11 juin 2012

Les 3 réacteurs en fusion de Fukushima Daichi

Source image : Mémoire Online
AIPRI | Dimanche 10 juin 2012


Les 3 réacteurs en fusion de Fukushima Daichi contenaient ensemble 257 tonnes de combustible nucléaire enrichi à 3,7% en uranium 235 et subdivisées en 1496 assemblages d'environ 172 kg chacun. Le réacteur n°3 contenait également 32 assemblages MOX enrichis à 6% de Pu239. Au moment de l'accident autour de 6,19 tonnes de ces 257 tonnes de combustible avaient été fissionnées, à peu près 3 fois Tchernobyl. Les piscines de stockage de ces réacteurs comportaient en outre au moins 239 tonnes de carburant éteint et 31 t. de carburant neuf. D'une puissance globale de 2028 Mwé, ces réacteurs fissionnaient en une journée 6,272 kg de matière à savoir autant qu'une bombe atomique de 110 kt ne fissionne. Autrement dit à eux seuls ces 3 réacteurs de Fukushima Daichi produisaient 8 Hiroshima de déchets par jour et détenaient en stock 7752 Hiroshima en tout.

Ref. Radionuclide Release to Stagnant Water in Fukushima n°1 Nuclear Power Plant. Kenji NISHIHARA, Isao YAMAGISHI, Kenichiro YASUDA, Kenichiro ISHIMORI, Kiwamu TANAKA, Takehiko KUNO, Satoshi INADA, Yuichi GOTOH, 2012.

Indirectement accessible ici. https://www.jstage.jst.go.jp/browse

Un article sur lequel nous reviendrons et qui outre a enfin dévoilé le taux d’enrichissement (3,7%) et de combustion moyen des 3 centrales explosées (23,57 GwJ/t) nous signale que les eaux qui baignent ces centrales contiennent 43 kg de Cesium 137 (1,39E17 Bq) sur les 216 kg des 3 coeurs… 20% du cesium a fui dans l’eau. C’est la plus flagrante preuve que les cuves des réacteurs ne sont plus que des passoires, probablement vides ou presque maintenant. Incontinent vessels.

PS. Nous doutons que le réacteur n°3 ne fusse chargé qu'avec 32 assemblages au MOX (autour de 330 kg de Pu239).

28 avril 2012

Le nucléaire, une guerre contre l'humanité

Par les invités de Médiapart | 26 avril 2012

«N'attendons pas qu'une catastrophe arrive sur notre territoire, n'attendons pas d'être nous-mêmes des réfugiés du nucléaire pour enfin mesurer toute la dangerosité de cette technologie mortifère.» Par Michèle Rivasi, députée européenne EELV.




Voilà une discussion de comptoir que certains ont pu entendre:

- Tiens, à la fin du mois c'est l'anniversaire de Tchernobyl: 26 ans déjà.
- Ah bon? Je croyais que c'était celui de Fukushima...
- Je ne sais plus...c'est vrai qu'on s'y perd dans les dates!

Si nous continuons notre fuite en avant nucléaire, nous aurons bientôt une catastrophe nucléaire à célébrer chaque mois de l'année. Les bougies de l'ironie seront-elles assez nombreuses pour le gâteau de l'infamie?

Vingt-six ans après la catastrophe de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, les conséquences sanitaires se font toujours ressentir sur place et la sécurisation du site n'est nullement achevée.

En effet, le premier sarcophage, construit dans l'urgence, n'est pas étanche à l'humidité: on estime à 100 m2 la surface des interstices ouverts dans sa structure de béton et d'acier. Ce sarcophage a par ailleurs montré des signes de fragilité, laissant planer un doute mortel sur les quatre tonnes de poussières radioactives encore présente sur le site.

C'est pourquoi l'an dernier, la conférence des donateurs pour Tchernobyl s'est engagée sur un financement à hauteur de 550 millions d'euros pour construire une nouvelle enceinte de protection... alors que le programme complet des travaux est évalué à 1 540 millions d'euros, dont 990 millions d'euros pour le seul sarcophage. Des chiffres astronomiques qui n'ont pourtant toujours pas permis la récupération du cœur radioactif, sa prise en charge et son conditionnement posant encore des problèmes techniques et de financement.

Alors que des millions sont engloutis dans une sécurisation qui ne durera qu'un siècle selon les experts en charge du projet, les populations ne touchent pas un kopek et sont laissées dans le plus grand dénuement. Entre six et sept millions de personnes vivent encore dans les 150 000 km2 de territoires contaminés au césium en Ukraine, en Biélorussie et en Russie.

Rien qu'en Ukraine 2,4 millions d’Ukrainiens (dont 428 000 enfants) souffrent de problèmes de santé liés à la catastrophe, selon les chiffres du ministère ukrainien de la santé. Les liquidateurs victimes de l’irradiation lors de l’accident sont éparpillés aux quatre coins de l'ex-URSS, ce qui empêche tout suivi épidémiologique. Pire, aujourd'hui, les enfants nés après la catastrophe sont victimes de la contamination par l’ingestion d’aliments cultivés en territoires contaminés. Le Japon est en passe de faire les frais d'un tel scénario, même si la traçabilité des victimes devrait être plus facile et donc leur prise en charge améliorée...

Ce qui se passe à Tchernobyl et au Japon nous concerne tous. Si l'URSS n'avait pas sacrifié la vie des centaines de milliers de liquidateurs, une grande partie de l'Europe aurait pu devenir inhabitable. Aujourd'hui, le Japon doit rester une source de préoccupation puisque la catastrophe est loin d'être circonscrite et ravive les craintes à chaque nouveau séisme.

Des milliers de barres de combustible irradié sont encore présentes au sein des différents réacteurs et piscines de refroidissement de la centrale de Fukushima. En cas de tsunami ou de tremblement de terre, les enceintes de confinement endommagées risquent de céder et de libérer des quantités de radionucléides bien plus importantes que la catastrophe initiale ne l'a déjà fait.

Ce serait un véritable cataclysme écologique et humain car une partie de ces barres contiennent du MOX (dans le réacteur 3 assurément), un mélange d'uranium appauvri et de plutonium retraité dont l'inhalation de quelques milligrammes suffit à provoquer un décès. Rappelons au passage que le plutonium est le fruit mortifère de la création humaine, puisqu'il n'existait pas à la surface du globe avant les premiers essais nucléaires et leurs retombées radioactives. Aussi, n'oublions pas que le MOX est la fierté mondiale du groupe français Areva –seule entreprise à produire ce type de combustible– qui nous vaut le doux sobriquet de shi no shônin (marchands de mort) au Japon.

Selon les estimations, environ 1 500 barres de combustible se trouveraient dans le réacteur 4 (le plus affaibli des bâtiments) et environ 10 000 sur l'ensemble du site de Fukushima Daiichi. Si le réacteur 4 s'effondre, la radioactivité ambiante sera telle que plus aucune intervention ne sera possible sur le site et nous n'aurons plus qu'à croiser les doigts pour éviter une catastrophe dont l'étendue est inimaginable. Vous pouvez d'ailleurs croiser les doigts une petite dizaine d'années, puisque c'est le temps jugé nécessaire par Tepco pour retirer le combustible usé des piscines de désactivation. Ce retrait ne commencera pas avant deux ans, du fait d'une radioactivité encore trop importante. L'extraction du combustible fondu dans les réacteurs 1 à 3 commencera d'ici dix ans et durera au moins deux décennies. Je vois difficilement comment l'on peut relativiser de tels risques quand on connaît l'activité sismique aussi intense que régulière du Japon.

Face à la difficile réalité que nous imposent ces faits –et avant de lancer aveuglément une nouvelle génération de centrales ou de rallonger la durée de vie de nos centrales existantes– il est temps de réfléchir à l'avenir énergétique de notre pays comme à celui de l'ensemble du globe. N'attendons pas qu'une catastrophe arrive sur notre territoire, n'attendons pas d'être nous-mêmes des réfugiés du nucléaire pour enfin mesurer toute la dangerosité de cette technologie mortifère.

La demi-vie de notre crainte humaine ne doit plus laisser place à la demi-vie de notre résignation technologique. La renaissance du nucléaire semblait enfin avorter, soyons sûr qu'il ne ressurgisse jamais: plutôt que vivre à moitié l'illusion nucléaire, vivons pleinement la transition énergétique!

1 avril 2012

Effacer Fukushima

Vigilance informative


Les faits présentés ci-dessous sont réels. Ils ont servi et servent à atténuer l’impact d’informations dramatiques sur l’industrie nucléaire, voire à faire oublier aux hommes qu’une catastrophe de grande ampleur a lieu sur la Terre, celle qui a commencé il y a un an à Fukushima.
Toutes les astuces utilisées pour cacher les données, pour minimiser les dangers, pour éviter de reconnaître les responsabilités seront évidemment réutilisables pour la prochaine catastrophe qui ne manquera pas d’arriver bientôt, selon les lois statistiques, à l’un des 440 réacteurs répartis tout autour de la planète.


Alors voyons, quelles sont ces astuces ?(...) suite sur le blog de Fukushima

 

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