Emmanuel Todd explique le résultat de la présidentielle US… avant de le connaître (le Yéti)
Emmanuel Todd travaille actuellement sur les tensions de la société américaine et leurs liens avec la globalisation. Sa conférence s’est tenue à Nantes le 8 novembre 2016, quelques heures avant la proclamation des résultats.
Une énergie nucléaire "verte" ? Au début de la série Occupied, diffusée par ARTE fin 2015, le nouveau chef écologiste du gouvernement norvégien, pour mettre un terme à l'exploitation pétrolière, inaugurait une centrale fonctionnant au thorium. Une hypothèse nullement fictive, selon ce documentaire, qui montre combien ce combustible alternatif, découvert à la fin du XIXe siècle et répandu sur toute la planète, représente une piste sérieuse pour échapper aux dangers et à la pollution induits par l'utilisation du plutonium par l'industrie atomique. Si le nucléaire n'avait pas été inventé pour bombarder Hiroshima et propulser des flottes militaires, nos centrales fonctionneraient sans doute aujourd'hui avec des réacteurs à sels fondus de thorium. Tchernobyl et Fukushima seraient peut-être restés des points anonymes sur la carte du monde. La surexploitation de l'énergie fossile aurait probablement cessé beaucoup plus tôt, et le changement climatique se révélerait moins alarmant qu'il ne l'est aujourd'hui...
La Chine à l'avant-garde ?
Pour réaliser ce scénario, qui semble aujourd'hui utopique, il aurait peut-être suffi de s'intéresser vraiment aux travaux visionnaires du physicien américain Alvin Weinberg qui, après avoir participé à la fabrication de la bombe atomique, a voulu travailler sur une utilisation civile et pacifique de l'atome. Il s'est acharné de 1945 à sa disparition, en 2006, à inventer les conditions d'une énergie nucléaire propre reposant sur des réacteurs révolutionnaires et sur l'extraction du thorium. Mais les intérêts liés aux lobbies de l'énergie et de la défense en ont décidé autrement. Les États qui ont opté pour l'énergie atomique ont longtemps cherché à étouffer l'éolien et le solaire, et aucun n'a voulu prendre en compte les problèmes bien connus d'enfouissement des matières fissiles. Aujourd'hui, pourtant, l'idée d'un recours à des combustibles nucléaires liquides et à des réacteurs à sels fondus refait surface, défendue par le monde de la recherche et même par des écologistes combattant l'industrie nucléaire. Le gouvernement chinois a décidé d'investir 350 millions de dollars pour étudier cette filière révolutionnaire. La Fondation de Bill Gates s'y intéresse aussi. L'Europe va-t-elle rester à la traîne ? Un voyage teinté d'espoir vers la face gâchée du nucléaire.
Extrait (...) L’élection de Donald Trump s’est faite dans le dos des experts, des médias, des cercles biens informés, qui ont tous pour caractéristique essentielle que d’appartenir à la même classe sociale dominante. Exactement comme pour le Brexit, jusqu’au dernier moment, tous ceux qui ont le droit de parole ont totalement nié l’éventualité qu’il puisse exister une (courte) majorité de la population qui pourrait ne pas du tout voir le monde de la même manière qu’eux, qui pourrait en avoir gravement assez que la mondialisation heureuse et prospère soit réservée à une petite élite de plus en plus resserrée tout en se refaisant abondamment sur leur échine. (...)
Trump VS Clinton : qu’est-ce qui se joue aux USA ? Par le fil d'actu officiel
Donald Trump Marque un rejet certain de l'establishment par une partie croissante de la population des Etats Unis. Qu'est-ce que son opposition à hillary Clinton nous dit de la politique des USA ?
Phillipe Vion-Dury est journaliste, spécialiste des questions de
société, des nouveaux modèles économiques et des technologies. Il vient
de sortir aux éditions Fyp son premier essai intitulé « La nouvelle servitude volontaire ». Il y analyse la nouvelle société numérique qui est en train d’être érigée par les startups de la Silicon Valley, en Californie.
Dans sa soif croissante de pouvoir, le président turc a lancé une chasse aux sorcières contre ses opposants. L’un des principaux responsables de la gauche témoigne de sa dérive autocratique.
par Selahattin Demirtaş
Les manifestations de policiers, parfois cagoulés et armés, se
sont multipliés ces derniers jours – en plein Paris mais aussi dans
plusieurs villes de France – pour réclamer toujours plus de moyens et de
liberté pour réprimer ; comme si l’état d’urgence n’avait pas accru
dramatiquement l’arbitraire policier, particulièrement dans les
quartiers populaires sous la forme d’assignations à résidence, de
contrôles au faciès et de violences policières multipliés. Alors que les agents de la Brigade anti-criminalité (BAC) sont
manifestement en première ligne dans cette mobilisation au croisement
entre le renforcement autoritaire de l’État et la dynamique fasciste,
il est utile de revenir sur l’origine de ce secteur des appareils
répressifs d’État. C’est ce à quoi s’emploie ici Mathieu Rigouste, dans
cet extrait du premier chapitre – intitulé « La ségrégation
endocoloniale » – de La Domination policière(La
Fabrique, 2012), montrant que le quadrillage sécuritaire des quartiers
populaires imposé au cours des quarante dernières années prolonge – par
d’autres moyens – la guerre coloniale. (...) Suite sur Contretemps
Nous avons cru que tout était propriété, que chaque atome appartenait au premier qui le réclamerait.
Mais nous avons oublié que la matière a toujours existé, qu’elle nous a été transmise et que nous la transmettrons à notre tour, peu importe les transactions, les ventes et les achats. Nous n’en sommes que les dépositaires temporaires.
Nous avons cru que tout se vendait et tout s’achetait. Que pour subsister, il fallait acheter et donc vendre pour gagner de quoi acheter.
Mais nous avons oublié que, parfois, nous n’avons même plus de quoi acheter le minimum vital. Alors nous avons puni ceux qui étaient dans cette situation, nous les avons accusé et nous nous sommes convaincu que nous ne serions jamais comme eux. Nous avons séparé l’humanité en deux.
Nous avons cru que nous devions gagner plus afin de vivre plus et de posséder plus. Que nous n’avions pas le choix. Que nous devions vendre notre corps, notre intelligence ou bien des objets. Ou vendre des idées afin d’aider d’autres à vendre plus. Ou d’enseigner à d’autres la meilleure manière de vendre.
Mais nous avons oublié que le choix, il se prend. Qu’accepter un travail plus loin mais mieux rémunéré afin de consommer plus est un choix. Qu’accepter un travail qui pousse d’autres à consommer est un choix. Nous avons refusé de voir que nous étions chacun responsable de notre travail, de l’impact que celui-ci avait sur le monde.
Nous avons cru que le fait de posséder était notre objectif ultime, que nous devions amasser, acheter, consommer.
Mais nous avons oublié que les objets n’ont pas de maître. Qu’ils peuvent tout au plus nous procurer quelques soupçons de joie lorsque nous les utilisons durant quelques minutes ou quelques heures. Et que, le reste du temps, ils nous encombrent, nous rendent malheureux et nous convainquent d’acheter encore plus.
Nous avons cru que la propriété apportait la liberté. Que le propriétaire pouvait jouir de son bien à sa guise sans se préoccuper des conséquences.
Mais nous avons oublié que les frontières et les tracés ne sont que des délimitations virtuelles. Que nous ne possédons qu’une seule et unique planète qui souffre globalement de chacune de nos actions.
Nous avons cru que les idées étaient une propriété. Que même les semences et le génome devait être breveté. Que partager revenait à voler.
Mais nous avons oublié qu’une idée qui ne se partage pas se fige et s’oublie. Que le vivant n’a que faire de nos brevets. Qu’en tentant de contrôler la propriété, nous ne pouvions qu’arrêter de penser.
Nous avons cru jouir de la propriété.
Mais nous avons oublié que nous ne faisons qu’emprunter au futur chaque molécule, chaque journée.
Nous avons cru ne pas avoir le choix et devoir acheter la liberté.
Mais nous avons oublié que la liberté, c’est avant tout de faire des choix. Nos choix.