2 avril 2012

Le problème des cadavres

Dernières Nouvelles d'Alsace | 29 mars 2012

Enterrer le nucléaire, pas si simple


Photo: archives AFP
L’Allemagne a décidé en quelques semaines, après le drame de Fukushima, de sortir du nucléaire. Mais le démantèlement complet prendra plusieurs décennies. A cause du traitement mal maîtrisé des restes radioactifs des centrales elles-mêmes.


Il faudra environ 45 ans, selon un rapport du bureau de protection contre les radiations (Bfs) révélé par la Süddeutsche Zeitung. Encouragés par la rapide mise à l’arrêt des huit premières centrales, sur les 17 que compte le pays, les antinucléaires ont espéré une disparition rapide de l’atome de la surface du territoire. Mais «ce n’est pas parce que les politiques ont privilégié cette option que nous allons pouvoir résoudre tous les problèmes du traitement des matières radioactives » tempère Ralf Güldner du forum nucléaire allemand (Daf).

Un exemple concret donne la mesure de la problématique : la structure de béton et d’acier de la centrale de Lubmin, au bord de la Mer Baltique est toujours debout, 17 ans après son arrêt. Depuis 1995, seul le travail de fourmi a été accompli car tous les tuyaux et tous les boulons doivent être décontaminés. Une tâche titanesque qu’il faudra multiplier par 17. Ce démantèlement est tout simplement le chantier le plus considérable de l’histoire du pays. Et le plus onéreux avec un coût estimé de 30 milliards d’euros.

«Les Länder nous demandent de faire table rase et pas de laisser des ruines irradiantes dans le paysage»

Sur les 500 000 tonnes que pèse une centrale, la partie hautement radioactive (qui sera stockée dans la mine de Gorleben, dans l’Est du pays) ne concerne que quelques centaines de kilos. Le reste doit être stocké dans un centre de stockage définitif des déchets moyennement et faiblement radioactifs. Son nom : le puits Konrad, qui serait installé dans une ancienne mine de fer, à Salzgitter, dans le nord du pays. L’ouverture de ce centre des déchets, initialement prévue en 2013, sera retardée. « Jusqu’en 2019, voire 2022 » indique-t-on dans les milieux spécialisés.

Les 4 opérateurs du secteur nucléaire (Eon, RWE, EnBW et Vattenfall) ont saisi la balle au bond pour dénoncer le manque d’engagement des autorités dans le processus de démantèlement. Comme l’a commenté Ralf Güldner, «les Länder nous demandent de faire table rase et pas de laisser des ruines irradiantes dans le paysage. Ce démantèlement, nous pourrions le réaliser en 10 ans. Mais nous devons donc attendre que le puits Konrad soit prêt...»

Tous se renvoient la patate radioactive


Sur ce dossier brûlant, industriels et politiques se renvoient la patate radioactive. Les autorités accusent les industriels de jouer la montre, de traîner les pieds pour engager les dépenses nécessaires dès maintenant. «Un lien entre le début du démantèlement et le retard sur le puits Konrad serait incompréhensible» a répondu sèchement un communiqué du Bfs. Par exemple, il faut au minimum 5 ans entre l’arrêt d’un réacteur et la possibilité de transporter les déchets dans des trains Castor, le temps que les barres de combustible perdent en radioactivité. Le démantèlement ne peut donc pas commencer avant, puits Konrad ou pas.

 

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