11 mars 2014

Pensée blocus

20090811175506-bloqueo-vs-cuba 
 
 Oulala.info | 11 mars 2013

Bon, y a d’abord un paquet de gens qui n’ont rien à foutre de rien, qui ne veulent rien entendre, et qui te cracheraient à la gueule plutôt que de s’engager dans la lutte.
Puis, y en a encore plus qui veulent bien défendre leur bout de gras, mais qui arrêtent leur volonté à des frontières. Quand ça se passe à l’autre bout du monde (et en dehors de mon bifteck, tout est à l’autre bout du monde), on n’y pige que dalle et on veut pas le savoir. C’est déjà assez la merde ici hein…
Il y a des gens de gauche. Quelques-uns quand même… Eux, ils savent ce qu’ils veulent, et en plus ils ont une opinion sur ce qui se passe au-delà de l’hexagone (où le roi des cons sur son trône, tatata…). Une opinion bien souvent fabriquée par des magazines et des émissions juste un tout petit peu à gauche quand ils causent France et carrément à droite quand ils causent Ukraine, Venezuela, Syrie, Cuba, Palestine, bref tous les bouts du monde…

Enfin, il y a de mauvais esprits, qui poussent le vice à exercer leur analyse de classe au-delà des limites où leur ticket n’est plus valable, c’est-à-dire sur les terrains minés de « l’étranger », où tout est complexe et compliqué, et où les intérêts de la France commandent qu’on ferme sa gueule et qu’on soutienne nos « courageux soldats » (Fabius, Laurent, social-démocrate va-t’en guerre des XXème et XXIème siècles, considérant sur France Inter le 10 mars 2014 que le parti nazi ukrainien est juste « un peu plus à droite » que les autres partis ukrainiens…).
 
Donc, en dehors de quelques mauvais esprits, vilipendés par la presse et certains milieux de gauche (voir paragraphe 3, au début), chacun se doit de considérer que, puisqu’il n’y a pas grand-chose à comprendre, il est évident que ceux qui comprennent pour nous (voir paragraphe 3, à la fin) ont raison : les nazis ukrainiens sont des libérateurs, les takfiris en Syrie des rebelles, Cuba une dictature, Maduro un ennemi du peuple, les Palestiniens des terroristes, BHL un philosophe, et l’Europe c’est la paix bien sûr, sinon ce serait à n’y rien comprendre.
Où en étions-nous ? Ah oui… Admettons qu’un blocus inhumain frappât en quelque bout de monde, tout un peuple démuni pour le punir de sa résistance, l’amener à céder voire à disparaître. Les gens qui n’en ont rien à foutre s’en foutent, ceux qui trouvent que c’est trop loin soupirent en vous gratifiant d’un regard dédaigneux, et les gens de gauche vous répondent que les Palestiniens doivent aussi faire des efforts et que Cuba « ah bon ? »…
C’est que le blocus, en plus d’être une arme subtile d’écrasement des peuples, fonctionne à double sens. Il s’exerce aussi sur la pensée des habitants qui sont de l’autre côté du bout du monde, c’est-à-dire très exactement au centre. Qu’est-ce à dire ? Eh bien ce blocus, regardez bien les écrans et les pages de papier imprimé qui vous environnent, ce blocus, tout simplement n’existe pas.
Si toutefois, au détour des pages internationales (de droite) d’un journal (de gauche, faut suivre…), il est fait mention du blocus, il sera justifié, expliqué, compris, toléré, et pas loin d’être voulu. Si (mais là, on va loin…), si donc, vous voyez passer des informations concrètes sur les causes et les effets du blocus, et sur la nécessité de le combattre, y compris dans votre propre intérêt de classe exploitée décérébrée par les medias de l’impérialisme (de gauche), alors, vous êtes tombés sur de mauvais esprits de la pire espèce. Ou alors, vous êtes sur Radio Campus, et c’est l’heure de l’mettre. 
Ce mercredi, nous serons en direct de Gaza et, dans nos studios, nous recevrons des militants de Génération Palestine, investis dans la semaine contre l’apartheid israélien ; puis, avant la Semaine à Cuba, nous entendrons Salim Lamrani évoquer Cuba, les medias face au défi de l’impartialité (titre de son dernier ouvrage, voir ici. )
(Quelles sont les trois règles permettant de prouver que Fabius est un menteur ? La première, euh…)
« l’heure de l’mettre »
radio campus lille 106,6
 
en direct sur www.campuslille.com
 
 

20 décembre 2013

François s'en va-t-en guerre (le Yéti)



Chroniques du Yéti | 20 décembre 2013


Bilan 2013 (3/4) : François s'en va-t-en guerre

Qui aurait cru, mais qui aurait cru, avant la présidentielle de 2012, que le très bonasse “capitaine de pédalo” Hollande deviendrait en 2013 un si fougueux et impétueux foudre de guerre ?
Tellement fougueux qu’il s’embarqua dans des aventures improbables sans qu’aucune des nations alliées ne fut en mesure de le suivre. Au point que notre Tartarin de Tulle en fut contraint de demander, tant un mandat tardif de l’ONU, qu’un soutien financier pressant des autres pays européens. 
 

De quelques déconvenues

Tellement impétueux, poussé au cul par un ministre Fabius hystérisé, qu’il en subit quelques déconvenues mémorables. En Syrie, par exemple, où il fut proprement ridiculisé par l’ingrat Obama et le perfide Poutine.

Foin de tout cela pour notre le preux François. Ne pouvait-il se targuer d’une victoire éclair au Mali, d’applaudissements nourris à son arrivée en Centrafrique ?

Seulement voilà, gagner une bataille (surtout devant des adversaires par nature aussi fuyants que des “terroristes”) est une chose. Remporter la guerre en est une autre, inscrite dans la durée. On voit bien, par ce qui se passe à Kidal (Mali) ou à Bangui (Centrafrique) que les choses ne sont pas aussi simples qu’il paraît aux simples d’esprit.
 

L’honneur, etc.

Mais qu’importe au boutefeu ces objections de conscience défaitistes, ses jérémiades de pacifiste, n’en allait-il pas de l’honneur de la France d’aller bouter tel dictateur infâme, de voler au secours des peuples meurtris des femmes outragées, des enfants martyrisés ?
Vous en connaissez beaucoup, vous, des va-t-en guerre qui ne se prévalent de raisons hautement humanistes et morales pour faire donner leur soldatesque ?
N’y avait-il pas quelques autres menues raisons cachées ? Quelques réserves d’uranium, de gaz, quelques mines d’or et de diamant à sauver ? Quelques positions stratégiques à préserver ? Bien sûr que non, vous n’y pensez pas !
On aurait aussi pu souhaiter que notre chevalier blanc commence d’abord par cesser de fricoter ouvertement avec quelques despotes aux mains pas vraiment reluisantes.

Hollande le “néocons”

Plus grave encore, feu-notre ennemi de la finance se fait aujourd’hui traiter de “néocons”. Du nom de ces néoconservateurs américains qui depuis les années soixante se sont faits les nouveaux croisés des valeurs de l’Occident et de leur tête-de-pont israélienne, prêts à imposer partout la “démocratie”, non seulement via les urnes, mais à l’occasion par les armes.
« Vous vous demandez ce que nous allons faire des terroristes si on les retrouvait ? Les détruire » (François Hollande, 15 janvier 2013).
D'après le Dr Folamour (montage Yéti)« Punir », « détruire »… Avouez qu’on s’approche dangereusement des voies déjantées tracées par le “Dr Folamour” cher à Stanley Kubrick.

 

 



8 novembre 2013

Nous sommes tous les otages d’AREVA !


Mali, Niger, Françafrique : nous sommes tous les otages d’AREVA !


ACDN | 7 novembre 2013


Fin octobre, début novembre 2013, trois événements graves, l’un heureux, les deux autres tragiques, sont survenus dans la même semaine. Deux ont fait la Une des journaux et des médias français.


C’est le troisième événement, rapporté par l’AFP et un large panel de journaux mais éclipsé dans les médias par la libération des otages d’Arlit, qui permet de faire le lien entre les deux autres. Nous y viendrons plus loin. Il met en lumière le triste rôle, en Afrique comme en France, du "leader mondial de l’industrie nucléaire" à capitaux français : AREVA.

Toutes les vies ne se valent pas

Mardi 29 octobre, on apprend la libération, après trois ans de captivité et d’angoisse, des quatre derniers otages français enlevés au Niger le 16 septembre 2010, sur le site uranifère d’Arlit exploité par AREVA, et encore retenus par Al Quaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Ramenés à Niamey, capitale du Niger, depuis le nord Mali où ils étaient détenus, ils retrouvent bientôt leurs familles en France. Enfin ! Sains et saufs ! On partage la joie de Thierry Dol, Marc Féret, Daniel Larribe, Pierre Legrand et de leurs proches.

Dimanche 3 novembre, on apprend l’enlèvement la veille à Kidal (nord Mali) de deux journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, et leur assassinat presque immédiat. Brutal rappel à l’ordre. L’horreur et l’incompréhension saisissent la communauté nationale. Pourquoi cet acte barbare ?

De fait, le dénouement heureux pour "Thierry, Marc, Daniel et Pierre", comme dit AREVA sur son site Internet, ne saurait faire oublier d’autres réalités beaucoup moins réjouissantes.

D’abord, l’assassinat probable d’autres otages d’AQMI : Edwin Dyers, Michel Germaneau, et Philippe Verdon, exécuté par les ravisseurs des "sept d’Arlit" après la mort de leur chef Abou Zeid, tué pendant l’opération Serval.

Ensuite, le maintien en détention d’autres otages, français ou étrangers, en Afrique, en Syrie, en Asie, en Amérique latine et ailleurs. Leur liste ne cesse de se renouveler et ne se limite ni aux Français, ni aux salariés d’AREVA ou Vinci. Ne les oublions pas.

Et maintenant, l’assassinat de deux journalistes français chevronnés, de 55 et 57 ans, qui faisaient remarquablement, de l’avis général, leur métier d’observateurs éclairés et d’informateurs honnêtes en Afrique.

Début du questionnement. Que vaut la politique de la France, liée à celle d’AREVA en Françafrique ?

Il faut l’avouer, dans leur malheur les "sept d’Arlit" ont eu une chance insigne : travailler, directement ou indirectement, pour AREVA. Ils ont été enlevés parce qu’ils étaient les employés d’AREVA ou d’un sous-traitant du groupe VINCI, mais conservés en vie et libérés pour la même raison. En effet, malgré les démentis officiels, la presse, le Monde en tête, s’accorde à dire que leur employeur a versé 12,5 ou 13 millions d’Euros pour obtenir en février 2011 la libération de trois premiers otages d’Arlit, dont Françoise Larribe, et 20 à 25 millions pour les quatre derniers. Au moins 4,5 millions d’Euros, telle était la valeur marchande attribuée à chacun d’eux, négociée et consentie par AREVA.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon ne valaient sans doute pas tant, car RFI n’a ni les moyens financiers ni l’autonomie de décision dont dispose AREVA. Mais ils représentaient, eux aussi, la France aux yeux de leurs ravisseurs, et ils l’ont payé de leur vie. On en apprendra sans doute davantage sur l’identité et les motivations des assassins et leurs liens éventuels avec AQMI, mais un fait est déjà sûr, qui peut servir de leçon : désormais, nul Français n’est à l’abri d’un enlèvement et d’un assassinat.

A cet égard, la responsabilité d’AREVA est immense. Certes, à en juger par la rançon qu’elle a versée à AQMI, la multinationale de l’uranium attache un grand prix à la vie humaine. Rien de moins sûr pourtant. Qu’on en juge.

Le prix d’une rançon

Au même titre que la prime d’assurance "K & R" (Kidnapping and Rescue) et les 35 millions d’Euros supplémentaires remis par AREVA au Niger en mars 2013 pour renforcer la sécurité de ses sites, les 33 millions (ou plus) versés à AQMI entreront dans le coût de revient du kilowattheure nucléaire payé par les clients d’EDF, à côté de nouvelles taxes éventuellement concédées au président Mahamadou Issoufou (on s’en réjouirait pour le Niger...) à l’occasion ou à la suite des tractations conduites par son homme de confiance, Mohamed Akotey, pour obtenir la libération des derniers otages d’Arlit.

En ce sens, en tant que consommateurs d’électricité d’origine nucléaire, les Français sont devenus, financièrement, solidaires des otages d’AREVA. On ne s’en plaindra pas. Mais il y a plus grave.

Alimentant les caisses d’AQMI, ces 33 millions (ou plus) vont renforcer son armement et ses moyens logistiques pour procéder à de nouveaux enlèvements de Français. Les guerres de l’uranium ne faisant que commencer, nous sommes tous potentiellement exposés à devenir les otages des ennemis d’AREVA. Que nous soyons collaborateurs d’AREVA, de VINCI, d’EDF, ou journalistes, ou simples touristes en Afrique ou ailleurs.

Plus grave encore (au moins collectivement), nous sommes devenus les otages politiques d’AREVA.

Car AREVA décide des affaires du Niger comme de celles de la France. Mohamed Akotey préside le conseil d’administration d’Imouraren SA, la filiale d’AREVA qui prépare au Niger l’exploitation de la plus grande mine d’uranium du monde. Quant à Mahamadou Issoufou, c’est un ingénieur des mines formé en France. Il fut directeur national des Mines au ministère nigérien des Mines et de l’Énergie de 1980 à 1985, puis directeur d’exploitation de la mine d’Arlit (appartenant à AREVA), puis secrétaire-général de la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR, filiale d’AREVA) jusqu’en 1991. Il interrompt alors ses activités minières pour se lancer dans la politique, fondant le parti socialiste nigérien... Le lui a-t-on suggéré ? Parvenu à la tête du Niger le 12 mars 2011 -cela mérite bien un avion présidentiel- Mahamadou Issoufou est "l’homme d’AREVA".

François Hollande, placé à la tête de la France, l’est aussi.

AREVA, un Etat dans l’Etat

Lorsque le PS signe en novembre 2011 un accord de mandature avec EELV incluant la fermeture de la filière dite de retraitement (visant en fait à séparer le plutonium des autres sous-produits de nos centrales) et de fabrication du MOX, AREVA fait savoir à François Hollande, d’un simple coup de fil, que ce point est inacceptable. Aussitôt celui-ci l’abroge unilatéralement, puis le rétablit pour un week-end, le temps d’obtenir l’aval du Conseil fédéral d’EELV à l’accord, et l’abroge derechef sitôt après, se déclarant seul juge, s’il est élu, de l’application de l’accord.

Soutien résolu d’AREVA, partisan acharné du nucléaire sous toutes ses formes, il n’est pas étonnant que François Hollande ait reçu à bras ouverts à l’Elysée le 11 juin 2012, le 13 novembre 2012, le 10 mai 2013, son homologue nigérien, par ailleurs vice-président de l’Internationale socialiste, "un ami" qu’il connaissait bien avant que chacun d’eux devienne président. Pas étonnant qu’il lui rende un hommage appuyé après la libération de "Thierry, Marc, Daniel et Pierre". On est en famille.

Le 10 mai 2013, François Hollande, déclare : "C’est la troisième fois que je reçois M. Mahamadou ISSOUFOU, le Président du Niger. C’est vous dire la qualité de la relation entre nos deux pays et la confiance que nous nous témoignons mutuellement. Cette confiance nous l’avons également retrouvée au moment de l’intervention de la France au Mali... Nous avons des relations bilatérales qui sont également de très bonne tenue - j’allais presque dire « teneur » puisque nous avons la relation avec AREVA ! Nous en discutons régulièrement avec le Président... Il y a également une coopération économique qui est forte... Et puis, il y a une coopération militaire qui était engagée avant même l’opération Serval et qui se poursuit, là encore, sur des bases solides." (Source). Bref, un concentré de Françafrique à faire rêver.

Que nous soyons tous, Nigériens ou Français, otages d’AREVA, en voici d’autres preuves.

Les mensonges d’AREVA

D’après ce qu’elle raconte sur son site Internet, la firme veille sur "la santé et la sécurité des travailleurs et des populations environnantes", "la préservation de l’environnement", "la limitation des impacts", et pratique "un engagement sociétal fort".

"Sécurité des travailleurs" ?

Les otages enlevés à Arlit en juin 2008, en octobre 2009, et dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010 ont pu l’apprécier. Ou la quinzaine de blessés dont AREVA faisait état parmi ses salariés nigériens lors de l’attentat-suicide du 23 mai 2013, toujours sur son site d’Arlit, tandis qu’un attentat simultané faisait à Agadez plus de 20 morts parmi de jeunes soldats nigériens en formation. (Premier résultat des 35 millions d’Euros donnés en mars par AREVA à l’Etat nigérien : l’assassinat de nouvelles recrues.)

"Santé des travailleurs" ?

"A Arlit et Akokan, les concentrations en uranium dans certains puits dépassent d’un facteur 10 les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé." Ceci a été démontré par la CRIIRAD mais aussi par les laboratoires officiels (Algade et IRSN) commandités par AREVA pour faire des contrôles.

"Préservation de l’environnement" ?

En juin 2009, au moment où Areva annonçait, sous la pression des ONG, la création d’"Observatoires de la santé" sur ses sites d’exploitation, la CRIIRAD écrivait : "L’exploitation de l’uranium à Arlit et Akokan (Niger) a conduit à soutirer plus de 270 millions de m3 d’eau dans une nappe fossile. La mise en exploitation du gisement d’Imouraren conduira au soutirage de 12 à 13 millions de m3 par an. AREVA reconnaît que la nappe souterraine sera asséchée à la fin de l’exploitation dans une quarantaine d’années. De plus l’exploitation nécessitera l’excavation de près de 4 milliards de tonnes de roches et produira des montagnes de déchets : stériles miniers amoncelés en verses de 40 mètres de haut sur 20 km2 et 245 millions de tonnes de déchets radioactifs à très longue période dont personne ne sait comment garantir le confinement."

On notera que ces stériles miniers, lorsqu’ils sont utilisés comme remblais, entraînent une élévation considérable de la radioactivité du sol : dans les rues d’Akokan par exemple, ou devant l’hôpital de la COMINAK, où on a pu relever des niveaux de radioactivité jusqu’à cent fois supérieurs à la normale (Lettre de la CRIIRAD à Anne Lauvergeon, présidente d’AREVA, le 15 mai 2007).

"Limitation des impacts" ?

Outre les impacts directs, chimiques, radiologiques et phréatiques, la CRIIRAD dénonçait en 2009 "les impacts indirects liés à l’utilisation de charbon pour fournir l’énergie aux complexes d’extraction de l’uranium. En 2006, au Niger, 85 % de l’électricité commercialisée par la SONICHAR était achetée par SOMAÏR et COMINAK. La mise en exploitation des nouveaux gisements d’uranium va faire passer la consommation de charbon de 160 000 tonnes à 400 000 tonnes en 2011. La population de Tchirozérine, commune où sont implantées la mine de charbon et la centrale thermique se plaint de l’impact de la pollution atmosphérique et de la pollution des eaux."

Là encore, on voit ce que vaut la "santé des travailleurs et des populations environnantes"... et l’argument "environnemental" en faveur d’un combustible nucléaire censé nous éviter l’emploi du charbon, la pollution atmosphérique et la production de CO2 !

"Engagement sociétal fort" ?

Selon Areva, "depuis la création des sociétés minières de SOMAÏR et de COMINAK il y a une quarantaine d’années, AREVA a déployé une politique sociétale ambitieuse... Au Niger, le groupe soutient des programmes d’aide au développement et mène également des actions de solidarité dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la formation et de l’accès des populations locales à l’eau et à l’énergie... Face aux situations d’urgence, famines, inondations... AREVA vient en aide aux populations sinistrées du Niger. AREVA participe activement au développement économique du Niger, dont il est le principal partenaire industriel."

AREVA, qui déclare pour 2012 un Excédent Brut d’Exploitation d’un peu plus de 1 milliard d’Euros, dont 425 millions dans le secteur minier, se vante sur son site de consacrer 3 millions d’Euros par an à ses "contributions sociétales" au Niger - moins du 1/10e de sa "contribution" à AQMI. Et "plus de 37 millions d’Euros de taxes diverses payées au Niger en 2009" - à peine plus que la "taxe" versée à AQMI. Pas de quoi changer la face du pays.

Mourir au Niger

Les 113 migrants clandestins partis d’Arlit en octobre 2013 par familles entières n’ont pas su profiter du modèle de "développement économique" promis au Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde, par son "principal partenaire industriel". Ces Nigériens-là étaient exclus de la manne d’AREVA.

Car voici le troisième événement de la dernière semaine d’octobre, le moins connu, le plus tragique : le 28, juste avant la libération des otages d’Arlit, on apprend que 87 cadavres décomposés, en partie dépecés par les chacals, ont été retrouvés dans le désert nigérien entre Arlit et la frontière algérienne, ainsi que les camions en panne qui auraient dû les conduire vers l’Algérie et le mirage d’une vie meilleure. Ils s’ajoutent aux dépouilles de 5 femmes et fillettes découvertes précédemment. Il s’agit de migrants clandestins partis d’Arlit quelques semaines plus tôt. Ils sont morts de soif. Essentiellement des femmes et des enfants. Au total, 21 rescapés et 92 victimes : 7 hommes, 35 femmes, 50 enfants.

"Sadafiou, un rescapé d’une trentaine d’années qui a perdu trois de ses proches dans le voyage, avait expliqué il y a quelques jours à la radio privée Sahara FM que le groupe dont il faisait partie, originaire du Sud nigérien, fuyait de mauvaises récoltes à venir" (Le Parisien, 31.10.13).

Il est vrai qu’AREVA n’est pas à Arlit pour faire le bonheur des Nigériens. Ni le nôtre. Elle y est pour fournir de l’uranium aux centrales françaises et des profits à ses actionnaires, étatiques à 83 %. Le minerai d’uranium extrait d’Arlit pollue l’environnement sur place et tout au long du cycle de transfert, traitement et retraitement qui le transforme en combustible, puis en plutonium (utilisable dans le combustible MOX et comme explosif militaire) et en déchets nucléaires. Pour l’éternité.

Nigériens ou Français, "nous sommes tous des otages d’Areva".

La pieuvre
AREVA n’étend pas seulement ses tentacules de la France au Niger ou au Gabon, elle les étend des Etats-Unis à la Chine et au Japon, en passant par le Kazakhstan, la Finlande, l’Afrique du Sud ou les Emirats Arabes unis. La firme s’en vante sur son site et le souligne même : "AREVA fait bénéficier ses clients d’une présence commerciale dans plus de 100 pays et industrielle dans 43 pays. Le groupe a élaboré une stratégie de développement pérenne, s’appuyant sur une implantation équilibrée entre l’Europe, les Amériques et l’Asie."

Une "implantation équilibrée", tout à fait comparable à la "stricte suffisance" dont se vantent les stratèges et dirigeants français, nos "têtes pensantes", à propos de leurs 300 "têtes nucléaires" conçues par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA), actionnaire d’AREVA à 61,52 %, commandées par l’Etat français, actionnaire d’AREVA à 21, 68 % - braves "têtes nucléaires" modestement capables, sur simple décision d’une seule tête pensante aujourd’hui appelée François Hollande, de faire un petit milliard de morts. Et bien sûr, de dissuader les terroristes de nous prendre en otages.

Une stratégie économique aussi "pérenne" que notre stratégie militaire puisque, pas plus du côté des centrales que du côté des armes, il n’est prévu de renoncer au nucléaire. Les réacteurs initialement prévus pour durer de 25 à 30 ans le sont désormais pour 40 ans et vont le devenir pour 50, voire (dernière revendication d’EDF) 60 ans. En attendant la relève par la série des EPR qui ont bien du mal à sortir de terre et à diverger mais qui seront d’emblée destinés à vivre au moins 60 ans. Quant aux armes que la France s’est engagée à éliminer en ratifiant il y a plus de vingt ans le Traité de Non Prolifération, elle consacre chaque année près de 4 milliards d’Euros à les moderniser. AREVA, CEA, même combat.

Tous otages

Les otages d’AREVA, ce sont tous les Français, mais aussi tous les humains d’aujourd’hui soumis en permanence à la menace de nouveaux Fukushima, Tchernobyl, Three Mile Island, Tcheliabinsk, Hiroshima, Nagasaki, et ceux de demain condamnés à gérer pendant des millénaires les déchets issus de l’uranium d’Arlit et d’ailleurs.

Français, révoltons-nous. Exigeons la fin de la dictature d’AREVA.

Et vous, Mesdames, Messieurs les journalistes, ne vous contentez pas de pleurer vos collègues assassinés. La meilleure façon d’honorer leur mémoire, c’est de donner la parole à ceux qui combattent la pieuvre, qui revendiquent pour les Français le droit d’échapper à son emprise, de faire un choix lucide et éclairé en matière de politique énergétique et stratégique.

Un monde vivable pour tous, un monde pacifié, c’est un monde sans armes ni centrales nucléaires.

Saintes, le 7 novembre 2013

Jean-Marie Matagne, président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire
ACDN 31 Rue du Cormier 17100 SAINTES
contact@acdn.net
www.acdn.net

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Société nucléaire, société insécuritaire
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Lettre ouverte au Président de la République


 

5 avril 2013

Aminata Traoré : « On demande au Mali de gérer les turpitudes de la France ! »



Politis | Par Patrick Piro - 1er avril 2013

 La militante critique l’opportunisme de l’intervention militaire française au Mali, résultat de l’inconséquence de la guerre engagée par Sarkozy en Libye.





Mi janvier, nous avions cherché à contacter Aminata Traoré pour connaître sa position sur l’intervention militaire française au Mali. Sans succès. A-t-elle préféré laisser passer la déferlante médiatique ? Il est vrai que son avis sur la question tranche radicalement avec l’enthousiasme ambiant, qui perdure en France et sur place.

La population malienne manifeste une reconnaissance assez unanime envers l’armée de l’ex-puissance coloniale qui a arrêté la progression des groupes islamistes en marche vers Bamako. Aminata Traoré, femme politique altermondialiste, ex-ministre, écrivaine, est une grande voix du Mali. Elle est très critique envers le débarquement de la « grosse artillerie » française. Mais ne fallait-il pas protéger les populations ?, insiste-t-on.

Aminata Traoré n’a pas la partie facile, argumentant contre la logique humanitaire caressée d’abondance par les discours officiels. Non par dogmatisme anti-impérialiste, mais dans l’intention de dénoncer l’entourloupe. On ne peut pas considérer les droits humains comme une question isolée, défend-elle, « tout est lié ».

« On a bafoué au Mali les droits économiques, politiques et sociaux. (…) J’aurais mille fois applaudi à l’intervention de la France, si elle s’était souciée en amont de la prolifération des armes au Nord Mali », arsenal issu de l’opération militaire en Libye décidée par Sarkozy.

4 février 2013

Mali : les véritables causes de la guerre



Tout était en place pour que le Mali s’effondre et que le Sahel explose. Affaibli par les politiques d’austérité du FMI, longtemps paralysé par la Françafrique, victime du réchauffement climatique et de multiples sécheresses, le Mali est devenu l’une des pièces centrales du nouveau grand jeu sahélien. Revendication touarègue, djihadistes enrichis par le narcotrafic, déstabilisation libyenne et ambiguïtés algériennes, financements occultes saoudiens, stratégie à court terme des États-Unis et de l’Union européenne... Voici toutes les raisons de la guerre. (...)


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2 février 2013

La guerre vue par des africains


L'AUT JOURNAL | 28 janvier 2013 | Ferñent / Mouvement des Travailleurs Panafricains-Sénégal

Mali : le point de vue de progressistes africains


Alors qu’officiellement on faisait croire que l’ONU avait été saisie d’une intervention militaire « africaine », voilà que soudain le président Français Hollande lance sa guerre sous le nom de Serval au Mali.

Sarkozy avait fait exactement la même chose en Côte d’Ivoire, là aussi pendant qu’officiellement le mandat onusien et de la force française Licorne était d’empêcher les deux camps de se battre, brusquement le palais présidentiel est bombardé et le président L. Gbagbo est capturé.

Le mandat onusien est encore détourné de « protection aérienne de la ville de Benghazi » en campagne militaire de l’OTAN et ses mercenaires (Aqmi et autres salafistes financés par les Emirs saoudiens, qataris, koweitiens et émiratis), puis assassinat en direct de Khadafi.

Pour se débarrasser de la Jamahiriya Libyenne, l’OTAN et les monarchies intégristes fascistes du Golfe ont littéralement acheté les services d’une partie de l’armée nationale libyenne, formée de ressortissants Touaregs venant notamment du Mali.

Une fois le sale boulot exécuté, les Touaregs armés de l’ex-armée libyenne sont alors revenus dans le nord-Mali avec la complicité de l’ex-président Amadou Toumani Touré (balayé par le coup d’état du 22 mars 2012 lors d’une rébellion populaire et de la base de l’armée malienne).

Trahi par son propre président, le Mali va se retrouver divisé, avec une mainmise sur le nord du pays des groupes dits Touaregs des séparatistes du MNLA, d’Ansar Dine et des terroristes d’Aqmi, du Mujao, de Boko Haram.

C’est alors que Sarkozy fait entrer en scène son valet Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) qu’il venait de hisser au pouvoir sur les chars français à Abidjan, nouveau président de la CEDEAO, cette communauté économique ouest-africaine dans laquelle les Etats de l’UEMOA et de la zone franc sont des semi-colonies de la Françafric.

Cette entrée en scène de la CEDEAO s’est traduite par le blocage des armes commandées par l’armée malienne dans les ports de Dakar, Conakry, Abidjan, et par la nomination de Dioncounda comme président malien d’une transition imposée d’un an anticonstitutionnelle par la CEDEAO à l’instigation de l’impérialisme français.

La ficelle trop grosse est démasquée ainsi par Aminata Traore, militante altermondialiste malienne : « La demande de déploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine (UA) aux Nations Unies, repose sur un diagnostic délibérément biaisé et illégitime. Il n'est fondé sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni à la base. Ce diagnostic exclue par ailleurs la lourde responsabilité morale et politique des nations, celles qui ont violé la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en transformant la protection de la ville libyenne de Benghazi en mandat de renverser le régime de Mouammar Kadhafi et de le tuer. La coalition des séparatistes du mouvement national de libération de l'Azawad (MLNA), de Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et de ses alliés qui a vaincu une armée malienne démotivée et désorganisée doit également cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen. Le même Conseil de Sécurité va-t-il approuver, dans les jours à venir le plan d’intervention militaire que les chefs d’Etat africains ont approuvé en prétendant corriger ainsi les conséquences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste ? ».

La situation de l’impérialisme français dont a hérité le président socialiste Hollande est la suivante:

Défait en Afghanistan, les impérialistes occidentaux (USA, UE) sont en train de fuir le pays qu’ils ont mis à feu et à sang et cherchent à détruire la Syrie en y armant des mercenaires djihadistes financés par leurs alliés des théocraties fascistes des pétrodollars saoudiens, qataris, émiratis et koweitiens.

Mais là aussi les choses semblent aller dans le sens de l’échec de la stratégie de libyannisation de la Syrie d’autant plus que la Russie et la Chine restent ferme au Conseil de Sécurité sur l’exigence du respect de la souveraineté nationale et de l’indépendance nationale des pays, nations et peuples conformément d’ailleurs à la charte de cette institution avec le soutien de la majorité de l’Assemblée Générale de l’ONU.

La crise économique et la nécessité du profit maximum implique une politique d’austérité dont l’axe majeur est la baisse des salaires, des pensions et des prestations sociales des travailleurs de France.

L’intégration de plus en plus grande en position subordonnée à l’impérialisme allemand à l’UE, à ses recettes libérales et à la division du travail au sein de cette prison des peuples européens.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre que la guerre déclenchée par Hollande dans le Sahara malien, dans la droite ligne de Sarkozy, est une guerre sur commande de TOTAL et AREVA.

Il s’agit d’accroître la mainmise de l’impérialisme Françafricain sur les richesses minérales et agricoles au profit de ses firmes transnationales en réactualisant un vieux projet du colonialisme français mis en échec dans les années 60 : l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS), projet de colonie détachant et rassemblant les régions sahariennes des futurs Etats indépendants de l’Algérie, du Mali, du Niger, du Tchad, de la Mauritanie.

C’est en 1952 qu’une mission de l’Assemblée Nationale française avait formulé la nécessité de créer un tel « Territoire d’Outre-Mer » (TOM) dès que commencerait l’exploitation du pétrole à Edjélé et à Hassi Messaoud en Algérie.

Le gouvernement français avait même déposé à l’époque un projet de loi faisant des régions sahariennes « un territoire autonome ».

Le ministre Max Lejeune devait déclarer, inaugurant le pipeline n°1 à Toggourt en Algérie, que « dans quelques années, la France, aidée par des concours extérieurs arrivera à obtenir son ravitaillement en carburant et deviendra directement après les USA et l’URSS la troisième puissance énergétique mondiale » (maliweb.net du 15/10/2012).

Ce projet sécessionniste visant en particulier l’Algérie à l’époque avait échoué parce que le Mali progressiste de Modibo Keita avait tenu bon sur la solidarité panafricaine avec la lutte de libération armée du peuple algérien.

Au lendemain de l'intervention militaire au Mali, la presse algérienne a été unanime pour s'inquiéter de ce retour colonial : « La France ne chercherait-elle pas à déstabiliser l'Algérie ? », « l'intervention militaire française au Mali est une des étapes d'un plan visant l'installation de forces étrangères dans la région du Sahel ».

L'analyste Laid Seraghni va plus loin en écrivant que: « Derrière l'enjeu malien, la France coloniale cherche à punir l'Algérie... Cette crise n'est qu'une étape pour atteindre in fine l'Algérie, dont le Sud est cerné par l'armée française qui opère en Libye, en Côte d'Ivoire, au Niger, en Mauritanie, au Tchad et au Mali... la France cherche par les armes à réaliser un ancien rêve colonial ».

Ce rêve colonial, rappelons le, consistait pour la France à conserver toute une partie du Sahara algérien et le sahel, car, déjà à l'époque, elle était au fait des richesses et des potentialités de cette région. Cet enjeu était si énorme que la guerre d'Algérie, qui aurait pu s'arrêter en 1958 a été poursuivie, le FLN historique ne voulant pas entendre parler d'une indépendance partielle c'est-à-dire sans le Sahara.

C’est cette même stratégie impérialiste qui avait pris la forme d’« autonomie » et de « régionalisation » suggérée et imposée au Mali par Edgar Pisani sous Mitterrand dans les années 80 et qui allait préparer à travers le tristement célèbre rallye « Paris-Dakar » et l’image touristique des « hommes bleus », la réémergence de la question des nationalités du nord Mali, et surtout de la minorité Touareg.

Confronté à la double difficulté interne des effets sociaux de la crise, et externe avec la défaite en Afghanistan et celle qui semble se profiler en Syrie, Hollande en se mettant carrément en première ligne et en faisant appel, comme en Libye, à Cameron et à la logistique US ainsi qu’aux « tirailleurs » valets africains de la Françafric vient de lancer sa guerre françafricaine du Sahara.

Hollande cherche là aussi à sauver son président-laquais « de transition » Dioncounda, imposé au peuple malien. Hollande fait d’une pierre trois coups : divertir le peuple Français, cacher les défaites en Afghanistan et en Syrie (en cours), tromper le peuple malien en offrant les richesses du sous sol de ce grand pays africain à Total (hydrocarbures) et Areva (uranium) et préparer la future agression revancharde contre l’Algérie.

Non à L’embargo de la CEDEAO et de la Françafric sur les armes commandées par l’armée malienne ! Troupes Françaises hors du Mali ! Non à la guerre pour les intérêts de Total et d’Areva ! Solidarité panafricaine et internationalistes des peuples pour dire : Françafric, hors d'Afrique!

Janvier 2013

Source:  http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4341

 

30 janvier 2013

Le CADTM condamne l'intervention française au Mali



29 janvier par CADTM

Communiqué de presse

 
Comme le dénonce un appel lancé par des femmes maliennes, la situation dramatique du Mali doit ouvrir les yeux sur une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit : les violences faites aux femmes sont instrumentalisées pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.


Nous condamnons sans réserve les violations des droits humains par les groupes armés qui contrôlent la partie Nord du Mali. Nous sommes aux côtés des femmes et de toutes les victimes d’abus. Nous dénonçons également l’intervention militaire que mène la France depuis le 10 janvier 2013. L’État Français mène une guerre au Nord du Mali, non pas pour défendre la démocratie et garantir le respect des droits humains comme on le prétend, mais bel et bien pour défendre ses propres intérêts coloniaux et ceux des multinationales françaises présentes en Afrique afin d’exploiter les ressources naturelles (uranium, or, diamants, pétrole, terre, eau…). La France, comme les États-Unis dans d’autres parties du monde, veut montrer sa capacité militaire à prendre la défense des intérêts stratégiques des grandes puissances occidentales et de leurs grandes entreprises.

Les bombardements français sur les régions très appauvries du Mali reflètent avant tout la détermination de l’impérialisme français à maintenir une domination néocoloniale sur les richesses des peuples de l’Afrique dans un contexte de crise mondiale du capitalisme. Il utilise les armes de pointe pour dissuader les convoitises de la Chine et les autres puissances. Par ailleurs, l’intervention occidentale a aussi comme but d’empêcher l’autoorganisation des Maliens afin d’éviter le réveil de leurs aspirations démocratiques, anti impérialistes et panafricanistes. La France et ses alliés veulent éviter la remise en cause des régimes relais de la Françafrique.

Le Mali est l’un des pays les plus appauvris et exploités du monde malgré ses importantes ressources naturelles minières et agricoles. Elles sont accaparées par les multinationales. Le peuple malien est terriblement affecté par les politiques néolibérales imposées par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’OMC, l’Union européenne et l’Etat français. Ces politiques n’ont été possibles qu’avec la complicité des régimes en place. Ces politiques ont empêché le Mali de se libérer du poids d’une dette extérieure qui sert d’instrument de pompage de ressources et de soumission du pays aux intérêts des institutions et des puissances créancières. L’initiative d’allègement de la dette du Mali, qui fait partie des pays pauvres très endettés (PPTE) a prolongé les effets dévastateurs du système d’endettement car les réductions de dette accordées au compte-gouttes ont été systématiquement conditionnées par l’application de mesure de privatisation et d’ouverture économico-commerciale. Ces mesures ont soumis les paysans/paysannes et les travailleurs/travailleuses des villes a une concurrence internationale à laquelle ils et elles ne pouvaient pas répondre. Les femmes maliennes qui portent un poids énorme dans la vie du pays sont victimes au quotidien de privation de tous ordres. Elles résistent au quotidien.

La dette et son remboursement continuent d’être les instruments d’une paupérisation des populations.

L’État français bombarde des villes, des villages et des infrastructures déjà rares du Mali dont la reconstruction demain sera probablement le prétexte pour endetter encore un peu plus le pays et augmenter sa soumission aux créanciers. Le FMI vient justement d’annoncer l’octroi au Mali d’un prêt de 18,4 millions de dollars. Cela ouvrira un nouveau cycle de malheurs pour le peuple malien s’il ne prend pas son sort en main.

Le gouvernement français devrait normalement réserver les millions d’euros que coûtera son déploiement militaire au Mali pour les besoins sociaux de sa population condamnée elle-même à l’austérité du fait de l’explosion de la dette publique.

La région connaît une propagation des groupes intégristes qui ont été appuyés et armés par les puissances occidentales, États-Unis en tête, directement ou par le biais du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui les grandes puissances occidentales ne savent plus comment se dépêtrer d’un mouvement qui ne leur est plus utile, leur échappe et s’est retourné contre elles. La manière dont elles sont intervenues en Libye a aggravé la situation de la région entraînant notamment une prolifération des armes. Les interventions occidentales en Afghanistan et en Irak ont démontré que les arguments humanitaires cachent des intérêts économiques, politiques et militaires inavouables. L’intervention et l’occupation militaire occidentale n’apporte pas de solution réelle aux problèmes des droits humains. Elle tend même à les aggraver.

Pour le CADTM Afrique, c’est au peuple malien de régler les conflits internes et chasser tous les groupes qu’il considère anti démocratiques et obscurantistes qui veulent imposer leurs lois par les armes.

Le Réseau CADTM Afrique :

condamne l’intervention impérialiste de la France et de ses alliés au Mali, il appelle à l’arrêt immédiat des bombardements et au retrait des troupes françaises et africaines du Mali ;

exprime sa solidarité avec le peuple malien et son droit de décider librement de son devenir.

appelle à un renforcement de la solidarité des Peuples maliens et africains pour barrer la route aux forces de la restauration et de ré-colonisation du Mali et du Sahel;

considère que la CEDEAO, organisation sous régionale dirigée par un club de chefs d’États au service des hégémonies américaine et européenne, n’a aucune légitimité et aucun pouvoir légal pour contracter des prêts de guerre au nom du peuple souverain du Mali ;

invite le Peuple malien à invoquer l’absence de consentement comme fondement juridique d’une répudiation de toute dette héritée de l’intervention étrangère.

appelle les peuples d’Afrique du nord au sud, du Maghreb au Machrek à s’unir contre les guerres.

Pour le Réseau CADTM Afrique, le groupe de coordination, le 29 janvier 2013

25 janvier 2013

« Mali-Ko » (la Paix)


« La guerre n’a jamais été une solution »

Le Mali, pays plus que jamais en souffrance, c'est aussi un coin d'Afrique où l'art foisonne sous bien des expressions.
Quarante musiciens et chanteurs de renom jouent ensemble pour clamer leur douleur de la guerre.



"In response to the situation in Mali, Fatoumata Diawara has gathered together over 40 of the Country's most renowned musicians to record a video and song calling for peace. The group collectively called 'Voices United for Mali' includes Amadou and Mariam, Oumou Sangare, Bassekou Kouyate, Vieux Farka Toure, Djelimady Tounkara, Toumani Diabate, Khaira Arby, Kasse Mady Diabate, Baba Salah, Afel Bocoum, Tiken Jah, Amkoullel and Habib Koite amongst many others. The track is called 'Mali-ko' (Peace / La Paix)"


Illustration: The Kora Player by Angu Walters

22 janvier 2013

Les cinq principes de la propagande de guerre, selon Michel Collon



Michel Collon, vous connaissez ? Belge, écrivain et journaliste indépendant, il livre sur son site Investig’Action des analyses au scalpel du monde dans lequel nous vivons. Sa dernière contribution m’a valu moult recommandations. Michel Collon y invite à détecter les “médiamensonges” sur la guerre que mène la France au Mali.

Pour sa démonstration, Michel Collon s’appuie sur cinq principes vieux comme le monde et utilisés à outrance, en boucle, par la propagande pour justifier toute expédition guerrière. (...)

17 janvier 2013

Robert Fisk et la guerre du Mali : « Ne vous attendez pas à un happy end »



Chroniques du Yéti | 17 janvier 2013


La guerre déclenchée au Mali, ce n’est pas au Mali que Robert Fisk, envoyé spécial pluri-décennal du quotidien anglais The Independent dans ces régions, en voit le dénouement. Mais plus probablement dans le vaste désert algérien.

« Ça sonne comme un replay de la guerre civile vicelarde de 1990-99 », écrit Fisk. Une guerre qui ne s’est jamais réellement achevée. Ou alors à la frontière du vaste désert où les autorités algériennes jugèrent toujours très prudent de ne pas s’aventurer.


Un coffre-fort avaleur d’Occidentaux

Et de fait, c’est bien là que les combattants islamistes viennent de porter leur premier coup d’envergure à leurs agresseurs français. Une attaque spectaculaire du site gazier d’In Amenas, 41 otages d’un coup. Et le gouvernement français convoquant dans la foulée un conseil d’urgence, ce qui est toujours révélateur d’un certain désarroi.

C’est dans ce même désert, rappelle Fisk, que l’armée française combattit vainement les nationalistes algériens entre 1954 et 1962. Le principal point faible, ce n’est pas la frontière du Nord-Mali, à près de 1000 km. Mais bien plus proche, moins de 100 km, celle de la Libye.

« Les Français, avec une arrogance similaire à celle des Américains et des Britanniques dans leurs propres guerres désespérées contre la “terreur”, n’ont tout simplement pas pensé — en envoyant leurs soldats combattre la semaine dernière au Mali — que le désert algérien était comme un coffre-fort propre à avaler nombre de ressortissants français et étrangers. »

Dislocation géopolitique globale

Dans le tout récent numéro 71 de sa revue Geab, le Leap, groupe d’anticipation politique, rappelle qu’une des dernières grandes phases de la crise de la “Grande perdition”, juste avant l’aube de « l’an 1 du Monde d’Après », est précisément celle d’une « dislocation géopolitique globale ».

En rédigeant cet ultime numéro, les rédacteurs du Geab ignoraient encore la fanfaronne décision française d’entamer ce qui apparaît bien plus comme une « guerre de l’uranium » que comme une expédition humaniste de libération d’un peuple malien opprimé par de méchants islamistes.

Le bravache président Hollande vient de leur révéler tout à trac que cette dislocation géopolitique globale pourrait bien ne pas tenir uniquement aux déséquilibres financiers et à la déroute économique de l’Empire occidental. Mais aussi au zèle guerrier un brin inconsidéré de quelques-uns de ses patauds boutefeux.

14 janvier 2013

Guerre au Mali, uranium au Niger ...



Observatoire du nucléaire - Communiqué du lundi 14 janvier 2013

Une guerre au Mali et de l'uranium au Niger :

des islamistes très utiles au pouvoir français


Le 11 janvier 2013, l'armée française est intervenue au Mali à la suite de mouvements, vers Bamako, de groupes armés islamistes. Depuis des mois, ces derniers tiennent tout le nord du Mali et se seraient enhardis au point, nous dit-on, de vouloir occuper l'ensemble du pays.
Personne ne niera que ces groupes soient composés d'horribles individus qui, sous prétexte de convictions "religieuses", battent toute personne dont le comportement ne leur plait pas, coupent les mains des voleurs (réels ou supposés), exécutent- en particulier des femmes - pour des broutilles ou même pour rien.

Pour autant, de la même façon qu'au moment de l'intervention militaire contre Kadhafi en Libye, il est insupportable de se retrouver sommé de soutenir une intervention militaire déployée… par ceux qui sont largement responsables de la gravité de la situation.

Qui plus est, qui peut vraiment croire qu'il s'agit d'une opération "pour la démocratie au Mali" ? Cela fait des décennies qu'elle est bafouée dans ce pays par des régimes corrompus… largement soutenus par la France. Alors, pourquoi cette subite urgence "démocratique" ?

De même, qui croira qu'il s'agit de "sécuriser la région" ? En réalité, il s'agit de sécuriser l'approvisionnement des centrales françaises en uranium : ce dernier est extrait dans les mines du nord du Niger, zone désertique seulement séparée du Mali… par une ligne sur les cartes géographiques.

A ce propos, on soulignera l'extrême perversité des ex-puissances coloniales qui ont jadis tracé des frontières absurdes, faisant fi de l'implantation des populations, et créant des pays aux contours bien curieux : le Niger et le Mali sont tous les deux en forme de sablier, une partie sud-ouest contenant la capitale, totalement excentrée et éloignée d'une immense partie nord-est, principalement désertique.

C'est ainsi que, pendant 40 ans, Areva (auparavant la Cogéma) a pu s'accaparer en toute tranquillité l'uranium nigérien dans ces mines situées à 500 kilomètres de la capitale et du fragile "pouvoir" politique nigérien. 

Ces dernières années, des groupes armés se sont organisés dans cette région : des Touaregs, dépités d'être méprisés, déplacés, spoliés. Et des groupes plus ou moins islamistes, certains issus des anciens GIA qui ont semé la terreur en Algérie, d'autres contrôlés par Kadhafi, et autonomisés suite à la disparition de ce dernier.
Des salariés d'Areva, cadres dans les sociétés d'extraction de l'uranium, ont été enlevés en septembre 2010 au Niger, transférés au Mali et retenus depuis. Puis, le 7 janvier 2011, deux jeunes français ont à leur tour été enlevés au Niger. 

L'Observatoire du nucléaire a été une des rares voix à dénoncer (*) l'opération militaire immédiatement lancée par les autorités françaises. Ces dernières avaient en effet, de toute évidence, décidé de châtier coûte que coûte les preneurs d'otages, quitte à ce que cela se termine dramatiquement pour les deux jeunes otages… qui ont effectivement été tués dans l'opération. 

Ces deux jeunes ne travaillaient pas pour l'extraction de l'uranium mais, c'est évident, l'idée était de décourager d'éventuelles prochaines actions contre des salariés d'Areva.
Depuis, les mouvements Touaregs laïques et progressistes ont été marginalisés, en particulier par la montée en force du groupe salafiste Ansar Dine. Puissant et lourdement armé, ce dernier s'est allié à AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique), faisant courir un risque de plus en plus évident pour les activités françaises d'extraction de l'uranium au nord du Niger.

La France a soutenu avec la plus grande constance les gouvernements corrompus qui se sont succédé au Mali, aboutissant à un délitement total de l'État. C'est probablement cet effondrement qui a amené les groupes islamistes à s'enhardir et à avancer vers Bamako.

De même, la France a maintenu depuis 40 ans le pouvoir du Niger dans un état de faiblesse et de dépendance par rapport à l'ancienne puissance coloniale et son entreprise d'extraction de l'uranium, la Cogéma devenue Areva. Alors que les dirigeants nigériens essaient tant bien que mal de contrôler ce que fait Areva, la France reprend totalement la main avec son intervention militaire.

Les récents mouvements des groupes islamistes n'ont en effet fait que précipiter l'intervention militaire française qui était en préparation. Il s'agit indéniablement un coup de force néocolonial, même si les formes ont été mises avec un opportun appel à l'aide du Président par intérim du Mali, dont la légitimité est nulle puisqu'il est en place suite à un coup d'État qui a eu lieu 22 mars 2012.

Précisons à nouveau que nous n'accordons pas le moindre crédit aux dangereux fondamentalistes qui sont aussi des trafiquants de drogue et d'armes et n'hésitent pas à blesser et tuer. 

Par contre, nous refusons la fable de l'intervention militaire "pour la démocratie". Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières, et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer l'approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires. Notons d'ailleurs que, à 27 000 euros l'heure de vol d'un Rafale, le tarif réel du courant d'origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l'on pouvait craindre...

En conclusion, il est une nouvelle fois démontré que l'atome, et la raison d'Etat qui l'entoure, ne nuit pas seulement à l'environnement et aux êtres vivants mais aussi à la démocratie.

Stéphane Lhomme
Directeur de l'Observatoire du nucléaire
 

Note de alter du Lot: lire également, Un document confidentiel exceptionnel montre
l'emprise d'Areva sur le Niger et confirme les
accusations de l'Observatoire du nucléaire.

Source image, info-Afrique

29 mai 2012

Libye, Afrique et Africom : une catastrophe en cours (Counterpunch)

Le Grand Soir |Par Dan GLAZEBROOK | 28 mai 2012


 La destruction du pouvoir régional indépendant qu’était la Libye a pavé la route pour la reconquête militaire de l’Afrique.




 
 
L’étendue de la tragédie que l’OTAN et ses alliés ont engendrée en Libye devient de plus en plus tristement évidente avec chaque jour qui passe. Les estimation sur le nombre des victimes varient, mais il semble qu’il y en ait eu au moins 50 000 ; à vrai dire, le ministère de la Défense britannique se vantait déjà en mai dernier que la massacre avait fait 35 000 morts. Mais ce chiffre ne cesse d’augmenter. La destruction des forces de l’état par le blitzkrieg Anglais, Français et Etasunien a laissé le pays dans un état de totale anarchie - au pire sens du terme.

Les anciens "rebelles", qui n’avaient rien d’autre pour les unir que la volonté temporaire de servir de soldats au sol à l’OTAN, se retournent les uns contre les autres. 147 ont été tués au cours d’un conflit interne dans le sud de la Libye plus tôt dans l’année, et ces dernières semaines des bâtiments gouvernementaux - dont les quartiers du premier ministre - ont été attaqués par des "rebelles" qui réclamaient leurs salaires. 1,4 milliards de dollars leur ont déjà été versés - ce qui prouve une fois de plus que c’étaient les forces coloniales de l’OTAN, et non Kadhafi, qui employaient des "mercenaires" - mais les règlements ont été suspendus le mois dernier à cause du népotisme généralisé. La corruption devient générale - 2,5 milliards de revenus du pétrole qui devaient être remis au trésor public se sont évanouis. Les ressources libyennes sont maintenant pillées à la fois par les multinationales pétrolières et par une poignée de familles issues des nouvelles élites du pays ; un schéma néocolonial classique. L’utilisation des ressources pour de grands projets d’infrastructure comme la Grande Rivière Artificielle (1) ainsi que la hausse massive du niveau de vie des habitants pendant les quatre dernières décennies (l’espérance de vie des Libyens est passée de 51 à 77 ans depuis l’arrivée au pouvoir de Kadhafi en 1969) ne sont apparemment déjà plus que des souvenirs, hélas.

Mais malheur à celui qui oserait le dire aujourd’hui. Il a été décidé il y a longtemps qu’aucun partisan de Kadhafi ne serait autorisé à participer aux élections à venir mais des décisions encore plus drastiques viennent d’être prises. La loi 38, que le nouveau gouvernement imposé par l’OTAN a votée le mois dernier, a créé un nouveau crime : la "glorification" de l’ancien gouvernement ou de son leader est punie d’une peine qui peut aller jusqu’à l’emprisonnement à vie. Un commentaire aussi vague que de dire que les choses allaient mieux sous Kadhafi tombe-t-il sous le coup de la loi ? La loi est volontairement assez vague pour permettre toutes les interprétations. C’est la porte ouverte à la persécution étatique institutionnalisée.

La loi 38 est encore plus révélatrice du mépris du gouvernement pour l’état de droit - un gouvernement, souvenez-vous, qui n’a toujours pas le moindre mandat populaire et dont le seul pouvoir repose sur les forces armées coloniales. Cette loi accorde l’immunité à tous ceux qui ont commis des crimes dans le but "de promouvoir ou de protéger la révolution". Les responsables du nettoyage ethnique de Tawergha - telle que "la brigade pour purger le pays des noirs" comme elle s’est elle-même nommée - peuvent tranquillement continuer leur chasse aux réfugiés de la ville sachant qu’ils ont la loi de leur côté. Les responsables des massacres de Syrte et d’ailleurs n’ont rien à craindre. Ceux qui ont participé à la torture généralisée des prisonniers peuvent continuer à le faire en toute impunité -tant que cela "protège la révolution" - autrement dit tant que cela maintient la dictature de l’OTAN et du Conseil National de Transition (CNT).

Voilà la Libye d’aujourd’hui : la guerre civile y fait rage, les ressources sont pillées, la société s’effondre et le fait d’exprimer le regret du temps où la Libye était prospère et en paix est puni comme un crime tandis que le lynchage et la torture ne sont pas seulement permis mais encouragés.

De plus le désastre a dépassé les frontières. La déstabilisation de la Libye s’est propagée au Mali où elle a engendré un coup d’état et la fuite d’innombrables réfugiés - notamment parmi les noirs immigrés en Libye - vers les pays voisins ; ces réfugiés en essayant d’échapper à la fois aux attaques aériennes et au lynchage ont ajouté aux difficultés économiques d’autres pays. De nombreux combattants libyens qui ont fini leur travail en Libye sont maintenant transférés en Syrie par leurs maîtres impérialistes pour y répandre aussi leur violence sectaire.

Et chose plus inquiétante encore pour le continent africain, AFRICOM - le commandement militaire étasunien - progresse dans le sillage de l’agression contre la Libye. Ce n’est pas par hasard que seulement un mois après la chute de Tripoli - et au cours du mois où Kadhafi a été assassiné (octobre 2011) - les Etats-Unis ont annoncé qu’ils envoyaient des troupes dans pas moins de quatre pays africains -la République Centre Africaine, l’Ouganda, le Sud-Soudan et la République Démocratique du Congo. Et AFRICOM vient d’annoncer 14 importantes manoeuvres militaires conjointes dans les pays africains en 2012, ce qui ne s’était jamais vu. La reconquête militaire de l’Afrique est en bonne voie.

Rien de tout cela n’aurait été possible avec Kadhafi au pouvoir. En tant que fondateur, principal donateur et ancien président élu de l’Union Africaine, il exerçait une grande influence sur le continent. C’est en partie grâce à lui que les Etats-Unis ont été forcés d’installer le quartier général d’AFRICOM à Stuttgart en Allemagne quand l’organisme a été créé plutôt qu’en Afrique ; ils avaient offert de l’argent et des investissements à des gouvernements africains mais ces derniers ont refusé d’accueillir leurs bases. On estime que la Libye du temps de Kadhafi avait investi à hauteur de 150 milliards de dollars en Afrique et la proposition libyenne, avec un apport de 30 milliards de dollars à la clé, de mettre en place une Banque de développement de l’Union Africaine aurait sérieusement diminué la dépendance financière de l’Afrique à l’Occident. Bref, la Libye de Kadhafi était le seul obstacle notable à la pénétration d’AFRICOM en Afrique.

Maintenant qu’il n’est plus, AFRICOM met les bouchées doubles. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan ont montré les guerres qui faisaient des victimes occidentales n’étaient pas populaires en Occident ; AFRICOM est conçu pour que, dans les guerres coloniales qui seront lancées contre l’Afrique, ce soient les Africains eux-mêmes qui se battent et meurent et non des Occidentaux. Les forces de l’Union Africaine doivent être intégrées à AFRICOM sous commandement étasunien. Kadhafi ne l’aurait jamais accepté ; c’est pourquoi il devait être éliminé.

Et pour avoir une idée de ce que sera l’Afrique sous la tutelle d’AFRICOM, il suffit de regarder la Libye, le modèle africain de l’OTAN : un état condamné à des décennies de violence et de traumatisme et complètement incapable de nourrir sa population et de contribuer à l’indépendance de la région ou du continent.

Il faut absolument mettre un terme immédiat au nouveau colonialisme militaire en Afrique.

DAN GLAZEBROOK

Pour consulter l’original: http://www.counterpunch.org/2012/05/25/libya-africa-and-afri...

Notes : 1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Rivi%C3%A8re_Artificiell...

Traduction : Dominique Muselet pour LGS
URL de cet article :
http://www.legrandsoir.info/libye-afrique-et-africom-une-catastrophe-en-cours-counterpunch.html

8 mai 2012

Quid de la politique étrangère après Sarkozy-Juppé ?




Géostratégie | 7 mai 2012

Quid des présidentielles françaises ?



Q – Restons sur le terrain des relations internationales, la position de Paris à propos des printemps arabes va-t-elle évoluer ?

Charlotte Sawyer – Si la précédente administration – celle de Sarkozy je veux dire – avait été prolongée, certainement pas. Ce d’autant que beaucoup (en France) donnaient l’actuel chef de la diplomatie française, Alain Juppé, comme probable locataire de Matignon ! Or, Juppé, en matière d’interventionnisme armé, est un extrémiste de la pire espèce.

En revanche, une administration social-démocrate, sous la houlette de MM. Hollande et Fabius (un homme beaucoup plus réfléchi que l’inconséquent Juppé) va peut être revoir la copie géopolitique de la France.

Q – Pour quelles raisons ?

Charlotte Sawyer – Primo, parce que la France n’a rien gagné à jouer avec le feu en Libye et en Syrie. Idem en Afrique subsaharienne. Or, outre Laurent Fabius aux Affaires étrangères, on donne également l’ancien CEO1d’Areva, Mme Lauvergeon, comme possible ministre d’un futur gouvernement social-démocrate. Or, celle-ci à pu apprécier les effets désastreux de l’aventurisme colonial de l’administration Sarkozy au Mali et au Niger où – par l’entêtement incompréhensible de MM. Sarkozy et Juppé, et des néo-cons frenchies à pousser les Contras libyens et, par ricochet, leur petits camarades d’Aqmi – Areva (et d’autres entreprises françaises de premier plan) se retrouvent encore plus en danger qu’elles ne l’étaient auparavant. Un comble !

Quant au volet syrien, à en croire les voix les plus autorisées chez nous2, ce sont bien les miliciens d’Al-Qaïda qui sont la source du plus grave danger, en Syrie et au Liban. En effet, qu’a dit notre US Secretary of State3, la Sénatrice Hillary D. Rodham Clinton, dans un entretien à CBS ? Que « nous savons que le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, soutient l’opposition syrienne. Devons-nous soutenir cette organisation en Syrie » ?

Et, à écouter notre Director of National Intelligence (DNI)4 le lieutenant général (CR) James R. Clapper Jr., « Les attentats de Damas et Alep portent l’empreinte d’Al-Qaïda, qui a infiltré l’opposition syrienne divisée ». Avis partagé par le Chairman of the US Joint Chiefs of Staff (CJCS, chef d’état major interarmes), le général Martin E. Dempsey, qui est encore plus spécifique que le DNI. Pour lui, « Nous avons des preuves qu’Al-Qaïda participe aux attentats ». Qu’ajouter de plus ? Paris compte-t-il toujours épauler les Wall Srett Fundamentalists à Damas et Alep et les combattre à Kaboul et dans la Kapisa ?

Même au Royaume-Uni – où l’on a longtemps partagé l’extrémisme des néo-cons français sur les volets libyen et syrien – la prudence commence à se faire son chemin. Ainsi, pour l’Independent – support plutôt de gauche, donc plus susceptible d’influencer de l’autre côté du Channel5 – « L’évolution de la situation en Syrie est très dangereuse. Al-Qaïda apparait comme une force grandissante dans une région centrale du Moyen-Orient ».


Q – Mais la gauche française ne risque-t-elle pas de se tenir plus à distance de vous-mêmes, les Américains ?

Charlotte Sawyer – Vous plaisantez, je suppose ? Votre social-démocratie a toujours été atlantiste. De plus, au niveau des Renseignements, il semble qu’il existe une certaine défiance, au sein de la gauche institutionnelle, vis-à-vis du patron de la DCRI, Bernard Squarcini, considéré comme trop proche de la droite. Bien que l’homme soit un excellent professionnel ! Croyez-moi, votre nouvelle administration va beaucoup discuter avec la nôtre. Or, la Contra syrienne a beaucoup moins la cote sur les rives de notre Potomac, qu’il y a un an…

Pour le reste, laissez-moi vous rappeler que Boeing n’a jamais aussi bien casé – au détriment de votre propre avionneur Airbus – ses longs-courriers qu’avec des ministres communistes (ou prétendus tels) aux affaires !…


Q – Que pourraient être, selon vous, les premières décisions que devraient prendre le président de la République (française) nouvellement élu ?

Charlotte Sawyer – Parlons d’espoirs, plutôt ! En ce qui concerne, le président sortant, Nicolas Sarkozy, je ne me serais même pas hasardé pas sur cette voie à l’étroitesse d’un chemin vicinal. M. Sarkozy ayant particulièrement fait sien, au cours de son mandat, les mots de M. Edgar Faure : « les promesses (électorales) n’engagent que ceux à qui elles sont faites », en ce qui le concerne, je dirai donc : « Wait & see » ! Nous verrons bien !

Quid de Hollande, le Mister Flanby des humoristes, alors ? Qu’attendre de lui ? Si j’en avais l’opportunité je lui demanderai bien une ou deux petites choses…


Q – Lesquelles ?

Charlotte Sawyer – Oh ! Simplement de mettre en branle quelques petites commissions d’enquête, pardi. Sur quels sujet ? Voyons, dans le désordre, et deux deux côtés du champ politique :

1° L’affaire de Karachi et ses rétro-commissions ;
2° L’Affaire Merah, bien évidemment ? Que l’on sache, enfin, ce qui s’est réellement passé à Toulouse ;
3° Toutes les affaires de mœurs concernant l’ex-directeur-général du FMI, Dominique Strauss-Khan ;
4° Et pour rester dans un registre qui concerne largement les souffrances faites aux femmes: DEUX commissions d’enquêtes sur les agissements guerriers de l’administration sortante autours de la guerre de Libye et du soulèvement des Contras syriens…


Q – Quel rapport avec les femmes et leurs souffrances ?

Charlotte Sawyer – Très simple ! L’une des particularité des guerres est d’entraîner une montée exponentielle des violences faites aux femmes. Des viols en réunions, commis par les militaires et les paramilitaires, généralement. Or, en jouant les Rodomontes en Libye et en Syrie, par groupes maffieux takfiristes interposés, les membres de votre précédente administration ont massivement déstabilisé ces régions du monde livrant leurs populations aux agissements de groupes armés qui, notamment en Libye, ont tiré avantage de la protection aérienne de votre Armée de l’Air (Pierre Clostermann6 doit se retourner dans sa tombe), pour perpétrer leurs crimes en toute impunité. Ou presque.

Je vous sens dubitatif ! Je vous rappellerai donc les faits suivants :

Actuellement – et Human Rights Watch (HRW) s’en est fait l’écho – un nombre croissant de femmes sont violées par des rebelles touaregs et les groupes armés takfiris qui sévissent au Nord du Mali. Qui peut nier aujourd’hui que cette trainée de violence est la conséquence directe (et, ô combien prévisible) de la Guerre de Libye ?

Or, d’après Human Rights Watch, des viols et violences sexuelles se déroulent au nord du Mali. « Nous sommes très préoccupés par ce qui semble être une augmentation drastique dans le ciblage et l’abus sexuel des femmes et des filles par des groupes armés dans le nord », a, ainsi, déclaré à l’IPS, Corrine Dufka, chercheuse senior Afrique de l’Ouest à HWR. « Puisque les groupes rebelles ont consolidé leur contrôle du territoire du Nord qu’ils appellent le Azawad, Human Rights Watch a documenté plusieurs cas de viol et de nombreux autres cas dans lesquels les filles et les femmes ont été enlevées de leurs foyers, villes et villages, et très probablement abusées sexuellement », souligne Corrine Dufka.

Quant au porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Ag Assarid, s’il a nié toute implication du MNLA, il a reconnu qu’il n’était pas possible de « contrôler tous les gens de l’Azawad ».

Quant aux membres du groupe takfiri Ansar Dine, quoi qu’ils en disent, ils ne valent pas mieux. HRW rapporte, qu’au début du mois d’avril 2012, ses membres pro-occidentaux avaient coupé l’oreille d’une femme pour avoir, crime inexpiable, « porté une jupe courte ».

Quant aux exactions des Contras libyens et syriens, reportez-vous aux propos ci-dessus de notre US Secretary of State, Hillary D. Rodham Clinton. À moins de considérer les membres des diverses branches d’Al-Qaïda comme des féministes impénitents, on voit mal en quoi les aider à prendre le pouvoir en Afrique subsaharienne et au Middle East… pardon au Levant a pu participer à l’amélioration du sort des femmes…


Q – Les membres de l’administration Sarkozy, vous pensez à qui, en particulier ?

Charlotte Sawyer – Dans cet ordre : MM. Sarkozy, Juppé et Longuert et le chef d’état-major de l’armée de terre française en poste lors de la Guerre de Libye, le général d’armée Elrick Irastorza si ma mémoire est bonne. Il me semble qu’il serait plus que souhaitable que ces hommes puissent répondre aux questions d’enquêteurs, d’experts, de membres de la société civile pour que soit établie leur, éventuelle, responsabilité dans le chaos induit par leurs décisions en Libye, en Afrique subasaharienne et dans la République arabe syrienne. Cela me semble être un premier pas nécessaire..


Q – Et les « affaires » qui attendent Sarkozy au tournant ?

Charlotte Sawyer – On verra bien. Mais restons prudents, rien n’est joué. Si, par exemple vous prenez l’affaire du financement libyen de la campagne 2007 de Sarkozy, il y a autant de versions que d’intervenants dans et de cette affaire.

Quant à la fameuse missive qui incriminerait Sarkozy, à en croire les Israéliens7, sur la forme, sa rédaction ne correspondrait guère à la formulation de documents de l’administration libyenne. En effet, elle débuterait par un incongru « que la paix soit avec vous », alors que tous les documents de la Jamahiriya libyenne, comme la plupart des pays arabo-musulmans, débutent par le traditionnel Bismillah, Al-Rahman, al Rahim (au nom de Dieu clément et miséricordieux).

Second point, note JSSNews, « le document parle d’euros alors que toute transaction avec la Libye se fait en dollars ».

Tertio, « dans des cas de financement occulte, il n’est pas fait de documents officiels, notamment dans les pays arabes où la tradition orale est forte ». Enfin, « ce n´est pas la signature de Moussa Koussa qui se trouve au bas de cette lettre, même pas une tentative d’imitation, ce qu’a confirmé l’intéressé ».

Au stade où nous en sommes, beaucoup d’impondérables pour fonder un vrai dossier, je le crains !

 

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