5 janvier 2012

Hongrie : Démocratie en danger

La démocratie en danger en Hongrie: pourquoi l'UE reste silencieuse?


Les Inrocks. 29 décembre 2011 par David Doucet

Crédits photo:  Une manifestation contre le gouvernement hongrois à Budapest le 23 décembre dernier (Reuters/Laszlo Balogh).

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Située en plein cœur de l’Europe danubienne, la Hongrie est en train de basculer en un régime autoritaire. Alors que les États-Unis s'inquiètent par le biais d'Hillary Clinton, la communauté européenne se révèle étonnamment silencieuse.

En l’espace de seize mois, la Hongrie a perdu son caractère démocratique. Arrivé au pouvoir en mai 2010, le Fidesz, parti de droite conservatrice du Premier ministre Viktor Orbán, a verrouillé les institutions de manière à assurer sa réélection en 2014.

Le vendredi 23 décembre, plusieurs milliers d'Hongrois ont manifesté à Budapest pour protester contre la dérive antidémocratique du gouvernement Orbán. Des députés ont même été jusqu'à s'enchaîner devant le parlement. Quelques jours auparavant, le Fidesz avait fait voter une réforme de la loi électorale qui lui permet de remporter les trois quarts des sièges au Parlement avec seulement 25% des voix. Après la loi sur les médias restreignant la liberté de la presse votée en début d’année, l’indépendance de la justice est également remise en question. Trois cents juges soupçonnés de proximité avec l’ancien gouvernement socialiste ont été contraints à la retraite tandis que les compétences de la Cour Suprême ont été transférées au Parlement contrôlé par le Fidesz.

De crainte d'être débordé sur sa droite par le Jobbik, un parti d'extrême droite, Viktor Orbán ne fait plus rien pour se démarquer de leur rhétorique xénophobe et antisémite. La semaine dernière, György Dörner, un homme proche de l'extrême droite a même été nommé à la tête du Nouveau Théâtre (Új Szinház) de Budapest.

Alors qu'à travers Hillary Clinton, les Etats-Unis ne cessent de s'inquiéter de la dégradation de la situation politique, l'Europe peine à réagir. C’est la politique économique ultra-nationaliste menée par le gouvernement hongrois qui a poussé l'Union européenne à sortir de son mutisme. Le 20 décembre dernier, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a adressé une lettre à Viktor Orbán afin de se plaindre de sa politique économique et fiscale. Quelques jours au préalable, une délégation du FMI présent à Budapest avait écourté sa visite afin de critiquer la tentative de mainmise sur la banque centrale du pays.

Une complaisance française ?

En pointe dans la résolution du conflit en Libye, la France se montre bien silencieuse devant la montée d’un régime autoritaire en plein cœur de l’Europe. C'est la taxation des entreprises françaises qui a poussé Nicolas Sarkozy à hausser le ton vis-à-vis du gouvernement hongrois.

Dans le domaine de l'énergie où des compagnies comme Véolia ou Suez sont fermement implantées, certaines concessions de services publics ont été réappropriés de force tandis que dans le secteur des avantages en nature, trois entreprises françaises leaders (Sodhexo, EdenRed et Chèques-Déjeuner) risquaient d’être totalement exclues du marché.

Après une visite à Budapest en novembre 2010, Nicolas Sarkozy a missionné le Secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur Pierre Lellouche afin de résoudre ce conflit en chapeautant une commission de médiation. Contacté par les Inrocks, le cabinet de Pierre Lellouche estime avoir obtenu certains satisfecits mais ne souhaite pas s’exprimer sur la détérioration du climat politique. Pierre Lellouche doit se rendre à nouveau à Budapest au début de l’année 2012.

Joint par les Inrocks, l’ancien ministre des Affaires européennes socialiste Pierre Moscovici estime que ce n’est pas suffisant. "Il y a une certaine complaisance de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de Viktor Orbán. L'Union européenne n’est pas qu’un marché, c’est également une communauté de valeurs". L’actuel directeur de campagne de François Hollande estime que "ce n'est pas à Pierre Lellouche de se charger de ce dossier éminemment politique".

En pleine crise de l’euro, le dossier hongrois est loin d’être une priorité pour l’Union européenne. Cette situation politique est considérée comme temporaire explique le politologue Jean-Yves Camus. "A la manière de ce qui s’est passé en Pologne, Autriche, Slovaquie ou Roumanie, l’Europe considère que ce gouvernement autoritaire n’est qu’une parenthèse dans l’histoire hongroise. Mais en 2000, l’UE avait prise des sanctions beaucoup plus fermes contre le FPÖ de Jörg Haider qui avait pourtant été beaucoup moins loin politiquement que le gouvernement Orbán."

 

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