10 avril 2008

Débat: La valeur travail sans le salaire.

mercredi 9 avril 2008 par Réseau d'allocataires solidaires

La messe est dite. Il fallait être un croyant bien convaincu pour gober les termes du pari de Martin Hirsch : qui pouvait sincèrement penser que le gouvernement qui rogne sur la moindre dépense sociale allait brusquement investir plusieurs milliards d'euros pour augmenter le revenu des travailleurs pauvres ?

En quelques phrases, Sarkozy vient de mettre un point final à cette douce utopie et ramener les acteurs du Grenelle de l'Insertion à la réalité : il y aura bien un RSA, mais sans moyens financiers.

Stupeur et tremblements …. Mais qu'est ce qu'un RSA sans moyens financiers, s'interrogent les médias qui depuis un an avalent les oraisons de Martin Hirsch sans même avoir pris la peine de lire les textes de lois qui encadrent les expérimentations.

Nous autres, Rmistes de toute la France aurions pu leur donner la réponse, les réponses, depuis un an.

Le RSA sans moyens financiers, c'est la fin du RMI, tout simplement, c'est l'emploi en miettes et la solidarité en charpies.

Val d'Oise début avril : les travailleurs de la CAF sont en grève, les usagers solidaires. Normal, la fermeture de la CAF, ils y sont habitués, les antennes ont été fermées presque une semaine sur deux cet hiver, à cause du retard pris dans les dossiers.

Drôme, hiver 2007 : le conseil général affame des centaines de travailleurs précaires, qui ont trop peu d'heures pour bénéficier du régime saisonniers de l'Assedic, et à qui on interdit désormais le RMI pendant les périodes creuses.

Bouches du Rhône, hiver 2007 : désormais, l'insertion est informatique. Chaque nouvel entrant au RMI remplit un questionnaire et est immédiatement orienté vers des démarches d'insertion professionnelle OU sociale. Miracle de la technologie, 92 pour cent des allocataires n'ont pas de problèmes sociaux et sont dirigés d'office vers l'ANPE ou les officines de placement privé. Appuyez sur entrée, et plus de mal logés, plus de malades, que des employables.

Mars 2008 : la bouche en cœur , on nous annonce que le nombre de Rmistes a baissé de huit pour cent. Seulement ? Le trucage des chiffres du chômage est devenu un marronnier journalistique, mais pourtant aucun d'aux n'ira chercher ce que signifie « la baisse mécanique due à la réforme de l'intéressement. C'est pourtant simple : au moins un tiers des Rmistes est en emploi à temps partiel, parmi lesquels toutes les personnes embauchées en contrats aidés. Jusqu'en 2006, une personne qui bénéficiait du cumul allocation\ salaire était comptabilisée dans le nombre des Rmistes pendant toute la durée de ce cumul , jusqu'à un an. Depuis la réforme, au bout de trois mois, il ne s'agit plus de cumul mais d'une prime forfaitaire.

Les précaires concernés sortent des statistiques.

Ce même mois de mars 2008, la Caisse Nationale d'Allocations Familiales se félicite des résultats de la lutte contre la fraude. Elle a bien raison. Pas très difficile de tomber sur ce qu'on a toléré pendant des années pour garantir un semblant de paix sociale. Et que je te sucre les allocs des couples qui ne se déclaraient pas pour ne pas perdre un tiers de leurs ressources, et que je tombe sur le dos des étudiants qui percevaient le RMI plutôt que d'aller réviser à Mc Do ou à Télé Performance. Et que je t'oblige les mères isolées à faire des procédures judiciaires pour obtenir trois francs six sous d'un ex dans la dèche ou violent, sous peine de perdre toute allocation.

Le RSA au rabais ? Le bâton sans la carotte, brutal.

Question à cent euros : que reste-t-il à expérimenter à part la précarisation maximum pour les départements qui savent ne rien avoir à attendre en moyens financiers de la part de l'Etat . Dans quarante d'entre eux aujourd'hui, les politiques peuvent décider librement du niveau de cumul allocation/ salaire, et aussi de maintenir ou pas les aides au transport, au logement, à la garde d'enfants. Bref décider ou pas de payer pour les pauvres au lieu de garder le fric pour des aides attractives aux entreprises.

Dans tous les départements, depuis la loi TEPA, chaque Président de Conseil général, bien souvent également maire ou député ou élu régional peut décider de moduler à sa guise les contrats aidés, plus ou moins de rémunération, plus ou moins de durée , plus ou moins de possibilités d'y recourir pour des besoins d'emploi même durable. Tiens, les collectivités publiques sont aussi les employeurs qui recourent le plus à ce type de contrats, dans les écoles, dans les administrations , et même dans….les services de contrôle des allocataires de minima sociaux. A part Martin Hirsch, quelqu'un pour croire au Père Noel et penser que les patrons vont décider en toute générosité d'accorder de nouveaux droits à leurs salariés?

Et nous, alors, les millions qui passent chaque année par la case RMI version RSA , que nous reste-t-il à expérimenter, à part la chute dans un dispositif ou la valeur travail est devenue l'alpha et l'oméga de l'insertion, une valeur à laquelle on nous impose d'accorder tant de prix qu'elle devrait nous suffire en elle-même et nous dispenser de demander un salaire décent et les moyens d'en vivre ?

La réponse est forcément brutale, elle aussi. De l'ordre du « fait divers « encore trop souvent.

Caissières de supermarché en garde à vue pour avoir pratiqué la démarque inconnue, étudiants matraqués pour avoir réquisitionné de la bouffe au supermarché après une assemblée générale ou se sont notamment discutés les moyens de lutter contre la hausse des droits d'inscription.

Télescopage des images : une page de pub , des Monsieur ou Madame tout le monde défilent dans une rue ordinaire, en criant « Trop cher, trop cher », les commerçants baissent leurs rideaux en toute hâte. Une page d'infos, émeutes de la faim en Egypte et au Sénégal, le printemps commence au Sud cette année, ailleurs des millions d'interdits de RMI n'ont pas attendu le mois de mai.

lien vers cet article: http://www.collectif-rto.org/spip.php?article634

 

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