11 mai 2012

La veille du second tour le gouvernement a osé !

Numerama | Jeudi 10 Mai 2012

Délit de visite de sites terroristes : le texte déposé in extremis


Deux jours avant le second tour de l'élection présidentielle, le gouvernement a déposé un projet de loi renforçant la prévention et la répression du terrorisme. Le texte contient en particulier des mesures destinées à réprimer la visite régulière de sites web prônant le terrorisme.


Sur le fil. Alors que le second tour de l'élection présidentielle s'est déroulé le 6 mai dernier, le gouvernement a fait enregistrer deux jours avant au Sénat un projet de loi renforçant la prévention et la répression du terrorisme. Le texte, né des suites de l'affaire Mohammed Merah, vise en particulier à sanctionner pénalement ceux visitant de manière régulière et sans motif légitime des sites web prônant le terrorisme.

Le dépôt du texte à la Présidence du Sénat, remarqué par le journaliste Pierre Alonso, souligne le travers du gouvernement sortant consistant à modifier la législation dès qu'un fait divers, aussi tragique soit-il, se retrouve dans l'actualité. C'est ainsi que Nicolas Sarkozy, quelques heures à peine après la mise hors d'état de nuire du tueur, a réclamé la pénalisation de la consultation de sites web à visée terroriste.

Comme prévu lors de l'analyse du texte par le Conseil national du numérique, le projet de loi sanctionne de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende "le fait de consulter de façon habituelle un service de communication au public en ligne mettant à disposition des messages soit provoquant directement à des actes de terrorisme, soit faisant l'apologie de ces actes".

Le gouvernement a toutefois prévu une exception "lorsque la consultation résulte de l'exercice normal d'une profession ayant pour objet d'informer le public, intervient dans le cadre de recherches scientifiques ou est réalisée afin de servir de preuve en justice". Seront ainsi épargnés les journalistes, les enquêteurs, les sociologues et le personnel judiciaire, considérés comme ayant un "motif légitime" à s'y rendre.

Ceux n'ayant pas un motif légitime seront punis s'ils visitent de façon un peu trop régulière ces espaces, "car le fait de consulter de façon intensive de tels sites, représentant des actes barbares comme des décapitations ou des égorgements, ne saurait être justifié par l'exercice de la liberté de communication", peut-on lire dans l'exposé des motifs. Cela met plutôt "en évidence un très fort risque d'auto-radicalisation".

Rappelons néanmoins qu'il n'est point besoin de sites web pour entrer dans une spirale d'auto-radicalisation. Les services de renseignement français savaient par exemple que Mohammed Merah ne consultait pas de sites web extrémistes et cela ne l'a pas empêché de mettre en œuvre sa funeste entreprise.

En marge du dépôt du projet de loi, rappelons l'existence d'une étude d'impact précisant l'état de la législation dans d'autres pays (notamment aux États-Unis, au Canada et en Europe), les lacunes juridiques potentielles et les obstacles techniques éventuels.

"La consultation de sites internet est déterminable soit par les logs (c'est-à-dire l'historique) des connexions demandées vers le site (chez le client et son FAI), soit par les logs des connexions reçues sur le site (le serveur abritant le site)".

"À défaut de captation de données « en direct », une telle infraction de consultation sera déterminable en demandant les données conservées par le FAI pendant un an ou en réalisant une perquisition chez la personne soupçonnée ou en effectuant une réquisition auprès du serveur".

10 mai 2012

« Si nous nous accrochons à notre modèle de société, c’est le dépôt de bilan planétaire »

Bastamag |par Agnès Rousseaux, Ivan du Roy | le 7 mai 2012


Pierre Rabhi : « Si nous nous accrochons à notre modèle de société, c’est le dépôt de bilan planétaire » 

 

Et si, après une stressante campagne électorale, on respirait un peu ? Quelle société voulons-nous aujourd’hui construire ? « La croissance est un problème, pas une solution », affirme Pierre Rabhi, paysan-philosophe. Face à la disparition des questions écologiques dans le débat politique, et à la frénésie marchande qui nous a pris en otages, il invite à repenser la vie sur un mode à la fois « sobre et puissant ». Et à inventer, pour éviter des explosions sociales et un chaos généralisé, un autre modèle de civilisation. Entretien.

 


 
Basta ! : Vous défendez une société de la sobriété. Les crises actuelles et l’austérité qui menace vont-elles permettre de remettre en question le système économique dans lequel nous vivons ?


Pierre Rabhi [1] : Je ne me réjouis pas de cette situation, mais je me dis finalement que l’être humain a besoin d’entrer dans des impasses pour mieux comprendre. Les impasses peuvent soit finir sur un chaos généralisé, soit permettre d’initier autre chose. Le chaos est tout à fait possible : une sorte de cocotte-minute d’incertitudes et d’inquiétudes est en train de miner les âmes et les consciences. Qu’une seule ville explose et toute la France explose. Le problème aujourd’hui n’est pas de se réjouir de cela, mais de voir ce qu’on peut tirer de cette évolution. Notre modèle de société montre son inadéquation, son incapacité à continuer. Si nous nous y accrochons, ce sera le dépôt de bilan planétaire. Tous les pays émergents veulent vivre à la moderne. Où va-t-on puiser les ressources ? C’est totalement irréaliste. Il y a aujourd’hui à repenser la vie sur un mode qui soit à la fois sobre et puissant. Je crois beaucoup à la puissance de la sobriété. Je ne crois pas à la puissance des comptes en banque. La vraie puissance est dans la capacité d’une communauté humaine à se contenter de peu mais à produire de la joie. Notre société déborde de tout, mais nous sommes un des pays les plus consommateurs d’anxiolytiques, pour réparer les dégâts que produit la « société de la matière » ! Nous sommes une espèce de planète psychiatrique. Combien de souffrances produisons-nous ?



Pendant la campagne électorale, l’écologie a quasiment disparu du débat politique. Qu’en pensez-vous ?

C’est parce que les citoyens ne sont pas véritablement conscients de l’enjeu de l’écologie que nous sommes obligés d’avoir une écologie politique pour lui donner une place au forceps. Dans la réalité, l’écologie concerne absolument tout le monde. Je suis évidemment reconnaissant envers ceux qui essayent de placer l’écologie dans le débat politique. Mais c’est une anomalie. Car l’écologie est une affaire de tous. C’est ce qui détermine l’existence de tout individu, du phénomène de la vie. Nous sommes donc tous concernés.


Selon vous, le progrès technologique nous asservirait ?

La civilisation moderne est la civilisation la plus fragile de toute l’histoire de l’humanité. Plus d’électricité, de pétrole, de télécommunications et la civilisation s’écroule. Elle ne tient sur rien du tout. Le progrès ne libère pas. Plusieurs avancées ont apporté un certain bien-être. Mais ce bien-être n’est pas forcément partagé. Il faut que l’humanité se pose la question : le progrès, pour quoi faire ? Et avant : qu’est-ce que vivre ? S’il s’agit juste de consommer, je n’appelle pas ça la vie, cela n’a aucun intérêt. Nous sommes devenus des brigades de pousseurs de Caddie. Cela me terrifie. Nous sommes revenus au néolithique : nous sommes des cueilleurs, nous passons dans les rayons et nous cueillons. Tout cela n’est pas bon. On a évoqué la décroissance, qui est considérée comme une infamie dans le monde d’aujourd’hui : remettre en cause la croissance ! Au Moyen Âge, j’aurai été brûlé vif.


Peut-on se passer de l’industrie et du progrès technologique sur une planète qui comptera bientôt 9 milliards d’êtres humains ?

Le progrès technologique ne rétablit pas de l’équité dans le monde, au contraire. Une minorité en bénéficie. Ce ne sont pas les pays en voie de développement qui consomment le plus de voitures ou de frigos. C’est un leurre de dire que la planète ne pourra pas suffire, parce que nous serons plus nombreux. C’est une injustice totale : sur 7 milliards d’humains aujourd’hui, la moitié n’a pas accès à la nourriture pendant que les autres se bâfrent et gaspillent à outrance. Un cinquième de l’humanité consomme les 4/5es des ressources produites. Ce serait très pernicieux d’invoquer la démographie pour dire qu’on ne va pas s’en sortir. Non ! Plusieurs milliards d’humains ne s’en sortent déjà pas. Ce ne sont pas les pauvres qui épuisent les ressources. La démographie n’est pas en cause. Je sens cet argument s’insinuer de façon très vicieuse.


Pourquoi, après avoir été ouvrier, avez-vous choisi de devenir paysan ?

J’ai accompli mon retour à la terre, ici en Ardèche, en 1961, parce que je considère que notre système n’a pas d’intérêt. Je n’ai pas envie d’être né pour produire, pour consommer et mourir. C’est une destinée un peu limitée ! Je suis né pour vivre, je suis né pour admirer. Si on doit toute sa vie besogner pour que les poubelles débordent de déchets, cela n’a aucun sens. Il n’y a pas si longtemps, en mai 68, les jeunes défilaient dans les rues pour protester contre la société de consommation. C’était l’excès. Leur intuition était forte : nous ne sommes pas des consommateurs. Les gagneurs d’argent, la frénésie marchande nous ont pris en otages pour faire de nous des gens qui doivent absolument consommer pour faire monter le produit national brut. C’est complètement stupide. Les jeunes disaient : on ne tombe pas amoureux d’un produit national brut ! Ils lançaient des slogans très importants, qui étaient un appel à la vie. Nous ne vivons pas : nous sommes conditionnés, endoctrinés, manipulés, pour n’être que des serviteurs d’un système. Ils ressentaient ce besoin de sursaut de la vie. Depuis, je ne vois plus les jeunes défiler dans la rue pour dire qu’ils ont trop. Nous sommes au contraire entrés dans la phase du manque. Les certitudes d’une idéologie triomphante, c’est terminé ! Aujourd’hui, les jeunes ne savent pas quelle place ils auront et s’ils auront une place dans l’avenir. Ce système-là peut-il encore perdurer ? Non. Il ne faut donc pas s’illusionner et se raconter des histoires : notre système arrive à ses limites. Il faut maintenant que l’imagination se mette en route, pour en créer un autre.


D’où peut venir le changement ? D’abord de chaque individu ou de transformations portées collectivement ?

Vous pouvez manger bio, recycler votre eau, vous chauffer à l’énergie solaire, tout en exploitant votre prochain, ce n’est pas incompatible ! Le changement radical de la société passe par une vision différente de la vie. L’humain et la nature doivent être au cœur de nos préoccupations. Le rôle de l’éducation est souverain : et si on éduquait les enfants au contentement et non à l’avidité permanente ? Une avidité stimulée par la publicité, qui affirme qu’il nous manque toujours quelque chose. Cette civilisation du besoin chronique et permanent, sans cesse ressassé, installe dans les esprits la sensation de manque. Le phénomène de la vie, ce qui fait que nous existons, devrait avoir une place dans l’éducation des enfants. Or nous n’avons que des structures éducatives qui occultent complètement les fondements de la vie pour, le plus vite possible, fabriquer un petit consommateur et un petit producteur pour le futur. Cela en fait un petit ignorant qui s’occupera bien davantage de savoir comment il va avoir un bon boulot malgré la compétitivité.
L’exigence fondamentale, c’est que tout le monde puisse manger, se vêtir, se soigner. Voilà ce qu’une civilisation digne de ce nom devrait pouvoir fournir à tout le monde. Aucun bonheur n’est possible sans la satisfaction des besoins vitaux. Notre civilisation a la prétention de nous libérer alors qu’elle est la civilisation la plus carcérale de l’histoire de l’humanité. De la maternelle à l’Université, nous sommes enfermés, ensuite tout le monde travaille dans des boîtes. Même pour s’amuser on va en boîte, assis dans sa caisse. Enfin, on a la boîte à vieux quand on n’en peut plus, qu’on est usé, avant de nous mettre dans une dernière boîte, la boîte définitive.


Comment convaincre ceux qui profitent le plus de la société de consommation et d’accumulation ?

Qui enrichit ces gens-là ? C’est nous. Ils s’enrichissent parce que des gens insatiables achètent de plus en plus, parce que toute une communauté humaine leur donne les pleins pouvoirs. Ils n’existent que parce que nous les faisons exister. Je ne roule pas en char à bœufs mais en voiture, je pollue malgré moi, j’ai le confort moderne. Ce qui fausse tout, c’est que cela devient prétexte à un enrichissement infini. Ce serait différent si les objets fabriqués par le génie du monde moderne avaient vocation à améliorer la condition humaine. Nous donnons très peu de place à ce qui est indispensable, à ce qui amène véritablement la joie. Et nous ne mettons aucune limite au superflu.


Cela signifie donc s’attaquer aux puissances de l’argent ?

L’argent est noble quand il permet l’échange. C’est plus facile d’avoir quelques billets dans sa poche que de transporter deux kilos de pommes de terre. L’argent n’est pas à récuser dès lors qu’il participe au mécanisme de régulation du bien-être entre tous. Mais quand il régule seulement la richesse, non. Toutes les choses vitales, les biens communs – eau, air, terre, semences – devraient être soustraites à la spéculation. Ceux qui ont de l’argent commettent un hold-up légalisé sur le bien de tous. Un vol illicite mais normalisé par la règle du jeu. L’argent rend l’humanité complètement folle et démente. Aujourd’hui, on achète le bien des générations futures. Je possède de la terre, mais je suis prêt à dire que ce n’est pas la mienne. Je l’ai soignée pour qu’elle soit transmise à mes enfants ou à d’autres gens.


Comment soustraire les biens communs à ceux qui spéculent ?

Admettons qu’on aille jusqu’à la logique extrême : un jour, un petit groupe d’humains hyperriches va posséder la planète. Aux enfants qui arriveront, on leur dira qu’ils sont locataires. Qu’ils doivent payer leur droit d’exister. C’est stupide. C’est navrant. C’est d’une laideur infinie. Parce que j’ai de l’argent, j’ai le droit sur tout… C’est là que le politique devrait réguler. Mais, pour l’instant, les responsables politiques sont là pour maintenir en vie cette inégalité criante. Ils font de l’acharnement thérapeutique sur un modèle moribond. On peut le mettre sous perfusion tant qu’on voudra... on sait très bien qu’il est fini. Le drame serait que tout cela finisse dans le chaos, si on ne met pas en place une nouvelle orientation de la vie.


Il faut changer les règles du jeu démocratique, dites-vous… Pour aller vers quoi ?

On ne peut pas changer un monstre pareil du jour au lendemain. Ce que je regrette, c’est qu’on ne se mette pas sur la voie du changement. Ce modèle a été généré par l’Europe. La première victime de ce nouveau paradigme, cette nouvelle idéologie, c’est l’Europe elle-même. L’Europe était une mosaïque extraordinaire. Tout a été nivelé, standardisé. Et on a exporté ce modèle partout ailleurs, en mettant un coup de peinture « démocratie » là-dessus. Aujourd’hui ce modèle se délite, il n’a aucun moyen d’être réparé. Il faut aller vers autre chose. Ce que propose la société civile : elle est le laboratoire dans lequel est en train de s’élaborer le futur. Partout des gens essayent de faire autrement. Un État intelligent devrait encourager ça. Sinon, cela se fera sous la forme d’explosion sociale. Une grande frange des citoyens sont secourus par les dispositifs de l’État. Cela ne durera pas. Le jour où la société ne pourra plus produire de richesses, où prendra-t-on ce qu’il faut pour soutenir ceux qui sont relégués ? Nous sommes dans un système « pompier-pyromane » : il produit les dégâts et prétend en plus les corriger. On met des rustines au lieu de changer de système : ce n’est pas une posture politique intelligente.

Recueilli par Ivan du Roy et Agnès Rousseaux

Vidéo : Agnès Rousseaux
Photo : Ivan du Roy

Notes

[1] Pierre Rabhi vit en Ardèche, où il a été paysan. Il a crée en 2007 le Mouvement pour la Terre et l’Humanisme appelé ensuite mouvement Colibris. Il est aussi l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux » et a lancé en 2012 la campagne Tous Candidats

8 mai 2012

Brésil: Monsanto condamné

Inf'OGM, par Christophe NOISETTE | 7 mai 2012



BRESIL – La justice refuse à Monsanto le droit de prélever des royalties sur le soja OGM




Le 4 avril 2012, le juge Giovanni Conti, du tribunal de l’Etat du Rio Grande do Sul, a ordonné de suspendre la collecte des redevances (royalties) sur les semences génétiquement modifiées de soja pour Monsanto [1]. La décision prévoit également le remboursement des frais de licence payés depuis la campagne culturale de 2003/2004, en soulignant que les pratiques commerciales des entreprises transnationales semencières comme Monsanto ont violé la loi brésilienne sur les variétés [2]. Si Monsanto ne respecte pas ce jugement, une pénalité de 400 000 euros par jour sera alors appliquée.



Au niveau de l’Etat fédéral, Monsanto envisage de faire appel de cette décision, mettant en cause notamment la recevabilité de la plainte déposée par des organisations puisqu’elle n’a de relations commerciales qu’avec des individus. Mais surtout, la Cour suprême du Brésil va maintenant déterminer si cette décision a ou non une portée nationale.

L’enjeu n’est pas mince puisque cette décision pourrait impliquer un remboursement par Monsanto de près de 6,2 milliards d’euros pour plus de cinq millions d’agriculteurs au Brésil.
Le recours collectif [3] avait été initié par les associations d’agriculteurs de Passo Fundo, Santiago et Sertão en 2009. Se sont jointes à la plainte l’organisation des travailleurs agricoles du Rio Grande do Sul et les associations des agriculteurs de Giruá et Arvorezinha. Ces organisations se plaignaient de l’obligation faite aux agriculteurs de payer des royalties sur les semences achetées mais également sur les semences conservées des récoltes des années précédentes. Un tel système les empêchaient donc, d’une part de pouvoir ressemer les années suivantes et, d’autre part, de donner ou échanger leurs semences. En clair, ces organisations d’agriculteurs brésiliens refusent de payer quelque redevance que ce soit sur des semences récoltées, triées et ressemées.

Sur la situation juridique des brevets au Brésil, Inf’OGM expliquait dans un article publié en 2006 [4] que « au Brésil, les inventions biotechnologiques sont réglées par les articles 10 et 18 de la loi 9.279 (1996). La loi établit, a priori, la brevetabilité de toutes les inventions. L’article 10 exclut de la définition de l’invention [...] “tout ou partie d’êtres vivants naturels et des matériels biologiques trouvés dans la nature, ou encore qui en sont isolés, y compris le génome ou germoplasme de tout être vivant naturel et les processus biologiques naturels”. [...] Les êtres vivants trouvés dans la nature ne sont pas considérés comme une invention dans leur tout ou en parties. L’article 18, lui, définit la matière non-brevetable. Il dit expressément que les êtres vivants et parties d’êtres vivants ne sont pas brevetables, à l’exception des micro-organismes transgéniques. Pour éviter, aussi, des imprécisions par rapport à ce que serait un micro-organisme transgénique, le paragraphe unique, très discuté pendant le processus législatif, a apporté une solution consensuelle, excluant de la brevetabilité tout ou partie de plantes ou d’animaux. Il dit explicitement : “Aux fins de cette Loi, des micro-organismes transgéniques sont des organismes qui, à l’exception de tout ou partie de plantes ou d’animaux, expriment, par l’intervention humaine directe dans leur composition génétique, une caractéristique qui, normalement, n’est pas réalisable par l’espèce dans des conditions naturelles’’".

Mais Monsanto avait réussi à contourner cette loi, notamment en signant des accords avec producteurs et négociants qui, en bout de course, leur imposaient le paiement des royalties. Ce que les organisations contestaient donc en justice.

Brésil, Argentine... et France : même combat ?


Une situation similaire s’était présentée en Argentine où Monsanto avait cherché aussi à « négocier » des royalties, mais après les mises en cultures ! Les négociations ayant échoué, Monsanto avait alors cherché à attaquer les entreprises européennes qui importaient du soja GM. A plusieurs reprises, les tribunaux européens ont dénié à Monsanto ce droit de récupérer ses royalties sur le soja GM importé sous forme de farine ou de tourteaux pour alimentation animale [5].

Au Brésil, Monsanto entendait introduire, pour la campagne 2012/2013, une nouvelle variété de soja GM, « intacta RRpro », autorisée au Brésil en 2010, et souhaitait aussi augmenter les royalties de 48 euros/hectares, passant ainsi à 145 euros/hectares. Monsanto justifiait cette augmentation par l’assurance de meilleurs rendements avec cette variété et des épandages moindres.

Rappelons qu’en France, les brevets ne peuvent être déposés sur les variétés. Le système du Certificat d’Obtention Végétale a été adopté en lieu et place et vient d’ailleurs d’être modifié fin 2011. La nouvelle loi impose maintenant aux agriculteurs de payer des royalties sur leurs semences de ferme (pour 21 plantes), c’est-à-dire lorsqu’ils conservent une partie de leur récolte et qu’ils la ressèment l’année suivante. Ce même dispositif que les organisations agricoles viennent de faire annuler pour le soja transgénique au Brésil...
 

"Le Grand Bon en Arrière" de la France

Truks en vrak | jeudi 3 mai 2012

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"Le Grand Bon en Arrière"


Cooperativa AlterMedia | youtube.com | avril 2012 |


Ce film, de 70 mn nous arrive du Venezuela. Réalisé par « ALTERMEDIA cooperativa de creación audiovisual », son titre rappellera de bons souvenirs aux lecteurs d’Henri Alleg [Édit° delga] et de Serge Halimi [Édit° fayard] : « Le Grand Bond en Arrière ».
Partant de l’image de la France des Lumières et de la Commune de Paris, très prégnante en Amérique du Sud, ce documentaire examine l’état du modèle social français après trente ans de néolibéralisme ?

Cette question oriente le voyage dans leur pays natal de quatre Français installés depuis plusieurs années au Venezuela.

Pour y répondre, le réalisateur mêle des données statistiques, journalistiques et des interviews de sociologues, intellectuels, militants, réfugiés politiques, artistes, citoyens, travailleurs sociaux des banlieues, sans-papiers et Roms, enfin tout ceux qui peuvent révéler si la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » est toujours en vigueur dans leur réalité concrète.

Ce film est accessible sur :
le site d’AlterMedia http://www.youtube.com/user/Coopera... le site « Mémoire des Luttes » http://www.medelu.org/Le-Grand-Bond...


Liste des intervenants
  De leur plein gré
Jean-Luc Mélenchon, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Bernard Cassen, Ignacio Ramonet, Stéphane Hessel, Bastien Cazals, Dominique Liot, Bénédicte Malaurent, Gilles Robic, Nils Solari, François Maliet, Etienne Douat, Vincent Manuguerra, Anne-Leïla Ollivier, Stivan, Simona, Tinito, Zlatka, Mehmet Ali Dogan, Adama Touré, Djibril Diaby

A l’insu de leur plein gré
Nicolas Sarkozy, François Fillon, Claude Guéant, André Valentin, Chantal Brunel et quelques journalistes serviles.

Tristan Goasguen / Johanna Lévy / Philippe Fréchou / Yann Manuguerra
Venezuela (0058) (0)416 206 08 28

ALTERMEDIA
cooperativa de creación audiovisual
cooperativa.altermedia@gmail.com
http://www.youtube.com/user/CooperativAlterMedia

Quid de la politique étrangère après Sarkozy-Juppé ?




Géostratégie | 7 mai 2012

Quid des présidentielles françaises ?



Q – Restons sur le terrain des relations internationales, la position de Paris à propos des printemps arabes va-t-elle évoluer ?

Charlotte Sawyer – Si la précédente administration – celle de Sarkozy je veux dire – avait été prolongée, certainement pas. Ce d’autant que beaucoup (en France) donnaient l’actuel chef de la diplomatie française, Alain Juppé, comme probable locataire de Matignon ! Or, Juppé, en matière d’interventionnisme armé, est un extrémiste de la pire espèce.

En revanche, une administration social-démocrate, sous la houlette de MM. Hollande et Fabius (un homme beaucoup plus réfléchi que l’inconséquent Juppé) va peut être revoir la copie géopolitique de la France.

Q – Pour quelles raisons ?

Charlotte Sawyer – Primo, parce que la France n’a rien gagné à jouer avec le feu en Libye et en Syrie. Idem en Afrique subsaharienne. Or, outre Laurent Fabius aux Affaires étrangères, on donne également l’ancien CEO1d’Areva, Mme Lauvergeon, comme possible ministre d’un futur gouvernement social-démocrate. Or, celle-ci à pu apprécier les effets désastreux de l’aventurisme colonial de l’administration Sarkozy au Mali et au Niger où – par l’entêtement incompréhensible de MM. Sarkozy et Juppé, et des néo-cons frenchies à pousser les Contras libyens et, par ricochet, leur petits camarades d’Aqmi – Areva (et d’autres entreprises françaises de premier plan) se retrouvent encore plus en danger qu’elles ne l’étaient auparavant. Un comble !

Quant au volet syrien, à en croire les voix les plus autorisées chez nous2, ce sont bien les miliciens d’Al-Qaïda qui sont la source du plus grave danger, en Syrie et au Liban. En effet, qu’a dit notre US Secretary of State3, la Sénatrice Hillary D. Rodham Clinton, dans un entretien à CBS ? Que « nous savons que le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, soutient l’opposition syrienne. Devons-nous soutenir cette organisation en Syrie » ?

Et, à écouter notre Director of National Intelligence (DNI)4 le lieutenant général (CR) James R. Clapper Jr., « Les attentats de Damas et Alep portent l’empreinte d’Al-Qaïda, qui a infiltré l’opposition syrienne divisée ». Avis partagé par le Chairman of the US Joint Chiefs of Staff (CJCS, chef d’état major interarmes), le général Martin E. Dempsey, qui est encore plus spécifique que le DNI. Pour lui, « Nous avons des preuves qu’Al-Qaïda participe aux attentats ». Qu’ajouter de plus ? Paris compte-t-il toujours épauler les Wall Srett Fundamentalists à Damas et Alep et les combattre à Kaboul et dans la Kapisa ?

Même au Royaume-Uni – où l’on a longtemps partagé l’extrémisme des néo-cons français sur les volets libyen et syrien – la prudence commence à se faire son chemin. Ainsi, pour l’Independent – support plutôt de gauche, donc plus susceptible d’influencer de l’autre côté du Channel5 – « L’évolution de la situation en Syrie est très dangereuse. Al-Qaïda apparait comme une force grandissante dans une région centrale du Moyen-Orient ».


Q – Mais la gauche française ne risque-t-elle pas de se tenir plus à distance de vous-mêmes, les Américains ?

Charlotte Sawyer – Vous plaisantez, je suppose ? Votre social-démocratie a toujours été atlantiste. De plus, au niveau des Renseignements, il semble qu’il existe une certaine défiance, au sein de la gauche institutionnelle, vis-à-vis du patron de la DCRI, Bernard Squarcini, considéré comme trop proche de la droite. Bien que l’homme soit un excellent professionnel ! Croyez-moi, votre nouvelle administration va beaucoup discuter avec la nôtre. Or, la Contra syrienne a beaucoup moins la cote sur les rives de notre Potomac, qu’il y a un an…

Pour le reste, laissez-moi vous rappeler que Boeing n’a jamais aussi bien casé – au détriment de votre propre avionneur Airbus – ses longs-courriers qu’avec des ministres communistes (ou prétendus tels) aux affaires !…


Q – Que pourraient être, selon vous, les premières décisions que devraient prendre le président de la République (française) nouvellement élu ?

Charlotte Sawyer – Parlons d’espoirs, plutôt ! En ce qui concerne, le président sortant, Nicolas Sarkozy, je ne me serais même pas hasardé pas sur cette voie à l’étroitesse d’un chemin vicinal. M. Sarkozy ayant particulièrement fait sien, au cours de son mandat, les mots de M. Edgar Faure : « les promesses (électorales) n’engagent que ceux à qui elles sont faites », en ce qui le concerne, je dirai donc : « Wait & see » ! Nous verrons bien !

Quid de Hollande, le Mister Flanby des humoristes, alors ? Qu’attendre de lui ? Si j’en avais l’opportunité je lui demanderai bien une ou deux petites choses…


Q – Lesquelles ?

Charlotte Sawyer – Oh ! Simplement de mettre en branle quelques petites commissions d’enquête, pardi. Sur quels sujet ? Voyons, dans le désordre, et deux deux côtés du champ politique :

1° L’affaire de Karachi et ses rétro-commissions ;
2° L’Affaire Merah, bien évidemment ? Que l’on sache, enfin, ce qui s’est réellement passé à Toulouse ;
3° Toutes les affaires de mœurs concernant l’ex-directeur-général du FMI, Dominique Strauss-Khan ;
4° Et pour rester dans un registre qui concerne largement les souffrances faites aux femmes: DEUX commissions d’enquêtes sur les agissements guerriers de l’administration sortante autours de la guerre de Libye et du soulèvement des Contras syriens…


Q – Quel rapport avec les femmes et leurs souffrances ?

Charlotte Sawyer – Très simple ! L’une des particularité des guerres est d’entraîner une montée exponentielle des violences faites aux femmes. Des viols en réunions, commis par les militaires et les paramilitaires, généralement. Or, en jouant les Rodomontes en Libye et en Syrie, par groupes maffieux takfiristes interposés, les membres de votre précédente administration ont massivement déstabilisé ces régions du monde livrant leurs populations aux agissements de groupes armés qui, notamment en Libye, ont tiré avantage de la protection aérienne de votre Armée de l’Air (Pierre Clostermann6 doit se retourner dans sa tombe), pour perpétrer leurs crimes en toute impunité. Ou presque.

Je vous sens dubitatif ! Je vous rappellerai donc les faits suivants :

Actuellement – et Human Rights Watch (HRW) s’en est fait l’écho – un nombre croissant de femmes sont violées par des rebelles touaregs et les groupes armés takfiris qui sévissent au Nord du Mali. Qui peut nier aujourd’hui que cette trainée de violence est la conséquence directe (et, ô combien prévisible) de la Guerre de Libye ?

Or, d’après Human Rights Watch, des viols et violences sexuelles se déroulent au nord du Mali. « Nous sommes très préoccupés par ce qui semble être une augmentation drastique dans le ciblage et l’abus sexuel des femmes et des filles par des groupes armés dans le nord », a, ainsi, déclaré à l’IPS, Corrine Dufka, chercheuse senior Afrique de l’Ouest à HWR. « Puisque les groupes rebelles ont consolidé leur contrôle du territoire du Nord qu’ils appellent le Azawad, Human Rights Watch a documenté plusieurs cas de viol et de nombreux autres cas dans lesquels les filles et les femmes ont été enlevées de leurs foyers, villes et villages, et très probablement abusées sexuellement », souligne Corrine Dufka.

Quant au porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), Ag Assarid, s’il a nié toute implication du MNLA, il a reconnu qu’il n’était pas possible de « contrôler tous les gens de l’Azawad ».

Quant aux membres du groupe takfiri Ansar Dine, quoi qu’ils en disent, ils ne valent pas mieux. HRW rapporte, qu’au début du mois d’avril 2012, ses membres pro-occidentaux avaient coupé l’oreille d’une femme pour avoir, crime inexpiable, « porté une jupe courte ».

Quant aux exactions des Contras libyens et syriens, reportez-vous aux propos ci-dessus de notre US Secretary of State, Hillary D. Rodham Clinton. À moins de considérer les membres des diverses branches d’Al-Qaïda comme des féministes impénitents, on voit mal en quoi les aider à prendre le pouvoir en Afrique subsaharienne et au Middle East… pardon au Levant a pu participer à l’amélioration du sort des femmes…


Q – Les membres de l’administration Sarkozy, vous pensez à qui, en particulier ?

Charlotte Sawyer – Dans cet ordre : MM. Sarkozy, Juppé et Longuert et le chef d’état-major de l’armée de terre française en poste lors de la Guerre de Libye, le général d’armée Elrick Irastorza si ma mémoire est bonne. Il me semble qu’il serait plus que souhaitable que ces hommes puissent répondre aux questions d’enquêteurs, d’experts, de membres de la société civile pour que soit établie leur, éventuelle, responsabilité dans le chaos induit par leurs décisions en Libye, en Afrique subasaharienne et dans la République arabe syrienne. Cela me semble être un premier pas nécessaire..


Q – Et les « affaires » qui attendent Sarkozy au tournant ?

Charlotte Sawyer – On verra bien. Mais restons prudents, rien n’est joué. Si, par exemple vous prenez l’affaire du financement libyen de la campagne 2007 de Sarkozy, il y a autant de versions que d’intervenants dans et de cette affaire.

Quant à la fameuse missive qui incriminerait Sarkozy, à en croire les Israéliens7, sur la forme, sa rédaction ne correspondrait guère à la formulation de documents de l’administration libyenne. En effet, elle débuterait par un incongru « que la paix soit avec vous », alors que tous les documents de la Jamahiriya libyenne, comme la plupart des pays arabo-musulmans, débutent par le traditionnel Bismillah, Al-Rahman, al Rahim (au nom de Dieu clément et miséricordieux).

Second point, note JSSNews, « le document parle d’euros alors que toute transaction avec la Libye se fait en dollars ».

Tertio, « dans des cas de financement occulte, il n’est pas fait de documents officiels, notamment dans les pays arabes où la tradition orale est forte ». Enfin, « ce n´est pas la signature de Moussa Koussa qui se trouve au bas de cette lettre, même pas une tentative d’imitation, ce qu’a confirmé l’intéressé ».

Au stade où nous en sommes, beaucoup d’impondérables pour fonder un vrai dossier, je le crains !

Après la défaite de Sarkozy : vers un juin 1936 européen

Attac France | 6 mai 2012

Attac se réjouit de la défaite de Nicolas Sarkozy, qui pourrait représenter la première défaite politique en Europe pour les tenants de l' hyperaustérité. Elle sanctionne l’arrogance d’un président au service d’une oligarchie insatiable. Elle exprime la résistance populaire aux politiques d’austérité, qui s’est manifestée en France par le grand mouvement de 2010 contre la réforme des retraites. Elle suscite l’espoir des peuples d’Europe du Sud, confrontés aux terribles ravages des politiques de la « Troïka », Commission européenne, BCE et FMI. Surtout qu’au même moment se dessine une percée historique de la gauche de résistance aux élections législatives en Grèce, avec une chute des deux partis de gouvernement qui ont mené aux plans d’austérité et à la débâcle du pays.

Mais si le soulagement est grand, l’espoir est fragile. La pression des marchés financiers va monter dans les semaines qui viennent pour contraindre François Hollande à ratifier le Pacte budgétaire imposé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, avec en guise de « renégociation » quelques vagues déclarations et mesurettes européennes sur la croissance. Ce nouveau traité qui interdit les déficits publics et impose une austérité sans limite, doublée d'un productivisme aveugle qui met à mal la nature, le travail et le travailleur, va pourtant enfoncer l’Europe dans la dépression.

La social-démocratie française et européenne n’a pas encore pris la mesure des ruptures nécessaires pour inverser la tendance. Pourtant les forces progressistes n’ont aucun droit à l’erreur. En cas d’échec en France, la droite et l’extrême droite, dont les convergences xénophobes et autoritaires s’affirment aujourd'hui sans ambigüité, ramasseront la mise de la déception et du désespoir.

Il y a un moyen, et un seul, pour les citoyens d’empêcher cela : la mobilisation sociale, l’intervention directe dans les affaires de la cité. A l’image de juin 1936, mais dans une dynamique d’emblée européenne, nous pouvons imposer nos exigences pour répondre aux urgences sociales, écologiques et démocratiques mises à mal par les politiques actuelles. Renforçons nos syndicats, nos associations, nos partis progressistes ; occupons les places, les espaces publics ; imposons un débat démocratique sur les politiques économiques et sociales, en particulier au plan européen, avec un référendum sur le Pacte budgétaire. Les 18 et 19 mai nous serons des dizaines de milliers à Francfort, à l’appel des mouvements sociaux allemands, pour dire à la Banque centrale européenne : stop à l’austérité, oui à la solidarité !

Attac France, le 6 mai 2012

7 mai 2012

Le Japon arrête son dernier réacteur nucléaire

Blog de Fukushima | samedi 5 mai 2012

japon-centrales-nucleairesCa y est, ce jour tant attendu par les Japonais est enfin arrivé : 5 mai 2012, tous les réacteurs nucléaires sont arrêtés ! Pour la première fois depuis 1970. Beaucoup célèbrent cette nuit au Japon



Avant le 11 mars 2011, 54 réacteurs étaient en service. 14 mois plus tard, ils sont tous à l’arrêt. Certains parce qu’ils ont subi des avaries sérieuses dues au tremblement de terre, d’autres parce qu’ils arrivent dans une phase normale de maintenance, d’autres enfin parce que la population s’y oppose.

Le traumatisme de la catastrophe de Fukushima est tellement grand que le peuple japonais fait désormais pression sur les autorités locales pour ne jamais revivre ce cauchemar.

Maintenir la pression est encore nécessaire pour que ce jour ne soit pas qu’un mirage. Car le gouvernement entend bien continuer à produire de l’électricité nucléaire. Il a d’ores et déjà donné son accord pour la reprise d’exploitation de plusieurs réacteurs. Un bras de fer va donc s’engager entre la population et l’industrie atomique.

Pourtant, le combat antinucléaire a déjà gagné. Cette journée est historique car le Japon vient de démontrer clairement qu’il était possible de se passer de cette énergie destructrice. Le monde entier est maintenant au courant : il n’est pas besoin de revenir à la bougie quand on arrête le nucléaire !

Les pays qui persistent à vouloir utiliser cette énergie ou qui se lancent aveuglément dans le nucléaire devront-ils attendre d’avoir leur propre catastrophe pour comprendre ?

 
Aider le gouvernement japonais à prendre la bonne décision !
(cliquer sur l'image pour accéder à la pétition en ligne)
 
petition-avaaz.jpg.
 
  
En savoir plus :
 
Le Japon arrête son dernier réacteur nucléaire (vidéo AFP)
 
afp.jpg
     
"Setsuden", les mesures d'économie d'électricité au Japon (article de Janick Magne)

http://janickmagne.fr/wp-content/uploads/2012/03/SDN-52-MagneJ-Setsuden-%C3%A9conomies-d%C3%A9lectricit%C3%A9-au-Japon.pdf



Laurent Mabesoone s’exprime sur cet évènement dans un entretien réalisé par Dominique Balaÿ le 3 mai 2012 (l’entretien proprement dit commence vers 4 min 30 ; il porte aussi sur la contamination alimentaire).

http://varias.info/fukushima/carte/laurent-mabesoone/



« 5 mai 2012 : le dernier réacteur nucléaire au Japon éteint... le 5 mai, c'est aussi la fête des enfants ! » (article de Corinne N)

http://blogs.mediapart.fr/edition/japon-un-seisme-mondial/article/050512/5-mai-2012-le-dernier-reacteur-nucleaire-au-japo

« Le Japon a cessé, provisoirement, de produire de l'énergie nucléaire » (Le Monde)

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/05/le-japon-a-cesse-provisoirement-de-produire-de-l-energie-nucleaire_1696207_3244.html



« Sortie du nucléaire au Japon, un plan secret pour arrêter 20 réacteurs en France » (Politis)

http://www.politis.fr/Sortie-du-nucleaire-au-Japon-un,18216.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=facebook


« Faced with a summer without nukes » (Fukushima is still news)

http://fukushima-is-still-news.over-blog.com/article-faced-with-a-summer-without-nukes-104650928.html


« Fukushima : démantèlement incertain et désastre économique garanti » (article de François Leclerc)

http://www.pauljorion.com/blog/?p=36619



 

Grèce : une vague rouge roule sur la Vouli

L'Humanité | | par Fabien Perrier | via



Athènes, envoyé spécial. Les résultats, en Grèce, donnent le parti Nouvelle Démocratie en tête, mais avec le score le plus faible de son histoire. Le Pasok – social-démocrate – s’effondre. Les néonazis font leur entrée au Parlement. La gauche, qui a toujours combattu l’austérité et les politiques des mémorandums, progresse fortement, et plus particulièrement Syriza, la coalition de gauche dont la principale composante, Synaspismos, est membre du PGE. C’est un signal fort que les électeurs ont envoyé aux partis. Seront-ils entendus ?



Vendredi soir, lors du dernier meeting de campagne du Pasok, le parti arrivé en tête des élections en octobre 2009, le leader, Evangelos Venizelos, voulait y croire. Croire que son parti n’allait pas s’effondrer, que les urnes ne sanctionneraient pas la politique menée présentée comme « la seule » possible, croire, aussi, que l'élection de François Hollande aurait des répercussions sur le Pasok – le PS et le Pasok sont membres de l’Internationale socialiste. Il n’en fut rien.
Au soir du scrutin, il est évident que le parti social-démocrate grec s’est effondré. Alors qu’il se partageait, depuis la chute des colonels, en 1974, le pouvoir avec Nouvelle Démocratie (ND, droite), qu’ils recueillaient à eux deux jusqu’à 80% des voix, ils peinent à atteindre 40%.

Dès vendredi soir, pourtant, quelques signaux donnaient la tendance. « Oui, il y a malheureusement plus de journalistes que de militants sur la place Syntagma », reconnaissait une candidate distribuant ses tracts. A la question : « allez-vous voter pour le Pasok ? », une jeune femme répondait : « non, surtout pas ! Je suis là pour aider le député car il est le père de mon ami ».
C’est effectivement la fin d’un système politique que les Grecs ont demandé : celui de la fin des petits arrangements entre amis dont les élections et les campagnes précédentes représentaient, en quelque sorte, le concentré.
C’est surtout la fin de l’austérité appliquée depuis plus 2 ans et demi qu’ils ont revendiquée. Depuis que la Grèce a pris connaissance de la réalité de comptes publics en octobre 2009, qu’elle a subi les attaques des marchés, et plus encore depuis qu’elle a fait appel à la troïka (BCE, Commission, FMI) en mai 2010, les coupes budgétaires, baisses des pensions, des salaires, des minimas sociaux, hausse des impôts et des taxes, privatisation se multiplient. Tous les partis qui se sont exprimés pour cette politique essuie une sérieuse déculottée : ND et le Pasok en tête, ainsi que le Laos (extrême-droite). Ces trois partis ont participé au gouvernement d’union nationale mis en place en novembre 2011. ND obtient ainsi – à l’heure où nous écrivons ces lignes – 20,31% (33,47% en 2009), le Pasok 14,11% (43,92% en 2009), et le Laos 2,89% (5,63% en 2009). Le Laos ne devrait donc pas faire son entrée au Parlement car il ne franchit pas la barre des 3% nécessaire.


L'emblème du parti néo-nazi Aube dorée
Les néo-nazis de Chryssi Avghi obtiennent, eux, des sièges au parlement. Ils auraient recueilli 6,81% des voix. « Tous ceux qui ont voté Chryssi Avghi ne sont pas des fascistes. Ce sont des gens qui voulaient exprimer leur rage ; c’est un vote anti-système. Beaucoup vont réaliser que Chryssi Avghi est un parti néofasciste » explique à l’Humanité Panagiotis Sotiris, professeur à l’université d’Egée. 

Autre vote qui frise avec le refus du antisystème et repose sur un moteur nationaliste : celui pour les Grecs indépendants. Ce parti, scission de ND, recueille 10,31% des suffrages selon les premières données du Ministère de l’Intérieur.
Dans ces conditions, la vraie victoire est celle de la gauche dans son ensemble. Le KKE, qui recueille 8,4% des voix, progresse de près d’un point par rapport à 2009 (7,54%). La Gauche démocratique, scission de Synaspimos en 2010, recueille 6% des voix. Quant à Syriza, la coalition de gauche dont la principale composante est Synaspismos, il triple son score de 2009 passant de 4,6% à 15,8%. Une formation anticapistaliste, Andarsia, n’entrera pas mais progresse. Une vague rouge roule sur la Vouli. Elle n’est toutefois pas suffisante pour que la gauche puisse gouverner.
Pour Panagiotis Sotiris, ces élections sont « un désastre pour le Pasok. Cette augmentation de la gauche est importante. Le message est qu’il n’est pas pas possible de continuer sur cette voie. »
Ce message, il semble qu’il peine à arriver aux oreilles des dirigeants des partis de gouvernement. Ainsi, le leader de la droite gouvernementale Antonis Samaras, arrivé en tête des élections législatives en Grèce, a proposé la formation « d’un gouvernement de salut national » pour permettre le maintien de la Grèce dans l’euro. Evangelos Venizelos, le chef du Pasok qui a enregistré une défaite historique, a appelé à la formation d’un « gouvernement d’union nationale pro-européen » pour sortir le pays de l’impasse. Ce ministre des Finances de l’équipe sortante qui a négocié avec UE et FMI un deuxième plan de sauvetage du pays, a certes reconnu qu’une telle tâche serait « difficile », au vu du séisme électoral en Grèce. Mais « le changement radical de la scène politique ne signifie pas la fin de la crise, la crise est en pleine évolution », a-t-il souligné. Il a oublié d’ajouter qu’une crise politique profonde pourrait être la conséquence de ces résultats… eux-mêmes pervertis par un système électoral qui favorise le parti arrivé en tête, quelque soit sa réelle implantation politique. Car tout gouvernement qui maintiendrait la politique d’austérité renierait profondément les signaux envoyés par les électeurs. En Grèce, derrière la joie liée aux résultats, l’inquiétude reste de mise.


Voir en ligne: L'Humanité 

6 mai 2012

ON A VIRE SARKO, SURVEILLONS HOLLANDE !

Conscience Citoyenne Responsable | 6 mai 2012


ON A VIRE SARKO, SURVEILLONS HOLLANDE ! dans Politique Ca y est, on en est débarrassé ! On a viré Sarkozy ! C’est vrai que son bilan pour la classe ouvrière était indéfendable : huit millions de pauvres, trois millions de précaires, trois millions de temps partiels, cinq millions de chômeurs, et des salaires de misère pour la majorité des salariés. Et malgré cela une partie de ces laissés pour compte a voté pour lui, car il fait quand même le score inimaginable de 48%. Allez comprendre ! Si seulement ceux pour lesquels il défend les intérêts avaient voté pour lui, il aurait fait 3% et aurait été éliminé dés le premier tour. Comme dit Chomsky « si les gens pensaient tout changerait ».

C’est vrai aussi qu’en l’espace de quelques années, il avait réussi un véritable tour de force : transformer les opprimés et les déshérités en ennemis des classes populaires. La femme de ménage épuisée était remontée contre le RMIste, l’ouvrier au chômage haïssait le travailleur étranger, les militants syndicaux étaient montrés du doigt et le fonctionnaire traité de privilégié. Diviser, diviser, pour détourner l’attention du citoyen et faire des cadeaux aux copains. Sarkozy nous a manipulés et endettés délibérément ! On se rappellera aussi que Sarkozy fut le premier Président de la Vème République à appeler l’extrême droite à voter pour lui.

Le ralliement de Bayrou a-t-il pesé dans la balance ? François anticipe-t-il les difficultés de François dans les mois à venir, pour se poser en interlocuteur incontournable ? Mais que les électeurs de Bayrou se rassurent, Hollande n’est pas plus à gauche que le plus à gauche du Modem, et je suis même sûr que sur certains sujets il est plus à droite que le Béarnais ! Qui est le vrai Hollande ? Quel sont ses intentions ? Pour qui gouvernera-t-il ?

Car n’oublions pas qu’Hollande fait partie d’une famille politique qui a accompagné le libéralisme. Le PS en a favorisé l’avènement par ses capitulations successives et ses décisions qui ont libéré les flux financiers. Il a mis en œuvre une politique qui a été douce pour les détenteurs de stock-options, qui a privatisé à tour de bras, qui a œuvré avec zèle pour l’Europe du libre-échange et de la finance toute puissante. Au gouvernement, les socialistes font des cadeaux de riches aux riches et des cadeaux de pauvres aux pauvres. Seulement les cadeaux pour les pauvres ne durent jamais très longtemps et la contrepartie est toujours douloureuse !

Mais Hollande a une lourde responsabilité, l’Europe va vouloir des gages, l’Europe des capitalistes veut notamment la suppression du CDI. Et si la politique mise en place par le PS n’apporte aucun espoir aux salariés, dans cinq ans le FN emportera la mise ! Mais ce n’est pas seulement la responsabilité du parti socialiste et de ceux qui participeront au gouvernement qui est engagée, c’est de notre responsabilité collective qu’il s’agit. Car il faut se souvenir que les grandes avancées sociales, notamment en 36, ont été arrachées par la lutte, et non par la volonté d’un gouvernement, fût-il de gauche.

Les verts iront au gouvernement, mais que fera le Front De Gauche dont la « marque » est déjà un enjeu entre le PG qui l’a déposée et le PC. Irons-nous vers une nouvelle gauche plurielle après les législatives ? Déjà, sous prétexte de faire barrage au FN, ça discute ferme pour les circonscriptions… alors qu’il n’y a pas si longtemps Mélenchon préconisait une dose de proportionnelle qui ouvrait de fait les portes au FN ! Le plus drôle c’est lorsque Pierre Laurent dit « il n’y aura ni soutien, ni participation, ni opposition » ! Ça veut dire quoi? Simple gesticulation politicienne ?


Nous devons donc être vigilants. L’avenir ne sera que ce que nous en ferons, et pour le futur de nos enfants et petits enfants, nous ne devons donner de chèque en blanc à aucun homme politique. Il faut que tous ensembles nous nous occupions de politique, sans se la faire confisquer par une poignée de professionnels qui tôt ou tard finissent toujours par nous oublier !

« Le socialiste est un charlatan qui veut réduire la misère sociale sans toucher ni aux profits ni au capital »…Engels

Kadhafi-Sarkozy : la justice tunisienne savait dès octobre 2011


dimanche 6 mai 2012| Par Mathieu Magnaudeix, Fabrice Arfi et Karl Laske


« Oui, en tant que premier ministre, j’ai moi-même supervisé le dossier du financement de la campagne de Sarkozy depuis Tripoli », a déclaré, il y a sept mois, Baghdadi Ali al-Mahmoudi.
Dès le 25 octobre 2011, l’ancien chef du gouvernement libyen, actuellement détenu en Tunisie, avait détaillé le financement par le régime Kadhafi de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, lors d’une audience devant la cour d’appel de Tunis, qui examinait la demande d’extradition déposée par la Libye à son encontre.

Dans un témoignage accordé à Mediapart, deux avocats ont révélé, vendredi, avoir pris note, le 25 octobre 2011, des explications de l’ancien premier ministre sur l’existence d’un circuit occulte de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Selon eux, l’ancien chef du gouvernement libyen a précisé devant la cour avoir « supervisé » lui-même ces transferts de fonds, passés selon lui par la Suisse.

Leurs témoignages viennent confirmer les déclarations de deux autres avocats de l’ancien premier ministre...

(photo : Baghdadi Ali al-Mahmoudi)
 
La suite de l’article sur mediapart.fr

Badiou : Le racisme des intellectuels

Le Monde.fr | Alain Badiou | 05 mai 2012

badiou.jpgL'importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d'en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d'achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes d'étranges étrangers, veut se replier sur le nationalisme et la xénophobie.

C'est déjà du reste cette France "retardataire" qu'on accusait d'avoir voté non au référendum sur le projet de Constitution européenne. On l'opposait aux classes moyennes urbaines éduquées et modernes, qui font tout le sel social de notre démocratie bien tempérée.

Disons que cette France d'en bas est quand même, en la circonstance, le baudet de la fable, le pelé et le galeux "populiste" d'où nous vient tout le mal lepéniste. Etrange, au demeurant, cette hargne politico-médiatique contre le "populisme". Le pouvoir démocratique, dont nous sommes si fiers, serait-il allergique à ce qu'on se soucie du peuple ? C'est l'avis dudit peuple, en tout cas, et de plus en plus. A la question "les responsables politiques se préoccupent-ils de ce que pensent les gens comme vous ?", la réponse entièrement négative "pas du tout" est passée de 15 % de l'ensemble en 1978 à 42 % en 2010 ! Quant au total des réponses positives ("beaucoup" ou "assez"), il est passé de 35 % à 17 % (on se reportera, pour cette indication statistique et d'autres d'un très grand intérêt, au numéro hors série de la revue La Pensée titré "Le peuple, la crise et la politique" et réalisé par Guy Michelat et Michel Simon). La relation entre le peuple et l'Etat n'est pas faite de confiance, c'est le moins qu'on puisse dire.

Faut-il conclure que notre Etat n'a pas le peuple qu'il mérite, et que le sombre vote lepéniste atteste cette insuffisance populaire ? Il faudrait alors, pour renforcer la démocratie, changer le peuple, comme le proposait ironiquement Brecht...

Ma thèse est plutôt que deux autres grands coupables doivent être mis en avant : les responsables successifs du pouvoir d'Etat, de gauche comme de droite, et un ensemble non négligeable d'intellectuels.

En définitive, ce ne sont pas les pauvres de nos provinces qui ont décidé de limiter autant que faire se peut le droit élémentaire d'un ouvrier de ce pays, quelle que soit sa nationalité d'origine, de vivre ici avec sa femme et ses enfants. C'est une ministre socialiste, et tous ceux de droite ensuite qui se sont engouffrés dans la brèche. Ce n'est pas une campagnarde sous-éduquée qui a proclamé en 1983, que les grévistes de Renault - en effet majoritairement algériens ou marocains - étaient des "travailleurs immigrés (...)agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises".

C'est un premier ministre socialiste, bien entendu à la grande joie de ses "ennemis" de la droite. Qui a eu la bonne idée de déclarer que Le Pen posait les vrais problèmes ? Un militant alsacien du Front national ? Non, c'est un premier ministre de François Mitterrand. Ce ne sont pas des sous-développés de l'intérieur qui ont créé les centres de rétention pour y emprisonner, hors de tout droit réel, ceux qu'on privait par ailleurs de la possibilité d'acquérir les papiers légaux de leur présence.

Ce ne sont pas non plus des banlieusards excédés qui ont ordonné, partout dans le monde, qu'on ne délivre aux gens des visas pour la France qu'au compte-gouttes, pendant qu'on fixait ici même des quotas d'expulsions que devait à tout prix réaliser la police. La succession des lois restrictives, attaquant, sous prétexte d'étrangeté, la liberté et l'égalité de millions de gens qui vivent et travaillent ici, n'est pas l'oeuvre de "populistes" déchaînés.

A la manoeuvre de ces forfaits légaux, on trouve l'Etat, tout simplement. On trouve tous les gouvernements successifs, dès François Mitterrand, et sans répit par la suite. En la matière, et ce ne sont que deux exemples, le socialiste Lionel Jospin a fait savoir dès son arrivée au pouvoir qu'il n'était pas question d'abolir les lois xénophobes de Charles Pasqua ; le socialiste François Hollande fait savoir qu'on ne décidera pas les régularisations de sans-papiers autrement sous sa présidence que sous celle de Nicolas Sarkozy. La continuité dans cette direction ne fait aucun doute. C'est cet encouragement obstiné de l'Etat dans la vilenie qui façonne l'opinion réactive et racialiste, et non l'inverse.



Je ne crois pas être suspect d'ignorer que Nicolas Sarkozy et sa clique ont été constamment sur la brèche du racisme culturel, levant haut le drapeau de la "supériorité" de notre chère civilisation occidentale et faisant voter une interminable succession de lois discriminatoires dont la scélératesse nous consterne.

Mais enfin, nous ne voyons pas que la gauche se soit levée pour s'y opposer avec la force que demandait un pareil acharnement réactionnaire. Elle a même bien souvent fait savoir qu'elle "comprenait" cette demande de "sécurité", et a voté sans état d'âme des décisions persécutoires flagrantes, comme celles qui visent à expulser de l'espace public telle ou telle femme sous le prétexte qu'elle se couvre les cheveux ou enveloppe son corps.

Ses candidats annoncent partout qu'ils mèneront une lutte sans merci, non tant contre les prévarications capitalistes et la dictature des budgets ascétiques que contre les ouvriers sans papiers et les mineurs récidivistes, surtout s'ils sont noirs ou arabes. Dans ce domaine, droite et gauche confondues ont piétiné tout principe. Ce fut et c'est, pour ceux qu'on prive de papiers, non l'Etat de droit, mais l'Etat d'exception, l'Etat de non-droit. Ce sont eux qui sont en état d'insécurité, et non les nationaux nantis. S'il fallait, ce qu'à Dieu ne plaise, se résigner à expulser des gens, il serait préférable qu'on choisisse nos gouvernants plutôt que les très respectables ouvriers marocains ou maliens.

Et derrière tout cela, de longue date, depuis plus de vingt ans, qui trouve-t-on ? Qui sont les glorieux inventeurs du "péril islamique", en passe selon eux de désintégrer notre belle société occidentale et française ? Sinon des intellectuels, qui consacrent à cette tâche infâme des éditoriaux enflammés, des livres retors, des "enquêtes sociologiques" truquées ? Est-ce un groupe de retraités provinciaux et d'ouvriers des petites villes désindustrialisées qui a monté patiemment toute cette affaire du "conflit des civilisations", de la défense du "pacte républicain", des menaces sur notre magnifique "laïcité", du "féminisme" outragé par la vie quotidienne des dames arabes ?

N'est-il pas fâcheux qu'on cherche des responsables uniquement du côté de la droite extrême - qui en effet tire les marrons du feu - sans jamais mettre à nu la responsabilité écrasante de ceux, bien souvent - disaient-ils - "de gauche", et plus souvent professeurs de "philosophie" que caissières de supermarché, qui ont passionnément soutenu que les Arabes et les Noirs, notamment les jeunes, corrompaient notre système éducatif, pervertissaient nos banlieues, offensaient nos libertés et outrageaient nos femmes ? Ou qu'ils étaient "trop nombreux" dans nos équipes de foot ? Exactement comme on disait naguère des juifs et des "métèques" que par eux la France éternelle était menacée de mort.

Il y a eu, certes, l'apparition de groupuscules fascistes se réclamant de l'islam. Mais il y a tout aussi bien eu des mouvements fascistes se réclamant de l'Occident et du Christ-roi. Cela n'empêche aucun intellectuel islamophobe de vanter à tout bout de champ notre supérieure identité "occidentale" et de parvenir à loger nos admirables "racines chrétiennes" dans le culte d'une laïcité dont Marine Le Pen, devenue une des plus acharnées pratiquantes de ce culte, révèle enfin de quel bois politique il se chauffe.

En vérité, ce sont des intellectuels qui ont inventé la violence antipopulaire, singulièrement dirigée contre les jeunes des grandes villes, qui est le vrai secret de l'islamophobie. Et ce sont les gouvernements, incapables de bâtir une société de paix civile et de justice, qui ont livré les étrangers, et d'abord les ouvriers arabes et leurs familles, en pâture à des clientèles électorales désorientées et craintives. Comme toujours, l'idée, fût-elle criminelle, précède le pouvoir, qui à son tour façonne l'opinion dont il a besoin. L'intellectuel, fût-il déplorable, précède le ministre, qui construit ses suiveurs.

Le livre, fût-il à jeter, vient avant l'image propagandiste, laquelle égare au lieu d'instruire. Et trente ans de patients efforts dans l'écriture, l'invective et la compétition électorale sans idée trouvent leur sinistre récompense dans les consciences fatiguées comme dans le vote moutonnier.

Honte aux gouvernements successifs, qui ont tous rivalisé sur les thèmes conjoints de la sécurité et du "problème immigré", pour que ne soit pas trop visible qu'ils servaient avant tout les intérêts de l'oligarchie économique ! Honte aux intellectuels du néo-racialisme et du nationalisme bouché, qui ont patiemment recouvert le vide laissé dans le peuple par la provisoire éclipse de l'hypothèse communiste d'un manteau d'inepties sur le péril islamique et la ruine de nos "valeurs" !

Ce sont eux qui doivent aujourd'hui rendre des comptes sur l'ascension d'un fascisme rampant dont ils ont encouragé sans relâche le développement mental.

Voir en ligne

Né en 1937, professeur de philosophie à l'Ecole normale supérieure, Alain Badiou articule pensée formelle et récit littéraire, argumentation conceptuelle et intervention politique. Il est notamment l'auteur d'Entretiens I (Nous, 2011), de La République de Platon (Fayard, 596 p., 24,50 €) et, dans la série "Circonstances", aux Nouvelles Editions Lignes, de Sarkozy : pire que prévu, les autres : prévoir le pire (94 p., 9,50 €).

 

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