24 août 2013

Déclaration de Chelsea (Bradley) Manning



Wikileaks Actu | 23 août 2013

Bradley [Chelsea Manning]: "Nous avons oublié notre humanité"

[Bradley Manning a affirmé sa volonté de changer d'identité après son procès, et souhaite désormais se faire appeler Chelsea Manning]

Par Chelsea E. Manning, 21 août 2013

Mercredi, Chelsea (anciennement Bradley) Manning a été condamnée à 35 ans de prison. Suite à l’annonce de la sentence, la déclaration suivante de Manning a été lue lors d’une conférence de presse, par son avocat David Coombs. Jeudi, Chelsea Manning a publié un communiqué expliquant qu’elle voulait vivre comme une femme.

"Les décisions que j’ai faites en 2010 sont venues d’une préoccupation pour mon pays et pour le monde dans lequel nous vivons. Depuis les tragiques événements du 11/9, notre pays a été en guerre. Nous avons été en guerre avec un ennemi qui choisit de ne pas nous rencontrer sur aucun champ de bataille traditionnel, et de ce fait, nous avons dû changer nos méthodes de lutte contre les risques posés pour nous et notre mode de vie.

J’ai d’abord été d’accord avec ces méthodes et j’ai choisi de me porter volontaire pour aider à défendre mon pays. Ce n’est pas avant que j’aie été en Irak, et en lisant des rapports militaires secrets sur une base quotidienne, que j’ai commencé à remettre en question la moralité de ce que nous faisions. C’est à ce moment que j’ai réalisé que dans nos efforts pour répondre à ce risque posé à nous par l’ennemi, nous avons oublié notre humanité. Nous avons consciemment choisi de dévaloriser la vie humaine à la fois en Irak et en Afghanistan. Lorsque nous avons engagé la guerre contre ceux que nous percevions comme l’ennemi, nous avons parfois tué des civils innocents. Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d’accepter la responsabilité de notre conduite, nous avons choisi de nous cacher derrière le voile de la sécurité nationale et des renseignements classifiés afin d’éviter toute responsabilité publique.

Dans notre zèle pour tuer l’ennemi, nous avons débattu en interne la définition de la torture. Nous avons détenu des personnes à Guantánamo pendant des années sans procès. Nous avons inexplicablement fermé les yeux sur la torture et sur les exécutions commises par le gouvernement irakien. Et nous avons supporté d’innombrables autres actes au nom de notre guerre contre le terrorisme.

Le patriotisme est souvent le cri prôné, lorsque des actes moralement discutables sont préconisés par ceux qui sont au pouvoir. Lorsque ces cris de patriotisme noient toutes nos dissensions fondées sur la logique, il revient généralement à un soldat américain d’effectuer une mission mal conçue.

Notre nation a eu des moments sombres et semblables pour les vertus de la démocratie – la Piste des Larmes, la décision Dred Scott, le maccarthysme, les camps d’internement nippo-américains – pour en citer quelques-uns. Je suis convaincu que beaucoup de nos actions menées depuis le 11/9 seront un jour vues dans une lumière semblable.

Comme le regretté Howard Zinn l’a dit un jour: «Il n’est pas de drapeau assez grand pour couvrir la honte de tuer des innocents."

Je comprends que mes actes ont violé la loi, et je regrette que mes actions aient causé du mal à quiconque ou heurté les États-Unis. Mon intention n’a jamais été de blesser qui que ce soit. Je voulais seulement aider les gens. Quand j’ai choisi de divulguer des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays et par sens du devoir envers les autres.

Si vous refusez ma demande de grâce, je servirai mon temps en sachant que parfois vous devez payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serai heureux de payer ce prix, si cela signifie que nous pourrions avoir un pays qui est vraiment conçu dans la liberté et dédié à la proposition selon laquelle toutes les femmes et tous les hommes sont créés égaux."

Source: http://rabble.ca/news/2013/08/chelsea-manning-we-have-forgotten-our-humanity

 

19 août 2013

Libérez Bradley Manning

source Euronews


CHRIS FLOYD, CounterPunch | relayé par Oulala.info | 18 août 2013

Bradley Manning, son appel à la clémence et le combat pour préserver son humanité


Je voudrais dire deux choses à propos du plaidoyer de Bradley Manning pour bénéficier des circonstances atténuantes dont le Guardian nous dit qu’ »il va décevoir les milliers de supporters de Manning dans le monde qui croient qu’il a fait des révélations courageuses parce que sa conscience l’exigeait ».

Premier point: comme Arthur Silber l’a noté, l’importance des « whistleblowers » n’a rien à voir avec leur personnalité. Ce que sont, en eux-mêmes, Julian Assange, Bradley Manning, Edward Snowden n’a aucune importance; pas plus que le fait qu’on les considère comme des « héros » ou des « malfaiteurs », qu’on « ait envie de boire une bière avec eux » ou qu’on se mette en quatre pour les éviter. Ce qui est important c’est ce qu’ils ont fait; ce qui est important ce sont les fragments de vérité qu’ils ont révélés. Même si les accusations sexuelles contre Assange se révélaient exactes, cela n’enlèverait rien à l’importance de ce que Wikileaks a accompli, aux fissures qu’il a provoquées dans les hauts murs de mensonges que nos élites brutales, stupides et vénales érigent pour dissimuler leurs méfaits. Il en est de même pour Snowden, Manning, et tous ceux qui ont réussi à fissurer ces murs.

On est toujours tenté, bien sûr, de succomber au culte de la célébrité et de vivre par procuration la vie de telle ou telle célébrité grâce aux bribes d’information que nous glanons ici et là sur elles en les voyant comme des « héros » qui mènent la vie pleine de bravoure, de succès et de faste dont nous pouvons seulement rêver. Et pourquoi pas, tant que ça se limite à feuilleter des magazines dans la queue à l’aéroport. Mais ceci est une affaire sérieuse. Ces whistleblowers s’en prennent à des structures étatiques puissantes, corrompues et meurtrières qui sont en capacité de détruire des personnes et des pays entier et qui n’hésiteront pas à le faire, des structures qui sont devenues dangereusement incontrôlables et qui dévorent la substance même de la société humaine. Toute révélation qui peut enrayer les roues de cette monstrueuse machine est d’une importance incalculable. Le « caractère » de celui qui la fait n’a que peu d’importance.

Second point: J’invite tous ceux qui critiquent l’appel de Bradley Manning à bénéficier des circonstances atténuantes à se mettre deux secondes à sa place et à nous prouver leur « courage ». Manning est confronté à la perspective de passer sa vie en prison dans un système qui l’a déjà torturé, tabassé, humilié et maltraité, à la perspective de passer des dizaines d’années – des dizaines- dans un système contrôlé par des gens qui le méprisent ouvertement. Il sera enfermé avec des gens -et plus important encore gardé par des gens- qui haïssent les « traîtres », les « pédés », les « braques » et les « chochottes » d’une haine farouche et meurtrière. C’est ce qui l’attend: des années et des années de ce calvaire. Et vous, qu’est-ce que vous risquez?

Si j’étais à la place de Bradley Manning et que le même sort m’attendait, je suis certain que je ferais moi aussi acte de « repentance ». Je demanderais pardon, je pleurerais, j’implorerais la pitié du tribunal si cela pouvait diminuer un tant soit peu le temps que je passerais en enfer. Quelqu’un peut-il vraiment penser, ne serait-ce qu’une seconde, qu’une éclatante déclaration de principes politiques aurait pu le moins du monde attendrir la juge, cette même juge qui a pris toute une série de décisions de justice implacables dans le seul but de torpiller la défense de Manning à chaque étape, transformant ce procès en une sinistre farce qui a fait l’impasse, en toutes connaissance de cause, sur le fond de l’affaire : ce qui a poussé Manning à faire ce qu’il a fait et les crimes qu’il a révélés ? Aurait-ce été raisonnable, dans un tel contexte, qu’il s’épanche sur ses motivations juste pour donner des sensations fortes, l’espace d’un instant, à tous ceux qui sont tranquillement assis devant leur ordinateur ?

Dans sa déclaration, Manning n’a donné aucun nom, il n’a vendu personne ni impliqué qui que ce soit. Il a essayé d’alléger son propre calvaire mais il n’a trahi personne. Un appel à la clémence, au pardon – qu’il soit sincère ou feint – n’a rien à voir avec une trahison. Je suis sûr qu’à presque chaque étape de sa longue et douloureuse captivité, Manning aurait pu adopter le statut de « témoin à charge » contre Julian Assange et passer un accord des plus favorables, peut-être même obtenir le pardon ou l’immunité totale. Il n’en a rien fait. Il a pris tout le fardeau sur lui et il a subi tout ce calvaire tout seul -et maintenant il est là, tout seul, et il attend que la loi militaire s’abatte sur lui avec toute sa force draconienne. Il n’y a personne avec lui. Personne d’autre que lui n’est en danger.

En ce qui me concerne, dans la situation où il est, il peut dire tout ce qu’il veut pour essayer d’atténuer le martyre qui l’attend. Si les excuses, les regrets et les explications qu’il offre au tribunal vous « déçoivent », tant pis. Je le répète: prenez sa place, affrontez ce à quoi il est confronté et on verra ce que vous faîtes. Manning a révélé des vérités cachées; il a enduré la torture et la captivité sans trahir âme qui vive. Si cela n’est pas assez « héroïque » pour certains, s’ils doivent l’abandonner parce qu’il les aurait « laissés tomber » – comme une pop star qui a sorti un mauvais disque après une série de succès – alors c’est que leur « dissidence » devait être bien superficielle.

Leur « déception » démontre aussi une grande ignorance historique de ce qu’est la vie dans un système déterminé à écraser tous ceux qui s’opposent vraiment à l’élite dirigeante. Anna Akhmatova – qui a montré plus de courage dans sa vie qu’un stade entier rempli de « dissidents » de clavier – a dû s’humilier jusqu’à écrire des odes à Staline pour essayer de sauver son fils de l’enfer du Goulag. Osip Mandelshtam – un ardent défenseur de « la valeur ineffable de toute vie humaine » (Silber) contre la violence inhumaine et impitoyable de l’état qui, lui aussi, a fait de courageuses révélations – a été forcé de faire la même chose que Manning pour tenter d’atténuer un châtiment auquel il savait qu’il ne survivrait pas. Et cela, tous les deux l’on fait, comme Manning, sans jamais trahir personne; ils ont pris sur eux seuls toute la souffrance et l’ignominie. Et leur exemple à tous les deux, a donné espoir à une multitude de gens, les a soutenus et à donné sens à leur vie pendant des dizaines d’années.

La réalité de ces systèmes – qui ont fait la preuve qu’ils étaient capables de torturer les gens, de les enfermer pendant des années sans procès ou de les faire assassiner arbitrairement sur ordre d’une leader et de ses favoris – est bien différente d’un show télévisé ou d’un film aux personnages manichéens qui se termine par le triomphe du héros meurtri mais invaincu. C’est au contraire quelque chose de sale, laid et dégradant, un combat inégal qui oppose la vérité désarmée à des forces implacables et inhumaines de domination violente. C’est une guerre aux défaites innombrables et amères qui marque de manière indélébile le corps et l’âme de ceux qui sont pris dans la tourmente. Cela implique pertes, destructions, humiliations, souffrances, ruines et doutes. Il n’y a pas de « héros » dans ces guerres-là, seulement des êtres humains: ceux qui se battent de leur mieux pour ne pas renoncer à leur humanité et ceux qui se sont soumis aux forces de domination en y renonçant.

Bradley Manning n’a pas besoin d’être un « héros ». Il n’a pas besoin de faire un discours émouvant pour nous offrir d’éphémères sensations par procuration en attendant d’aller consulter notre page Facebook ou un autre site. Il a montré clairement qu’il était aux côtés de l’humanité. Il a fait quelque chose pour l’humanité – et maintenant il en paie le prix. Ce qui lui est arrivé a révélé le vrai visage du système déployé contre lui et contre nous..

Ceux qui peuvent faire mieux, qu’ils le fassent.

Chris Floyd écrit des articles pour CounterPunch. Il tient le blog Empire

Burlesque : www.chris-floyd.com.
Pour consulter l’original: suivre ce lien.

Traduction: Dominique Muselet


Lire également,  sur LGS

Réponse à la déclaration de Bradley Manning (Wikileaks) par
Julian ASSANGE

 

1 août 2013

Bradley Manning, dernier en date d'une longue série de prisonniers politiques


Et, comme les autres, il y a peu de chances qu'il sorte de cet enfer. Les dirigeants se suivent et se protègent les uns les autres, et ceux qui ont le malheur de dévoiler leur forfaits et dénoncer leurs crimes de guerre seront mis hors d'état de "nuire".
Définitivement.
Quelles que soient les armes choisies. L'assassinat, la peine de mort ou la prison à perpétuité en cellule de confinement jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Tous condamnés à MORT, de toute façon. (...)
 

Je suis Bradley Manning





Video: I am Bradley Manning.

Because I believe the public deserves the truth and whistleblowers deserve a fair trial.

Appearances: Maggie Gyllenhaal, Roger Waters, Oliver Stone, Daniel Ellsberg, Phil Donahue, Michael Ratner, Alice Walker, Tom Morello, Matt Taibbi, Peter Sarsgaard, Angela Davis, Moby, Molly Crabapple, Tim DeChristopher, LT Dan Choi, Bishop George Packard, Russell Brand, Allan Nairn, Chris Hedges, Wallace Shawn, Adhaf Soueif, Josh Stieber, Michael Ratner.

It’s time to stop the war on whistle-blowers.

Bradley’s actions have helped motivate democratic movements around the world, including the Arab Spring and Occupy Wall Street. They have shed light on the undue influence corporations wield in international policy, US-supported torture in Iraq, and the true number of civilian casualties in Iraq and Afghanistan.

The video that Bradley released from Iraq, “Collateral Murder,” is the most stark and obvious evidence of war crimes that the public has seen in our decade. None of those associated with the murder of unarmed civilians and journalists in the video have been brought to justice.



As of yet, the Obama administration and the military court have failed to produce any evidence whatsoever that Bradley’s leaks put the lives of service members of government officials at risk.



After his arrest Bradley suffered nearly a year of solitary confinement, resulting in protests by the UN, the ACLU, and Amnesty International.

 

blogger templates