7 mai 2012

Grèce : une vague rouge roule sur la Vouli

L'Humanité | par Fabien Perrier | via



Athènes, envoyé spécial. Les résultats, en Grèce, donnent le parti Nouvelle Démocratie en tête, mais avec le score le plus faible de son histoire. Le Pasok – social-démocrate – s’effondre. Les néonazis font leur entrée au Parlement. La gauche, qui a toujours combattu l’austérité et les politiques des mémorandums, progresse fortement, et plus particulièrement Syriza, la coalition de gauche dont la principale composante, Synaspismos, est membre du PGE. C’est un signal fort que les électeurs ont envoyé aux partis. Seront-ils entendus ?



Vendredi soir, lors du dernier meeting de campagne du Pasok, le parti arrivé en tête des élections en octobre 2009, le leader, Evangelos Venizelos, voulait y croire. Croire que son parti n’allait pas s’effondrer, que les urnes ne sanctionneraient pas la politique menée présentée comme « la seule » possible, croire, aussi, que l'élection de François Hollande aurait des répercussions sur le Pasok – le PS et le Pasok sont membres de l’Internationale socialiste. Il n’en fut rien.
Au soir du scrutin, il est évident que le parti social-démocrate grec s’est effondré. Alors qu’il se partageait, depuis la chute des colonels, en 1974, le pouvoir avec Nouvelle Démocratie (ND, droite), qu’ils recueillaient à eux deux jusqu’à 80% des voix, ils peinent à atteindre 40%.

Dès vendredi soir, pourtant, quelques signaux donnaient la tendance. « Oui, il y a malheureusement plus de journalistes que de militants sur la place Syntagma », reconnaissait une candidate distribuant ses tracts. A la question : « allez-vous voter pour le Pasok ? », une jeune femme répondait : « non, surtout pas ! Je suis là pour aider le député car il est le père de mon ami ».
C’est effectivement la fin d’un système politique que les Grecs ont demandé : celui de la fin des petits arrangements entre amis dont les élections et les campagnes précédentes représentaient, en quelque sorte, le concentré.
C’est surtout la fin de l’austérité appliquée depuis plus 2 ans et demi qu’ils ont revendiquée. Depuis que la Grèce a pris connaissance de la réalité de comptes publics en octobre 2009, qu’elle a subi les attaques des marchés, et plus encore depuis qu’elle a fait appel à la troïka (BCE, Commission, FMI) en mai 2010, les coupes budgétaires, baisses des pensions, des salaires, des minimas sociaux, hausse des impôts et des taxes, privatisation se multiplient. Tous les partis qui se sont exprimés pour cette politique essuie une sérieuse déculottée : ND et le Pasok en tête, ainsi que le Laos (extrême-droite). Ces trois partis ont participé au gouvernement d’union nationale mis en place en novembre 2011. ND obtient ainsi – à l’heure où nous écrivons ces lignes – 20,31% (33,47% en 2009), le Pasok 14,11% (43,92% en 2009), et le Laos 2,89% (5,63% en 2009). Le Laos ne devrait donc pas faire son entrée au Parlement car il ne franchit pas la barre des 3% nécessaire.


L'emblème du parti néo-nazi Aube dorée
Les néo-nazis de Chryssi Avghi obtiennent, eux, des sièges au parlement. Ils auraient recueilli 6,81% des voix. « Tous ceux qui ont voté Chryssi Avghi ne sont pas des fascistes. Ce sont des gens qui voulaient exprimer leur rage ; c’est un vote anti-système. Beaucoup vont réaliser que Chryssi Avghi est un parti néofasciste » explique à l’Humanité Panagiotis Sotiris, professeur à l’université d’Egée. 

Autre vote qui frise avec le refus du antisystème et repose sur un moteur nationaliste : celui pour les Grecs indépendants. Ce parti, scission de ND, recueille 10,31% des suffrages selon les premières données du Ministère de l’Intérieur.
Dans ces conditions, la vraie victoire est celle de la gauche dans son ensemble. Le KKE, qui recueille 8,4% des voix, progresse de près d’un point par rapport à 2009 (7,54%). La Gauche démocratique, scission de Synaspimos en 2010, recueille 6% des voix. Quant à Syriza, la coalition de gauche dont la principale composante est Synaspismos, il triple son score de 2009 passant de 4,6% à 15,8%. Une formation anticapistaliste, Andarsia, n’entrera pas mais progresse. Une vague rouge roule sur la Vouli. Elle n’est toutefois pas suffisante pour que la gauche puisse gouverner.
Pour Panagiotis Sotiris, ces élections sont « un désastre pour le Pasok. Cette augmentation de la gauche est importante. Le message est qu’il n’est pas pas possible de continuer sur cette voie. »
Ce message, il semble qu’il peine à arriver aux oreilles des dirigeants des partis de gouvernement. Ainsi, le leader de la droite gouvernementale Antonis Samaras, arrivé en tête des élections législatives en Grèce, a proposé la formation « d’un gouvernement de salut national » pour permettre le maintien de la Grèce dans l’euro. Evangelos Venizelos, le chef du Pasok qui a enregistré une défaite historique, a appelé à la formation d’un « gouvernement d’union nationale pro-européen » pour sortir le pays de l’impasse. Ce ministre des Finances de l’équipe sortante qui a négocié avec UE et FMI un deuxième plan de sauvetage du pays, a certes reconnu qu’une telle tâche serait « difficile », au vu du séisme électoral en Grèce. Mais « le changement radical de la scène politique ne signifie pas la fin de la crise, la crise est en pleine évolution », a-t-il souligné. Il a oublié d’ajouter qu’une crise politique profonde pourrait être la conséquence de ces résultats… eux-mêmes pervertis par un système électoral qui favorise le parti arrivé en tête, quelque soit sa réelle implantation politique. Car tout gouvernement qui maintiendrait la politique d’austérité renierait profondément les signaux envoyés par les électeurs. En Grèce, derrière la joie liée aux résultats, l’inquiétude reste de mise.


Voir en ligne: L'Humanité 

 

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