamné à deux ans de prison ferme pour délit d’initié [3]. « Nous avons fait du bon travail, estime Olafur Hauksson. Mais cela demande beaucoup de temps. Une grande partie de notre travail d’investigation sera terminé d’ici fin 2014. Tous les responsables de la crise bancaire seront poursuivis à cette date. Si, bien sûr, les preuves le permettent. » En comparaison, aux États-Unis, aucun dirigeant de banque n’a été poursuivi suite à la crise des subprimes. L’organisme de contrôle des marchés financiers – la SEC (Securities and Exchange Commission) – a annoncé avoir sanctionné 39 hauts fonctionnaires pour leurs décisions lors de l’effondrement du marché immobilier.

La « purge » du secteur bancaire islandais permettra-t-elle de prévenir de nouveaux abus ? « Le système n’a pas changé, tempère Árni Daníel Júlíusson, chercheur indépendant et membre d’Attac Islande. Mais certaines personnes en ont été exclues, les responsables bancaires ont complément changé. Et l’Islande n’est pas autant ouverte qu’avant au système financier international ».

6 - Assurer une totale transparence

Pour faire toute la lumière sur cette crise, le Parlement islandais, a également mis sur pied une Commission spéciale d’enquête. Son travail : établir une chronologie de la crise, analyser avec minutie le processus d’effondrement bancaire, examiner les responsabilités de chacun des acteurs économiques.
Expliquer comment la taille des trois principales banques a été multipliée par 20 en sept ans ! Ou pourquoi les propriétaires de ces banques en étaient également les principaux emprunteurs...

Le résultat de cette commission [4] est impressionnant : huit livres, soit plus de 2500 pages, relatant dans le détail la crise de 2008. « Tous les citoyens ont accès à ce texte, qui est disponible dans les librairies depuis 2010, explique Árni Daníel Júlíusson. Il donne clairement le nom de tous les responsables de cette crise, et montre comment les responsables politiques n’ont rien fait, alors qu’ils savaient qu’un effondrement était en cours. » Le texte va jusqu’à révéler les courriels échangés entre responsables bancaires, mettant en évidence qui avait accès à quelle information, qui a pris les décisions et sur quelles bases.

7 - Ne surtout pas écouter le FMI

Si ces mesures ont été mises en place, c’est que le peuple islandais ne s’est pas laissé faire. Et n’a pas cédé aux injonctions du FMI et de l’Union européenne. Alors qu’elles se déclarent en faillite, les trois grandes banques islandaises sont nationalisées, dont une filiale qui va faire parler d’elle : Icesave (filiale de Landsbanki). Le drame islandais prend alors une tournure internationale. Car Icesave est un service bancaire sur internet créé en 2006 pour attirer les investisseurs européens, grâce à un taux d’intérêt très attractif (jusqu’à 7%). Pari réussi : ceux-ci affluent depuis le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Parmi les clients, l’Université de Cambridge, la police de Londres, ou la commission qui gère les finances des collectivités locales britanniques. Les agences Icesave à l’étranger ne sont pas des filiales : en cas de faillite, c’est bien l’Islande qui est garante en dernier recours de ces dépôts. Et personne ne se pose la question de savoir comment ce pays de 320 000 habitants pourra faire face en cas de problème. Résultat : en 2008, les banques islandaises font défaut sur 85 milliards de dollars ! Six fois le PIB du pays ! Les dépôts d’Icesave se sont évaporés comme neige au soleil.


Pour éviter contagion et panique, le Royaume-Uni et les Pays-Bas décident rapidement de rembourser les pertes subies par leurs ressortissants dans le naufrage d’Icesave. Le FMI, appelé en renfort, demande à l’Islande de dédommager les deux États. Le peuple islandais refuse. Pas question que les contribuables remboursent la dette Icesave, de 4 milliards d’euros. C’est le début de la « Révolution des casseroles », révolte citoyenne au son des ustensiles de cuisine. Les Islandais refusent par référendum, à deux reprises, en 2010 et 2011, un accord de remboursement [5] et la proposition d’étaler les versements : l’équivalent d’environ 100 euros par mois par habitant, jusqu’en 2046… En septembre 2011, Landsbanki annonce finalement qu’elle remboursera elle-même les gouvernements britannique et néerlandais (à hauteur de 8 milliards d’euros) grâce à la vente de ses actifs, réévalués après le crash financier.

8 - N’accorder aucune confiance à la Commission européenne

L’affaire ne s’arrête pas là : la Commission européenne poursuit l’Islande [6]. Motif : violation de la directive européenne qui stipule qu’un minimum de 20 000 euros doit être assuré aux déposants d’une banque en faillite [7]. L’obligation de créer un fonds de garantie n’implique pas de garantir les dépôts avec de l’argent public, argumente l’Islande. Le 28 janvier dernier, la justice européenne a tranché : l’Islande avait le droit de refuser le remboursement. La liquidation de Landsbanki, dont les actifs ont permis de rembourser la dette Icesave, a donc suivi une procédure « normale ». C’est pourtant le contraire qui a été fait dans le reste de l’Europe, lorsque les gouvernements ont apporté des garanties sur fonds publics, pour sauver les banques – et les grands actionnaires – au détriment de l’ensemble des contribuables. Cette décision de justice ouvrira-t-elle la voie pour d’autres pratiques ?

9 - Placer les intérêts des citoyens avant ceux des banquiers


A chaque étape de la crise financière, l’Islande a placé les besoins de sa population avant ceux des marchés ou des banques – souvent sous la pression de la rue. Si des mesures d’économie budgétaire ont été votées, on est loin des destructeurs plans d’austérité appliqués dans d’autres pays européens. Les hausses d’impôts ont visé principalement les plus hauts revenus. Et la dévaluation de la couronne a dopé l’économie. Depuis 2008, les banques islandaises ont allégé la dette de plus d’un quart de la population – l’équivalent de 13% du PIB [8]. Un accord entre le gouvernement et les banques les a obligé à effacer une partie des dettes immobilières des particuliers, lorsque celles-ci étaient supérieures à 110% de la valeur du bien. En 2010, la Cour suprême a également déclaré illégaux les prêts indexés sur une devise étrangère : les emprunteurs n’ont plus à faire les frais de la dévaluation de la monnaie islandaise.

10 - Refonder la démocratie, un travail à long terme

Tout irait donc pour le mieux en Islande ? Les partis conservateurs et libéraux – ceux-là même qui ont préparé le terrain à la crise de 2008 – ont pourtant remporté les élections législatives le 27 avril. Sans doute des années de rigueur budgétaire et l’endettement persistant des propriétaires immobiliers ont-ils eu raison de la coalition de gauche, qui avait pris les rênes du pays en 2009.
Si Geir Haarde, Premier ministre en 2008, a dû répondre de ses actes, d’autres responsables politiques n’ont pas été inquiétés. Et le pays est toujours marqué par un puissant réseau de clientélisme, qui pèse sur la société islandaise.

Symbole de cette oligarchie politique et économique : David Oddson, premier ministre pendant 20 ans, gouverneur de la Banque centrale en 2008, est aujourd’hui directeur d’un des grands journaux du pays, d’où il assure la couverture médiatique de la crise économique. Un peu comme si on avait nommé Richard Nixon à la tête du Washington Post pendant le Watergate, compare Le monde diplomatique. L’Islande a-t-elle tiré des leçons de la crise ? « Au moins, les responsables économiques et les banquiers sont désormais conscients que les infractions peuvent être condamnées », souligne Árni Daníel Júlíusson, d’Attac. Et une partie des responsables de la crise financière dorment en prison. Une voie que d’autres pays n’ont pas encore eu le courage de suivre. Sans parler de ceux qui ont capitulé avant même de livrer bataille.

Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux sur twitter

Illustrations : CC Occupydesign

Notes

[1] Les dirigeants de Landsbanki ont été inculpés pour manipulation du cours des actions, avant l’effondrement du système bancaire. Un dossier de 30 pages recensant les charges retenues contre eux établit notamment comment la banque a acheté pour près d’un demi-milliard de dollars de ces propres actions, pour soutenir le cours de celle-ci, avant l’effondrement. Cette accusation concerne également les dirigeants de la banque Kaupthing.

[2] Pour la banque Glitnir, les condamnations de dirigeants se succèdent depuis quelques mois. Décembre 2012 : Larus Welding, ancien PDG, et Gudmundur Hjaltason, ancien directeur, sont condamnés à 9 mois de prison pour fraude. Ils ont approuvé un prêt à une entreprise qui détenait des actions de Glitnir, afin que l’entreprise puisse à son tour rembourser une dette à Morgan Stanley. Ce prêt a entrainé une perte de 53 millions d’euros pour la banque. Février 2013 : Bjarni Armannsson, ancien PDG de la banque est accusé d’évasion fiscale. Mars 2013 : Fridfinnur Ragnar Sigurdsson, ancien dirigeant, est condamné à un an de prison pour délit d’initié, pour avoir vendu en 2008 des actions de la banque à cinq reprises. Du côté de la banque Kaupthing, même traitement : Sigurdur Einarsson, ancien président, a été condamné à rembourser 3,2 millions d’euros.

[3] Membre d’un comité gouvernemental de surveillance sur la stabilité financière, il avait vendu ses actions de la banque Landsbanki deux semaines avant la faillite de celle-ci...

[4] Composée d’un juge de la cour suprême, du médiateur parlementaire et d’une professeure de l’Université de Yale (Etats-Unis), épaulés par des historiens et des économistes.

[5] L’accord soumis au vote en 2010 porte sur une remboursement de 3,7 milliards d’euros, versés au Royaume-Uni et aux Pays-Bas de 2016 à 2023. 93 % des Islandais (contre 2%) le refusent lors du référendum de 2010.

[6] Devant le tribunal de l’Association européenne de libre-échange (AELE)

[7] Suite à la crise de 2008, ce montant garanti a été relevé en 2009 de 20 000 à 100 000 euros par déposant.

[8] Selon un rapport de Icelandic Financial Services Association. Le montant des créances effacées serait d’environ 1,6 milliards de dollars, d’après les décisions de justice enregistrées.




url de cet article, http://www.bastamag.net/article3045.html

22 février 2013

Qui dirige vraiment l'Union Européenne (vidéo RTBF)





 

Un long-métrage documentaire sur l’influence grandissante des lobbies sur le processus de décision dans les institutions européennes. Le film explore les opérations et les opportunités du Business bruxellois ainsi que ses répercussions.

Au début des années 90, deux jeunes hommes se rendent compte de l’impact considérable des lobbies sur les décisions de l’Union européenne prises à Bruxelles. Le premier se lance alors dans une enquête et une lutte, et devient le garde-fou des lobbies de l’Union européenne ; le second devient un lobbyiste haut placé de 40 multinationales.

Le film dévoile les coulisses des lobbies, les réseaux secrets du pouvoir et l’influence des grandes entreprises sur les décisions européennes prises à Bruxelles. Autrement dit, c’est une version officieuse de l’Intégration européenne depuis les années 80, l’histoire de l’emprise néolibérale dans la politique européenne.

A l’heure où l’Europe connaît une récession sans précédent qui pourrait bien mener à l’écroulement de l’économie mondiale, ce film tente de répondre à une question que des millions d’entre nous se posent : Qui dirige réellement l’Union européenne ?

-
La Table ronde des Industriels européens (European Round Table, ERT) est un groupe de lobbying créé en 1983 par Étienne Davignon auprès de la Commission européenne, le Conseil des ministres ou encore le Parlement européen. Il rassemble les 45 plus grandes entreprises européennes, situées dans 18 pays de l'UE.
L'ERT s'est donnée pour objectif de « stimuler la compétitivité mondiale de l'industrie européenne », notamment en prônant la baisse du salaire minimum, la réduction des dépenses de sécurité sociale et la privatisation de services publics.
L’ERT a nettement influé sur le texte de l’Acte unique européen de 1986 et sur le texte du Traité de Maastricht de 1992, traité fondateur de l'Union européenne. Ces faits illustrent de façon flagrante que, par rapport à la masse des citoyens, les lobbies industriels (dont les moyens financiers sont incomparablement plus élevés que ceux des ONG supposées représenter les citoyens) bénéficient d'une relation privilégiée auprès des pouvoirs législatif et exécutif de l'UE.

 

blogger templates