23 février 2012

Fukushima, cauchemar éveillé et sans fin

Blog de Paul Jorion | mercredi 22 février 2012 | Par François Leclerc

Fondées ou non, les alertes se succèdent à Fukushima. Le réacteur n°3 est toujours pestiféré – en raison du niveau élevé de radiations qu’il dégage – et l’intégrité du bâtiment du réacteur n°4, où se trouve une piscine remplie de combustible, sujet d’inquiétude. La température de l’eau, puis des gaz, à l’intérieur du réacteur n°2 fait penser que le faussement dénommé – parce que rassurant – arrêt à froid n’est pas maintenu, sans que cela soit établi.

La communication de Tepco rencontre un scepticisme grandissant. D’autant qu’elle évite soigneusement d’aborder certains sujets, notamment la redoutable question des coriums dans les réacteurs 1 à 3 – jamais nommés ainsi – ou bien les mesures d’exposition de ceux qui ont travaillé sur le site au début de la catastrophe, ainsi que leur état de santé.

Preuve que la centrale continue de rejeter en quantité des particules radioactives, la construction de plusieurs structures est prévue, après celle qui enveloppe le réacteur n°1 depuis octobre dernier. Un mur marin est également prévu. L’installation en face des réacteurs d’une sorte de plancher de béton de 73.000 mètres carrés destiné à tapisser les fonds marins, va avoir pour fonction de fixer les particules en évitant le déplacement du sable contaminé, en particulier le césium radioactif qui a été trouvé en abondance dans cette zone. Mais toujours rien n’est entrepris afin de contenir les infiltrations d’eau contaminée sous le site de la centrale elle-même.

Les besoins de stockage des débris contaminés enlevés du site et des masses d’eau contaminée qui résultent du refroidissement des réacteurs et de la piscine n°4 grandissent tous les jours, les containers et réservoirs alignés autour de la centrale s’étendant déjà à perte de vue. Progressivement, Fukushima-Daïchi devient un gigantesque lieu de stockage improvisé de déchets et effluents contaminés.

Autour de la centrale, la connaissance de la pollution radioactive reste sommaire, seules les villes, les routes et les plaines ayant fait l’objet de mesures systématiques. La contamination au césium des très importantes forêts de la région, atteintes par les rejets massifs de radionucléides portés par le vent dans les jours qui suivirent le début de la catastrophe, n’est pas connue et doit être mesurée. Le ruissellement des pluies transporte en effet à chaque fois qu’elles interviennent les éléments radioactifs qui s’y trouvent vers des zones moins atteintes, menaçant les cultures, la pêche et les zones résidentielles. La contamination radioactive se déplace.

Dans ce no man’s land, des singes et des sangliers équipés de dosimètres, de compteurs geigers et de GPS vont être lâchés afin de progressivement établir une carte de la contamination des forêts et de mesurer les déplacements de la pollution. Muni de ces informations, il pourra être étudié comment assainir cette vaste région afin de protéger les zones cultivées et habitées, sachant que dans certaines zones qui devront rester interdites, la contamination subsistera pendant des siècles. Une fois pris également en considération qu’elle est irrégulière et en taches de léopard, suivant les caprices du vent et de la pluie à l’époque des fortes retombées.

Les pluies qui se succèdent contribuent à la dissémination des particules radioactives dans l’environnement, tandis que les séismes qui se multiplient font planer par leur effet cumulé la menace de nouvelles atteintes aux structures des réacteurs et de leurs installations intérieures. Fukushima-Daïchi continue d’être un générateur de pollution et le lieu d’une nouvelle catastrophe potentielle de grande ampleur, si des ruptures intervenaient dans des bâtiments déjà éprouvés par des explosions d’hydrogène dévastatrices.

Le bilan de la catastrophe est loin de pouvoir être établi, et c’est faire preuve d’une grande indécence que venir témoigner sur son lieu-même sa confiance dans l’avenir de l’électro-nucléaire, comme le ministre français de l’industrie vient de le faire.

80.000 Japonais, peut-être plus, ont dû tout abandonner de leur vie : maison et terres, biens personnels, cheptel et instruments agraires. Ainsi que ce qui est sans doute le pire : le souvenir qui s’estompe de leur lieu de vie où ils ne pourront plus jamais revenir dans de très nombreux cas. Mais Éric Besson n’est pas allé à leur rencontre.

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