5 octobre 2011

737 maîtres du monde

par Gérard Filoche | 5 octobre 2011

« Rassurer les marchés », voilà ce qu’on entend sans cesse. Qui sont ces foutus « marchés » qui nous font tant de mal et qu’il faudrait « rassurer » ? Pourquoi nous demande t on de leur rembourser une “dette” qui n’est pas la nôtre ? Sont ils insaisissables à ce point qu’on ne puisse rien contre eux ?
Pourtant il y a des responsables. Ils sont identifiables. On peut agir pour les empêcher de continuer de nuire.

Dans une étude récente, trois chercheurs de l’Institut fédéral de technologie de Zurich viennent une nouvelle fois de mettre en évidence l’extrême centralisation du pouvoir capitaliste[1].

Selon eux, « les multinationales (…) forment une structure de nœud papillon géante et une grande part du contrôle est drainée par un cœur tissé serré d’institutions financières ». Après avoir identifié 43 060 firmes transnationales (Trans National corps ou TNCs), selon la définition de l’OFCE, ils calculent que « à eux seuls, les 737 détenteurs prépondérants cumulent 80 % du contrôle sur la valeur de toutes les TNCs ». Ils en tirent la conclusion que « le degré de contrôle du réseau est bien plus inégalement distribué que la fortune. En particulier, les acteurs du haut de la liste détiennent un contrôle 10 fois plus que ce qu’on attendrait sur la base de leur fortune ».

Pour ces trois chercheurs, la centralisation du pouvoir capitaliste ne s’arrête pas là : 147 TNCs « via un réseau complexe de relations de propriété » possèdent 40 % de la valeur économique et financière des 43 060 TNCs.


Enfin, au sein de ce conglomérat de 147 multinationales, 50 « super entités » concentrent l’essentiel du pouvoir. Parmi ces « super entités » : Barclays PLC, JP Morgan Chase & Co, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Bank of America corporation, mais aussi (en Europe), UBS AG, Deutsche Bank AG, et (en France), AXA en 4ème position, Natixis, Société générale, BNP Paribas.

Un tel réseau financier « densément connecté devient très sensible au risque systémique » et c’est au final un nombre extrêmement restreint de fonds d’investissements et d’actionnaires, au cœur de ces interconnexions, qui décident de restructurer les grands groupes industriels et de spéculer sur l’immobilier, le pétrole ou les dettes des pays du sud de la zone euro…
Dans la lutte qui les oppose, le pouvoir du capital est très centralisé, la force du salariat reste encore beaucoup trop éclatée.

[1] <#_ftnref1> Stefania Vitali, James B. Glattfelder et Stefano Battiston : “Le réseau de contrôle global par les grandes entreprises” – Chair of Systems Design, ETH Zurich.
Vient de paraître : « Dette indigne, dix questions, dix réponses » Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche, Ed. JC Gawsevitch, 220 pages, 14,90 euros

 

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